Un revenu pour travailler

Je voudrais prendre à revers l'interprétation courante d'un revenu de base inconditionnel comme devant nous délivrer du travail alors qu'il est tout au contraire la condition d'un travail autonome et qu'il doit donc être considéré comme productif. C'est ce qui lui donne un tout autre sens que la seule suppression de la misère, justifiant dés lors un montant supérieur au minimum vital sans que cela puisse être considéré comme une simple dépense mais au contraire une ressource ou un investissement. Cependant, pour que ce point de vue soit effectif, on ne peut faire du revenu garanti une mesure isolée sans les institutions démocratisant l'accès au travail autonome (notamment des coopératives municipales), non pas un solde de tout compte mais un point de départ, une condition préalable au dépassement du salariat qui n'est en rien une fin du travail dans une civilisation des loisirs si ennuyeuse.

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Théorie de la société

Dans le prolongement du livre sur la vie, je m'attelle à nouveau à une tâche impossible mais qui me paraît indispensable au vu des différentes idéologies politiques et des projets de transformation sociale. Il ne s'agit en aucun cas de prétendre à une théorie complète de la socialité humaine, ce qui exigerait de toutes autres dimensions, mais à donner simplement quelques repères principaux du fonctionnement des sociétés humaines au-delà des mythes qu'on s'en fait. Ce minimum d'anthropologie n'est pas, en effet, un problème théorique mais pratique au plus haut point en ce qu'il permet de déterminer, contre les rêves d'un "homme nouveau" fantasmé, ce qu'on peut espérer en politique et les limites de la plasticité humaine, au-delà de la fable d'une nature bonne qui aurait été pervertie ou de l'appel aux valeurs morales aussi bien qu'aux hommes de bonne volonté comme si tous nos problèmes venaient de la méchanceté du coeur des hommes. Le problème, c'est bien plutôt que pour comprendre les sociétés et leur rapport aux individus qui les composent, il faut non seulement adopter un matérialisme historique et dialectique complètement déconsidéré mais intégrer des concepts très controversés comme ceux de totalité sociale, de structure, de système ou de cycle (de macroéconomie), de champ social, de discours ainsi que de rationalité limitée, d'information imparfaite, etc.

La société, ce n'est pas la communauté, pas un peuple, ce n'est pas la famille, ce n'est pas seulement nos rapports ou nos échanges avec les autres, c'est une organisation sociale, des rites et des institutions, des textes fondateurs, un mode de vie et de coexistence sur un territoire, avec en premier lieu les systèmes de production assurant la survie matérielle et la reproduction sociale. Toute une tradition nominaliste a prétendu que la société n'existait pas, ce qui est consternant d'aveuglement, en particulier dans les rapports avec d'autres sociétés, pas seulement la guerre. Ce réductionnisme voudrait tout expliquer par l'auto-organisation des individus ou leurs capacités d'imitation alors que la mobilisation générale vient clairement d'un niveau supérieur sur lequel l'individu a peu de prises. Ce qui n'existe pas, c'est plutôt l'individu autonome, le self made man qui ne doit rien à personne et dont Robinson a créé le mythe fondateur. Il faut reconnaître tout au contraire nos interdépendances et nos appartenances, non seulement une langue commune et toute la culture dont nous héritons, mais aussi bien la coopération productive, la monnaie, les circuits du don et des échanges, l'état des techniques et de la médecine, les infrastructures matérielles et le code de la route qui va avec, etc., existence bien réelle de la société au-dessus de nous. Il faut être aveuglé par l'idéologie pour ne pas reconnaître l'utilité sociale, la sphère publique et les biens communs légitimant l'impôt qui les finance et qui doit être approuvé démocratiquement, domaine privilégié de la politique, mais cette société au-dessus de nous peut faire sentir aussi toute son oppression en écrasant les individus. On va donc essayer d'esquisser quels sont ces individus qui font société alors qu'ils en sont le produit, quels sont les principaux déterminismes sociaux et le système de production auxquels ils participent.

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Revue des sciences 12/11

  • Des traces d'autres univers ?
  • Les virus comme armes
  • On veut faire revivre l'homme de Neandertal!
  • Toutes les particules intriquées ?
  • Le risque de trous noirs au LHC réévalué
  • Des constantes fondamentales changeraient dans le temps et l'espace
  • Le réchauffement moins sensible au CO2 que prévu ?
  • Imprimer le graphène en 3D avec une jet d'encre
  • L'ancêtre de la vie aurait été un super-organisme marin
  • Naissance de la parole
  • Les questions du cerveau
  • L'orgasme féminin en IRM
  • Une protéine contre les radiations
  • Le BPA dans les boîtes de conserve
  • Voir avec les oreilles
  • Les fibres optiques rattrapées par le sans fil
  • Des bombes à 6000km/h et la militarisation de l'espace

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La montée des taux et le krach de la dette

D'une certaine façon, on peut dire qu'il ne sert à rien de se projeter dans le long terme. Les boursiers savent bien qu'il ne faut pas avoir raison trop tôt et qu'il vaut mieux avoir tort avec les autres que raison tout seul, ce qui signifierait dans ce cas perdre gros sur le court terme. Cela explique les mouvements erratiques de la Bourse et leur réactivité disproportionnée aux nouvelles immédiates, bien trop rassurés en effet par les dernières péripéties d'une prise de pouvoir de la finance sur les Etats.

Non seulement on ne gagne rien sur le moment à la clairvoyance mais personne ne vous en saura gré lorsque les faits vous auront donné raison et que cette opinion sera devenue commune. On dira par exemple que, de toutes façons, il y a toujours des prophètes de malheur qui finissent par avoir raison quand une catastrophe se produit, un peu comme une montre arrêtée marque l'heure exacte une fois par jour... Ce n'est pourtant pas la même chose de croire qu'il n'y aura plus jamais de crises comme on s'était laissé allé à le penser (comme en toute bulle) ou d'annoncer la prochaine, même si on est bien incapable d'en donner la date.

Ce n'est pas de prévoir la crise cependant qui peut avoir un quelconque intérêt, mais de tenter d'en expliciter les mécanismes, même si c'est un exercice complètement inutile. En tout cas, dans les politiques de rigueur comme dans les réactions boursières personne ne semble apercevoir ce qui crève les yeux, que la hausse des taux contre lesquelles les Etats se mobilisent est inévitable à plus ou moins long terme, précipitant tôt ou tard le krach de la dette.

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Revue des sciences 11/11

  • Le retournement temporel des ondes
  • La dualité onde-corpuscule à l'œil nu
  • L'intelligence se construit par l'inhibition
  • Quand l’Univers s’est illuminé
  • Les américains aussi veulent capturer des astéroïdes
  • La lévitation des supraconducteurs
  • Les cycles solaires font les hivers froids à cause des UV
  • Une contre-expertise de climato-sceptiques confirme le réchauffement
  • Le sodium à la place du lithium
  • Des membranes pour stocker l'énergie
  • Chaleur plus électricité
  • Après le Mimivirus, le Mégavirus
  • Une longévité épigénétique qui se transmet sur 3 générations
  • L'humanité de l'homme
  • Les bases neuronales de l'hypnose
  • Les ondes arrêteraient le métabolisme du glucose
  • Holodesk pour manipuler la 3D avec les mains
  • Des exosquelettes impressionnants


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La relocalisation par internet

Il y a de fortes raisons de privilégier les approches politiques et collectives mais il se pourrait que ce soit un objectif plutôt qu'un préalable.

La conception systémique d'une véritable alternative combinant production, échanges et revenu a l'avantage de fixer un cap en montrant la cohérence entre revenu garanti, monnaies locales et coopératives municipales mais l'inconvénient d'apparaître irréalisable tout en même temps...

De même que la vie n'est pas apparue par une auto-organisation miraculeuse mais a été précédée de plusieurs étapes, il faut sûrement procéder très progressivement pour la relocalisation et la construction d'un système alternatif. Du coup, tout pourrait commencer par quelque chose d'on ne peut plus simple : un site d'échanges locaux.

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Mayotte à feu et à sang

Un courrier que j'ai reçu sur la situation à Mayotte.

Comme les médias nationaux ne font pas leur boulot, je vous envoie quelques nouvelles du front, car c'est bien de front dont il s'agit.

Nous en sommes ici à 25 jours de grève et de manifestations. Et il a fallu un mort pour que les médias nationaux se déplacent, que l'assemblée nationale et le sénat s'émeuvent.

Le prétexte de ces émeutes est le véritable problème de la vie chère. Je dis prétexte parce que les évènements font émerger des problèmes sociaux encore plus épineux.

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Le retour des luttes d’émancipation

Pour toutes sortes de raisons le mouvement des indignés ne semble pas prendre pour l'instant en France. C'est pourtant de là que l'impulsion initiale est partie, à la grande surprise du merveilleux Stéphane Hessel qui n'y est pas pour grand chose et a dû essuyer par ici de nombreuses critiques injustifiées. Ce n'est pas si grave et n'empêchera pas ce premier mouvement révolutionnaire mondial d'être irréversible et de marquer le retour des luttes d'émancipation après des années de soumission à l'économisme le plus sordide.

Bien que le caractère social des revendications soit manifeste, facteur premier des mobilisations, il faut insister sur le fait que ce ne sont pas simplement des revendications matérielles et des luttes catégorielles mais tout autant des luttes d'émancipation qui visent à étendre les droits de l'individu contre le système et se libérer de la dictature économique (ce qui n'est certes pas une mince affaire mais prend avec la crise un sens très tangible). En tout cas, depuis les révolutions arabes, on entend beaucoup le mot de liberté. Il faut célébrer ce retour de l'étendard de la liberté dans notre camp, qu'avait voulu nous confisquer trop longtemps un libéralisme économique autoritaire. On peut dire que ce mouvement dénonce une liberté formelle au nom de la défense de nos libertés concrètes. Cela suffit pour nous faire renouer avec toute la tradition révolutionnaire dont nous prenons la suite même à l'aborder avec un regard très critique et beaucoup moins d'illusions afin de ne pas refaire les mêmes erreurs mais tirer enseignement de ses échecs passés.

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L’appauvrissement volontaire

Bien loin des analyses du Capital, les marxistes avaient tendance à réduire le capitalisme à la captation illégitime de la force de collectivisation du travail, ce qui leur permettait de promettre des lendemains qui chantent avec une productivité soi-disant augmentée et une abondance socialiste que tout démentait hors la propagande soviétique. Il faut se persuader au contraire que le capitalisme et son productivisme intrinsèque sont imbattables dans la production de richesses monétaires et de marchandises. Toute alternative devrait donc se traduire par une réduction plus ou moins sensible du pouvoir d'achat d'une majorité de la population, d'autant plus dans ces périodes de crise. Prétendre qu'on saurait mieux faire marcher l'économie que le capitalisme marchand est une illusion sauf à en adopter son productivisme justement.

On ne fait pas ce qu'on veut en économie. L'échec de 1936, c'est la dévaluation et l'inflation qui ont annulé les augmentations de salaire arrachées de haute lutte, sa victoire, ce sont des droits conquis comme les congés payés. On peut certes attendre beaucoup d'une "libération du travail" et de la créativité qu'elle devrait produire, une bien meilleure qualité de vie mais certainement pas une augmentation du PIB ni des revenus sauf pour les plus pauvres.

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Revue des sciences 10/11

  • Seuls dans l'Univers?
  • Histoire de l'oeil
  • Le réchauffement du Permien moins rapide que l'actuel
  • La vie avant l'ARN
  • Des neutrinos iraient plus vite que la lumière
  • L'espace orienté
  • Les Chinois pensent à exploiter des astéroïdes
  • Supraconducteurs
  • L'explosion de la consommation d'énergie
  • Et si nos voitures roulaient au nucléaire ?
  • De l’hydrogène produit grâce à l'osmose inverse et des bactéries
  • Du pétrole en Moselle ?
  • La fin des marronniers
  • Reconstitution de ce que voit le cerveau
  • Un rat avec une partie de cerveau électronique
  • Un vaccin contre le cancer du poumon
  • Vitamines B contre Alzheimer
  • Near Death Experiences
  • 38,2% d'Européens ont des troubles psychiques
  • Les premiers câbles électriques en nanotubes

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La relocalisation de la production

Adresse aux 2èmes rencontres de la relocalisation (24 et 25 septembre)
L'écologie, c'est d'abord la relocalisation puisque c'est la réhabitation de notre territoire et la réappropriation de nos vies dans lesquelles la production et le travail occupent une grande place. L'économie locale est à la fois un facteur déterminant de notre qualité de vie et de l'équilibre local. La relocalisation concerne aussi bien la production d'énergie, par le solaire et autres énergies renouvelables, l'agriculture, avec l'organisation de circuits courts, et même l'industrie qui délocalise, mais la relocalisation concerne majoritairement les services (de proximité) et le travail immatériel à l'ère du numérique. Il s'agit non seulement de travailler au pays (sans dépendre de multinationales) mais d'accéder au travail choisi et d'échapper au salariat productiviste (ce qui nécessite un revenu garanti) tout en trouvant à valoriser ses compétences (grâce à des coopératives municipales), en privilégiant les échanges de proximité (avec des monnaies locales).

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Vers des villes vertes

L'écologie comme "vie naturelle" peut difficilement s'appliquer aux grandes villes et pourtant, non seulement la majorité de la population mondiale vit maintenant dans des grandes villes mais c'est devenu écologiquement incontournable, réduisant les déplacements et l'impact sur l'environnement. Il n'y a pas d'alternative au moment où l'on va atteindre le pic de la population mondiale qui doit encore augmenter de 40%, ce qui n'est pas rien. Dans ce contexte, le retour à la terre ne sera possible que pour une toute petite minorité (qu'on peut certes encourager).

C'est bien là où l'écologie responsable se révèle incompatible avec des utopies écologistes complètement en dehors du temps alors qu'il faut bien s'affronter aux réalités de l'époque pour sauvegarder l'avenir. On ne choisit pas le monde dans lequel on naît et il ne fait aucun doute que le monde futur sera à la fois numérique et plus peuplé qu'aujourd'hui (sauf épidémie foudroyante toujours possible) avant d'entamer sa décroissance dans 50 ans peut-être ? Au lieu de rêver d'un déferlement des urbains sur les campagnes, l'enjeu actuel est donc plutôt de rendre les villes plus écologiques, d'amener la nature dans les villes plutôt que de bâtir des villes à la campagne.

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Revue des sciences 09/11

  • Le désordre des protéines
  • La langue façonne la pensée
  • Le principe de Peter
  • Un quasar lointain éclaire les débuts de l'univers
  • La nouvelle théorie de Lee Smolin : l'espace des moments
  • La gravité n'est pas une émergence entropique
  • La Lune aurait absorbé une autre lune
  • Les Chinois veulent détourner Apophis de la Terre
  • Une ceinture d'antiprotons autour de la Terre
  • Une cape d'invisibilité pour la lumière visible
  • Influence des rayons cosmiques sur la formation des nuages
  • Une prolongation du courant du Labrador en eau profonde
  • Une machine à fabriquer de l'eau
  • Confirmation du monde ARN à l'origine de la vie
  • Les mêmes contraintes conduisent aux mêmes évolutions
  • De l'importance de la biodiversité
  • La communication universelle entre bactéries
  • Un robot-abeille parle aux abeilles
  • L'évolution à l'envers : un alligator dans un oeuf de poule
  • Homo Erectus faisait cuire ses aliments
  • Le vieillissement s'arrête à 90 ans
  • Vaginale "et" clitoridienne
  • Vous n'avez plus que 12 ans à vivre
  • Une pilule contre les coups de soleil
  • L'Ecstasy contre le cancer
  • Nicotine contre Parkinson
  • Le sel aggrave le déclin cognitif
  • Du sang neuf pour un cerveau neuf
  • Un test de paternité pendant la grossesse
  • Une mousse stable 6 mois jusqu'à 60°C
  • Graver ses DVD dans la pierre
  • Utiliser les interférences pour accélérer les communications sans fil
  • Passer les vitesses du vélo par la pensée

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Vent de panique

Il n'y aurait pas grand chose à ajouter sur une crise qui s'aggrave comme prévue, sinon qu'on mésestime en général la capacité d'un "pilotage à vue" de faire durer des états instables. Il avait été démontré ainsi qu'on pouvait (théoriquement) contrôler des phénomènes chaotiques comme des ouragans avec de petites interventions bien ciblées à condition d'avoir une réactivité suffisante mais, bien sûr, plus la crise dure et plus un quelconque grain de sable peut tout gripper.

Or, on a de bonnes raisons de croire que ce grain de sable devrait être politique. Que ce soit du côté des USA ou de la désintégration de l'Euro (voire de la Chine?). En tout cas, la situation se détériore avec le temps faisant éclater la belle solidarité initiale face à la menace de crise systémique et laissant souffler ce qu'on doit bien appeler un vent de panique, sensible dans les commentaires de quelques analystes au moins.

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Revue des sciences 08/11

  • L'inflation cosmique remise en question
  • Des octonions pour la théorie des cordes
  • L'entropie négative
  • La quantification des trous noirs
  • Un trou dans le temps
  • Maintenir l'intrication dans la durée
  • Une nanosphère superposée en 2 endroits à la fois
  • Des cellules solaires imprimées ou en spray
  • Les maisons Nano en kit de Tata à 500€
  • Ce qui n'est pas génétique dans l'évolution
  • Un signal bioélectrique précéderait la différenciation des organes
  • La personnalité d'animaux sans cerveau
  • Pas de grand-parents avant 30 000 ans
  • Nous étions 10 fois plus nombreux que Neandertal
  • Nos ancêtres les Gravettiens
  • Le cerveau du vague au précis
  • On a fait pousser une dent de souris dans un rein…
  • Le contrôle par la pensée pour les paralysés
  • Les machines outils de la nanotechnologie
  • Les robots intelligents

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Crise globale et alternatives locales

Les dernières péripéties des créanciers européens pour s'assurer le remboursement de leur dette par une Grèce exsangue manifestent plusieurs évidences :

- D'abord que "la crise n'a pas encore eu lieu", qu'on ne fait que repousser mois après mois depuis 2008 par des mesures plus ou moins impressionnantes, mais qui devrait s'aggraver assez vite maintenant.

- Ensuite, qu'on ne fait à chaque fois que le minimum requis, même si ce minimum a pu être au début des sommes inimaginables, les dernières mesures étant notoirement insuffisantes, le défaut de paiement de la Grèce pouvant même avoir des effets systémiques, un peu comme la faillite de Lehman Brothers.

- Enfin que les décisions ne dépendent pas plus de nous qu'une déclaration de guerre, nous transformant en spectateurs plus qu'en acteurs de l'histoire.

La démocratie se réduit ici au fait que ceux qui prennent les décisions soient nos élus, mais ils s'enferment pendant des heures pour nous gratifier des conclusions de leur conclave sans que nous ayons notre mot à dire, ou plutôt sans que personne ne se soucie de ce qu'on peut en dire. Pas tout-à-fait, les discours dominants et des théories économiques (largement erronées) gardent une grande influence mais seulement en ce qu'ils s'incarnent dans des institutions.

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Un homme de parole (le sujet du langage)

Pour finir la série, après avoir survolé l'histoire de l'humanisation du monde et de sa transformation matérielle, il s'agit de comprendre en quoi précisément le langage narratif a pu tout changer de notre vécu au point de nous séparer des autres animaux.

Il n'y a pas de nature humaine, ce qui fait l'homme, c'est la culture qui s'oppose à la nature par construction, la raison qui nous détache du biologique, la civilisation qui réprime nos instincts, l'histoire qui prend le relais de l'évolution. C'est un nouveau stade de la séparation du sujet et de l'objet, de l'autonomisation de l'individu par rapport à son environnement, processus qui vient de loin et n'est pas réservé à notre temps. Tout n'est pas culturel pour autant. Il ne s'agit en aucun cas de nier les mécanismes biologiques étudiés avant, par exemple dans la différence des sexes, mais de ne pas les assimiler trop rapidement à ce que la culture y superpose de systématisation (dans la division actif/passif notamment). Pour les sociétés humaines, rien ne justifie de faire du biologique une raison suffisante, encore moins une norme culturelle, et il faudrait éviter les tentations scientistes de mettre sur le compte de la biologie ce qui résulte d'une longue histoire.

L'essentiel, c'est le lien de la culture et du langage tel qu'il avait été établi par le structuralisme dont l'apport là-dessus est considérable et ne peut être ignoré. On peut regretter le discrédit dans lequel il est tombé de nos jours, certes à cause de ses excès, ses erreurs, ses errements. Le phénomène est on ne peut plus classique et relève justement d'une analyse structurale : chaque génération se construit sur l'opposition à la génération précédente et toute théorie trop dominante est destinée à un temps de purgatoire quand elle est passée de mode ! Il n'empêche que la culture, les contes, les mythes, les rites, les modes relèvent bien d'une approche linguistique et structurale, ce qui n'est en rien une négation de l'histoire comme le craignait Jean-Paul Sartre, ni même de l'humanisme, encore moins de la liberté. On devrait parler plutôt, comme Lucien Goldmann, d'un structuralisme génétique car les structures évoluent, bien sûr. Ce n'est pas parce qu'il y a des règles qu'elles ne peuvent pas changer, simplement elles doivent garder une certaine cohérence, un peu comme l'évolution du squelette doit respecter des contraintes structurelles, évoluant donc plutôt par sauts et changements de paradigme (ou d'épistémé).

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L’humanisation du monde

On continue. Après avoir passé en revue l'origine de la vie et de la subjectivité puis tout ce que nous partageons avec les animaux, en particulier les chimpanzés, il faut prendre la mesure de ce qui malgré tout nous sépare de la nature (et donc de toute nature humaine) avec le langage, la culture, la civilisation, séparation progressive mais qui n'est plus réductible au corps, ni à l'espèce dès lors qu'il s'agit bien de l'humanisation du monde. S'il faut tenir compte de notre nature animale et de nos besoins vitaux, puisque nous restons des animaux, le biologisme nous réduisant au corps a toujours été une dangereuse barbarie, même lorsque c'est au nom de la jouissance et d'une libération de nos pulsions. L'écologie-politique consiste à réintroduire la nature dans la culture (mettre la nature en culture), ce qui est tout autre chose.

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Revue des sciences 07/11

  • Ce que l'épilepsie révèle de la conscience
  • Le baclofène contre la dépendance à l'alcool ?
  • Un démon de Maxwell pour refroidir les atomes
  • Premiers accouplements, premiers vivipares
  • La fonction du rêve
  • L'inexplicable dualité entre trous noirs et supraconduction
  • Vers un petit âge glaciaire ?
  • Lutter contre la pollution atmosphérique augmenterait la température de 3°C !
  • Le GIEC envisage des miroirs pour nous protéger du soleil
  • Un accélérateur d'évolution
  • Reproduction en laboratoire des premiers multicellulaires ?
  • La vieillesse, un effet du risque de mortalité précoce ?
  • Les Australopithèques n'étaient pas nomades
  • L'évolution humaine 30 fois plus lente que prévue
  • Le croisement avec Neandertal nous aurait adapté aux contraintes locales
  • Le néolithique a dégradé nos conditions de vie
  • La simulation du fonctionnement du cerveau
  • Copier et restituer la mémoire
  • La médecine chinoise contre le Parkinson


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La part animale de l’homme

Redonnons le contexte. Après avoir défini la vie comme se créant elle-même dans l'épreuve du réel par la reproduction et la sélection constituant un processus cognitif dès la première cellule, nous avons essayé de cerner ce qui constituait la subjectivité du vivant, son vécu dans ses formes les plus simples jusqu'à l'apparition d'un système nerveux et les premiers sentiments de plaisir ou de peine à la base des capacités d'apprentissage.

Dans ce chapitre, nous allons essayer de rassembler tout ce que notre subjectivité doit à sa part animale. Là encore on pourra toujours y voir de simples poncifs d'une vieille biologie réfutée depuis longtemps alors que c'est plutôt leur ré-interprétation complète à l'aune de l'éthologie et de la biologie la plus actuelle ainsi qu'une "critique de la critique" de l'anthropomorphisme, du vitalisme et du finalisme qui ne nous ramène pas à l'état antérieur (négation de la négation toujours partielle), mais qui réintroduit ces notions, qui s'imposent de l'expérience animale et de notre vécu, en les débarrassant de leur contamination initiale par la théologie. Notamment, ce qu'on appelle "la théorie de l'esprit", capacité de se représenter la subjectivité d'un autre animal, justifie une certaine connaissance participative qui accède sans conteste à une réalité effective malgré sa part de projection et d'arbitraire.

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