La crise et le déclin de l’Occident

4 ans ! plus de 4 ans déjà que cette crise systémique a commencé et qu'on nous promet qu'on en voit la fin, qu'elle est déjà derrière nous, qu'elle est circonscrite alors qu'on attend toujours son dénouement qui tarde à venir pendant que les pays tombent un à un sous le poids de leur dette. Ce n'est pas fini et pourrait durer longtemps encore. Le temps de l'histoire est bien trop lent pour nos vies humaines, on se lasse vite de redire tout le temps la même chose. J'avais déjà averti qu'un pilotage à vue pouvait retarder assez longtemps les inévitables conséquences de cette crise : krach de la dette, effondrement du dollar et retour de l'inflation qui devraient inaugurer un nouveau cycle de Kondratieff (de croissance). Il faut dire que les moyens employés sont démesurés, se chiffrant en milliers de milliards, ce qui donne à chaque fois l'impression d'une situation maîtrisée alors qu'on se met dans une position très instable, comme en surfusion où le moindre incident déclenche une nouvelle crise encore plus grave ! C'est effectivement une caractéristique de ces crises systémiques, plus on les retarde et plus elles s'aggravent...

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2012, l’année de tous les dangers

On a beau ne pas croire à toutes les prédictions farfelues sur la fin du monde et vouloir faire le malin à qui on ne la fait pas, il est quand même bien difficile de s'imaginer que le monde ne va pas s'écrouler cette année, sans attendre sans doute la date fatidique du 21/12/12 ! Certes, ce ne sera pas vraiment la fin du monde, même pas du capitalisme comme on se précipite à l'espérer, mais il est encore plus difficile de savoir comment on va pouvoir se sortir de ce bourbier, les élections ne faisant qu'ajouter à la confusion.

Pour les bons voeux, on repassera. Comme cela fait 4 ans que ça dure, on a pris l'habitude de l'extrême lenteur avec laquelle la crise s'aggrave et fait tomber les Etats un par un, on pourrait en avoir pour 10 ans peut-être mais, tout de même, cette fois on ne voit pas comment on va s'en tirer. Beaucoup dépend de l'effondrement du dollar qui devrait s'être produit depuis longtemps déjà et donc peut à nouveau être différé quelque temps alors même que la planche à billets tourne à plein régime, venant de rajouter au pot encore 1000 milliards fictifs, c'est Noël ! Il est quand même peu probable que ça tienne encore longtemps comme cela, la crise touchant maintenant au coeur, ne laissant personne à l'abri et devant se transmettre aux monnaies désormais.

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La montée des taux et le krach de la dette

D'une certaine façon, on peut dire qu'il ne sert à rien de se projeter dans le long terme. Les boursiers savent bien qu'il ne faut pas avoir raison trop tôt et qu'il vaut mieux avoir tort avec les autres que raison tout seul, ce qui signifierait dans ce cas perdre gros sur le court terme. Cela explique les mouvements erratiques de la Bourse et leur réactivité disproportionnée aux nouvelles immédiates, bien trop rassurés en effet par les dernières péripéties d'une prise de pouvoir de la finance sur les Etats.

Non seulement on ne gagne rien sur le moment à la clairvoyance mais personne ne vous en saura gré lorsque les faits vous auront donné raison et que cette opinion sera devenue commune. On dira par exemple que, de toutes façons, il y a toujours des prophètes de malheur qui finissent par avoir raison quand une catastrophe se produit, un peu comme une montre arrêtée marque l'heure exacte une fois par jour... Ce n'est pourtant pas la même chose de croire qu'il n'y aura plus jamais de crises comme on s'était laissé allé à le penser (comme en toute bulle) ou d'annoncer la prochaine, même si on est bien incapable d'en donner la date.

Ce n'est pas de prévoir la crise cependant qui peut avoir un quelconque intérêt, mais de tenter d'en expliciter les mécanismes, même si c'est un exercice complètement inutile. En tout cas, dans les politiques de rigueur comme dans les réactions boursières personne ne semble apercevoir ce qui crève les yeux, que la hausse des taux contre lesquelles les Etats se mobilisent est inévitable à plus ou moins long terme, précipitant tôt ou tard le krach de la dette.

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Mayotte à feu et à sang

Un courrier que j'ai reçu sur la situation à Mayotte.

Comme les médias nationaux ne font pas leur boulot, je vous envoie quelques nouvelles du front, car c'est bien de front dont il s'agit.

Nous en sommes ici à 25 jours de grève et de manifestations. Et il a fallu un mort pour que les médias nationaux se déplacent, que l'assemblée nationale et le sénat s'émeuvent.

Le prétexte de ces émeutes est le véritable problème de la vie chère. Je dis prétexte parce que les évènements font émerger des problèmes sociaux encore plus épineux.

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Le retour des luttes d’émancipation

Pour toutes sortes de raisons le mouvement des indignés ne semble pas prendre pour l'instant en France. C'est pourtant de là que l'impulsion initiale est partie, à la grande surprise du merveilleux Stéphane Hessel qui n'y est pas pour grand chose et a dû essuyer par ici de nombreuses critiques injustifiées. Ce n'est pas si grave et n'empêchera pas ce premier mouvement révolutionnaire mondial d'être irréversible et de marquer le retour des luttes d'émancipation après des années de soumission à l'économisme le plus sordide.

Bien que le caractère social des revendications soit manifeste, facteur premier des mobilisations, il faut insister sur le fait que ce ne sont pas simplement des revendications matérielles et des luttes catégorielles mais tout autant des luttes d'émancipation qui visent à étendre les droits de l'individu contre le système et se libérer de la dictature économique (ce qui n'est certes pas une mince affaire mais prend avec la crise un sens très tangible). En tout cas, depuis les révolutions arabes, on entend beaucoup le mot de liberté. Il faut célébrer ce retour de l'étendard de la liberté dans notre camp, qu'avait voulu nous confisquer trop longtemps un libéralisme économique autoritaire. On peut dire que ce mouvement dénonce une liberté formelle au nom de la défense de nos libertés concrètes. Cela suffit pour nous faire renouer avec toute la tradition révolutionnaire dont nous prenons la suite même à l'aborder avec un regard très critique et beaucoup moins d'illusions afin de ne pas refaire les mêmes erreurs mais tirer enseignement de ses échecs passés.

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Vent de panique

Il n'y aurait pas grand chose à ajouter sur une crise qui s'aggrave comme prévue, sinon qu'on mésestime en général la capacité d'un "pilotage à vue" de faire durer des états instables. Il avait été démontré ainsi qu'on pouvait (théoriquement) contrôler des phénomènes chaotiques comme des ouragans avec de petites interventions bien ciblées à condition d'avoir une réactivité suffisante mais, bien sûr, plus la crise dure et plus un quelconque grain de sable peut tout gripper.

Or, on a de bonnes raisons de croire que ce grain de sable devrait être politique. Que ce soit du côté des USA ou de la désintégration de l'Euro (voire de la Chine?). En tout cas, la situation se détériore avec le temps faisant éclater la belle solidarité initiale face à la menace de crise systémique et laissant souffler ce qu'on doit bien appeler un vent de panique, sensible dans les commentaires de quelques analystes au moins.

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Crise globale et alternatives locales

Les dernières péripéties des créanciers européens pour s'assurer le remboursement de leur dette par une Grèce exsangue manifestent plusieurs évidences :

- D'abord que "la crise n'a pas encore eu lieu", qu'on ne fait que repousser mois après mois depuis 2008 par des mesures plus ou moins impressionnantes, mais qui devrait s'aggraver assez vite maintenant.

- Ensuite, qu'on ne fait à chaque fois que le minimum requis, même si ce minimum a pu être au début des sommes inimaginables, les dernières mesures étant notoirement insuffisantes, le défaut de paiement de la Grèce pouvant même avoir des effets systémiques, un peu comme la faillite de Lehman Brothers.

- Enfin que les décisions ne dépendent pas plus de nous qu'une déclaration de guerre, nous transformant en spectateurs plus qu'en acteurs de l'histoire.

La démocratie se réduit ici au fait que ceux qui prennent les décisions soient nos élus, mais ils s'enferment pendant des heures pour nous gratifier des conclusions de leur conclave sans que nous ayons notre mot à dire, ou plutôt sans que personne ne se soucie de ce qu'on peut en dire. Pas tout-à-fait, les discours dominants et des théories économiques (largement erronées) gardent une grande influence mais seulement en ce qu'ils s'incarnent dans des institutions.

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La révolution a déjà commencé

Avant de prendre congé, alors que le mouvement semble connaître un reflux, à l'exception notable de la Grèce, il me semble que c'est le moment de se rendre compte que, quoiqu'il arrive, la révolution a déjà commencé. Cela ne veut pas dire que la victoire serait proche, encore moins qu'elle serait facile. Il faut s'attendre à bien des revers mais si l'on peut dire que la crise n'a pas encore vraiment eu lieu, retardée par l'intervention des Etats, on a du moins déjà les prémices des révolutions à venir. Dans le sillage des révolutions arabes, le mouvement des indignados a bien posé les bases des mobilisations populaires devenues indispensables pour sortir de l'impasse où nous conduisent des marchés financiers aveugles.

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La démocratie est un rapport de force

Quelques réflexions rapides sur les perspectives du mouvement en cours

Rien de plus bienvenu que d'exiger une démocratie réelle à la place d'une démocratie formelle de plus en plus vidée de sa substance mais il faudrait bien comprendre pourquoi le droit de vote ne suffit pas à définir un régime démocratique, ce qui peut paraître étonnant, tout de même, du moins quand les élections ne font pas l'objet de falsifications patentes.

On fait appel en général à une supposée "servitude volontaire" assez imbécile, donnant l'illusion qu'il suffirait d'éclairer le peuple de nos lumières pour qu'il suive la voie lumineuse de l'émancipation (la nôtre bien sûr). C'est tout autre chose et un peu plus compliqué, d'une part du fait que la vérité n'est pas donnée (on a toujours moins raison qu'on ne croit et on ne pense pas tous pareil, loin de là) mais surtout parce que le vote est avant tout un rapport de force, ce qui est beaucoup trop dénié alors que sous la monarchie, voter était ouvertement un rite de soumission.

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Les contradictions entre révolution et démocratie

revolution.png Lorsque j'annonçais le retour des révolutions et de l'inflation, cela ne paraissait guère crédible à l'époque, pas tellement plus que lorsque je soulignais l'année dernière la nécessité de l'intervention des peuples, tant s'imposait la certitude d'une fin de l'histoire où plus rien ne pouvait changer. Maintenant que ce sont devenus des faits incontestables, il convient de tempérer les illusions qu'ont pu faire naître les révolutions arabes et la perspective d'un effondrement du capitalisme bien peu probable (même si le pire est sans doute encore devant nous), en rappelant la dialectique bien connue des mouvements révolutionnaires suivis régulièrement par un retour à l'ordre souvent musclé.

Pour ne pas se tromper de stratégie, il faudrait prendre en compte à la fois ce que les soulèvements populaires peuvent avoir de nécessaires, y compris en démocratie quand elle devient trop oligarchique, et les limites que la démocratie peut mettre aux espérances révolutionnaires. On le sait depuis Mai68, rien de mieux que d'organiser des élections pour mettre fin à une révolution qui se retrouve (forcément) minoritaire. Ce sont les contradictions entre révolution et démocratie qu'il faut mesurer, en même temps que ce qui les rend inséparables : les démocraties se fondent sur des révolutions et s'y régénèrent périodiquement mais une révolution réellement démocratique empêchera toute dictature révolutionnaire, et même toute instauration d'une prétendue "démocratie directe". Il n'y aura jamais aucune majorité pour cela. Ce qu'on peut attendre d'une révolution, c'est autre chose, une réaffirmation des solidarités sociales, une réduction des inégalités et des institutions plus justes, mieux adaptées à notre temps.

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Le pouvoir du peuple

La situation devient plus tendue. Les révolutions arabes montrent à la fois le pouvoir du peuple assemblé et ses limites au-delà du renversement du tyran, sans autres perspectives que de rejoindre nos vieilles démocraties marchandes essoufflées. Ici, la crise commence à faire sentir ses conséquences dévastatrices en même temps que les limites d'un pouvoir politique inévitablement soumis aux marchés et dont la collusion avec les riches affiche sans ambiguïté son caractère ploutocratique tout comme la dérive oligarchique de presque tous les partis (conformément à "la loi d'airain de l'oligarchie"). Loin des belles envolées métaphysiques dont on la célèbre à l'envie dans les discours, la démocratie a bien perdu tout son sens, réduite au choix d'un Président Directeur Général chargé de gérer au mieux l'économie du pays ou simplement d'éviter le pire.

Face au scandale des compromissions de toute la classe politique et de la transformation de nos élus en élites gouvernantes coupées des populations, le rejet est plus profond que jamais, exprimé par le souhait bien compréhensible qu'ils dégagent tous, souhait repris par les populistes de droite comme de gauche. Car il y a bien convergence sur de nombreux points de populismes qui s'affrontent pourtant Front contre Front. L'opposition au libéralisme et à l'Europe avait déjà rapproché les deux côtés lors du référendum sur la constitution européenne. La crise ajoute le thème du protectionnisme et la nécessité de mesures radicales, sauf que ce ne sont pas les mêmes, bien sûr. Du moins, on peut dire que cette gauche anoblit l'appel à un pouvoir fort, au retour du politique, elle lui donne une crédibilité qui profitera toujours plus au nationalisme et à l'extrême-droite qui manient la haine de l'étranger et de boucs émissaires faciles. Il ne s'agit pas de nier les différences, patentes, mais de voir en quoi une certaine gauche renforce une extrême-droite qui a le vent en poupe, constat désagréable qui était déjà celui des fascisme et nazisme inspirés des communistes qu'ils combattaient.

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Rien ne sert de faire la révolution, il faut savoir qu’en faire

manifestation-egypte-moubarak-.jpg On peut s'étonner qu'Olivier Besancenot dise avoir vécu jusqu'ici dans un monde sans révolutions alors qu'il a dû connaître au moins le renversement des régimes communistes et les "révolutions de couleur", sans doute considérées par lui plutôt comme des contre-révolutions puisqu'elles n'étaient que des conversions au capitalo-parlementarisme mais c'est bien l'horizon de la "révolution de jasmin". L'autre hypothèse, rabâchée, celle de la révolution avortée du Caire, ce sont les frères musulmans mis pas pour rien au premier plan. En tout cas, rien ne laisse espérer, dans un cas comme dans l'autre, l'engagement dans un processus révolutionnaire comme en Amérique du sud. Certes, il faut soutenir le renversement des dictatures mais il ne suffit pas de renverser le tyran, il faut voir qui le remplace.

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L’économie expliquée par l’histoire

René Passet, Les grandes représentations du monde et de l'économie à travers l'histoire

La loi des milieux naturels et humains n'est pas l'équilibre qui les fige, mais le déséquilibre par lequel ils évoluent. p901

Voilà un grand livre comme il en sort peu par décennie, projet d'histoire totale reconstituant la généalogie des paradigmes culturels, scientifiques, économiques, à partir des périodes les plus reculées jusqu'à notre actualité la plus brûlante. Cette déconstruction de théories économiques renvoyées à leur historicité, vise à la reconstruction d'une bioéconomie intégrée à son milieu comme à l'histoire culturelle, économie vivante et en devenir, où se totalisent les savoirs accumulés avec les nouveaux paradigmes de la complexité et de l'économie immatérielle.

C'est aussi un gros livre de près de mille pages auquel il n'est pas question de s'attaquer d'emblée mais qu'il faudra étudier patiemment. On peut d'ailleurs parier que, malgré l'absence inexplicable d'index, il sera bien utile aux étudiants comme manuel pour comprendre l'histoire des théories économiques que René Passet replace dans l'évolution des idées, des conceptions scientifiques et de l'état des techniques, éclairant notamment le passage de la mécanique à la thermodynamique puis à la complexité écologique et informationnelle.

En fait, même si on passe bien en revue les théories économiques (notamment Marx, Keynes, Hayek, etc.), on peut penser que c'est avant tout une histoire culturelle de l'humanité, où l'économie n'a d'ailleurs que peu de place au début, entreprise encyclopédique risquée et forcément "discutable", qu'on pourrait rapprocher de celle de Michel Foucault mais qui se réclame plutôt de Khun et de ses paradigmes dont les changements caractérisent les grandes révolutions scientifiques et techniques. Il faut tout ce détour historique pour comprendre notre temps tout comme l'économie actuelle à la lumière des considérables mutations techniques (émergence de l'immatériel), scientifiques (théorie du chaos, sciences cognitives) mais aussi politiques et environnementales que nous connaissons.

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Révolution virtuelle et révolution réelle

J'avais trouvé intéressant le buzz autour de la proposition d'Eric Cantona de retirer son argent des banques, non que j'aie jamais cru à un véritable bankrun, ni même que ce serait souhaitable, mais parce que le succès médiatique rencontré manifestait une salutaire défiance envers les banques et que cela pouvait être une façon d'exprimer notre protestation citoyenne comme de répondre aux réactions déplacées de nos élites.

L'échec total de l'opération montre cependant toute la distance qu'il peut y avoir entre une mobilisation virtuelle et les mobilisations réelles. Plus important encore, la difficulté éprouvée à la mise en pratique de ce qui semblait si évident et si simple, en parole du moins, aura eu pour effet bien plutôt de faire sentir à chacun à quel point il était dépendant du système, ne pouvant sérieusement souhaiter son effondrement...

On pourrait en tirer la conclusion que toute révolution est devenue impossible, alors même qu'on est dans une période on ne peut plus révolutionnaire où l'intervention des peuples est devenue absolument nécessaire mais il ne faudrait pas se tromper de révolution ni se monter la tête. Cette intervention ne peut prendre d'autre forme qu'une grève générale et ne peut prétendre abattre un système devenu vital, seulement renverser le rapport de force entre le travail et la finance pour changer les règles du jeu, mettre un terme à la destruction des protections sociales, conquérir de nouveaux droits (revenu garanti pour tous) et commencer peut-être à construire un autre système de production.

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Ce n’est qu’un début…

Le mouvement actuel semble dans une impasse. On ne voit pas quels pourraient être ses débouchés, comment on pourrait obtenir le retrait de la réforme une fois celle-ci votée (sauf à passer par une véritable grève générale). On n'est pas dans la même situation qu'avec le CPE, la question des retraites et donc de notre avenir ne peut être mise sous le tapis, mais c'est peut-être justement la chance que la mobilisation dure et se radicalise, même s'il va très certainement y avoir un reflux très important en terme de nombre. De quoi donner le temps de s'organiser et de gagner en consistance, d'élaborer des propositions alternatives majoritaires puisqu'à partir des retraites, c'est bien le travail tout au long de la vie qui est en cause ainsi que les 30 prochaines années sur lesquelles il faut se projeter alors que tout a changé autour de nous.

De son côté, le pouvoir, on ne peut plus discrédité, s'est mis lui-même dans une impasse à refuser d'écouter les syndicats pourtant unanimes, car on ne voit pas non plus comment la protestation cesserait désormais dans un contexte si objectivement révolutionnaire. On peut dire que toutes les conditions sont remplies avec cette crise profonde qui remet en cause l'ordre précédent dans ses fondements même, faisant apparaître son injustice criante et son insoutenabilité effective. Jusqu'ici, la réalité était en avance sur une subjectivité révolutionnaire complétement absente, donnant un aspect irréel encore aux dernières manifestations avec un côté marche forcée auquel on avait du mal à adhérer car, cette fois, ce n'est pas la subjectivité qui nous met en marche mais, qui petit à petit, rejoint ce que la rupture historique que nous vivons peut avoir de réellement révolutionnaire.

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La globalisation aggrave les risques systémiques

C'est presque une tautologie de dire que la globalisation aggrave les risques systémiques, de même qu'elle aggrave les risques de pandémie, mais l'application de la théorie de l'évolution à l'économie permet plus précisément de prédire que la mondialisation devrait accroître le risque de récession et de récupération lente, un phénomène qui serait corroboré par des données réelles.

C'est pourtant le contraire de ce qu'on prétendait à nous vendre une "mondialisation heureuse" qui n'était qu'un emballement insoutenable même si elle a permis le décollage de la Chine ou du Brésil, entre autres. Notre seule chance de sortie réside d'ailleurs dans le découplage relatif de ces pays et des vieilles économies endettées mais les interdépendances sont probablement trop fortes. De quoi nous condamner sans doute à une crise plus longue, en rapport avec les masses en jeu, mais c'est surtout l'occasion de revenir à plus de modularité ainsi qu'à la pluralité des systèmes, sur le modèle du vivant, ce qui a toujours constitué le fondement explicitement anti-totalitaire de l'écologie-politique.

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Les affaires continuent…

Il y a des signes d'une rechute imminente, notamment aux Etats-Unis, et il n'y a rien de bon à en attendre. Alors que ceux qui prennent leurs désirs pour la réalité voulaient se persuader, étant donné son ampleur, que cette crise systémique serait la dernière du capitalisme, force est de constater que les affaires continuent, aussi bien les scandales politico-financiers que les spéculations financières. Si la situation s'aggrave, on peut dire que c'est sur tous les plans !

On n'est pas à la fin de l'histoire, on n'a rien vu encore, mais l'ambiance nauséabonde, très années trente, est un sombre présage. Si l'histoire ne se répète pas, ce sont bien les mêmes processus qui sont à l'oeuvre. Le fascisme et la xénophobie sont de nouveau à la mode, ce qui paraissait impensable il y a si peu de temps, alors que le communisme ne s'est pas remis de son effondrement trop récent. On ne peut dire que la situation soit favorable aux "progressistes", ce serait plutôt le moment de rentrer dans une résistance minoritaire, qu'on peut espérer assez forte pour renverser le courant, pas de croire que le capitalisme va s'effondrer tout seul pour nous laisser entrer dans le monde merveilleux de la liberté, de l'égalité et de la fraternité républicaine.

C'est un combat qui n'est jamais gagné d'avance. Il semble même qu'on doit absolument passer par le pire avant de redresser la tête. Il n'y a pas de doute qu'on s'en sortira par une écologie-politique mais qui n'est pas de taille encore, trop perdue dans les brumes, entre pragmatisme, moralisme et utopies, pour réussir à rallier l'opinion et s'opposer au raidissement des situations conflictuelles. Ce n'est pas la gauche qui nous sauvera non plus, ayant perdu toute substance et crédibilité. La révolution il faudra bien la faire nous-mêmes pour changer la classe politique, les institutions et les rapports de production mais ce n'est pas pour tout de suite, ce n'est pas le temps du rêve, seulement celui de la résistance pour nous sortir de ce cauchemar.

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Complexification des modèles et simplification de la réalité

Ouf, on l'a échappé belle. On craignait que la canicule ne dure toute l'année mais l'hiver a été froid avec une activité solaire réduite et il parait que la reprise est là avec de timides créations d'emploi (dues au recensement américain?). Tous nos soucis s'envolent. Même l'inflation des matières premières est considérée un peu vite comme une bonne nouvelle. Car, bien sûr, le réchauffement se poursuit au niveau mondial entraînant la fonte des méthanes marins. Les dettes accumulées sont clairement tout aussi insoutenables, menaçant les Etats maintenant, et le pic pétrolier s'annonce imminent alors que la consommation de la Chine et des pays les plus peuplés explose ! Ces faits massifs ne se font cependant pas tellement sentir dans notre quotidien pour l'instant. Est-ce suffisant pour décréter qu'ils n'existent pas et que tout doit toujours continuer comme avant ?

Ce qu'on va examiner ici, c'est en quoi il faut passer par l'aggravation de la crise qui n'est pas contingente mais inévitable car elle opère une simplification de la réalité nécessaire à la décision politique, pour déboucher ensuite sur une complexification des modèles, un peu plus robustes mais qui ne pourront jamais prévoir l'imprévisible dans leur confrontation au réel (et qui peuvent même nous mener au pire à mesure qu'ils paraissent plus infaillibles). C'est la condition post-moderne de l'action dans un monde incertain et qui doit prendre en compte ses conséquences négatives.

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La transition énergétique

On n'a rien vu encore. La crise économique s'aggrave en devenant crise politique mais ce n'est pas notre seul problème, ni peut-être le pire car la crise énergétique va rapidement revenir sur le devant de la scène. En effet, le pic de la production pétrolière pourrait bien être atteint en 2014. Oui, dans 4 ans seulement, vous avez bien lu ! Ces annonces sont toujours sujettes à caution, très dépendantes du niveau des cours, mais justement la retombée de ce qu'on a pris pour une bulle du pétrole (à l'origine de l'écroulement financier) a découragé des investissements qui auraient pu exploiter d'autres sources et, c'est un fait, les capacités actuelles sont à leur maximum. On va donc se trouver avec des risques de pénurie sur une période de plus de 10 ans sans doute. Ce n'est pas la fin du pétrole, bien sûr, encore moins l'apocalypse mais juste le signe de la remontée des prix parallèlement à l'activité économique.

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L’intervention des peuples

La situation semble complètement absurde où les gouvernements se retournent contre leur peuple et, comme un quelconque FMI jouant les croquemitaines, veulent imposer des politiques ne pouvant qu'aggraver la crise. C'est là qu'on se rend compte que les gouvernements qu'ils soient de droite ou de gauche ne sont que les fondés de pouvoir des marchés financiers, avec une marge de manoeuvre très limitée, démonstration à quel point les élections sont des pièges à cons, ne visant qu'à nous faire accepter le système, nous en faire les complices !

On a surtout la démonstration de la nécessité de l'intervention des peuples pour mettre une limite à des logiques devenues folles et dénoncer les dettes accumulées sur notre dos. L'histoire ne se fait pas toute seule même si on ne fait pas ce qu'on veut et qu'on en est à peine les acteurs. Tout phénomène laissé à lui-même va à sa perte selon les lois de l'entropie universelle. Sans notre intervention les bornes seront vite dépassées, de même qu'il faut souvent faire grève pour empêcher les petits chefs de péter les plombs et les cadences de devenir infernales. Notre dignité est de mettre des limites, d'exiger le respect de notre humanité, ne pas être réduit à un chiffre ni un moyen pour des fins qui nous sont étrangères. Les caves se rebiffent quand on pousse le bouchon un peu trop loin ! Ce n'est pas une question de sensibilité ou de caractère mais une nécessité logique.

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