Colloque international du Groupe de Recherche Economique et Sociale (GRECOS)
Université de Perpignan
"Economie plurielle, économie solidaire : l'emploi en question"
20, 21, 22 octobre 1999
Les enjeux théoriques et politiques et les risques de l'allocation universelle
Jean-Marie Harribey1
 
 

La proposition d'attribuer une allocation universelle ou revenu d'existence inconditionnellement à toute personne, ou, selon les versions, à toute personne privée durablement d'emploi et de ressources, pose sans fard la question de la mise en oeuvre concrète d'une politique de justice sociale. A ce titre, elle mérite d'être entendue attentivement et étudiée sérieusement dès lors que l'on ne résout pas à constater avec impuissance la montée du chômage et de la pauvreté et le délitement de la société. Cependant, cette proposition comporte malheureusement des risques importants que le débat actuel ne met pas clairement au jour; au contraire, le débat entre partisans et adversaires est focalisé sur des risques mineurs2, comme si les véritables enjeux théoriques et politiques étaient ignorés ou dissimulés par les uns et les autres.

Dans une contribution déjà ancienne3, nous avions essayé de montrer que l'allocation universelle constituait une proposition visant à assurer le respect d'un droit hiérarchiquement inférieur à celui qui était bafoué par le chômage et l'exclusion: un "revenu minimum inconditionnel" en lieu et place du plein emploi et du partage du travail et des revenus. Nous avions mené cette discussion essentiellement au niveau de l'éthique dont ne nous rappellerons ici que brièvement les points principaux. Il est également important de faire le point sur les arguments économiques avancés pour justifier l'allocation universelle. Il nous semble que ceux-ci présentent plusieurs failles théoriques. Elles renvoient toutes à deux thèmes fondamentaux: la place du travail dans la société d'aujourd'hui et de demain d'une part, et la conception de la valeur et des richesses d'autre part. Mais ces deux thèmes ne ressortissent pas seulement à l'économique ou au social car, à travers la place du travail et la conception de la valeur, surgit la question des valeurs. On part de l'éthique, et, après un détour par l'économie, on y revient.
 

1. Ethique de l'allocation universelle versus éthique de "un emploi, c'est un droit, un revenu, c'est un dû"

Il existe plusieurs variantes de l'allocation universelle qui sont suffisamment distinctes et qui émanent d'auteurs provenant d'horizons suffisamment éloignés pour que l'on évite tout amalgame. Néanmoins, aucune des conceptions de l'allocation universelle ou du revenu d'existence présentées à ce jour ne répond à l'exigence de solidarité telle qu'elle transparaît dans la revendication des chômeurs: "un emploi, c'est un droit, un revenu, c'est un dû4".

La première de ces conceptions est proche de l'idée d'impôt négatif de Milton Friedman: elle consiste à supprimer le salaire minimum pour abaisser le coût du travail au niveau d'un équilibre de marché et à compléter les bas salaires par un revenu complémentaire provenant de la collectivité. Cette conception est libérale parce qu'elle suppose que l'emploi n'est qu'un problème de flexibilité du salaire et parce qu'elle ne peut qu'entraîner une baisse considérable des salaires, à la manière des lois de Speenhamland sur les pauvres analysées par Polanyi, qui ne pourrait être compensée que si les transferts sociaux grossissaient dans des proportions considérables.

La deuxième conception est défendue par Van Parijs, Bresson, Ferry et maintenant Gorz5. Elle ne vise plus à assurer le droit à l'emploi mais uniquement le droit à un revenu, l'individu se réservant le choix de travailler ou non en plus. Cette déconnexion entre les deux droits, à l'emploi et au revenu, est théoriquement intenable car elle ignore qu'il n'y a pas, macro-économiquement parlant, de revenu qui ne soit engendré par le travail productif. De plus, elle entretient 1'illusion que le capitalisme laisse aux individus dépossédés de capital la possibilité de choisir entre le travail et la... rente.

La troisième conception est avancée par Cai11é6 : le revenu dit de citoyenneté serait soumis à une inconditionnalité conditionnelle ou faible car il ne serait versé qu'en dessous d'un certain seuil de revenu et deviendrait progressivement dégressif. Cette conception veut éviter ce qu'elle considère comme un des inconvénients de la première (conditionner 1'attribution d'un revenu à un emploi) et comme un des inconvénients de la seconde (verser le revenu d'existence à tous, pauvres et riches). Techniquement, c' est la conception la plus astucieuse mais elle ne résout pas le problème majeur, à savoir que les individus ne souhaitent pas seulement travailler pour obtenir un revenu mais aussi parce que, en dépit de l'exploitation qu'il subit, le travail reste un des moyens essentiels d'intégration dans la société : le demandeur d'emploi n'est pas seulement en quête d'un revenu monétaire mais aussi de reconnaissance par la société de sa qualité d'homme entier, producteur et citoyen.

Dans la mesure où l'allocation universelle serait surtout conçue comme un substitut à une répartition équitable du travail et des revenus, elle ne serait qu'une rente versée à des chômeurs transformés en rentiers de la misère. L'économie dite "plurielle" ne serait alors que le masque d'une économie capitaliste attendrie mais dans laquelle la logique de l'accumulation du capital resterait reine. Robert Castel résume ainsi la discussion: "Ce qui revient aujourd'hui sous forme de revenu minimum d'existence, c' est l'attribution d'un revenu de survie dans une logique d'assistance, le déplacement de la protection sociale d'un principe universaliste à une logique de ciblage. (...) L'existence d'un statut du chômeur ou le revenu minimum d'existence mènent à abandonner la relation entre chômage et emploi, F exigence de sortie du chômage par l'emploi"7 Si l'on considère le droit à l'emploi comme 1'un des droits fondamentaux, 1'opposition entre équité et égalité n'a plus de sens puisque la seconde est la condition de la première. Cette opposition, mise en avant aujourd'hui par certains théoriciens et politiques, relève d'une problématique consistant à compenser les inconvénients d'une inégalité de l'accès aux droits fondamentaux et non pas à supprimer ou atténuer cette inégalité. On peut juger équitable, socialement, moralement, de verser par exemple un RMI à une personne privée d'emploi et de toute ressource on peut encore juger équitable que ce type de prestation soit fourni indéfiniment puisque le chômage de certaines catégories de travailleurs semble définitif. Mais n'est-ce pas la preuve que le droit à l'emploi n'est pas garanti, que l'on prend acte de ce non respect pour en fin de compte l'entériner? L'objet de l'équité est donc détourné: ce n'est plus 1' égalité devant le droit fondamental qui est considérée comme essentielle, c'est l'égalité devant le palliatif.8 Au lieu de concevoir un revenu social garanti comme mesure transitoire accompagnant une politique de retour au plein emploi, beaucoup de partisans de 1'allocation universelle l'imaginent comme quelque chose de perpétuel pour ses bénéficiaires, entérinant la coupure définitive entre ceux qui peuvent s'insérer dans tous les aspects de la vie sociale et ceux qui se trouvent exclus de 1' une de ses facettes les plus importantes encore, la participation au travail collectif.

Tout autre serait une démarche consistant à répartir les gains de productivité de telle sorte que tous ceux qui souhaitent occuper un emploi puissent y accéder. La condition d'une répartition équitable des gains de productivité par la diminution du temps de travail est alors et simultanément une répartition plus équitable des revenus 9 Mais la réduction des inégalités reste un des tabous essentiels de la pensée dominante.10
 

2. L'évolution de la place du travail justifie-t-elle l'allocation universelle?

L'un des tout premiers arguments économiques présenté en faveur de l'allocation universelle est de considérer que la place du travail ne justifie plus que l'on continue d'associer la distribution d'un revenu à l'exécution d'un travail. En effet, la fin du travail et du travail salarié, l'effacement de la centralité du travail, sont des thèmes récurrents. Ces affirmations sont-elles crédibles? Penser que le travail salarié disparaîtrait tandis que le système capitaliste fondé sur le rapport salarial continuerait indéfiniment de s'étendre a-t-il un sens dans la mesure où l'évolution du travail ne peut pas se lire séparément de celle des formes de l'accumulation du capital ? La "sortie" du salariat ne signifierait pas alors un dépassement de l'antagonisme travail/capital, mais un affaiblissement des protections sociales conquises par les salariés, et donc - mais le paradoxe n'est qu'apparent - un renforcement du rapport social aliénant.

2.1. Le travail sans fin ?

Réfléchir à l'avenir du travail implique de revenir sur sa nature. Le travail en tant que rapport social est de nature historique et, de ce fait, le travail salarié aliéné ne peut, le plus souvent, être associé à une oeuvre. Parmi les nombreux penseurs, de Marx à Gorz et d'Arendt à Méda, s'étant penchés sur le rôle émancipateur ou non du travail, Marx a sans doute la position la plus ambiguë mais aussi la plus équilibrée car il pensait que le capitalisme, en transformant l'activité humaine en travail abstrait, détruisait le sens de cette activité et en même temps ne pouvait empêcher totalement le travailleur d'en redonner un à son action.. En revanche, le travail en tant que fraction de la vie humaine affectée à la production est de nature anthropologique.

Le discours fréquemment entendu aujourd'hui sur la "fin du travail" est en prise avec la montée grandissante des inquiétudes des populations prenant conscience que de moins en moins de personnes sont à l'abri des menaces pesant sur leur emploi, donc leur travail, sur leur intégration sociale, donc leur identité. Mais ce discours véhicule trois types d'ambiguïtés.

- Il prend pour disparition du travail ce qui n'est qu'un recul lent et cantonné à un pôle de la planète. Toutes les sources statistiques concordent pour montrer que, en dépit de la montée du chômage, le nombre d'emplois salariés ne recule nulle part. Au sein des pays de l'OCDE, l'emploi a progressé de 19,7% entre 1981 et 1997, soit un taux annuel moyen de 1,06%. Dans l'Union européenne, la progression est très faible mais réelle 1,03% entre 1981 et 1997, soit 0,2% par an en moyenne. Nulle part, le nombre d'emplois ne régresse sur une période longue.11 Accroissement du chômage ne signifie donc pas diminution équivalente du nombre d'emplois.

- Il entretient l'illusion qu'un jour prochain le travail pourra être proche de zéro et que s'ouvrira la civilisation du loisir total. Depuis des décennies, celle-ci est à l'ordre du jour, mais les auteurs de cette notion n'évoquant trop souvent que les loisirs marchands, ces derniers demandent à être produits par du travail.

- Il confond la réduction, voire la disparition, du travail aliénant avec la négation du travail comme principe générique, imbriqué à d'autres, de l'être humain. Que l'homme puisse atteindre un état d'automatisation des activités économiques qui le dispense presque totalement des taches productives et qu'ainsi il puisse donner libre cours à ses capacités créatrices restées jusque-là virtuelles, ou bien, plus vraisemblablement, qu'il ne puisse y accéder que partiellement et qu'ainsi les tâches de nécessité continuent de s'imposer à lui, objectivement ou comme reflet de ses fantasmes, dans les deux cas, le travail, créateur d'objets ou créateur d'oeuvres, producteur de choses, de signes ou producteur de relations, restera le premier besoin de l'homme. La célèbre phrase de Marx " (...) quand le travail sera devenu non seulement le moyen de vivre, mais encore le premier besoin de la vie ()"12 doit selon nous être comprise de la manière suivante : le travail a été, est et sera à la fois un moyen de vivre, pour le corps et pour l'esprit, et le premier besoin dans la réalisation de son désir d'avoir et de son désir d'être, mais, évidemment, ce travail s'oppose en tout point au travail salarié.
 
2.2. L'activité à la place de l'emploi?

L'incapacité du système économique à fournir spontanément un emploi à tous ceux qui souhaitaient en occuper un, et celle des politiques à compenser la faiblesse du système, ont favorisé l'émergence d'un concept de substitution : puisque le plein emploi semble devenu impossible à atteindre, cet objectif est remplacé par celui de pleine activité13. Cette substitution n'a aucun fondement théorique14 car elle repose sur l'erreur contenue dans la fausse alternative identité et lien social obtenus exclusivement dans le travail ou hors de celui-ci. Sont confondues les activités économiques qui relèvent directement du niveau social global et les activités ne faisant pas l'objet d'échange monétaire qui relèvent purement du domaine privé ou, au plus, microsocial. Ou bien la société fait en sorte de marchandiser les secondes et alors la distinction avec les premières tombe de même que la justification du maintien d'une discrimination en termes de revenu et de statut social et juridique entre les individus exerçant les unes ou les autres, ou bien la société ne les marchandise pas et alors la nécessité de réinclure tous les individus dans le premier champ, l'accès au second n'étant pas par nature du ressort de l'intervention publique, s'impose de nouveau. Dans ces conditions, le concept de pleine activité est une tentative de théorisation apologétique de la dualisation, considérée comme irrémédiable, de ta société. Répéter que les chômeurs n'aspirent pas véritablement à trouver un emploi mais simplement une activité ludique, associative, bénévole, que l'allocation universelle viendrait (ré)compenser, ne peut que conduire à adhérer à l'invraisemblable croyance libérale au chômage volontaire.
 
2.3. Fin du travail ou abolition du salariat?

Beaucoup de difficultés conceptuelles proviennent du fait que le terme travail est tantôt associé à toute action humaine comportant un effort ou bien se traduisant par une création ou une oeuvre, tantôt est associé à un sous-ensemble du précédent, c'est-à-dire à l'activité productive, tantôt à une catégorie plus réduite encore, la forme sociale dominante que revêt l'activité productive dans le capitalisme, le travail salarié et son cadre juridique, l'emploi salarié.

Ces trois conceptions ont une influence sur le pronostic porté sur l'avenir du travail. Les deux premières se rattachent à une vision anthropologique du travail dont on peut conclure sans grand risque de se tromper que le travail est d'essence humaine et que le besoin d'agir et de créer durera autant que l'homme. La troisième conception se laisse moins facilement décortiquer: elle signifie que le travail salarié est totalement lié aux rapports sociaux capitalistes, mais, à partir de là, les analyses et les propositions divergent radicalement. L'arborescence du schéma 1 permet de discerner plusieurs voies selon que la fin du travail salarié est envisagée de manière positive ou négative.

La première voie pour l'avenir du travail salarié est celle théorisée par Gorzl5 qui a le tort de poser la fin du salariat comme un état actuel alors que ce ne peut être qu'un objectif. Ce postulat est démenti par les faits : le travail salarié s'étend à l'échelle mondiale et rien ne permet d'entrevoir sa disparition prochaine. Gorz ne commet pas l'erreur de confondre la lutte que mène le capital pour précariser le salariat avec la fin de celui-ci, mais beaucoup la commettent16 : ce qui est pris pour le recul, voire la fin du salariat n'est que la remise en cause des protections sociales conquises par les salariés. Nombre de théoriciens et de politiques prennent aujourd'hui le parti de tirer un trait sur la possibilité de procurer un emploi à chacun, en insistant sur le fait que l'épanouissement des individus et leur identité passent par autre chose que le travail et qu'il suffit de leur permettre de se livrer à des activités associatives plus ou moins bénévoles compensées par un revenu d'assistance minimum. Cette solution part d'un présupposé faux et aboutit à une impasse.

L'erreur est de ne pas comprendre le paradoxe suivant : plus le travail partage avec d'autres facteurs le rôle d'insertion sociale, c'est-à-dire moins il le joue seul, alors plus le fait d'en être privé souligne son importance et donc le manque éprouvé à son égard. Ce paradoxe tient à deux raisons. La première est la dualité inextricable, la dialectique, du travail qui est à la fois aliénant et intégrateur socialement. Déjà, Marx avait repéré la même erreur chez Adam Smith "Il (Smith) pressent, il est vrai, que tout travail n'est qu'une dépense de force humaine de travail, en tant qu'il est représenté dans la valeur de la marchandise ; mais il comprend cette dépense exclusivement comme abnégation, comme sacrifice de repos, de liberté et de bonheur, et non en même temps comme affirmation normale de la vie. Il est vrai aussi qu'il a en vue le travailleur salarié moderne."17 La seconde raison du paradoxe tient au fait que le travail est un facteur limitant de l'intégration sociale : plusieurs facteurs complémentaires d'intégration sociale peuvent bien exister, être privé de travail empêche les autres facteurs de jouer leur rôle.

L'impasse est l'institutionnalisation de la coupure entre ceux qui pourront participer aux tâches productives et jouir des activités associatives et ceux qui devront se contenter des secondes, lesquelles seront alors nécessairement des activités de survie. Le revenu d'existence ne pourrait être de ce fait qu'un pis-aller, un palliatif au maintien des injustices les plus criantes et qui laisse entiers les problèmes que ne sait pas résoudre le capitalisme.

La seconde voie pour l'avenir du travail salarié est bien représentée par Viviane Forrester18 qui pousse un cri d'alarme contre la précarisation mais celui-ci ne repose sur aucun fondement théorique sérieux parce qu'elle croit que le capital peut grandir et s'accumuler sans être valorisé par le travail productif.19

La troisième voie est la voie libérale qui prône toujours plus de flexibilité du "marché du travail" au risque de développer la précarité. Cette voie se révèle particulièrement imaginative pour inventer des nouveaux métiers de serviteurs.

La quatrième voie est la voie néo-keynésienne social-démocrate qui, en Europe, pense pouvoir utiliser l'euro et la banque centrale européenne pour promouvoir l'emploi alors que ce sont surtout des outils imaginés et mis en place pour assurer définitivement le pouvoir financier en le débarrassant des derniers restes de tutelle étatique par la déconnexion du lieu de la régulation monétaire par rapport aux lieux où s'élaborent et se gèrent les compromis sociaux.20

La cinquième voie a une forte connotation nationaliste. Le point commun avec la précédente, au-delà des différences, est de perpétuer la croyance que la croissance économique reste la voie royale pour promouvoir l'emploi.

Cette quatrième et cette cinquième voies pour l'avenir du travail salarié font toutes les deux l'impasse sur les dégâts écologiques de la croissance sans s'interroger sur le contenu de celle-ci : quels types de production serait-il souhaitable de faire croître ? Au nom de l'emploi, peut-on encourager la production d'armes, le surgénérateur Superphénix, un programme de construction autoroutière illimitée ou encore le développement de filières agricoles surproductrices qui s'achèvent par des farines animales pour nourrir des animaux dans un cycle sans fin ? A aucun moment la notion de progrès n'est interrogée que le développement économique soit l'un des principaux mythes ayant servi à légitimer l'accumulation du capital n'est jamais pris en compte par les partisans des quatrième et cinquième voies.

La sixième voie pour l'avenir du travail salarié est celle qui introduit une réflexion sur l'utilisation des gains de productivité pour continuellement répartir le volume de travail contraint à accomplir entre tous les individus qui souhaitent travailler. La réduction du temps de travail est non seulement le moyen d'accomplir un saut qualitatif décisif pour réduire le chômage mais elle est aussi le moyen de répartir collectivement les gains de productivité qui, dans la production moderne, sont une oeuvre collective. La transformation des rapports sociaux est ici inséparable du problème de la répartition. Si le double objet de la répartition est facile à identifier - le travail à accomplir et les revenus qui en sont issus -, il semble plus délicat de relier les deux éléments.
 

3. De la richesse à la valeur et aux valeurs

Si l'on en croit les partisans du revenu d'existence, la disparition du travail s'accompagnerait de celle de son rôle de facteur productif. La déconnexion de la distribution des revenus monétaires et de l'accomplissement d'un travail productif serait alors justifiée. Nous voudrions montrer qu'il s'agit d'un contresens total sur les notions de richesse et de valeur qui ramène à un stade pré-critique de l'économie politique.

3.1. Production de valeur d'usage et valeur

La révolution informationnelle qui est en train de bouleverser les processus productifs en accroissant l'intensité capitalistique est perçue par beaucoup de commentateurs comme le signe que la valeur ne trouverait plus son origine dans le travail humain. Leur raisonnement est, selon nous, mis à mal par une contradiction: pour la plupart21, ils s'accordent pour constater les progrès incessants de la productivité du travail et, immédiatement après, ils déclarent qu'en raison de la diminution de la quantité de travail nécessaire à la production, la notion de travail productif perd son sens. Or, ces deux affirmations mises bout à bout sont contradictoires: soit on reconnaît que la productivité du travail augmente et alors la diminution de la quantité de travail nécessaire en est synonyme, soit on retient l'idée que le travail productif n'a plus de sens et alors il faut abandonner tout raisonnement à partir de la productivité du travail.

Comment la critique de l'objectivation de l'économie est-elle le plus souvent formulée aujourd'hui ? "Le travail comme valeur s'étiole, au moment où la valeur-travail vacille."22 "La fin de la valeur travail ?"23 La part de vérité qui figure dans ces affirmations est importante : la crise de société que nous traversons empêche, par le biais du chômage, de l'exclusion ou tout simplement d'un travail mécanisé, que les individus trouvent une identité sociale grâce au travail salarié. Les mécanismes de socialisation à l'oeuvre depuis la révolution industrielle sont donc mis en échec. La concordance entre l'évaluation économique de la force de travail et la perception qu'en ont les individus - la perception légitimant l'apparence de concordance - vole en éclats. Mais cette part de vérité charrie avec elle un confusionnisme regrettable. La crise d'identité consécutive aux transformations du mode de production capitaliste porte en germe une contestation de la rationalité économique que ce système a sacralisée mais elle n'est pas la négation de cette rationalité. Elle en est au contraire l'expression. De quelle manière ? Le développement économique conduit à l'exclusion progressive du travail vivant du processus de production, ce qui se traduit par une augmentation de la productivité du travail et donc par une baisse des coûts de production et, à long terme, de la valeur des marchandises. Cette exclusion ne constitue pas une négation de la loi de la valeur en tant que tendance, mais en est la stricte application. Contrairement aux affirmations les plus fréquentes, la loi de la valeur n'est pas "caduque"24 dans le champ de l'économie elle n'a jamais été aussi vraie. Mais, d'une part, elle n'a pas et n'a jamais eu de validité en dehors de ce champ. L'"au-delà" de la loi de la valeur dont parle Gorz25 n'a de sens que dans la reconquête de champs dans lesquels elle ne gouvernerait pas, mais dire que "(l'évolution présente) exige une autre économie dans laquelle les prix ne refléteraient plus le coût immédiat du travail, de plus en plus marginal, contenu dans les produits et les moyens du travail"26 est proprement absurde. D'autre part, il faut distinguer le fait que "la production fondée sur la valeur d'échange s'effondre"27 au fur et à mesure que l'automatisation progresse, ainsi que le note à juste titre Marx, et une modification, tout à fait imaginaire, du fonctionnement interne de la loi de la valeur reposant sur la quantité de travail social. Nous soutenons l'idée, contre la plupart des interprétations, que l'accumulation du capital entraîne, à son point ultime, une dégénérescence de la valeur mais non une dégénérescence de la loi de la valeur, c'est-à-dire non une dégénérescence du critère du travail social à l'intérieur de la loi. Le critère (le travail social) et la quantité (de travail social) sont deux choses radicalement distinctes.

Tous les contresens répertoriés ici ne sont que la manifestation du fantasme bourgeois de la productivité du capital : "(...) le changement intervenu depuis un siècle : ce sont désormais les machines et les systèmes qui travaillent au sens propre, et non plus les hommes." Dans cette affirmation, il y a trois erreurs. La première est d'appliquer à la rotation mécanique des machines la notion de travail et de considérer que cette rotation est indépendante de l'intervention humaine. La deuxième est de sous-entendre que le capital a la possibilité de s'accroître macroéconomiquement de manière autonome29. La troisième est de confondre le nombre d'unités de marchandises produites et la valeur de celles-ci. Le glissement vers la théorie néo-classique est définitif avec la confusion entre valeur d'usage et valeur d'échange et l'identification de la seconde à la première : "la valeur d'usage produite peut n'avoir aucun rapport avec le temps consommé pour la produire"30 On ne peut que renvoyer à ce qu'écrivait Marx dans les Grundrisse. Il parle toujours de la distanciation entre le travail vivant et les richesses créées31, c'est-à-dire le travail et les valeurs d'usage, mais jamais il ne parle d'une soi-disant distanciation entre travail et valeur. Au contraire, explique-t-il, au fur et à mesure de l'augmentation de la productivité du travail et de la disparition du travail vivant - et il s'agit pour lui d'une "tautologie"32 - la valeur d'échange disparaît elle aussi, ce qui est, jusqu'au bout, l'esprit et la lettre de la loi de la valeur. La difficulté vient de ce que le fait que seul le travail vivant crée de la valeur nouvelle n'est repérable qu'à l'échelle globale car, au niveau microéconomique, valeur ajoutée et valeur captée sont indiscernables 33

La diminution du temps de travail nécessaire à la production consécutive à la progression des techniques et des savoir-faire signifie que le travail voit sa place se réduire d'un point de vue quantitatif et que son caractère décisif se renforce d'un point de vue qualitatif L'idée contraire, souvent avancée, entretient la confusion dans un premier temps, on nie que le travail est seul productif de valeur ajoutée ; dans un deuxième temps, on affirme la diminution de son caractère productif ; enfin, dans un troisième temps, on s'attache à montrer que le travail n'aurait pas ou plus de caractère socialisateur, cela pour absoudre le capitalisme qui ne sait procurer un emploi à chacun.

La réhabilitation de la loi de la valeur issue de la théorie de la valeur-ravail est totalement étrangère à la sacralisation du travail inhérente à l'idéologie économique habituelle34 puisque celle loi enregistre la diminution de la valeur économique au fur et à mesure que l'homme s'affranchit peu à peu de la contrainte du temps passé à produire et jouit plus librement de son temps de vie. La loi de la valeur et une éthique de vie fondée sur un recul progressif du travail sont donc parfaitement compatibles sur le plan théorique, contrairement à ce que prétendent l'idéologie économique et la critique vulgaire de celle-ci. Mieux, le recul du travail a immédiatement une traduction dans le champ d'application de la loi macro-sociale de la valeur. Le recul de l'un entraîne la restriction du champ d'application de l'autre mais en aucune manière la négation de son effet à l'intérieur de ce champ.

On voit alors l'erreur contenue dans certaines conclusions : "Si le travail est un temps de plus en plus réduit, (...), peut-on continuer à faire du travail la source principale de la création de la valeur, sa mesure en même temps que la clé essentielle de sa répartition?"35 Or, le travail n'a jamais été en système capitaliste la clé de la répartition des richesses. C'est le capital qui est cette clé. Croire que chaque travailleur salarié ait jamais reçu l'équivalent de son travail, entendu comme le produit de son travail, est une trivialité mystificatrice. Dire que "la formation des revenus se détache de plus en plus de l'activité productive"36 est ambigu car, macro-économiquement, tous les revenus sont toujours issus de l'activité productive en revanche, c'est la distribution individuelle des revenus qui est détachée de l'activité productive des individus, phénomène qui n'apparaît nouveau qu'aux yeux de ceux qui pensaient que les salaires individuels reflétaient la productivité marginale, comme l'enseigne la théorie économique dominante. En fait, plus le travail vivant est exclu du processus de production et plus l'informationnel joue un rôle, alors plus la productivité devient collective et cesse d'être individuelle : s'il est de plus en plus impossible d'établir une relation entre la productivité et la rémunération individuelles, cela n'a rien à voir avec une soi-disant disparition du travail comme créateur de valeur. L'argument selon lequel l'allocation universelle se justifierait par le fait que le travail aurait cessé d'être productif est donc dépourvu de sens.

S'il fallait une preuve du ralliement à la conception néo-classique de la valeur, on la trouverait dans la théorie de "la valeur-temps" de Bresson qui a cherché à fonder le revenu d'existence sur l'utilisation par les hommes de leur temps de vie.37 Selon lui, une unité de temps est identique pour tous les individus mais, dans la sphère économique, les unités de temps ont des valeurs d'échange différentes parce que les revenus monétaires comportent deux parts, l'une traduit la valeur du temps identique pour tous, et l'autre traduit l'efficacité de la part du temps qui est contraint car consacrée à l'activité productive, c'est à dire grosso modo au travail. Il convient donc, selon Bresson, d'attribuer à tous l'équivalent de la valeur du temps : ce sera le revenu d'existence. Bien que les individus ne répartissent pas leur temps de manière identique entre ces deux parts, l'intégration dans la société reste possible parce que "la masse de monnaie est répartie selon les individus de manière inégale, de telle façon que l'unité de temps représente, pour tous, la même valeur économique"38.

L'intuition de Bresson est juste: toute relation d'échange est un échange de temps. Mais de quel temps? La conséquence qu'il en tire est fausse: "seul le temps produit, il est la substance donnant une valeur au produit"39 Sauf si l'on précise qu'il s'agit du temps de travail, puisque par définition ce ne peut être le temps libre qui, selon l'auteur correspond à une réserve. Autrement dit, sa théorie de la valeur-temps ne fonde pas une nouvelle théorie de la valeur car elle ne fait que répartir la valeur créée dans le système productif par le travail en deux parts: l'une au titre des performances productives des individus, l'autre au titre de l'intégration de tous à la vie sociale. Mais quelle est la portée éthique de l'attribution d'une valeur monétaire au temps libre? Comment concilier le fait que la valeur-temps serait la valeur de toute vie et celui que les valeurs-temps seraient différentes entre deux populations aux niveaux de développement différents ? La valeur de la vie, pour reprendre les termes de Bresson, d'un Africain serait-elle moindre que celle d'un Européen puisque les valeurs-temps calculées par l'auteur diffèrent ? Cela augure bien mal d'une problématique de justice et de solidarité véritables.
 

3.2. Valeur et valeurs

Parce que l'économie capitaliste ne peut résoudre le problème de l'exclusion sociale et parce que son productivisme se révèle dévastateur pour la planète, tout un courant de pensée se développe autour de l'idée qu'il suffirait de "sortir de l'économie"40. L'allocation universelle trouverait alors sa place au sein d'une "économie sociale" ou "solidaire".

On parle41 aujourd'hui de tiers-secteur, d'économie quaternaire ou encore d'économie sociale ou solidaire pour recouvrir des activités utiles socialement mais non prises en charge par le secteur marchand parce que peu rentables et qui doivent donc être impulsées par la collectivité ; les exemples sont nombreux: protection de l'environnement, services collectifs, services aux personnes, etc. Mais inventer un nouveau concept pour les désigner est inutile et trompeur. Pour plusieurs raisons.

La première est d'ordre logique. Une activité économique monétaire ne peut être qualifiée à la fois de ni marchande ni non marchande: elle est l'une ou l'autre, avec ou non exclusif puisqu'elle peut être mixte. Ce qui est appelé à tort tiers-secteur, et que nous suggérons de nommer secteur mixte, ne sera sans doute pas le plus souvent étatique, mais s'il requiert, au moins au départ, un financement collectif, il n'échappera pas à son caractère monétaire non marchand42. S'il s'agissait d'un secteur non marchand et non monétaire à la fois, il ne pourrait être, par définition, réintroduit au sein de la chrématistique d'Aristote, puisqu'il relèverait exclusivement de la sphère privée, c'est-à-dire du champ de la production exclusive de valeurs d'usage, 1' "économie" aristotélicienne. Le tort des concepteurs du tiers-secteur est de gommer la distinction entre valeurs d'usage et valeurs d'échange pour faire de ce tiers-secteur social un pan de l'économie, non plus dans son sens aristotélicien, mais dans son sens moderne réducteur. Ils imaginent une société sur la base du schéma 2 au lieu de la voir selon le schéma 3.
 

Dans le schéma 3, l'espace correspondant à la société et n'appartenant ni au marchand ni au non marchand - le complémentaire du marchand et du non marchand dans l'ensemble formé par la société ne relève pas de l'économie monétaire mais des relations entre les individus que l'on peut appeler primaires parce qu'elles correspondent au domaine strictement privé ou à celui de la sociabilité pure, et dont il serait absurde de vouloir faire le champ d'application de l'allocation universelle.

La deuxième raison du caractère trompeur de la notion de tiers-secteur est qu'elle est utilisée pour ne pas s'affronter au dogme libéral pourchassant toute cause de nouvelle augmentation des prélèvements obligatoires. En laissant croire qu'il y aurait un troisième secteur qui ne serait pas non marchand, c'est-à-dire qui ne ferait pas appel à un financement collectif, ses partisans entretiennent une ambiguïté politique. Mais surtout, on devine que le développement de ce tiers-secteur pourrait servir de prétexte à la poursuite de la remise en cause de la protection sociale et à la compression drastique des programmes sociaux pris en charge par 1'Etat qui se déchargerait de ses responsabilités sur les associations et se défausserait sur elles de l'extension d'un emploi plus fragile, précaire et dont la rémunération serait l'addition de multiples petites aides ou financements, faisant perdre toute consistance à la notion de salaire et contribuant un peu plus à vider de son contenu le droit du travail. Il n' y a bien sûr là aucun déterminisme inévitable, simplement de gros risques qui commencent à devenir réalité dans les pays où le tiers-secteur a connu un développement important, tel le Canada.

Ce qui est gênant dans la notion de tiers-secteur, c'est qu'elle contient une critique implicite de l'État sans que l'on sache si celle-ci s'adresse aux imperfections et dysfonctionnements de l'État providence ou si elle vise l'État lui-même décidant des objectifs, fixant des priorités et mettant en oeuvre des politiques. Le tiers-secteur ne serait-il qu'une machine de guerre contre les services publics, en tirant argument de leurs défauts, non pour supprimer les défauts mais les services eux-mêmes?

Dans le but de porter remède à la crise sociale consécutive à la remise en cause de l'État providence fordien, le concept d'économie plurielle tend à se répandre aujourd'hui en même temps que ses collatéraux, le tiers-secteur, la pleine activité et l'allocation universelle. Ce concept fait l'objet d'une théorisation qui est très contestable. Il part du constat selon lequel toute économie posséderait trois pôles :1' économie marchande, l'économie non marchande, dans lesquelles règnent des relations monétaires, et l'économie non monétaire basée sur la réciprocité. Il s'agirait alors de dépasser le vieux clivage marché/Etat en constituant une économie solidaire "élargie à trois pôles"43 par la reconnaissance économique de la sphère de la réciprocité, ce qui est parfaitement contradictoire44. Cette théorisation constitue une régression par rapport à la notion de réencastrement de Polanyi45 pour deux raisons. Premièrement, les concepteurs de l'économie plurielle considèrent les trois pôles au même rang sans voir que le secteur marchand imprime sa logique de rentabilité à l'ensemble de la société. Deuxièmement, les notions de désencastrement et réencastrement de Polanyi sont dynamiques elles signifient que le pôle économique a tendance, sous l'effet de l'accumulation et du développement, à s'autonomiser de la société et à la plier tout entière à sa logique, et que, a contrario, il convient d'agir pour inverser la tendance en restreignant la logique marchande et en la soumettant à une autre logique sociale. Finalement, considérer l'économie plurielle comme un état équilibré et figé serait une erreur et surtout une défaite programmée devant les impératifs de rentabilité qui aujourd'hui dominent le monde. "Réconcilier l'économique et le social"46 est le vieux rêve social-libéral qui sert de paravent au renoncement à envisager la capitalisme comme autre chose que l'horizon indépassable de l'humanité et qui s'évanouit dans la volonté de "mesurer l'apport du travail non rémunéré à l'économie"47 La "réconciliation" de l'économique et du social est un thème aussi idéologique que la réconciliation entre le capital et le travail48. En tout cas, elle diffère radicalement du "réencastrement" de Polanyi. La notion d'économie plurielle ne pourrait être acceptable que si et seulement si elle représentait une transition dynamique d'inversion des tendances; pour l'heure, l'économie plurielle existe puisque nous connaissons une économie avec exploiteurs et exploités.

Finalement, la question du développement de l'emploi dans le secteur non marchand par le biais de financements collectifs exigeant des prélèvements obligatoires pose une question cruciale: qu'est-ce que notre société considère comme étant de la richesse, de la valeur et comme ayant de l'utilité? Les économistes libéraux ont une réponse simple mais triviale: ce qui a une valeur et qui donc constitue de la richesse, c'est ce qui se vend sur le marché, sous-entendu ce qui dégage un profit privé. Ils entretiennent l'idée que toute activité effectuée sous l'égide de la collectivité, Etat ou entité locale, serait contre-productive parce que le service qu'elle fournit ne ferait pas l'objet d'une vente sur le marché et serait donc financée par un prélèvement obligatoire, entendez par une ponction spoliatrice sur les seules activités productives, entendez privées.

Il y a là une quadruple erreur. Premièrement, les prélèvements obligatoires ne sont pas effectués sur le seul PIB marchand mais sur la totalité du PIB : les salariés du public paient des impôts comme ceux du privé ; des cotisations sociales sont perçues sur les premiers et sur les seconds.

Deuxièmement, les prélèvements obligatoires sont des suppléments obligatoires49. Par les dépenses publiques d'éducation, de santé, d'infrastructures, la collectivité, non seulement crée des richesses utiles pour aujourd'hui et pour demain, mais elle engendre des externalités positives, c'est-à-dire des retombées bénéfiques qui rejaillissent sur l'activité privée elle-même. Dire que l'investissement public évince l'investissement privé en absorbant une part de l'épargne nationale n'a pas davantage de sens que de dire que l'investissement de Renault évince celui de Peugeot ou de Rhône-Poulenc.

Troisièmement, aucune interrogation ne vient effleurer les libéraux pour savoir si la production marchande crée des biens et services réellement utiles ou si cette production n' engendre pas des effets négatifs non pris en compte comme la pollution.

Quatrièmement, la production de services collectifs est considérée comme n'ayant pas de valeur d'usage puisque ne faisant pas l'objet d'échange marchand, donc n' est pas considérée comme de la richesse supplémentaire disponible pour la population puisque n' étant soi-disant qu'une ponction. En réalité, les services non marchands créent de l'utilité, de la valeur d'usage mais certes pas de valeur d'échange contenant un profit appropriable par des individus ou groupes privés. Les emplois dans le secteur non marchand ne sont pas par nature fictifs ou improductifs comme tente de le faire croire la vulgate libérale ; ils ne pourraient l'être que s'ils ne correspondaient pas à des besoins ressentis par la population et s'ils étaient conçus comme éphémères ou comme substituts à de vrais emplois.

Le coup de force des libéraux est de ne légitimer que les productions de profit et de n'accorder droit de cité qu'à celles ci. Le tort de certains auteurs comme Méda50 est d'attribuer cette imposture aux économistes classiques et à Marx, alors que dans leur esprit, surtout dans celui de Marx, il s'agissait d'une critique, voire d'une dénonciation. La production de richesse n'est certes pas réductible à celle de la valeur reconnue par la vente sur le marché, mais prétendre que la "production" de lien social crée une valeur économique51 que la société doit rémunérer en tant que telle est une erreur52 qui sert à justifier le remplacement du plein emploi par l'allocation universelle53. La production de biens et services dans un secteur non marchand crée des valeurs d'usage, donc de la richesse, et la construction du lien social est donnée de surcroît parce que le travailleur fournissant ces biens et services est reconnu à part entière. (Schéma 4).

La bataille pour l'emploi pour tous est une bataille pour la maîtrise par la collectivité de son destin, c'est-à-dire, en termes économiques, une bataille pour la répartition sociale des gains de productivité, principalement par le biais de la réduction du temps de travail54. En fait, il s'agit de subordonner les impératifs de rentabilité à ceux de la justice et de la paix. Mais, en disant cela, on s'écarte de l'économie elle-même pour se rapprocher de l'éthique. On s'occupe moins de la valeur que des valeurs. Le tort des économistes libéraux est de considérer le croissant de lune à droite du schéma 4 comme de la richesse. Le tort des sociaux-libéraux est de vouloir marchandiser et monétiser la richesse non économique symbolisée par le croissant de lune à gauche du schéma 4. Le fait que la sphère productive (marchande et non marchande) fonctionne en s'appuyant largement sur la sphère où ne se produisent que des valeurs d'usage (travail domestique pour contribuer à reproduire la force de travail par exemple) ou bien dans laquelle on puise allègrement (éléments naturels) n'implique pas la nécessité de monétariser et de marchandiser cette dernière. De plus, l'incorporation d'externalités positives non monétaires - et qui ne doivent pas être monétarisées - ne change rien à la valeur économique qui est engendrée par l'activité productive55 Sauf à donner une valeur économique à la photosynthèse réalisée par la lumière du soleil, ou bien à verser un salaire maternel, ou encore à verser un revenu à l'individu qui "produit" du lien social dans son association. A ce moment-là, la marchandisation du monde serait en voie d'achèvement parce qu'enfin les capitalistes et les libéraux auraient réussi à faire coïncider exactement valeur d'usage et valeur (monétaire), c'est-à-dire richesse et valeur, niant ainsi les valeurs éthiques. Le dépassement du salariat ne peut provenir de la marchandisation croissante mais au contraire de la préservation et de l'extension de la sphère non monétaire. C'est le sens des recherches autour de la notion de soutenabilité sociale et écologique.
 


Notes

1. Professeur de sciences économiques et sociales, Université Montesquieu-Bordeaux IV.

2. Par exemple, la désincitation au travail.

3. Harribey [1996].

4. Harribey [1996]. Pour des typologies des propositions d'allocation universelle, voir Quirion [1996] et Clerc [l998].

5. Van Parijs [1997]; Bresson [1993]; Perry [1995]; Gorz [1997].

6. Caillé [1996].

7. Castel [1998, p. 38]. Il écrit aussi:" Le "social' consiste en systèmes de régulations non marchandes institués pour tenter de colmater cette béance (entre l'organisation politique et le système économique) "Faire du social", c'est travailler sur la misère du monde capitaliste, c'est-à-dire sur les effets pervers du développement économique. C'est tenter d'apporter des correctifs aux contre-finalités les plus inhumaines de l'organisation de la société, mais sans toucher à sa structure." [Castel, 1995, p. 19 et 245. A ce dernier endroit, il cite René Worms ("L'économie sociale", Revue internationale de sociologie, 1898) : "L'économie sociale est une économie politique attendrie."].

8.· Sur les rapports entre justice et citoyenneté, voir Harribey [1996 et 1997-b]. L'assimilation de tous ceux qui récusent l'allocation universelle aux "planteurs qui prédisaient le pire si on libérait leurs esclaves" [Moulier Boutang, 1999] est indigne parce que les planteurs auraient souhaité que leurs esclaves restassent esclaves tandis que nous disons que les chômeurs et exclus doivent pouvoir trouver leur place de citoyens à part entière par une répartition plus équitable du travail et des revenus.

9. Dans Harribey [1997-b], nous avons effectué une simulation sur l'économie française pour estimer l'ampleur de la réduction des inégalités de revenus nécessaire pour rendre possible une affectation équitable des gains de productivité en réduction du temps de travail et amorcer une décrue véritable du chômage.

10. Voir Harribey [1997-c].

11.· Tous ces pourcentages sont calculés à partir de Marchand, Thélot [1991] et de OCDE [1998, tableau 20, p. 2741.

12 Marx [1965, p. 1420].

13.· O. C. D.E. [1988]; Commissariat Général du Plan [1991,1994 et 1995]; Centre des Jeunes Dirigeants [1994]; Drancourt [1994]; Robin [1994]; Gaullier [1995]; Perret, Laville [1995] ; Roustang [1995].

14. Pour un développement plus complet, voir Harribey [1997-b et 1998-b]. Voir aussi Ramaux [1997].

15. Gorz [1997].

16. Afriat [1995, p. 3]; Sue [1997, p. 27-31].
 
17. Marx [1965, p. 575].

18. Forrester [1996]

19. La financiarisation de l'économie mondiale reste toujours tributaire de la valeur créée par le travail. Voir Harribey [1999-b]
 
20. La signature de l'arrêt de mort des régulations publiques concocté par l'A.M.I. a été évitée de justesse.

21. Aznar [1993]: Passet [1992] ; Perret, Roustang [1993]; Robin [1994] Sue [1994].

22. Minc [1982, p. 233].

23. Méda [1994, p. 339].

24. Gorz [1997, p. 148]

25. Gorz [1997, p. 145].

26. Gorz [1997, p. 148].

27. Marx [1968, p. 306].

28. Méda [1994, p. 338].

29. La même illusion théorique règne chez les partisans de l'allocation universelle que chez les propagandistes de systèmes de retraites par capitalisation : le capital pourrait s'auto-engendrer. Or, il n'y a pas de génération spontanée du capital [Harribey, 1999-b].

30. Gorz [1997, p. 140].

31. Marx [1968, p. 305]. Voir aussi Ricardo [1992, chapitre XX, p. 289-301].

32. Marx [1968, p. 284].

33. Une fois opéré le partage global entre salaires et profits, le processus de captation prend deux formes:
- la circulation des capitaux tend à égaliser les conditions de rémunération du capital dans le monde ; il s'ensuit que les prix qui se fixent surrécompensent les secteurs modernes très capitalistiques et sanctionnent les secteurs moins modernes parce que le taux de profit s'applique à la masse de capital investie dont la structure entre moyens de production et salaires varie d'un secteur à l'autre : il y a donc une appropriation par les secteurs capitalistiques de l'équivalent monétaire d'une quantité de travail supérieure à celle incorporée dans les marchandises produites au sein de ces secteurs, et, au contraire, un abandon par les "secteurs archaïque" d'une partie de l'équivalent monétaire du travail incorporé dans les marchandises qu'ils produisent; il ne faut donc pas se laisser tromper par les apparences la valeur ajoutée qui apparaît comme naissant dans un secteur dit à "haute valeur ajoutée" est le plus souvent un mélange inextricable à l'oeil nu de valeur ajoutée dans ce secteur et de valeur captées dans d'autres par le biais des prix; la distinction entre valeur ajoutée et valeur captée ne prend un sens véritable qu'à l'intérieur de la théorie marxienne de la valeur [Harribey, 1997-b et 1999-a]

- la circulation des capitaux, grâce à l'achat de titres rémunérateurs, a pour but de s'approprier les résultats de l'activité économique des groupes les plus performants ; mais cette forme, de type spéculatif, n'existerait pas sans la première qui est, elle, le trait dominant de l'accumulation capitaliste à travers l'application de la loi de la valeur; ces deux processus d'appropriation qui agissent simultanément exercent en retour une pression contre l'emploi. et les salaires, c'est-à-dire sur la production de plus-value elle-même.

34. Idéologie qui, contradictoirement, continue de nier le rôle exclusif du travail comme créateur de valeur nouvelle.

35. Sue [1994, p. 231].

36. Passet [1992, p. 17].

37. Bressson [1993]

38. Bresson [1993, p. 57].

39. Bresson [1993, p. 56].

40. Caillé [1995].

41.·Eme, Laville [1994]; Lipietz [19961: O.C.D.E. [1996]: Rifkin [1996]: Aznar, Caillé, Laville, Robin, Sue [1997] ; Sue [1997].

42. D'ailleurs, Lipietz [1996, p. 266], l'un des théoriciens du tiers-secteur, parle de "création d'un nouveau secteur, de postes qui ne peuvent exister que subventionnés en permanence".

43. Laville [1996, p. 50].

44. "Par secteur quaternaire, il faut entendre une grande partie de l'économie associative fondée sur les échanges mutuels de services et la réciprocité, sur la formation et l'information, sur le lien social et la socialisation. Sa reconnaissance et son organisation permettraient le développement d'un secteur à part entière dans l'économie. Ce secteur libérant l'économie immatérielle et son potentiel d'intelligence, ouvrirait une nouvelle phase d'expansion." Sue [1997. p.11]. C'est la confusion la plus totale : entre ce qui relève de la sphère économique et ce qui relève de la sphère de la réciprocité ; entre la sphère de la réciprocité et la sphère de la production de services immatériels qui aujourd'hui relèvent pour la plupart du capitalisme. Signalons l'innovation associative donnée en exemple de tremplin pour le marché par Sue [1997. p. 126] : le Club Méditerranée. Ces erreurs sont à relier à la conception libérale fondamentalement fausse de la valeur qui transparaît quand l'auteur dénonce "la fiction du travail salarié marchand comme l'alpha et l'oméga de la création de la richesse, alors qu'il est en réalité une espèce en voie de disparition. Cette fiction a déjà éclaté puisque les revenus du capital et ceux de la redistribution sociale sont désormais supérieurs aux revenus primaires tirés du travail." Sue, [1997, p. 13]. Il n'y a pas d'erreur plus grossière que de croire que le fait que les revenus du capital et de la redistribution seraient supérieurs aux salaires constituerait une preuve que ce n'est pas le travail qui a engendré tous les revenus distribués.

45. Polanyi [1983].

46. O.C.D.E. [1996]. Il est significatif que l'O.C.D.E., figure de proue de la libéralisation économique du monde, soit à l'origine des notions de pleine activité et d'économie plurielle ou les accueille et les abrite en son sein.

47. Laville [1998. p. 61]. Cette proposition s'apparente à la fiction consistant à mesurer l'apport monétaire de la nature à l'économie ; sur ce point, voir Harrihey [1997-b, 1998a et 1999-a].
 
48. Nous souscrivons pleinement à ce qu'écrit Jacques Freyssinet [1999]: "Il est nécessaire de rappeler que la coupure entre une sphère "économique" et une sphère "sociale" n'est qu'un produit de l'analyse èconomique libérale qui est à la base de l'organisation des économies de marché et qui a engendré une division fonctionnelle des politiques publiques. (...) Dans la réalité, il n'existe pas une telle coupure: les aspects économiques et sociaux sont totalement imbriqués. L'affrontement ne se situe pas entre une logique "économique" et une logique "sociale" mais entre des conceptions alternatives de l'articulation des régulations économiques et sociales.
 
49. Harribey [1997-a].

50. Méda [1995 et 1999].

51. Moulier Boutang [1999].
 
52. aussi grande que de dire que la nature a urie valeur économique intrinsèque voir Harribey [1999-a].
53. Bresson [1999].
 
54. Michel Husson [1999, p. 145-146] écrit à juste titre: "(...) le projet radical centré sur la réduction du temps de travail (...) n'a pas besoin de postuler la fin du travail ou l'abondance, et se borne à organiser socialement son progressif dépérissement. (...) Si déconnexion il doit y avoir, c'est entre le salaire des travailleurs et la rentabilité directe de leur travail, et cette déconnexion ne peut s'opérer que par une socialisation de l'affectation du travail, qui passe par des transferts de valeur en direction des services moins rentables mais socialement prioritaires. Le rôle des services publics, de la socialisation de l'offre et l'objectif de gratuité tiennent une place centrale dans cette perspective. En un certain sens, elle s'oppose directement au projet de contournement qui inspire l'idée de tiers secteur, en mettant en avant l'exigence d'une maîtrise directe des choix sociaux, et donc d'une opposition frontale aux purs critères de profit.".

55. Nous avons démontré que la nature n'avait pas de valeur économique intrinsèque, contrairement à ce que prétendent les économistes de l'environnement néoclassiques sa valeur est d'une autre nature si l'on ose dire. Sur ce point voir Harribey [1997-b, 1998-a et 1999-a]. Les projets de monétiser l'éthique, l'esthétique, le lien social, la nature, etc.. et celui de rémunérer, à travers un revenu d'existence, le temps social passé à susciter de la convivialité, sont absurdes. L'indicateur du PIB n'est pas "faux" comme le croit Méda [1999, p. 60]. Il représente la valeur économique, si tant est qu'on sache la mesurer, et seulement elle. C'est-à-dire une (petite) partie de la richesse. Les économistes classiques anglais et Marx, tant décriés aujourd'hui, avaient eu l'intelligence de reprendre la distinction d'Aristote entre valeur d'usage et valeur d'échange. Si l'on suit cette distinction, aucune confusion n'est possible, les valeurs d'échange n'épuisent pas les valeurs d'usage et la rationalité économique englobe la rationalité du profit mais ne s'y réduit pas. C'est aux néoclassiques qu'il faut adresser des reproches à la suite de Say, ils ont mis un signe d'équivalence entre valeur d'usage et valeur d'échange en fondant la seconde sur la première. Beau tour de passe-passe qui permet de justifier la marchandisation du monde puisque l'extension de la satisfaction (de l'utilité) ne peut provenir à leurs yeux que de l'extension du champ de la valeur d'échange,
 
 


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