La longue marche

Démagogie, écologie, c(h)asseurs.

 
Pour une politique désormais réduite à la représentation d'intérêts catégoriels et aux groupes de pression professionnels comme au sociologisme des sondages qui n'est qu'une version officielle de la démagogie, les écologistes ne pourront jamais accéder au pouvoir ! Il semble qu'être écologiste c'est se mettre tout le monde à dos. Des annonceurs de catastrophes, des empêcheurs de saccager en rond ! Car le problème n'est pas celui des pollutions, de l'épuisement des ressources, de la température qui n'arrête pas de monter, le seul problème c'est d'en parler et de gâcher la fête alors que tout va bien. Seuls les écologistes sont un problème : ils ne respectent pas l'exigence légitime des peuples que tout continue comme avant sans rien remettre en cause. C'était le sens consternant d'une chronique de France Inter (de Bromberger ?) mêlant la baisse des Verts en Allemagne et les agressions contre les Verts en France pour nous accuser, nous, d'extrémisme parce qu'on dérange une société qui ne veut plus être réformée.

Voynet y a bien répondu ce matin, nous situant au coeur des enjeux politiques, mais le chemin sera long encore pour dépasser un conformisme suicidaire (un conservatisme qui ne conserve rien). Car les Verts n'ont pas de base sociale, c'est presque leur définition puiqu'ils se veulent le parti de l'intérêt général, et, ce qui est une force pour l'avenir est une extrême faiblesse dans notre démocratie marchande. Nous avons l'irresponsabilité de ne pas flatter les égoïsmes et les aveuglements, c'est pour certain ne pas respecter la démocratie.

Houellebecq dit cette évidence : "politiquement, les gens pensent en gros la même chose que leur milieu En gros, ils ont tendance à penser ce qui dérange le moins leur micro-groupe social.". Pour être écologiste, et se mettre tout le monde à dos, il suffit de ne pas suivre cette loi identitaire en s'élevant à un point de vue global et en tenant compte des singularités locales.

Ainsi la position des Verts refuse toute démagogie tant sur les drogues (ce que nous disions depuis longtemps et très minoritaires, désormais de plus en plus le reprennent), que sur l'énergie ou les minima sociaux, l'immigration, etc. Chacune de nos positions semble faite pour nous faire perdre des voix, et ce qui est pour nous la justification de notre combat politique (le respect pour une démocratie citoyenne et responsable) est considéré par tous les démagogues comme du simple masochisme, et même de l'incompétence. Mais, il ne faut pas être démagogue non plus ni sur l'homéopathie, ni sur la chasse. Je ne reviendrais pas sur l'homéopathie dont j'ai déjà parlé (voir ma FAQ) sinon pour souligner que je n'y crois pas, n'y ai jamais recours mais que je défends ces médecines douces (80% des consultations relèvent du psychosomatique et il est dangereux de trop croire à une science qui n'y croit plus elle-même). Là-dessus je pense qu'il peut y avoir une majorité d'écologistes favorables à ces médecines, il faut plutôt ne pas trop en rajouter, qu'on n'identifie par l'écologie avec de quelconques folies douces.

Ce n'est pas du tout la même chose avec la chasse sur laquelle nous ne devons pas plus nous laisser entraîner à la facilité démagogique. La plupart des écologistes sont à l'évidence anti-chasse (Voynet est au ROC) et si nous reflétions notre "base sociale" urbaine, nous serions donc logiquement contre la chasse. On pourrait faire monter la sauce et pousser les chasseurs à la faute, la haine nourrissant la haine. Mais ce n'est pas un argument écologiquement tenable.

D'abord, les manifestations de chasseurs FN ne signifie pas que tous les chasseurs sont FN. Nous ne pouvons faire l'amalgame de tous les chasseurs, tous les agriculteurs, etc., sans nourrir cette logique d'affrontement. Nous ne pouvons pas être anti-chasseurs comme écologistes, nous ne pouvons être que pour une chasse qui préserve le milieu naturel et la reproduction des espèces. Jamais notre programme n'a été la suppression de la chasse et nos intérêts ne sont pas différents de ceux des chasseurs, c'est pourquoi notre opposition est stupide. Ce sont nos cultures qui sont opposées et qu'il faut rapprocher plutôt qu'entretenir l'incompréhension. Il faut surmonter nos réactions primaires. Tout le monde est d'accord sur le fait que la chasse doit être réglementée mais il est difficile de faire entendre aux chasseurs les droits des non-chasseurs. Il est tout autant difficile de faire entendre aux non-chasseurs des villes la place de la chasse dans la vie des campagnes. C'était, en tout cas, inimaginable pour moi avant de vivre dans le Sud-Ouest.

Les sentiments n'ont pas toujours raison, on ne fait pas de la politique avec des sentiments. Ainsi, je ne supporte pas de voir les chasseurs armés, ni le sanglier dépecé. Mais je ne supporte pas non plus quand on tue le cochon. Ce n'est pas une question de chasse et personne ne songe à interdire la viande. Je ne pense pas que j'ai forcément raison, mes voisins chasseurs sont des gens respectables, pas des tueurs, et la démocratie ne permet pas d'imposer ses préjugés ni d'instituer des sanctions collectives. Pour sauvegarder une chasse écologique nous avons besoin de collaborer avec les chasseurs, pas de condamnations morales. L'écologie n'est pas de la sensiblerie, ni l'utopie des enfants des villes, l'écologie c'est la question de notre communauté, de notre production et de notre survie, des limites bien réelles de notre planète et de notre avenir. La démagogie n'y pourra jamais rien et nous avons besoin pourtant de l'adhésion de tous. La route sera longue.

11/02/1999

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