ÉCONOMIE ET

ENVIRONNEMENT

Questions de méthodes et questions de principes
 
 

Jean-Paul Maréchal



acception contemporaine du terme environnement à savoir l' "ensemble, à un moment donné, des agents physiques, chimiques et biologiques et des facteurs sociaux susceptibles d'avoir un effet direct ou indirect, immédiat ou à terme, sur les organismes vivants et les activités humaines"1 n'a émergé et ne s'est imposé qu'avec l'aggravation des atteintes portées au vivant par les activités anthropiques et la sensibilisation croissante des habitants des pays industrialisés à leur santé, à la qualité de leur cadre de vie et à la protection de la nature. Comme le souligne Georges Balandier2, après avoir engendré des mouvements sociaux qui en assurent la défense, la nature commence à être l'objet du débat démocratique. Pour cet auteur qui fait avec finesse du mythe de Dédale l'allégorie de cette fin de siècle - le concept d'environnement désigne la "nature-problème" que nous avons découverte et constitue la "référence selon laquelle se mesurent les effets de la dénaturation progressive et les maux qui en résultent"3. Or cette "dénaturation" est à la fois multi - et protéiforme dans la mesure où, aux pollutions visibles et continues de l'air, de l'eau et des sols apparues avec la révolution industrielle et aujourd'hui partiellement résorbées, s'est ajouté, depuis le milieu du XXè siècle, un ensemble d'atteintes à l'environnement composé d'accidents technologiques majeurs, de micropollutions et de pollutions globales auquel viennent s'agréger les risques liés aux manipulations génétiques.

La question de l'environnement, loin de ne concerner que l'écologiste, interpelle donc également l'économiste et cela pour une triple raison. Tout d'abord, la multiplication des pollutions est le produit d'une mise en synergie toujours plus profonde de l'activité économique et du progrès technique. Ensuite, un nombre croissant de nos concitoyens se posent, face aux problèmes de pollution (mais également du chômage et de l'exclusion), des questions sur les véritables finalités du développement économique. Enfin, les économistes sont plus que jamais sommés de concevoir des instruments susceptibles de résoudre le problème des atteintes au milieu.

Cet article met en évidence que la rationalité économique standard est inadaptée à une vraie prise en considération des problèmes d'environnement et, en conséquence incapable de fournir des procédures de choix en matière d'investissement à risques mais que cette lacune peut toutefois être surmontée par une ouverture de l'économique4 sur l'éthique et la logique du vivant. Notre réflexion s'articulera en trois étapes : un examen de la nature de l'agir économique, la définition d'une nécessaire "économique du sens" et, enfin, une réflexion sur des fondements possibles à l' art économique.
 
 

UN AGIR ÉCONOMIQUE
 

Avant d'examiner les conséquences des problèmes d'environnement sur l'économique, sa définition et sa praxéologie, il convient, en premier lieu, de cerner au plus près la place de l'acte économique au sein du réel. Pour cela, une grille de lecture alternative au paradigme dominant - le rationalisme classique5 - s'impose dans la mesure où ce dernier ne permet pas de rendre compte de l'ensemble des caractéristiques des atteintes portées à l'environnement et donc des solutions que celles-ci appellent. Ne pas prendre en considération l'existence de ce problème revient en fait à confondre le réel et sa représentation, c'est-à-dire à négliger l'interrogation ontologique de la science qui se résout en deux questions, la première portant sur le référent du discours scientifique et la seconde sur la postulation d'un seul ou de plusieurs niveaux de réalité irréductibles les uns aux autres. Ce "paradoxe du théorique, comme le nomme Paul Ricoeur, oriente vers un type de solution particulièrement complexe, selon laquelle la fonction explicative d'une théorie réside dans sa valeur de représentation à l'égard d'un segment de la réalité, sans pourtant qu'aucun des concepts mis en jeu ait une valeur phénoménale"6, Pour un type de problème donné, certaines grilles de lecture auront donc une valeur heuristique supérieure à d'autres.

En ce qui concerne les questions d'environnement, il en va ainsi de l'analyse systémique face à la pensée rationaliste classique. Pour cette dernière, qui se veut l'héritière de Newton et de Descartes (dont elle fait une lecture partielle), le monde possède un seul niveau de réalité et est régi en totalité par une seule logique, la logique mécaniste, qui s'applique au mouvement des planètes comme à celui des prix7. Dans un tel cadre, adopté par de nombreux économistes, la question des atteintes au milieu peut être analysée et réglée par le recours à la logique du marché, supposée ne différer en rien de celle gouvernant les autres compartiments du réel. Or, l'observation des faits prouve l'inadéquation d'une telle approche. En effet, les pollutions, en engendrant des dommages à l'homme et/ou à la nature mettent en évidence l'existence au coeur des choses d'interdépendances, de finalités incompatibles, de niveaux logiques différents et font donc apparaître le réel comme un système dont l'économie ne constitue qu'un sous-système.

Alors que l'approche rationaliste classique ramène l'analyse du réel à celle de ses composants, l'approche systémique se préoccupe surtout des relations que ceux-ci entretiennent entre eux. Du reste, la définition du terme système "ensemble d'éléments en interaction"8 place l'existence d'interrelations entre composants au fondement même de la qualification de système.
 
 

Le réel comme système


Pour pouvoir être définis de manière identique9 tous les systèmes ne sont cependant pas régulés par la même logique. En effet, selon que le système étudié pratique ou non des échanges avec le milieu, il est dit respectivement "ouvert" ou "fermé". Les systèmes fermés sont soumis aux lois de la thermodynamique classique et en particulier à son deuxième principe - dit d'entropie ou de dégradation de l'énergie - selon lequel, dans un système fermé, une certaine quantité appelée entropie croît jusqu'à un maximum, ce processus s'arrêtant en un état d'équilibre. Les systèmes ouverts, pour leur part, ne tendent pas vers l'équilibre (sauf après leur mort pour les systèmes vivants} mais se maintiennent dans un état stable, c'est-à-dire un état où les proportions des différents éléments du système ne varient pas, bien que les composants changent continuellement. Comme l'explique Ludwig Von Bertalanffy "dans les systèmes ouverts, il n'y a pas seulement production d'entropie par des processus irréversibles mais aussi une importation d'entropie qui peut très bien être négative. C'est le cas de l'organisme vivant qui reçoit des molécules complexes chargées d'énergie libre. Ainsi, les systèmes vivants maintenus en état stable peuvent-ils éviter l'accroissement d'entropie: ils peuvent même évoluer vers des états d'ordre et d'organisation accrus."10 Ce phénomène dit d'auto-organisation - grâce auquel un système ouvert, bien qu'immergé dans un milieu de haute entropie, parvient à maintenir voire à complexifier sa structure - repose sur deux types de régulation. Des régulations primaires, tout d'abord, qui engendrent de l'ordre par une interaction dynamique entre les composants du système, ces régulations étant à la base des phénomènes de développement tant ontogéniques que phylogéniques. Des régulations secondaires, ensuite, "qui sont contrôlées par des aménagements fixes (...) du type rétroaction"11. Ensembles d'éléments en interaction ouverts sélectivement sur le milieu qui les englobe et soustraits - du moins temporairement lorsqu'on les considère individuellement - à la loi de l'entropie par des mécanismes internes de régulation, les systèmes ouverts se caractérisent par au moins trois propriétés l'émergence, la spécificité et l'interdépendance12.
 

Il y a émergence lorsque l'agrégation d'éléments au sein d'un ensemble se traduit par l'apparition de propriétés nouvelles (par exemple, la capacité d'élaboration conceptuelle du cerveau humain n'est pas une capacité de chacun des milliards de neurones qu'il recèle mais résulte de leur interaction). Dit autrement, le passage d'un niveau d'organisation à un autre s'accompagne de l'apparition de qualités ou de propriétés ignorées des niveaux inférieurs. La spécificité désigne le fait que chaque niveau mène des activités ignorées des niveaux supérieurs (par exemple, un être vivant n'a pas conscience du fonctionnement de ses cellules). Enfin, il existe une interdépendance c'est-à-dire une reproduction conditionnelle réciproque entre un système et ses sous-systèmes. En effet, la reproduction du tout (le corps) passe par celle de ses parties (les organes) tandis que l'existence des parties est conditionnée par celle du tout.

Comme on le voit, la notion de système, en mettant en évidence le fossé qui sépare une totalité - que les termes français d'individu et allemand de Gestalt expriment, chacun à leur manière, assez bien - de l'ensemble de ses composants, permet de rendre compte de la complexité du réel. La théorie générale des systèmes dont le but est, selon les propres termes de son fondateur, de "formuler des principes valables pour les systèmes en général indépendamment de la nature des éléments qui les composent et des relations, des forces qui les relient"13 présente, de ce fait, un triple intérêt. Tout d'abord, une aire de pertinence très vaste dans la mesure où "le concept de système est assez abstrait et assez général pour s'appliquer à des entités de toute sorte"14. Ensuite, une capacité à avancer des "explications de principe" indépendamment du recours systématique au formalisme mathématique. Enfin, contrairement à une opinion parfois émise, la théorie générale des systèmes laisse une grande place aux valeurs. Ludwig von Bertalanffy est particulièrement clair sur Ce point qui écrit "les valeurs réelles de I'humanité ne sont pas celles qu'elle partage avec les entités biologiques (...) mais celles qui sont issues de I 'esprit individuel."15

Lu à travers le prisme de la pensée systémique, l'ensemble des activités économiques va apparaître non plus comme un agir fonctionnant selon une logique identique à celle gouvernant les autres compartiments du réel mais comme un sous-système de celui-ci.
 
 

L'économie comme sous-système


C'est dans la confrontation entre la finitude du monde et le caractère infini et protéiforme des besoins et des désirs humains que réside la raison d'être de l'activité économique. De fait, lace à des ressources en quantités finies, les hommes cherchent à améliorer leur condition en produisant et en échangeant des biens et des services destinés à la consommation ou à la production. Une activité humaine présente donc, pour reprendre la terminologie de Raymond Barre, "un aspect économique"16 lorsqu'elle vise à la satisfaction des besoins des hommes.

La notion d'aspect économique d'une activité - en sous-entendant qu'il ne saurait y avoir d'acte économique "pur" - rend parfaitement compte, pour peu qu'on la développe, du statut précis de l'agir économique. Ainsi que le souligne Maurice Godelier, l'économie "se présente comme une réalité sociale, complexe parce qu'elle est un champ particulier d'activité tournée vers la production, la répartition et la consommation d'objets matériels et est en même temps par les mécanismes de cette production, de cette répartition et de cette consommation, un aspect particulier de toutes les activités non économiques"17.

Poursuivant ce raisonnement, René Passet lui fait franchir une étape supplémentaire - et décisive pour le sujet qui nous occupe - en soulignant que "I'humain, à son tour s'ouvre sur l'univers plus large de la matière vivante et inanimée - la biosphère - qui l'englobe et le dépasse"18.

L'économie constitue en effet un sous-système de la sphère des activités humaines, elles-mêmes sous-système de la biosphère. Plus précisément, la sphère des activités économiques forme un sous-système ouvert et auto-organisateur qui maintient sa stabilité et/ou développe sa structure par une double ouverture sur l'homme et la biosphère, deux champs an sein desquels elle trouve sa raison d'être et/ou ses conditions d'existence. En ce qui concerne l'homme, c'est évidemment dans la sphère humaine que réside la finalité de l'activité économique mais également un élément indispensable à son fonctionnement : le facteur travail. La biosphère, quant à elle, en fournissant gratuitement des capacités épuratrices que l'on croyait il y a peu encore illimitées - ainsi que des ressources naturelles renouvelables (bois, eau...) et non renouvelables (charbon, pétrole...) constitue un élément indispensable à l'existence même de l'économie.

Grâce à un ensemble d'intrants prélevés sur le milieu anthropique et non anthropique, la sphère économique engendre de l'entropie négative (dite néguentropie) de deux manières différentes mais cependant intimement liées, d'une part en incorporant, par les activités de production qui opèrent en son sein, de l'information-structure dans la matière19 et, d'autre part, en se complexifiant elle-même grâce à son caractère auto-organisateur par le phénomène du développement20. Toutefois, parallèlement à ce caractère néguentropique, l'économie possède également une dimension entropique qui se manifeste sous la forme d'atteintes au milieu telles que les rejets continus ou accidentels de substances polluantes ou les prélèvements massifs de matières premières. Or, l'existence de cette deuxième face de l'acte économique, bien que trop souvent ignorée, revêt une importance considérable dans la mesure où les dommages par lesquels elle se traduit et qui s'aggravent avec l'accroissement de l'univers technicien résultent du fait que le fonctionnement de l'économie, et donc le mode d'utilisation des biens d'environnement qui lui est lié, obéissent à une logique - tant en ce qui concerne le type de causalité que le type de rythme21 - d'une nature radicalement différente de celle qui préside à la régulation de la biosphère.

Celle-ci possède en effet un mode de fonctionnement caractérisé par une causalité circulaire fondée sur d'innombrables inter- et rétroactions. Au sein des biocoenoses, les relations de nature alimentaire entre les espèces vivantes constituent des chaînes trophiques grâce auxquelles s'opèrent la circulation de la matière et le transfert de l'énergie. Par ailleurs, loin de constituer deux univers séparés, le vivant et l'inanimé sont reliés par une interaction continue qui se traduit par une circulation ininterrompue de matière entre biotope et biocoenose sous forme de substances tantôt minérales et tantôt organiques. Ce passage alternatif d'éléments (le carbone, l'hydrogène, l'oxygène, l'azote, le phosphore, le soufre et une trentaine d'autres corps simples) entre milieu inorganique et matière vivante forme ce que les écologues nomment les cycles biogéochimiques A cette réalité fondée sur une causalité circulaire aux rythmes lents, l'économie tente d'imposer sa causalité linéaire, ses rythmes brefs et sa préférence pour le court terme. Un tel agir, insoucieux des principes de fonctionnement du milieu, se traduit par une maximisation des prélèvements (tant sur les flux que sur les stocks) et par des rejets massifs dont les effets respectifs sont un épuisement rapide des ressources naturelles et une mise en danger ou un dépassement de la capacité de régulation de l'homéostasie des écosystèmes ou de la biosphère22.
 

Il apparaît donc au total que la sphère économique constitue un sous-système mettant en péril, en raison de sa logique de fonctionnement et du caractère multidimensionnel des actes économiques, la pérennité du système naturel qui l'inclut. Ce conflit entre économie et environnement oblige à reconsidérer la logique qui sous-tend et justifie le mode de fonctionnement de la sphère des activités économiques c'est-à-dire, en d'autres termes, la définition de l'économique elle-même.
 
 

L'ÉCONOMIQUE DU SENS
 

Appréhendant une réalité systémique - au sein de laquelle l'économie se ramène à un sous-système - à travers un prisme analytique mécaniste qui repose sur le postulat selon lequel le réel ne possède qu'un seul niveau logique, l'économique standard se révèle incapable d'intégrer la totalité du sens d'un agir qu'elle étudie et contribue largement à façonner. Une telle grille de lecture, dont le caractère simplificateur pouvait être acceptable à une époque où les accroissements de l'avoir se confondent avec l'augmentation du bien-être23 et où, eu égard aux technologies disponibles, les effets négatifs du développement économique sur l'homme et la biosphère ne pouvaient être ni massifs ni irréversibles est désormais irrecevable face à l'ampleur des pollutions contemporaines. S'impose donc la conception d'une économique apte à intégrer - sans pour autant se dissoudre dans d'autres disciplines - le sens c'est-à-dire la pluralité des dimensions de l'acte économique, une économique que nous appellerons de ce fait l'économique du sens.

Ce nécessaire renouveau de l'économique passe par une critique de l'approche néoclassique dont l'économie de l'environnement constitue un chapitre, critique permettant de définir les caractéristiques d'une économique respectueuse de la logique du vivant
 
 

De la logique du marché...


Les définitions de l'économique proposées actuellement sont en réalité dans la plupart des cas des reprises plus ou moins développées de celle proposée en 1935 par Lionel Robbins et selon laquelle l'économique est "la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages alternatifs et qui, point fondamental, est absolument neutre vis-à-vis des fins (...) ne s'occupe pas des fins comme telles"24.

L'origine de cette vision de l'économique remonte en réalité au XIXé siècle et plus précisément aux travaux d'Augustin Cournot. Docteur en physique ainsi que professeur d'analyse et de mécanique, Augustin Cournot, qui partageait les idées conservatrices et mécanistes d'Auguste Comte, est en effet le fondateur, par ses Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses paru en 1838, d'une "mécanique rationnelle des faits économiques", d'une "économique scientiste" qui va devenir dominante. Pour construire sa mécanique économique, Augustin Cournot réduit le réel aux dimensions du formalisable et adopte de ce fait un certain nombre de partis pris épistémologiques remarquablement mis en évidence par Philippe Lorino25. Ainsi, à l'image d'un Newton renonçant à expliquer la force d'attraction pour pouvoir rendre compte de tous les autres phénomènes26 - l'un des traits les plus marquants de la mécanique, et l'une des causes de son succès, étant en effet de se désintéresser de toute explication ontologique de la matière et du mouvement - Augustin Cournot renonce à expliquer la valeur. Il considère cette dernière comme une donnée "mise en évidence par l'échange, comme la masse est, pour la mécanique, une donnée, mise en évidence par le mouvement, sans qu'il v ait lieu de s'interroger sur sa genèse. La valeur; source de l'attraction économique, est l'équivalent de la masse gravitationnelle, source de l'attraction mécanique ; l'échange est l'homologue économique du mouvement"27, L'économique devient, dans ces conditions, une science de l'équilibre, celui-ci étant obtenu par le libre jeu d'agents obéissant à une rationalité (c'est-à-dire une capacité d'optimisation sous contraintes) parfaite, elle-même rendue possible par l'existence d'une information parfaite. "La mécanique économique se construit, comme le souligne Philippe Lorino, dans le temps de la mécanique : l'échange est instantané ; les lois de comportement sont stables ; elles sont continues et ignorent les ruptures"28. A ce paradigme mécaniste, l'école néoclassique, apparue au cours du dernier tiers du XIXè siècle, adjoindra une théorie de la valeur fondant celle-ci non plus sur le travail comme c'était le cas chez les classiques et chez Marx mais sur l'utilité.

La notion d'équilibre sera approfondie par Léon Walras, l'un des fondateurs de l'école néoclassique, qui, prenant acte de l'interdépendance qui existe entre les marchés et donc de l'impossibilité d'étudier l'un d'entre eux en faisant abstraction des autres, élaborera le concept d'équilibre général. Exposé dans son ouvrage, Les Eléments d'économie politique pure, paru en 1874, la démonstration de son existence mathématique sera l'oeuvre, dans les années 1950, de Kenneth Arrow et Gérard Debreu29. Selon cette théorie, une économie en régime de concurrence parfaite tend vers un équilibre général c'est-à-dire une "situation où toutes les quantités offertes et vendues et où tous les prix sont déterminés simultanément"30, autrement dit un état où se réalise en même temps l'équilibre sur tous les marchés. Un tel "équilibre concurrentiel" constitue, et c'est ce qui fait son intérêt, un "état efficient" de l'économie que les économistes nomment optimum de Pareto, c'est-à-dire un point où l'on ne peut plus accroître la satisfaction d'un agent économique sans diminuer celle d'un autre.

Dans ce cadre conceptuel les problèmes de pollution, qui sont des phénomènes hors marché, vont être appréhendés par le concept d'effet externe. Il y a effet externe (ou externalité) dit la théorie néoclassique lorsque l'activité d'un agent influe sur l'utilité ou le profit d'autres agents, hors de toute transaction sur un marché. Les pollutions sont donc des effets externes négatifs - c'est-à-dire des coûts sociaux non compensés - dont l'existence met en évidence que les décisions individuelles visant à maximiser le profit ne conduisent pas systématiquement à un état efficient de l'économie. Dans un tel cas de figure, qui correspond au fonctionnement réel de l'économie, l'équilibre concurrentiel n'étant plus un optimum de Pareto, la théorie va proposer, en vue de restaurer l'optimum, d'internaliser les effets externes ; il s'agit, après leur avoir donné un prix, de les intégrer dans le calcul économique en les incorporant dans les fonctions de coût des pollueurs. Une telle mesure qui vise à provoquer une baisse du niveau de production ou à inciter à la dépollution31 revient, en fait, à fixer un "optimum économique de pollution". Le montant du coût des effets externes est déterminé par une simulation du marché qui peut être réalisée de différentes manières32 mais dont la plus usitée est celle de l' "évaluation contingente" qui repose sur la technique du questionnaire. Celle-ci consiste à interroger un échantillon de personnes préalablement défini sur le prix qu'elles seraient disposées à payer pour continuer à jouir d'un bien d'environnement ou sur la somme qu'elles exigeraient de recevoir pour y renoncer. Les évaluations ainsi obtenues sont utilisées soit directement (choix en univers certain), soit dans le cadre des formalismes de la théorie de la décision (choix en univers aléatoire).

Outre des problèmes à la fois théoriques et pratiques que nous avons traités ailleurs33, la théorie des effets externes se heurte à un obstacle rédhibitoire : le niveau de pollution économiquement optimal qu'elle permet de déterminer se situe nécessairement au-dessus de la capacité de régénération du milieu dans la mesure où, comme le montrent Jean-Philippe Barde et Emillo Gerelli à la suite de David Pearce34 c'est précisément le dépassement de celle-ci qui donne à la pollution un coût économique. Une telle limite résulte en fait du cadre épistémologique de la pensée néoclassique qui contraint à raisonner en termes d'équilibre quand il faudrait le faire en termes de stabilité. En effet, la pensée économique dominante, en faisant de l'équilibre sa clef de voûte conceptuelle, fonde sa démarche sur le mécanisme de la "régulation secondaire" pour le dire à la manière de Ludwig von Bertalanffy et plus précisément de la rétroaction négative, et se révèle de ce fait comme une approche cybernétique à un seul niveau de complexité. Une unique logique étant censée gouverner la totalité du réel, les mécanismes du marché sont tenus pour capables de résoudre les problèmes posés par les atteintes à l'environnement alors même que les instruments d'internalisation, par exemple la redevance de pollution, ne peuvent appréhender, sauf à superposer des hypothèses toujours plus irréalistes35 ni les effets de seuil et de synergie caractéristiques du fonctionnement de la biosphère ni la lenteur des rythmes écologiques.

Une telle approche - finalement très normative et fondée sur les jugements de valeur de l'utilitarisme, comme l'est d'ailleurs l'ensemble de l'économie du bien-être à laquelle elle appartient36 - oublie en fait que l'économie constitue un sous-système stable qui maintient et développe sa structure par une ouverture (faite de prélèvements et de rejets) sur la biosphère dont elle ne peut pas mettre en péril les conditions d'existence. Pensée non systémique, l'école néoclassique, en négligeant des éléments aussi fondamentaux que le mode de reproduction et/ou de création des éléments nécessaires à la propre survie de la sphère économique, appelle une économique ouverte à la logique du vivant.

"Il y a économie, nous dit Henri Bartoli, partout où des décisions doivent être prises parce que différents objectifs sont possibles et ne peuvent être atteints simultanément"37.
 
 

à la logique du vivant


L'économique, engendrée à l'image de l'économie par la nécessité de choisir, doit donc être perçue, même si elle n'est pas exclusivement que cela, comme la discipline des décisions et des projets. Or les limites de l'approche néoclassique des problèmes d'environnement mettent en évidence qu'il ne saurait y avoir une maîtrise "rationnelle" de la décision en matière de mise en oeuvre d'activités (potentiellement) polluantes si l'on entend rationnel au sens, réducteur mais largement usité, de "rationalité formelle", de "calculable". En conséquence, face aux décisions d'investissement susceptibles d'engendrer des dommages au milieu, les économistes doivent, sous peine d'être infidèles à leur objet d'étude, faire le départ entre deux notions qu'ils confondent souvent : le rationnel et la cohérence formelle. En effet, ainsi que le souligne Henri Bartoli, "il est impossible de parler de la rationalité d'actions économiques destructrices d'êtres humains, voire de certaines dimensions du milieu naturel (...). La rareté ne se limite pas à ce qu'expriment le marché et les prix. Elle est fondamentalement sociale, entendons déterminée par les données naturelles et la connaissance que l'on en a, la technologie, les institutions, les règles du jeu, les us et coutumes, la hiérarchie des valeurs."38 Les phénomènes hors marché, dont les pollutions sont de parfaits exemples, ne pouvant être pliés à la logique de l'offre et de la demande, une nouvelle approche de l'économique s'impose qui intègre la pluridimensionnalité de l'agir économique et qui fonde ainsi une économique du sens.

Face à la prolifération des externalités, l'objet de l'économique ne doit plus être l'allocation optimale des ressources dans le cadre de la seule logique du marché mais dans celui, plus vaste, d'une exigence d'équité à l'égard des hommes et surtout, pour le sujet qui nous intéresse ici, d'un rapport non conflictuel avec les mécanismes de reproduction de la biosphère. L'essence de l'acte économique doit donc désormais être, pour reprendre les termes de René Passet, de "gérer un patrimoine énergétique en vue d'en assurer la reproduction et le développement dans le temps [et de] structurer, grâce au travail, les flux énergétiques par de l'information afin de satisfaire, au moindre coût, aux impératifs individuels et sociaux de l' "être" "39. Une telle approche renvoie à Henri Bartoli pour qui "l'économie est lutte contre des formes de mort et de meurtre, action en vue de la victoire de la vie, elle doit être tout entière vouée à la création"40. Le classique principe d'économicité selon lequel il faut toujours maximiser le résultat d'une opération pour un coût donné ou minimiser son coût pour un résultat donné doit céder la place à un autre énoncé que nous emprunterons à Henri Bartoli: "L'économie est efficace quand elle est organisée de telle façon que la couverture des coûts de l'homme est assurée pour le plus grand nombre aux moindres coûts humains."41. A ces derniers, Henri Bartoli ajoute ailleurs une seconde catégorie de coûts à minimiser: les coûts écologiques42.

La multidimensionnalité de l'acte économique conduit donc à ouvrir l'économique, d'une part, sur l'écologie scientifique qui s'efforce de déterminer les conditions de reproduction de la biosphère, support de l'activité économique et, d'autre part, sur la réflexion éthique, passage obligé pour toute analyse vraie des procédures décisionnelles impliquant l'homme et le milieu naturel et, plus largement, pour toute réflexion sur la finalité de l'acte économique. Or, par un chemin inattendu, l'analyse systémique - qui permet notamment de mettre en évidence la dépendance de l'économie à l'égard de la biosphère - nous conduit dans le champ de l'éthique. En effet, analysant Le Principe responsabilité de Hans Jonas43, ouvrage sur lequel nous reviendrons, Paul Ricoeur écrit : "Le phénomène d'auto-organisation (...) permet de parler d'un témoignage que la vie se rend à elle-même. La vie ne se prouve pas ; elle s'éprouve et s'atteste."44 "La fin comme telle [étant] domiciliée dans la nature"45, l'éthique est donc ontologiquement fondée et ainsi s'emboîtent parfaitement l'économique de René Passet et la philosophie de la responsabilité de Hans Jonas.

L'inclusion de la sphère des activités économiques dans la biosphère oblige l'économiste à concevoir de nouveaux modes de régulation. Pour cela, le recours au principe hologrammatique de l'analyse systémique s'impose. Selon ce principe, clairement formulé par Henri Bartoli, "l'organisation complexe du tout (holos) implique l'inscription (engrammée) de celui-ci en chacune de [ses parties]"46. Transposé dans le domaine de la gestion des rapports entre l'économie et l'environnement, ce principe signifie que la logique du vivant est (doit être) présente dans la logique économique alors que l'inverse n est pas vérifié (et d'ailleurs impossible). Dit autrement, l'intégration réussie de l'économie et du vivant exige le respect - mais non l'adoption intégrale comme mode de fonctionnement - par la sphère économique des mécanismes de reproduction de la biosphère.

Une révolution méthodologique s'impose donc pour appréhender l'économie en son milieu qui devra se traduire par l'élaboration ou l'affinement de concepts nouveaux ou trop souvent ignorés tels que par exemple ceux de "coût de l'homme"47, de "gestion normative sous contrainte"48 sur lequel nous reviendrons, de "propagateurs"49 ou d' "entéléchiens" et par l'élargissement de concepts plus anciens ou largement utilisés - comme par exemple ceux de ressources naturelles ou de biens d'environnement... - de façon à leur faire rendre compte de la pluridimensionnalité des phénomènes qu'ils désignent.

En s'imposant au moins de garantir la perpétuation des. mécanismes de reproduction de la biosphère, l'économique prendrait acte de sa responsabilité vis-à-vis des êtres humains potentiellement affectés par des décisions de production prises hors de leur contrôle. La responsabilité dont il est ici question ne doit pas être entendue uniquement dans son acception juridique traditionnelle mais dans la polysémie qui est désormais la sienne. Ainsi que le montre Paul Ricoeur en se fondant sur une analyse des constructions grammaticales mettant en oeuvre le terme responsabilité, l'objet de celle-ci s'est déplacé des effets négatifs d'une action consciente (responsabilité juridique) vers le "fragile", l'"autrui vulnérable" et par extension la "condition vulnérable" elle-même. A cette première inflexion s'en ajoute une seconde, l'"extension illimitée de la portée de la responsabilité, la vulnérabilité future de l'homme et de son environnement devenant le point focal du souci responsable"50. Au total, les effets irréversibles de l'agir techno-économique nous imposent chaque jour davantage le sentiment d'une telle responsabilité que Hans Jonas place au coeur d'une éthique, elle-même renouvelée pour les mêmes raisons, non plus une "éthique de la simultanéité" adaptée à l'univers des actions réversibles, mais une "éthique de la prévision", une "éthique d'avenir" adaptée à la nouvelle donne décisionnelle de la civilisation technologique.

Le chantier conceptuel qui s'ouvre est donc immense. Toutefois, face aux décisions régulièrement prises et qui menacent l'environnement, un thème s'impose aux économistes dans la prolifération des recherches possibles jeter les bases d'un "art économique" traduisant dans le champ des processus décisionnels les visées de l'économique du sens.
 
 

L'ART ÉCONOMIQUE
 

L'élaboration d'un art économique, c'est-à-dire une "recherche de règles ou de préceptes permettant d'atteindre des fins données"51, lié à l'économique du sens, se heurte à plusieurs difficultés. Tout d'abord, le recours à la logique du marché pour régler les problèmes de pollution est rendu impossible par le caractère systémique du réel. De plus, les sciences de la nature, en raison de la faillibilité inhérente à tout savoir scientifique, ne fournissent pas toujours, ainsi que le prouvent par exemple les querelles concernant le trou d'ozone ou l'effet de serre, de certitudes absolues susceptibles de justifier sans appel une décision de production ou d'interdiction de production.

Enfin, les problèmes de choix concernant le milieu naturel ne se ramènent presque jamais à une alternative entre pollution et protection de l'environnement mais, dans l'immense majorité des cas, à la mise en balance de deux types de pollution par exemple aléatoire (centrale nucléaire) et continue (centrale thermique). Orphelins de I'epistèmè et prisonniers d'alternatives aporétiques où la non-décision est impossible, seule la croyance et sa traduction en normes peuvent nourrir une décision raisonnable.
 
 

De la croyance..


Ainsi que nous l'avons vu, l'économique du sens et, partant, l'économique tout court, est indissociable d'une visée éthique que l'on peut définir avec Paul Ricoeur comme "la visée de la "vie bonne" avec et pour autrui dans des institutions justes"52. Or, une telle visée exige, pour sa réalisation concrète, une pratique de la délibération, c'est-à-dire, pour nous situer dans le sillage aristotélicien53, "le chemin que suit la phronèsis; la sagesse pratique (...), et, plus précisément, le chemin que suit l'homme de la phronèsis - le phronimos - pour diriger sa vie"54. Cette phronèsis possède un équivalent au plan collectif, l'euboulia, c'est-à-dire le jugement éclairé en situation qui doit (ou devrait) résulter du débat public qui, dans le domaine de l'environnement, n'a malheureusement pas vraiment lieu. Pourtant, une telle phronèsis collective en étant, comme l'écrit Paul Ricoeur, "l 'expression du caractère non décidable de façon scientifique ou dogmatique du bien public" est, a priori, adaptée au traitement des problèmes environnementaux. En effet, dans ce type de questions, comme dans celles qui se posent de plus en plus souvent aux démocraties, "il n 'existe pas de lieu d'où ce bien puisse être aperçu et déterminé de façon si absolue que la discussion puisse être tenue pour close. La discussion politique, ajoute Paul Ricoeur, est sans conclusion, bien qu'elle ne soit pas sans décision"55.

Cependant, pour aussi impérative que soit la décision, l'adéquation entre celle-ci et les idéaux poursuivis ne peut pas être démontrée scientifiquement. Au plan individuel, une telle adéquation relève d'un exercice du jugement qui se traduit pour le sujet qui le mène à une conviction confinant à une sorte d' "évidence expérientielle" que Paul Ricoeur nomme attestation. Il y a attestation pour l'auteur de Soi-même comme un autre, "quand la certitude d'être l'auteur de son propre discours et de ses propres actes se fait conviction de bien juger et de bien agir; dans une approximation momentanée et provisoire du bien-vivre"56. Avec la notion d'attestation, Paul Ricoeur valorise, comme l'écrit Olivier Mongin, "la logique du vraisemblable, le doxazein aristotélicien qui se distingue à la fois du savoir épistémique et de la doxa ravalée au rang d'opinion"57 et qui désigne l' "opinion droite". L'attestation se présente donc comme une sorte de croyance mais se distingue cependant de tout arbitraire.

De manière à saisir la fécondité de cette notion pour notre problématique, un retour sur la notion de doxa s'impose58. Pour les philosophes grecs, et notamment pour Platon, la science (I'espistèmè) entendue comme savoir absolument fondé s'oppose à l'opinion (la doxa) qui appartient au contingent, au variable, à l'arbitraire. Toutefois, comme le souligne Paul Ricoeur, la condamnation platonicienne de la doxa n'est pas sans contrepartie. L'élève de Socrate situe en effet dans les degrés du savoir, à mi-chemin de la science et de l'ignorance, la doxa, celle-ci étant alors entendue non pas seulement comme un degré de transition mais surtout comme activité de l'âme s'appliquant à l'étude des êtres. L'opinion ne désigne plus alors l' "opinion apparence" mais l' "opiner", le "juger", l' "opiner-juger" que Platon nomme précisément doxazein. "Deux problématiques (...) s'entrecroisent [donc] : l'une plus ontologique, qui oppose science et opinion, comme être et apparaître, l'autre plus psychologique, qui place l'opinion entre l'ignorance et la science, comme le mouvement même de chercher d'apprendre, d'arrêter et d'achever son discours, c'est-à-dire son parcours de pensée."59 Le doxazein place l'opinion non plus dans le champ de l'objet mais dans celui de l'activité de l'esprit, la science apparaissant dans ces conditions comme une opinion vraie. Ainsi que le résume Olivier Mongin "le doxazein exprime la sphère de l'opinion droite, celle qui ne se confond ni avec la doxa ni avec l'epistèmè, mais avec le probable et le vrai-semblable. 60 On notera d'ailleurs qu'au cours des XVIIè et XVIIIè siècle, avec l'usage que Pascal et Bernoulli feront des probabilités61 puis avec le concept de belief (créance) chez Hume, "l'idée de probabilité tend à remplacer celle de vérité au sens platonicien et cartésien"62, La probabilité étant devenue un "degré quantitatif de certitude (...) la croyance bascule du subjectif à l'objectif"63. Héritière du doxazein aristotélicien, l'attestation possède notamment deux caractéristiques qui permettent d'en cerner le caractère opératoire. D'une part, elle implique le sujet qui l'énonce en lui conférant le statut de témoin, terme auquel le substantif attestation renvoie. La langue allemande est d'ailleurs particulièrement éclairante sur ce point où attestation se dit Bezeugung, terme apparenté par sa racine à Uberzeugung qui signifie conviction, der Zeuge désignant le témoin. Par ailleurs, Gewissen qui est le terme allemand désignant la conscience morale a chez Heidegger le sens d'une attestation, die Gewissenheit étant la certitude64. D'autre part, et c'est ce qui fait échapper l'attestation à l'arbitraire, son contenu, c'est-à-dire le témoignage, peut être communiqué et partagé -donc tomber dans le champ de la délibération publique - grâce à son caractère vraisemblable.

Par ces deux dimensions, l'attestation peut constituer dans l'espace délimité par le sophisme et la démonstration qui est l'aire de prédilection du débat concernant les questions d'environnement, la "ressource de l'action"65. En effet, concrètement, face à des choix susceptibles de provoquer des dommages irréversibles à court, moyen ou long terme ou de créer des risques irréversibles que les générations futures devront éventuellement gérer, la peur possède une valeur heuristique66 en permettant d'anticiper la menace et, par conséquent, de protéger l'homme contre les abus de son propre pouvoir. L'attestation d'une telle peur qui résulte d'une connaissance du possible a pour corollaire une demande de prudence. Or, en premier lieu, l'adoption d'une telle attitude se situe dans la logique du témoignage. En effet, outre son aspect d'évidence expérientielle, elle implique son auteur dans la mesure où la décision qu'il recommande rétroagit non seulement sur son niveau de bien-être mais également sur lui en tant qu'être en relation directe ou non avec d'autres êtres. Ensuite, elle fonde son caractère raisonnable et donc intersubjectif sur un double vraisemblable : un vraisemblable probabiliste et un vraisemblable existential.

Le vraisemblable probabiliste désigne le fait que la survenance du pire est toujours possible, autrement dit que la probabilité d'occurrence d'un dommage, aussi faible soit-elle, ne peut pas être négligée. Trois éléments viennent à l'appui de cette position. Tout d'abord, comme le démontre Lucien Borel67, un risque de faible probabilité ne signifie nullement un risque négligeable. En effet, les calculs de fiabilité sont non seulement - eu égard à la complexité des systèmes sur lesquels ils portent - inévitablement entachés d'erreurs et/ou d'omissions, mais aussi incapables, car fondés sur la loi des grands nombres, de prévoir la date de survenance d'un sinistre donné. Ainsi, les accidents de Three Mile Island et de Tchernobyl, qui se situent respectivement aux niveaux 5 et 7 (le plus élevé) de l'échelle internationale des événements nucléaires, sont survenus pour le premier un an et pour le second trois ans après la mise en service des réacteurs concernés. Ensuite, il convient de prendre en considération, qu'à espérance mathématique égale, un dommage faible mais fréquent n'a pas les mêmes implications qu'un dommage peu probable mais catastrophique. Enfin, en ce qui concerne l'ampleur potentielle d'un dommage, il faut garder présent à l'esprit que l'affinement des relations dose/effet conduit parfois à réévaluer la dangerosité de certaines substances.

Le vraisemblable existential renvoie à Hans Jonas qui met en lumière l'enracinement ontologique des valeurs et, partant, celui de ce qu'il nomme l'éthique de la responsabilité. Cette subordination de l'axiologie à l'ontologie repose sur la constatation que la vie se caractérise par un phénomène de perpétuation qui, avec l'émergence de la conscience réfléchie, abandonne son automaticité pour tomber dans le champ de la liberté humaine. En effet, avec l'apparition de l'homme, le risque naît de voir un déploiement sans bornes du phénomène technique mettre en cause l'existence de conditions permettant une vie véritablement humaine sur terre, voire la perduration et le développement de la vie elle-même. Or, accepter de courir ou de faire courir de tels risques revient à nier le "vouloir de dépassement" présent dans la nature, à préférer le non-être à l'être. Il apparaît donc vraisemblable que la vie est orientée par des fins qui acquièrent, avec l'apparition de la pensée réfléchie, le statut de valeurs, au premier rang desquelles se trouve le sentiment de responsabilité de l'homme envers ses conditions d'existence ainsi qu'envers Celles des générations futures, sentiment qui, dans la liberté lucide de l'être humain, possède la force d'un devoir.

S'il est donc vraisemblable que la prudence s'impose, tant pour (les raisons probabilistes qu'existentiales, il ne l'est pas moins que des normes sont requises pour guider notre action.
 
 

...à la norme


Une telle nécessité renvoie à l'emboîtement de la morale dans l'éthique auquel procède Paul Ricoeur, l'éthique désignant la visée de parvenir à ce qui est estimé bon et la morale "l'articulation de cette visée dans des normes caractérisées à la fois par la prétention à l'universalité et par un effet de contrainte". Cette distinction entre visée et normes se fonde sur l'opposition entre l'héritage aristotélicien où l'éthique est caractérisée par sa perspective téléologique et l'héritage kantien où la morale est définie d'un point de vue déontologique. La morale est donc dans ces conditions une "effectuation limitée" de la visée éthique68.

Dans le champ environnemental, la norme qui doit s'imposer à toute décision est, eu égard à la demande de prudence, celle proposée par Hans Jonas qui reformule l'impératif kantien de la manière suivante "Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre."69. Un tel impératif au caractère très formel peut être décliné en un certain nombre de normes que Dieter Birnbacher dans un ouvrage consacré à la responsabilité envers les générations futures désigne sous le vocable de "normes de la pratique." Après avoir souligné les méfaits d'une obsession du futur conduisant à l'inaction, Dieter Birnbacher propose en effet un ensemble de "normes de la pratique" permettant "une orientation dans le cas de savoir limité, d'intelligence limitée et de bonne volonté limitée"70 dont deux se rapportent directement à nos préoccupations et méritent de ce fait, d'être présentées.

La première s'énonce de la façon suivante "Ne pas mettre en péril une existence future digne de l'être humain : nil nocere."71 En effet, dans la mesure où nos descendants devront, comme nous, respirer, boire, cultiver le sol et utiliser de l'énergie, une norme purement négative s'avère indispensable: s'interdire toute action ou omission dont on pourrait craindre "qu'elle provoquera la détresse des individus futurs, qu'elle les livrera à des maux anthropogènes ou naturels (...), maux qui les mettront dans des situations de contrainte (...), ou qui les forceront (...) à commettre des actes de désespoir favorisant l'emploi de moyens inhumains"72. S'impose donc toute action favorisant l'utilisation économe de l'ensemble des ressources.

La seconde mesure de la pratique enjoint de "ne pas créer de risques irréversibles supplémentaires" et donc de pratiquer la vigilance73. Le respect de cette norme consiste à s'interdire de léguer aux générations futures des risques irréversibles qu'elles pourraient désirer avoir pu refuser de prendre. Le critère d'appréciation réside ici dans le croisement du caractère irréversible ou non, d'une part, d'un risque donné et, d'autre part, du dommage qui lui est lié. La production d'énergie fournit de cette approche un excellent exemple. Si cette production est réalisée à partir de matériaux fossiles, du C02 est émis dans l'atmosphère avec pour conséquence possible un réchauffement du climat aux effets irréversibles. Toutefois, il s'agit d'un risque réversible dans la mesure où des dispositions peuvent être prises en vue de limiter le rejet du gaz incriminé. A l'inverse, la production d'énergie par la fission nucléaire constitue un risque irréversible, mais susceptible de ne provoquer que des dommages réversibles dans la mesure où une zone contaminée finit toujours par redevenir habitable. La vigilance, valeur de cette seconde norme, doit donc conduire à prendre en considération ce type de données, mais également à multiplier les recherches de solutions alternatives.

La reproduction conditionnelle réciproque qui lie les trois sphères économique, sociale et naturelle jointe à l'impératif de prudence qu'appellent les situations, nombreuses, d'incertitude scientifique oblige donc l'économiste à intégrer des contraintes exogènes dans ses calculs d'optimisation, à concevoir une rationalité intégrant des normes ne ressortissant pas à la seule logique du marché. Ce faisant, l'économique ne se dissout nullement dans la sociologie ou l'écologie ; elle retrouve au contraire - mais sur des bases élargies, c'est-à-dire en conformité avec son objet d'étude - sa spécificité de discipline ayant vocation à poser les principes de la gestion de la finitude. A la traditionnelle extension de la logique marchande aux phénomènes hors marché doit désormais se substituer un mode de gestion articulant les différents niveaux logiques constitutifs du réel. Une telle gestion peut-être nommée gestion normative sous contrainte, notion forgée et développée par René Passet qui en précise le sens de la manière suivante : "Il est temps (...) de se souvenir; au niveau des systèmes globaux, de ce que chacun accepte fort bien lorsqu'il s'agit de l'individu ou de la firme : l'économie née de l'inadaptation du monde n'existe que par la limitation des choix possibles. Parmi ces contraintes, doivent figurer, comme autant de normes - dans les fonctions d'utilité sociale ou de préférences gouvernementales -, les mécanismes et régulations par lesquels le milieu naturel et les sociétés assurent leur reproduction."74

Deux catégories de limites sont requises. Des limites quantitatives d'abord, destinées à garantir le respect des rythmes et modalités de reconstitution des ressources renouvelables et des protections ou conditions naturelles dont bénéficie la vie à la surface de la Terre. Pour atteindre un tel objectif on pourrait par exemple recourir aux trois principes directeurs proposés par Herman E. Daly : les ressources renouvelables devraient être exploitées à une vitesse inférieure ou égale à celle de leur régénération ; la production des déchets ne devrait pas excéder la capacité d'auto-épuration du milieu local ; et, les ressources non renouvelables devraient être exploitées à un rythme n'excédant pas celui de leur remplacement par d'autres ressources qui soient renouvelables75. A ces limites quantitatives devraient venir s'ajouter des limites qualitatives visant à préserver la diversité des écosystèmes et la beauté des sites. "A tous les niveaux, ajoute René Passet, il ne s'agit que des conditions minimales sans l'accomplissement desquelles, les exigences de la simple reproduction n'étant pas remplies, il serait vain d'épiloguer sur le bien-être"76 Dépassant l'opposition académique entre instruments économiques et instruments juridiques de lutte contre la pollution77, les partisans de la gestion normative sous contrainte pourraient faire leur cette remarque de l'économiste mathématicien Claude Henry : "Lorsque des choix entre générations sont en cause, le prix doit céder à la norme. II ne s'agit plus de céder la place, mais de reconnaître la prééminence de la valeur éthique qu'exprime alors la norme."78

Un art économique dans la gestion de l'environnement s'avère donc être possible pourvu que se développe une attitude de distanciation avec la recherche de certitudes chiffrées. Preuve d'une évolution positive des dirigeants politiques dans ce domaine, le principe de précaution qui stipule de prendre des mesures conservatoires sans attendre de certitudes scientifiques a d'ores et déjà été adopté par plusieurs déclarations internationales79.

L'environnement apparaît donc pour l'économiste comme un objet d'étude très particulier. Tout d'abord, les pollutions contemporaines, à la différence de la plupart de celles du XIXe siècle et de la première moitié du XXè siècle, sont susceptibles de manifester leurs effets sur des étendues spatiales et/ou temporelles considérables tandis que la gravité même de ces effets peut ne pas être connue avec précision. En effet, avec l'extension sans limite du technocosme, nous entrons dans une ère inédite de l'histoire de l'humanité où le Wirkwelt - le monde de l'action - dépasse, parfois de plusieurs milliers de fois, le Merkwelt - le monde du remarquable80. Ensuite, le milieu naturel constitue un système qui inclut l'économie et conditionne de ce fait l'existence même de celle-ci.

Or, la solution de continuité que l'on observe entre les logiques de fonctionnement de l'économie et de la biosphère complique la tâche de l'économiste en disqualifiant toute prétention à édifier ou à perfectionner une économie de l'environnement au sens néo-classique du terme, c'est-à-dire une aile supplémentaire au palais de l'économique où les problèmes d'environnement pourraient être valablement traités dans le cadre de la même logique que celle utilisée par exemple pour les questions financières. Car ce que les problèmes de pollution requièrent, ce n'est pas l'extension d'un cadre analytique préexistant, mais bien plutôt la conception d'une économique apte, sans renoncer à ses domaines traditionnels, à articuler ses lois avec celles de la biosphère81. Pour cela, une double exigence s'impose. En premier lieu, un recours à l'analyse systémique, seule susceptible de permettre une analyse fine des interrelations entre l'économie, le social et la biosphère et par là même de faciliter une vraie prise en compte du non-économique par l'économique ; et cela grâce à des concepts nouveaux ou anciens, mais élargis à la pluridimensionnalité de l'acte économique. En second lieu, un recours à la réflexion éthique face, d'une part, à l'impossibilité où nous sommes d'avoir une "perspective parallèle" sur la totalité des effets à venir de nos actes présents et, d'autre part, au fait que l'humanité ne saurait être envisagée comme une espèce parmi d'autres et doit être, en conséquence, considérée avec la plus extrême attention dans chacun de ses représentants.

Comme le souligne Paul Ricoeur "Depuis la Renaissance, seul le non-vivant est tenu pour connaissable ; le vivant doit donc lui être réduit ; en ce sens toute notre pensée est aujourd'hui sous la domination de la mort."82 Or, c'est précisément à un dépassement de la logique des choses mortes que l'environnement invite les économistes afin que, prenant conscience de la responsabilité de la méthode qu'ils mettent en oeuvre, ils ouvrent enfin leur discipline sur l'univers de la vie.


*Jean-Paul Maréchal est maître de conférences en science économique à 1'universit~ Rennes~n, Haute-Bietagne. Ce

travail a b~ne'fici~ dca pî~cieuses remarques de Mme Françosse Dastur et de ~IM Dominique Bourg et olivler Mongin.
 
 

I. Drcnonnoire de l'ent'ironnemen'. aes tet"te.ç no,"'zat~ee's. AFNOR, Pans, 1994, p. 93.
 
 

2. (3eorges Balsndier (1994), Le dedale. Pozir enfinir a~ee le xxe si"cle, Fayard, Pa~s, p. 122.
 
 

3. Jdei>~, p. 122.

4. De manière à é~iler d'emblée touL parti pris épistémologique nous suivons ici le conseil d'Aiidré Lalande qal. dans son VocabuL~ire 'echuique et culique Je La philosophie (PUF, Pari~, 1991, vol. I, p. 264), conseille d'utiliser le tenue economique su lieu dècOOOntiC politique nu de science econonlique et de réserver celui d'e.conontie à l'objet étudié. On notera que cette tenninologie a été adoptée par exeerple par Niaurice Allais (" L'économique en tant que science

Re~~ue d~Econornie Pohuque, n I, jasvier~lévrier 1968 p. 5~3O) ou encore par Alain lelingat, Pierre Silmon ci Alain wn1ielsp~rger (ik'rhodologie eco'son'ique, PUF, Paris, <.Tbétnis", 1985, pp. 83-99).

5. Temaniologie utilisée par Dsusiel Dumani (1994), io systérnique. PUF, Paris, " Que sais~e 7>), p. 10

6. \1uir Paul Ricoeur (1972), " Ontologie>). in Eneyeh>poedio Uni~eesolis, ~atis, vol. 12, p. 97.

7. voir René Passet (1983), L'économique et le s~i>'ost. Payot, Paris, " Petite Bibliothèque Fayot ". 287 p.
 
 

8. Ludwig Von Bertalanff~~ (1993), T'éone générale des ~stèmes, Dut,od, Paris, " 5ytt~rnique ", p. 37

9. Cela n'exclut pas le fait que certaines définitions se rapportent à ut, tyl'e de systeme en particulier. voir D"nieI

I>~d (1994>, op. dr., pp. 9-10.

10. Voir Ludwi~ von Beraianff~ <1993), op. cit., p.39.
 
 

19. fdeni, pp. 139-140.

20. Pour un exposé de la différence entre croissance et développement 01, lira Denise FIO'1ZÀ't (1987>, F<'()~,>fllk'

conlemporaine. PUF, Paris,. " iliémis >', vol. 3. C'.ois£ance. cn~~ ~t oraILgies éc'>namù1tiex, pp. I 9~25.

21. Voir: René Passet (1983). op. cit., partie I, chap. 3.
 
 
 
 

11. Jdem, p.43.

12. voir René Passet (1983), op: ci'., pp. 2l~219.

13. Ludwig von Bertalanff~, (1993), op. cit., p. 36.

14.Idem,p. 110.
 
 
 
 

15. Ibid. p. 51 et voirp. 221.

16. Raymotid Barre (1980>, EconomiepoIl.'iq~e. PUF. Paris, " Thérsis "vol. I. p. 13.

17. Maurice Godelier (1983), Ra:'on'iite' et irrationahté en êconornie. Maa~ro, Paris, Petue Collection Maspero ",

vol. l,p31.

René Passet (1983), op. cil., p. Il>.
 
 

22, Pour nne analyse 'er'ssrquahlernent claire de ces qiiesiions, on lira : Fançois Rarnade (1986), Lex Cafastropées

é~'o!'>gù,ues. Mc (;rsw-HiIl, Paris.
 
 

jeu,,-I~"u1 ~
 
 
 
 

23. voir René Passet (1965), " Phases de déveioppemcnz el seuiI~ dc mutation " l~evue juridique et éc<rnt'?fllque dia

Sud' -Outs', Bordeaux, n 2, pp. 259-3(16 et (I %6> . " Dev~Ioppernent e~onon'Jqiic et seuils de consom'uaiion Rrvue

juridique et econornique du Sud-Ouest, iiordLdux il 3 pp ~

24. Lionel Robbins <1947), Essai sur 'a nature et fa s!gntfiLaIwn Je la ~ ~ e~oIIoni'qae I~brdin~ i M ~di s P

pp. 3O~36.
 
 
 
 

25. Phihppe t~rino (1991), l,'Economiçte et le manageu'. Elément.~ de micr'>-éconornîe pour une nouvelle gestion., I~

Découverte, Paris." Textes i l'appui >', pp.51-54.

26. Voir Ilys Prigogine et Isalelie Stengcrs (1987), fi' Nouvelle Allùrnce. Gullirnard, Paris, " Folio"' pp.59,99 et s.

27. Philippe Lorino <1991), op. Cff.. p. 52. Voir Ilenri l~artoli (1991). L'Econon'ie niultidinivnsionnelle. f.'conomica,

Paris, pp. 139 et 231.

28. Phîlippe li>rino (1991). op. Ci'., p~ 54.

29.Gésard r~breti (1954), Théorie de la valeur. T)iînod, Paris.
 
 

30. Claude Jessua (1982), Elémenis d'analvse nulcroéconurni<'ue., Ed. Moniclirestien, Paris, p. 74.

31. Sur l'articulation historique et méthologique 'se ces deux ohjectifs, on lira Nicole Tbèse (1980), e' L'impasse

théorique l'économie et la pollution de l'environnement in !!ne approche rnuhidisciphnaire de I'environnernenL

Economica, Paris, pp. 9-29.

32. Ou lira, par exemple, ican-Paul Deesesteeker et Gilles Rotillon (23 février 1994), Regards sur l'économie de

l'environner"entProble'mes économiques, Paris, n" 2.364. pp 1-8.
 
 

33. Voir Jeaii-Psul Maréchal (1999), Le Prix du risque. L'économie au défi de l'environnement. Presses du CNRS,

Paris, " Sociéiés en rnouves',es's ", partie III, chap. I.

34. Jean-Philippe Barde et ~rni1îo Gerelli (1977). Econornie e: politique de l'environnement, PUF, Paris,

L'Fconorntsie pp.1 19-121 et I)avid Pearce (1 976), Environmental Economici.. I~>ngrnan. Londres. 35, Voir Jcun~Phihppe Barde et Ernujo Gerelli (I 977), op. cie.. pp. 121 - 123.

36. Voir Alain Mingat, Pierre Salmon et Alain Wo1feIsper~er (I 9~5), ',p. cit., pp. 521-523.
 
 
 
 

37. Henri Banal (199:), Op. ct'L. p. 139.

38. ldem, p. 174.
 
 
 
 

39. René Passet (1983), op. cil., p. 141.

40. Henri Baiioli (1977), Economie et création collective. Econontica, Paris, p. 144

41. Ideni, p. 426.

42. Heari Bartoli (1991>, op. cil., p. 415.

43. Hans Jonas (1990), 1£ PrinCipI Responsabilité. tJne éthique pour la civilisation trchnologique. cerf, Pari'. Pour une

présentation remarquablernent claire de ce lexte, on lira Dorninique Bourg ()uil1ei-aot~t 1993), " lians Jouas et

l'écologie" la Recherche, n' 256, pp. g8~890.

44. Paul Ricoeur (1991), " lareaponsabilité ci la fragilité dc la vic '.Le Afessager européen, n"5, Gallirnard, Paria.

45. Hans Ion>" <l990),op. ciL, p. 107.
 
 

46. Kenri Bartoli (1991>, op. ci!., p. 456.

47. Voir Français Perrotix (1952), " Notes sur les coi'ts dc l'Iloinîî'e >', Econornie appliquée, PUG, Grenoble, n' I,

pp.139-150.

48. Voir, René Pausci (I 985), " L'économie des choses 'nortea au vivant ", Encydopaed~a iln~versalis Symposium.

Les enjeux, p. 841.

49. voir Giovanni Demaria, Truttato di fogica ecofloinîcO. Cedam, Padoue, val. 1(1962), pp. 23-25, vol. 2 (1966),

cliap. I et ileori Bartoli (1991), op. Ci!., pp. 103-104.

50. Paul Ricoeur (novemboe 1994), ~ conoept de responsabilité. Essai d'analyse sémsndque " Esprit. n"l I, p.44.

51. Alain Mingat, Pierre Salinon et Alain Wolfelspe'gel (1985), op. cit. p. 36.
 
 
 
 

52. Paul Ricoeur (1990), Soi-même comme un autre., Seuil, Paris, L:ordrc philosophique ',,p. 202.

53. voir: Arisio'e (I 965). Eihique de Nkomaque.. Plammanon, Paris, CiF Iivrc VI.

54. Paul Ricoenr (1990>, op. cif.. p. 205.

55. Idem p. 300.
 
 

56. Ibid. p. 2!!.

57. Olivier Mongin (I 994), Pauf Ricoeur. Scuil, Paris.,' Les Contemporains." p. 172.

58. Nous reprenons ici la logique d'exposition du remarquable article de Paul Ricoeur (1969) Croyance

Encyclapaediu (Iniversalis, Paris, vol. 5, pp. I 71-176.

59. Paul Ricreur (1969), Croyance~, '>p. cil., p. 173.

60. Olivier Mongin (1994), Dp. cil., p. 27.

61. voir Jean-Paul Maréchal (1991), op. cil., pp. 196197.
 
 

62. Paul Ricoeur (1969), Croyance ", Dp. cil, p. 174.

63. 1dm, p. 174.

64. Voir Paul Ricreur (1990), Dp. cil., pp. 335, 358.

65. Olivier Mongin (1994), t>p. Lit., p. 109.

06. Voir Ilans Jonas (1990), Dp. cit., p.~5().
 
 
 
 

67. Lttcien Borel <octoboe I 992), " Risq"cs, probabilité et totalitarisitte scientiste ", Stratégies Energéuques Bi<~sphére et Société, Cienéve. Pi. Médecine et hygiène, pp. 75-80.
 
 

68. Paul Ricseur <1990), op. cit., pp.2(>0~201.

69. F{ans Jonas (1990), op. ciL, p. 30.

70. Dicter ltirnbacher (1994), la Responsa~>iùié e morale"

71.fdemp. 192.
 
 

72. ibid. p. 192.

73. ibid. p. 194.

74. René Passet (I9~5>, Dp. cit, p. Ml.
 
 

75. Her"'an E. Daly (1"v. fév. 1992>, - Il n'y a pas de croisaance durable rransversa~es Science Culture. n 13, p. Il.

76. RenéPasset(l985),op. cit.,p. ~4l.

77. Voir par exemple Jean-Philippe Barde (1992) Econornie et politique de J'environnentei't. PUF, Paris,.

'L'Economigte -, troisiènie partie.
 
 

78. Claude Hent" (mars 1990). lifftcacité economique et impératifs éthiques l'environnement en copropriété

Revue écononfique, n 2. p. 196.

79. Voir Jean-Philippe Barde (1992), op. ci'., p. (>1 et Francesco di Castri (I~iilIet aont 1992), Retours de Rio. Rien

n'est acquis mais tout devient possible 'Trans'ver~ules Sciefl(e Culture, n' 16, p. 8.

80. Voir ln~eter Bimbaciser (1994), op. cil., p. >43.
 
 

8>. Voir René Passe> (août 1989), 4< Que l'économie serve la biosphère ". Je M~nde Dipfomatii1ue n' 425, p. 5.

82. Paul Ricoeur (1991), "p. cit.. p. 208.

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