L’évolution d’Aristote

Il y a un mystère Aristote (-384/-322) dont les écrits parvenus jusqu'à nous, dits "ésotériques" car constituant ses notes personnelles, n'ont été retrouvés et édités qu'au Ier siècle av. J.-C (vers -60), presque 3 siècles après (où il est difficile de départager ce qui est d'Aristote des notes de ses élèves). On s'imagine en général qu'il a dominé toute l'antiquité jusqu'au Moyen-Âge alors qu'assez vite il a été relativement oublié, tout comme Platon ravalé à un simple écrivain, au profit des stoïciens qui vont prendre toute la place, s'identifiant à la philosophie même jusqu'à l'émergence bien plus tardive des néoplatoniciens préparant la venue du christianisme à partir de Philon d'Alexandrie ("Philon platonise, Platon philonise"). Malgré son matérialisme (ou hylèmorphisme) et sa négation de l'immortalité de l'âme, Aristote aura surtout séduit les Musulmans avant que l'Église catholique ne s'en empare tardivement avec Thomas d'Aquin et la scolastique, aux XII-XIIIème siècles. S'il est le seul à ne pas avoir connu de renaissance (p6), c'est de n'avoir plus quitté la scène mais son règne absolu n'aura duré que quelques siècles. On peut dire jusqu'à Descartes bien que ce ne soit pas un événement ponctuel. Même aujourd'hui, et plus encore que Platon, Aristote reste la base de la philosophie, qu'on peut relire avec profit sur n'importe quel sujet ou presque, loin d'être aussi dépassé qu'on l'imagine (après plus de 23 siècles! donnant une impression de proximité troublante).

Il ne fait aucun doute qu'Aristote procède de Platon et bâtit sa philosophie sur le travail préalable de l'Académie, mais, de même que dans son évolution Platon se détache de Socrate, de même l'évolution d'Aristote est celle de son éloignement de Platon comme de sa théorie des Idées, remplaçant la notion animiste de participation par celle, scientifique, de cause (matérielle, formelle, efficiente ou finale). Mais réfuter Platon n'est pas réfuter la philosophie, c'est la continuer au contraire. Par cette répétition de la rupture, se fonde la continuité d'une histoire de la philosophie en progrès où il s'agit de se situer, comme Aristote le fera constamment en citant systématiquement ses prédécesseurs. Il a été, en tout cas, élève de Platon jusqu'à sa mort, en -347, pendant 20 ans, ce qui n'est pas rien. Lorsqu'il est arrivé à l'Académie, en -367, il n'avait que 17 ans, époque du Théétète (dont il reprendra la définition de la philosophie comme étonnement) et de l'arrivée d'Eudoxe à Athènes. Il n'a pas attendu cependant la mort de Platon pour écrire une réfutation en règle de la théorie des idées ("ΠΕΡΙ ΙΔΕΩΝ", sur les idées) où Platon n'a vu qu'une révolte contre lui, disant qu'Aristote "l'avait traité comme les poulains qui, à peine nés, ruent contre leur mère". Il reconnaissait bien cependant ses capacités puisqu'il lui avait confié l'enseignement de la Rhétorique et qu'on l'appelait, paraît-il, "l'intelligence de l'école" (νοῦς τῆς διατριβῆς). Pour justifier sa "trahison" et se défendre de l'interprétation "psychanalytique", Aristote se déclarait "Ami de Platon, mais plus encore de la vérité" (témoignant de l'échec du dialogue et de ce qui rend les relations entre intellectuels si compliquées et fragiles). Comme il le dit au début de l'Éthique à Nicomaque (I-4) : "Vérité et amitié nous sont chères l'une et l'autre, mais c'est pour nous un devoir sacré d'accorder la préférence à la vérité".

C'était justement le sujet de notre lecture du Phèdre de Platon, dont il faut souligner que la fin du dialogue est consacrée à la Rhétorique, sujet confié à Aristote qui en forgera une logique longtemps indépassée, la forme du syllogisme se substituant au dialogue contradictoire. La philosophie devient ainsi l'objet d'un enseignement transmissible tout comme une technique oratoire ou la simple grammaire. Plus globalement Aristote est du côté de l'observation méthodique et du biologique (des sciences matérialistes ioniennes) alors que Platon était du côté de la géométrie et du symbolique (de la théologie idéaliste pythagoricienne ou éléate), l'un désignant la terre matérielle et l'autre pointant vers les cieux (rejouant l'opposition d'Héraclite et Parménide). Il est intéressant d'essayer de comprendre comment on passe de l'un à l'autre en rompant avec ses anciennes appartenances, non par une différence de caractère mais pour résoudre les contradictions précédentes et, comme on le verra, simplement à l'origine par l'analyse rigoureuse du langage et des procédés de démonstration s'appliquant aussi bien à la physique qu'à l'éthique ou la politique.

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Revue des sciences novembre 2015

  • Les incertitudes du climat
  • L'explosion démographique africaine
  • Réduire l'impact écologique du numérique
  • Les clés de la créativité
  • L'effet zénon : l'observation fige une particule
  • La Terre une des premières planètes habitables ?
  • Des extra-terrestres à 1480 années lumières ?
  • Un village international sur la Lune ?
  • Passer par la Lune pour aller sur Mars
  • Un rayon tracteur attire les objets avec des ondes sonores
  • La fusion avec des stellarators
  • Se servir des abeilles pour répandre des pesticides
  • Des traces de vie (carbone organique) de 4,1 milliards d'années ?
  • Des extinctions de masse tous les 26 millions d'années à cause des astéroïdes
  • Le glutamate fournit de l'énergie au cerveau
  • Un implant cérébral pour bouger un curseur par la pensée
  • La taille du cerveau n'est pas corrélée à l'intelligence
  • La main a bien évoluée pour donner des coups de poing
  • Moins croire en Dieu avec la stimulation magnétique…
  • Il suffirait d'injecter des cellules souches dans les ovaires pour les régénérer
  • Le mois de naissance influence les maladies de la vieillesse
  • Un médicament contre l'asthme qui régénère le cerveau des vieux rats
  • L'ingestion de cannabis par des petits enfants peut être très dangereux
  • Le cœur des femmes et des hommes vieillit différemment
  • Des vêtements s'adaptant à la chaleur grâce à un biofilm
  • Détection des mouvements à travers les murs avec le WiFi
  • RoBoHoN, le robot smartphone
  • Des engins de chantier autonomes guidés par des drones
  • Terrafugia, un nouveau modèle de voiture volante

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Actualité de l’histoire

Ce qu'on appelle la conscience se confond peu ou prou avec l'intentionalité, c'est à dire avec le désir et la projection dans le futur, cause finale qui n'est pas le propre de l'homme mais du moins de ses oeuvres, du travail humain comme réalisation d'un plan préconçu. Il est donc on ne peut plus naturel qu'à prendre conscience de l'histoire, on veuille l'orienter vers nos fins, passer de l'histoire subie à l'histoire conçue - mais il n'est sans doute possible que de passer d'un processus particulier subi à un processus corrigé, amélioré, domestiqué. Prétendre plier l'ensemble de l'histoire à notre volonté est tout aussi impossible que de supprimer l'universelle entropie, ce qui ne peut jamais se faire que ponctuellement, travail de correction d'erreur qui est à la base de la vie mais n'en fait pas un processus d'auto-création, de sculpture de soi quand c'est plutôt l'extériorité qu'on intériorise ainsi.

En renonçant au volontarisme utopique et à l'arbitraire subjectif, le marxisme a ouvert une autre voie, celle de nager dans le sens du courant supposé hâter la venue du communisme. L'histoire a montré justement que c'était un peu plus compliqué et que ce qui arrive n'est pas ce qui était espéré. Beaucoup en tirent la conclusion précipitée qu'on ne pourrait rien faire ni rien prévoir (c'est ce qui fait du libéralisme un scepticisme) mais il n'y a rien de plus faux. Ce n'est pas parce qu'on ne peut pas tout qu'on ne peut rien du tout, c'est juste qu'il faut prendre les problèmes un par un et "diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre" (Discours de la méthode). Ce qui ne marche pas, c'est l'idéalisme, bien qu'il continue à séduire les foules, et notre action reste incontestablement très limitée au regard de la totalité, plus emportée par le mouvement que le dirigeant, même si on agit toujours contre ses dérives. Il n'est pas question pour autant de se laisser faire, de rester passifs. Non seulement notre action a le plus souvent un résultat positif mais elle est même vitale, action concrète, efficiente, loin du pouvoir magique de l'idée ou d'une simple force de conviction (qui participe cependant au rapport de force).

On devrait, dès lors, abandonner la poursuite d'un "sens de l'histoire" qui serait un sens unique alors qu'il y a différentes temporalités, qui ne se totalisent pas dans un présent où elles ne font que se croiser, et différents processus à l'oeuvre très hétérogènes, certains cycliques, d'autres éphémères, d'autres permanents ou presque. Ainsi, l'entropie constitue le sens de l'histoire le plus englobant menant le cosmos à la mort thermique sans doute mais la lutte contre l'entropie est, pour cela même, ce qui englobe tous les êtres vivants depuis la première cellule jusqu'à nos techniques de pointe. L'évolution, c'est toujours "un se divise en deux" (processus de spéciation). Il n'y a pas de conscience pour unifier l'univers, pas plus qu'il n'y a d'ensemble de tous les ensembles mais il y a bien une multitude de totalités effectives sur lesquelles on peut agir de notre place, qui dépendent de nous (dans notre rayon d'action).

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Revue des sciences octobre 2015

  • La ruée vers l'hydrogène naturel ?
  • Newton était un faussaire
  • Vote électronique : un scrutin à sécuriser
  • Démocratie 2.1
  • La matière noire comme matière furtive
  • De l'eau liquide sur Mars (quand il fait beau)
  • Des bombes atomiques pour réchauffer Mars !
  • Une station service pour satellites dans l'espace
  • Vers une généralisation des horloges atomiques miniatures
  • Une machine à photons pour prendre des décisions
  • Biodiversité : 49 % d'animaux marins en moins en 40 ans
  • Des micromoteurs au peroxyde d'hydrogène transforment le CO2 en bicarbonate
  • Plier les cellules pour suivre le soleil
  • Convertir la lumière en courant continu avec des nanotubes
  • En imitant la nitrogénase on pourrait faire des engrais plus écologiques
  • L'aléatoire au coeur du fonctionnement de la cellule
  • Cpf1, une nouvelle enzyme CRISPR plus efficace que Cas9
  • Transfert de gènes de virus des guêpes aux papillons
  • Le traitement du signal des neurones tient compte de leur temporalité
  • Un neurone artificiel fonctionnel
  • Activer des neurones avec des ultrasons
  • Communiquer de cerveau à cerveau
  • Koko, le gorille qui parle (sur la mort)
  • Homo naledi, un nouvel ancêtre de l'homme ?
  • La testostérone rend les hommes moins sensibles que les femmes
  • Un rein fonctionnel créé à partir de cellules souches humaines
  • Un laboratoire dans une aiguille
  • Des tests électrochimiques pas chers avec de l'ADN
  • Un appareil portable débarrasse le sang des pathogènes dans les septicémies
  • Une éponge à cellules cancéreuses
  • Première spermatogénèse humaine créée in vitro
  • Des filles qui deviennent des garçons à la puberté
  • Transwheel un Segway "drone" de livraison terrestre

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La révolution nationale (le retour)

revolution_nationaleLa confusion est à son comble avec des électeurs de gauche qui se mettent à voter à l'extrême-droite et des intellectuels de gauche qui ne comprennent pas qu'ils s'y trouvent assimilés, eux qui ont pourtant de si bonnes intentions ! S'il est presque impossible d'arrêter ce basculement vers la droite et le nationalisme (qui a des raisons objectives mais dont l'ancien marxiste Jean-Pierre Chevènement sert de pivot), on peut du moins essayer de comprendre et dénoncer l'irrationalisme des "vestiges théologiques sur lesquels repose la souveraineté de l’État-nation" comme dit Wendy Brown, ce nouveau souverainisme n'étant qu'une forme de sécularisation ("démocratique") d'un pouvoir de droit divin, conception qu'on peut dire religieuse de la politique mais, surtout, symptôme d'une situation bloquée et de notre impuissance réelle devant la dégradation de nos conditions de vie.

L'incroyable résurgence de tendances fascisantes qu'on croyait complètement refoulées s'explique d'abord par une crise économique assez comparable à celle qui leur a donné naissance (bien que dans un contexte très différent) mais aussi par une méconnaissance de la nature du fascisme trop facilement assimilé aux régimes autoritaires, en oubliant qu'il vient de la gauche et prétend parler au nom du peuple qui le soutient de ses votes. A force de le diaboliser, avec quelques raisons, on n'y voyait plus que la violence alors que l'adhésion populaire considérable qu'il a suscité venait d'un besoin de solidarité et d'appartenance pas si éloigné des aspirations communistes (bien que s'y opposant radicalement par le matérialisme, l'internationalisme et le collectivisme). C'est à cause de cette image tronquée du fascisme que nos souverainistes de gauche ne peuvent absolument pas s'y reconnaître, découvrant soudain tout étonnés que cette solidarité nationale était tout ce qu'ils cherchaient à l'extrême-gauche !

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Amour et vérité

Sur le Phèdre de Platon
Si, après être revenu à Socrate, je continue avec Platon, ce n'est pas que j'accorde une importance démesurée aux débuts de la philosophie, ni à sa déconstruction, car une philosophie de l'information établit au contraire que nous sommes façonnés par notre milieu et notre temps plus que par nos origines ou notre généalogie. Cela n'empêche pas que le platonisme a servi de base aux différents idéalismes qui ont suivi, y compris religieux, et ma préoccupation reste celle de la place de l'idéalisme et du volontarisme en politique. Cet idéalisme avait été immédiatement critiqué par Aristote, tellement plus raisonnable que Platon : ce ne sont pas les idées qui déterminent le réel mais les causes finales et efficientes. L'idéalisme se trompe de causalité et ne recherche pas les véritables causes. Parler de ces causes comme matérielles (ce que je fais pour me faire comprendre) est d'ailleurs très réducteur puisque la subjectivité (efficiente) et les valeurs (finales) y sont déterminantes mais tout autant déterminées (par les discours et la situation, matière et forme). Que l'idéalisme ait prospéré malgré cette réfutation en règle manifeste qu'il répond à une nécessité. On classe, d'ailleurs, habituellement le matérialisme du côté de la passivité, de ce qu'on subit, de ce qui ne dépend pas de nous, d'un réalisme raisonnable attentif au concret alors que l'idéalisme est supposé le côté actif, celui des idées ou valeurs qui nous motivent et de la rationalisation à prétention universelle. Cette opposition est fautive car l'action efficace est bien matérielle, l'engagement idéologique étant la plupart du temps purement verbal quand il ne mène pas au pire. On y tient cependant, jusqu'à prétendre que rien ne se serait fait sans idéal, ce qui est au moins la négation de la violence dans l'histoire (mais aussi de la puissance économique). Malgré tout, même si on ne lui donne plus le premier rôle mais plutôt de perturbateur, ce serait une erreur de croire pouvoir se passer de l'idéal, pas plus qu'on ne peut se passer d'amour.

On ne sait pas assez que dans toute bonne dialectique la négation n'est jamais totale mais doit intégrer une part de ce qu'elle contredit et dont elle prend la relève (comme la confiture, l'Aufhebung conserve autant qu'elle supprime !). Si la vérité n'est pas à l'origine, mais au contraire l'ignorance et l'erreur, il y a aussi une vérité de l'erreur (qui n'est qu'un moment de la vérité) et même une vérité du délire (supposé d'inspiration divine, notamment dans l'amour). Ainsi, malgré toutes leurs dérives et fabuleuses inventions, il est absolument impossible de négliger les dialogues de Platon, pas plus que sa théorie des idées qui, pour être fausse, voire délirante, n'est pas sans raisons (renvoyant notamment à la cognition et au langage).

C'est là où Aristote est lui-même critiquable de ne pas avoir pris assez en compte cette part subjective du désir avec tous ses égarements. Ainsi, en faisant (comme dans le Théétète) du simple étonnement l'origine de la philosophie et du désir de savoir, Aristote en désamorce les enjeux et le choc qu'avait pu représenter la dialectique impitoyable de Socrate, honteuse prise de conscience de nos erreurs et de notre ignorance. Il avait pourtant avec Platon une preuve supplémentaire que la raison même peut nous tromper, pas seulement l'opinion (ce sur quoi se fondera la science expérimentale ne se suffisant plus des théories). La philosophie ne se réduit certes pas à une simple curiosité désintéressée, un passe-temps inoffensif, une accumulation de connaissances, un regard extérieur, ni même à l'amélioration de soi. Elle pose une question vitale, celle de la vérité qui peut ébranler l'ordre social. Si Aristote ramène la philosophie au plaisir de la connaissance et de la contemplation, alors même qu'il valorise par ailleurs l'activité et la cause finale, c'est qu'il est engagé, tout comme Platon, dans la reconstruction d'un système dogmatique destiné à sauver la vérité après l'entreprise de démolition de Socrate. En effet, la philosophie se distingue du scepticisme en maintenant l'exigence de vérité et d'un savoir en progrès même si cela conduira à de nouveaux dogmatismes, supposés définitifs, excluant le temps, et rationnels, excluant tout subjectivisme (ce qui provoquera en retour la réaction stoïcienne, centrée sur le sujet). Ce n'est pas pour rien que l'aristotélisme a dominé tout le Moyen-Âge avec une scolastique dogmatique dont Descartes permettra de sortir par le retour du sujet dans la recherche de la vérité (qui est d'abord besoin de certitude).

Relier l'amour à la vérité n'est donc pas une mince affaire (quoique l'église s'en empare facilement) puisque c'est non seulement limiter la connaissance à nos catégories a priori comme à notre idéologie de classe mais la faire dépendre de nos attentes, préférences et idéalisations. On ne peut pas dire que la position de Platon là-dessus soit constante car, dans la République l'on n'en trouve plus trace, véritablement furieux contre l'amour. L'imposition qui se croit rationnelle de la justice aux hommes, les traitant en objets, mène à les dépouiller de leur subjectivité, de leurs désirs et de l'amour même. C'est tout le contraire dans le Lysis, le Banquet et le Phèdre où Platon préserve la part du subjectif et du désir, comme il l'avait appris de Socrate qui ne se disait savant qu'en amour, opposant ainsi l'esprit vivant à la lettre morte. On avait déjà vu, dans le Lysis, qu'il n'y avait pas de savoir véritable sans désir de savoir, sans amour de la vérité (philo-sophie). Il est frappant que dans le Phèdre, même après s'être éloigné de Socrate, n'étant plus du tout dans le non-savoir mais exposant son système, l'amour reste fondateur, condition du savoir (qui n'est pas clôt sur lui-même). Certes, tout l'effort de Platon sera de l'édulcorer, en faire une pure relation intellectuelle entre les belles âmes. Il n'est pas si certain pourtant qu'ils soient si compatibles. Ce dont il nous faut prendre conscience, c'est de la contradiction entre l'amour et la vérité - en même temps qu'ils sont intimement liés...

C'est bien cette contradiction à quoi nous confronte la politique car pour entraîner les foules il faut susciter de l'amour et toutes les illusions qui vont avec, alors que l'action politique ne peut avoir de portée qu'à dépasser ces illusions pour s'attacher à la vérité des faits. Les ravages du volontarisme n'auront jamais été aussi manifestes qu'avec le grand bond en avant où la mobilisation décrétée par Mao se traduira par des millions de morts de famine, largement à cause de la dissimulation de la vérité et des faux chiffres donnés par une bureaucratie trop zélée. Le dilemme, c'est que sans enthousiasme, le risque est de rester passif, ne faire que subir et laisser les pires faussaires triompher. Ainsi, il est assez clair qu'on aurait les moyens de s'en sortir et d'affronter les défis qui nous sont posés, que ce soient les transformations de la production à l'ère du numérique, les inégalités ou le souci écologique. Ce qui manque cruellement, ce sont les moyens humains, d'arriver à mobiliser sur des objectifs réalistes au lieu de poursuivre des chimères. Il faut se rendre à l'évidence qu'il ne suffit pas des écrits scientifiques, il faut y joindre la parole, les discours, mais rien ne garantit qu'un discours vrai soit audible face aux séductions des grandes envolées idéologiques et des promesses démagogiques. L'amour nous fait défaut et l'idéal nous égare.

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Revue des sciences septembre 2015

  • L'énigme des gluons
  • L'émergence des hominidés (homoplasie)
  • Les migrations indo-européennes confirmées par l'ADN ancien
  • La menace de l'acidification des océans
  • Tout le mal vient de la conscience de la mort
  • L'inflation serait due à un noeud de gluons ?
  • L'univers aurait subi 7 contractions momentanées
  • La fin de l'univers à cause des petits trous noirs au LHC ?
  • Un ascenseur spatial gonflable
  • Une montée des océans d'un mètre d'ici 100 à 200 ans
  • Capturer le C02 en le transformant en nanofibres de carbone
  • Des vitres photovoltaïques
  • Un pas vers la fusion
  • Une table qui absorbe et restitue la chaleur
  • Des cellules souches totipotentes produites pour la première fois
  • Développement avec la méthode CRISPR d'antibiotiques ciblés
  • L'intelligence des pieuvres
  • Les bribes de langage des bonobos
  • La main précède l'intelligence
  • Optoclamp une boucle de rétroaction pour l'optogénétique
  • Provoquer une apnée inconsciente par stimulation de l’amygdale gauche
  • Différence de réaction au cannabis sous oestrogène entre hommes et femmes
  • Des dolmens en Sicile à 40m sous la mer
  • Arrêter le cancer
  • Un médicament qui efface les souvenirs de l'addiction à la méthamphétamine
  • Robots
  • Le projet Hyperloop se concrétise
  • Les avions hypersoniques

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Créer un mouvement des alternatifs ?

Le parti écologiste est perdu dans la politique politicienne. Il peut être utile, notamment au niveau européen, en soutenant quelques mesures importantes, mais il donne un spectacle lamentable et il n'y a rien à en attendre, déconsidérant plutôt l'écologie aux yeux de tous - tout autant d'ailleurs que les écologistes extrémistes et moralisateurs dont se moque tout le monde. C'est absolument dramatique alors même que l'urgence écologique se fait plus pressante et que les populations y sont de plus en plus sensibles.

Ce n'est pas le Parti de Gauche qui peut combler ce déficit de l'écologie politique ni représenter une quelconque alternative avec sa planification écologique qui sort d'un autre âge, enfermée dans un étatisme tourné vers le passé et qui n'a de toutes façons aucune chance de prendre le pouvoir - sinon par une alliance contre-nature avec le Front National telle que prônée désormais par Jacques Sapir qui prétend refaire ainsi le Conseil National de la Résistance ! Le souverainisme de gauche comme nouvelle forme de dictature du prolétariat est aussi illusoire que dangereux en ouvrant ainsi la voie au nationalisme et à l'extrême-droite, faisant plutôt obstacle au renouveau d'une gauche radicale tournée vers l'avenir, prenant en compte la révolution numérique et la nécessaire relocalisation aussi bien politique qu'écologique.

L'avenir est du côté des alternatives locales qui émergent un peu partout, même si c'est de façon désordonnée et en faisant preuve souvent de trop d'angélisme. C'est sur cette résistance en acte qu'il faudrait pouvoir s'appuyer pour contrer la droitisation des esprits et l'incroyable retour au mythe d'une identité nationale qui nous rassemblerait tous, riches ou pauvres, jusqu'à prétendre identifier la Nation à la Révolution qui lui a donné naissance, caution de gauche au nationalisme impensable il y a de cela quelques années à peine.

La forme que pourrait prendre un regroupement partant de la base reste problématique. L'exemple de Podemos est caricatural par le pouvoir personnel qui y tient lieu de démocratie radicale. Pour autant, est-ce qu'il ne serait pas souhaitable de constituer à partir des initiatives concrètes une sorte de parti des alternatifs ? Il y a de fortes objections car on ne peut plus ignorer que le champ politique a ses contraintes et fonctionnements propres qu'on ne peut pas si facilement subvertir. Il vaut mieux en être conscient pour en tenir compte au lieu de s'assurer de ses bonnes intentions et qu'on ne s'y laissera pas prendre. Il y a donc bien des inconvénients à s'occuper de politique ("si tu fais de la politique la politique te fait") mais peut-on s'en passer ? peut-on déserter la place quand la menace se fait plus pressante ?

On peut émettre des doutes légitimes sur le fait que ce soit faisable, tant chaque expérience locale est unique, avec des niveaux de radicalité très variables, mais l'intérêt d'un tel regroupement ne serait pas mince, permettant de donner une portée globale aux alternatives locales, donner visibilité et cohérence à ces expérimentations méprisées par la politique nationale (y compris des Verts) alors que c'est là, en se frottant à la réalité, que se construit le nouveau monde, notamment avec des monnaies locales et les institutions locales du développement humain, du travail autonome et des échanges de proximité (sous forme, par exemple, de coopératives municipales ou coopératives intégrales).

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Désir et critique de la sagesse chez Socrate

SocratePeu de gens lisent les premiers dialogues de Platon dont l'authenticité est mise en doute par certains car ils semblent à la fois maladroits et contredire ce qui deviendra sa philosophie ultérieure. C'est que, justement, ces dialogues sont plus socratiques que platoniciens, écrits du vivant de Socrate et nous donnant ainsi accès à son enseignement, en grande partie négatif, basé sur l'affirmation paradoxale qu'il ne sait rien.

C'est d'autant plus intéressant pour le Charmide que son thème est précisément celui de la sagesse, dont la philo-sophie se distingue par la recherche et le désir. Le Charmide pose cependant tout un tas de problèmes et d'abord celui de sa datation. Je ne sais comment procèdent ceux qui le datent de -388, bien après la mort de Socrate en -399 et surtout après la domination des Trente Tyrans, en -405, mais il paraît quand même fort étrange que Platon mette en scène après cela Critias et Charmide qui faisaient partie de sa famille mais s'étaient illustrés par leur cruauté et brutalité pendant l'oligarchie, se faisant détester de toute la population. Certes, il aurait pu vouloir illustrer ainsi qu'il ne suffit pas de prétendre être juste et sage pour l'être effectivement, mettant en scène leur ignorance et suffisance. C'est ce qui le rapprocherait du "premier Alcibiade" (qui a été promu, bien plus tard, par Proclus et les néoplatoniciens comme initiation à la philosophie), Alcibiade courtisé par Socrate ayant lui aussi mérité par ses multiples traîtrises la haine de ses concitoyens et servant à illustrer l'ignorance des politiciens qui ne date pas d'aujourd'hui...

Je laisse la question ouverte tout en privilégiant, à cause de son contenu, l'hypothèse d'une rédaction du Charmide du vivant de Socrate, avant le Lysis où apparaît pour la première fois l'idée de Bien suprême et qui aurait suscité, aux dire de Diogène Laërce, la critique acerbe de Socrate « Ἡράκλεις, ὡς πολλά μου καταψεύδεθ' ὁ νεανίσκος », citation contestée et souvent édulcorée, traduite par : "Dieux ! que de choses ce jeune homme me prête !", alors que Socrate parle explicitement de tromperie (kata-pseudo). En effet, comme on le verra, Socrate conteste cette idée de bien en soi, plus proche en cela d'Aristote à ne considérer que des biens (ou des savoirs) particuliers même s'il semble identifier le savoir, le beau, le bon et le bien (ou le juste et l'utile) mais dans les actions concrètes ou les différents métiers. [On retrouve cette identification, du beau, du vrai et du bien, chez le jeune Hegel, à l'origine des avant-gardes politico-philosophiques].

Il est assez troublant de voir comme Platon insiste un peu lourdement au début de plusieurs de ces dialogues sur l'excitation sexuelle de Socrate à la vue de beaux jeunes hommes (jalousie de sa part ou indice de la place du désir dans sa quête ?). On fera effectivement des recoupements très instructifs avec la psychanalyse, mais, dans la continuité des articles précédents, ce dont je voulais rendre compte, c'est de la critique originelle de la sagesse par Socrate (y compris du savoir de l'ignorance), contestant tout autant la prétention à se faire soi-même qui sera celle de tant de philosophes pourtant et qui est encore l'idéologie dominante, celle de l'individualisme libéral. La difficulté, spécialement dans ces premiers dialogues, c'est qu'ils examinent une idée et son contraire, conformément à la maïeutique socratique, sans arriver à conclure souvent (bien que le Charmide soit indiqué du "genre probatoire", il se termine par l'aveu de son échec), laissant au lecteur le soin de continuer la réflexion par soi-même, avec toujours le risque de comprendre de travers. Penser par soi-même n'a pas de sens (le savoir ne s'invente pas), sinon de faire vaciller ses anciennes certitudes, découvrir son erreur et chercher à savoir en s'informant et en confrontant son point de vue à d'autres.

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L’urgence d’une capture du CO2 massive

carboniqueComme tous les écologistes, je pensais qu'une modification de nos modes de vie et de production s'imposait pour éviter un réchauffement catastrophique, j'étais même plus radical que mes petits camarades dont le réformisme ne me semblait pas à la hauteur des enjeux. Malgré le ralliement tardif de Naomi Klein, qui débarque au dernier moment pour nous assurer que "Tout peut changer", il est pourtant bien difficile d'y croire encore. Il n'y a aucun signe d'un tel changement alors que le temps presse. Bien fou qui se fierait au fantasme toujours déçu d'une sorte de soulèvement mondial réorientant l'économie. L'économie se transforme à grande vitesse, au point qu'on peut dire que jamais période ne fut aussi révolutionnaire mais à cause de l'accélération technologique et du déferlement du numérique, sans que nous y soyons pour grand chose. Par contre, la prise de conscience de notre incontournable responsabilité du climat est plus lente et rencontre l'opposition d'intérêts puissants et de marchands de doute pernicieux.

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Revue des sciences août 2015

  • Fin de la supersymétrie ? au LHC un quark "beauté" devient un quark "up"
  • Découverte de fermions de Weyl (sans masse)
  • La matière noire pourrait ressembler aux pions
  • Une planète ressemblant (de loin) à la Terre
  • Les images de Pluton de New Horizons
  • L'EmDrive pour aller sur Mars en 70 jours
  • Scanner des objets avec les muons cosmiques
  • Une cape d'invisibilité fine et sans ombre
  • Communiquer sous l'eau et à travers l'acier grâce au graphène
  • L'extinction de la mégafaune à cause du réchauffement, non de l'homme
  • La chute de l'Empire romain à cause des volcans
  • Un minimum de Maunder dans 15 ans ?
  • Le réchauffement climatique sera-t-il atténué en Europe ?
  • La fonte de l'Antarctique ouest à un point de non retour
  • Le plancton augmente la part de lumière solaire réfléchie vers l’espace
  • Un riz OGM produisant moins de méthane
  • L'optogénétique programmable
  • Des cerveaux (de singe) en réseau pour mieux contrôler un avatar
  • Différences épigénétiques avec Neandertal de Sirt1 favorisant le langage
  • Localisation de neurones individuels liés à la mémorisation
  • Les terres submergées témoignent d'une agriculture depuis 23 000 ans
  • La lumière rouge accélère le métabolisme des cellules et la cicatrisation
  • La vitesse du vieillissement est très variable
  • Un traitement universel contre les plaques du cerveau (Parkinson, Alzheimer)
  • L'union européenne finance un miroir surveillant notre santé
  • Impression 3D de structures en ADN
  • Des bactéries qui pilotent un robot

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Anthropolitique

Connaître notre ignorance
Il y a des gens qui sont contents de faire de la philosophie et contents d'eux. Ce n'est pas mon cas. Ils prétendent arriver ainsi à la vérité et au Bien suprême. Il ne faut douter de rien ! Ma propre expérience est plutôt celle de la déception permanente et de la désillusion, si ce n'est de la rage. On sait pourtant bien qu'il n'y a que la vérité qui blesse, comment pourrions nous trouver une consolation dans une philosophie cherchant sincèrement la vérité ? Ce qu'on découvre n'est pas ce qu'on cherchait, encore moins ce qu'on espérait et plus on apprend, plus on découvre ses limites et l'étendue de ce qu'on ignore encore.

Bien sûr, ce n'est pas le cas des méditations plus ou moins religieuses qui ne trouvent cette fois que ce qu'elles cherchent, jusqu'à donner corps à des abstractions par une sorte d'auto-hypnose. On peut dire la même chose de tous ceux qui se prétendent adeptes de la pensée critique alors qu'ils adoptent simplement un dogme opposé au discours dominant et passent leur temps à renforcer leurs convictions les plus délirantes en restant entre-soi. Une philosophie véritablement critique ne va pas prendre ses désirs pour la réalité mais commence par s'informer à diverses sources, soumettre ses propres conceptions à la question en récoltant les objections qu'on peut y faire. L'écriture (démocratisée chez les Grecs grâce aux voyelles) est sans doute une condition de cette réflexivité, en plus de donner accès à la diversité des opinions et des cultures. Voilà bien ce qu'internet devrait amplifier si chacun ne s'enfermait pas dans son petit monde (réduisant les autres à des ennemis ne cherchant qu'à nous tromper) ! Ce moment négatif de la critique mine forcément nos anciennes certitudes et nos traditions, opposées à d'autres traditions, introduisant la division dans la société et une indéniable "insécurité culturelle", détruisant la belle unité originaire par le poison du doute et de la liberté de pensée. Le recul critique, la non-identité à soi, est incontestablement une épreuve dépressive qui nous confronte à nos illusions perdues et n'encourage certes pas les enthousiasmes naïfs ni un quelconque unanimisme. C'est politiquement incorrect car constituant une voie solitaire, en rupture de notre groupe (de pensée) et qu'on peut à bon droit accuser de désespérer Billancourt, tout comme de pervertir la jeunesse...

Il y a un troisième temps à cette dialectique qui ne s'arrête pas au travail du scepticisme, intenable jusqu'au bout, et réaffirme positivement la nécessité de l'action ou de l'expérience. Ce ne peut être cependant un retour pur et simple au point de départ, oubliant le négatif, mais seulement à partir de sa prise de conscience et de tout ce qui s'oppose à nos bonnes volontés comme à notre unité - ce qui va du caractère déceptif du réel aux limites de notre rationalité, en particulier d'une intelligence collective qui brille la plupart du temps par son absence. Ce n'est pas drôle et même assez déprimant, ne laissant qu'assez peu d'espoir de servir à quelque chose en dehors de notre rayon d'action local alors que nous voulons penser la totalité qui est l'autre nom de la société comme ce qu'on intériorise au plus intime. L'enjeu est pourtant bien de tenir le pas gagné, intégrer nos erreurs passées, notre capacité à nous illusionner et la déception de nos espoirs dans les nouveaux combats à mener, condition pour avoir une chance de les gagner au lieu de vouloir de nouveau soulever les foules d'ivresses messianiques et répéter vainement les mêmes échecs, croyant pouvoir remplacer une raison défaillante par le sentiment. Ce qui peut paraître trop défaitiste et passer pour un manque d'ambition est pourtant tout-à-fait la méthode mise en pratique par les sciences, avec le succès que l'on sait. Cependant, il vaut bien avouer que la plupart des philosophies semblent faites pour refouler ce savoir de l'ignorance et de notre in-conscience, constructions largement fantasmatiques flirtant le plus souvent avec la théologie et surestimant le pouvoir de l'esprit comme la béatitude promise, où la vérité n'est plus qu'un moment du faux.

Mettre en cause notre intelligence, reste trop choquant pour la plupart, notamment pour les démocrates convaincus, alors que c'est quand même la base des sciences expérimentales et de la méthode socratique. Ce n'est pas d'hier que les sciences ont renoncé à s'en tenir au discours et à une raison raisonnante, pour ne se fier qu'au résultat effectif, aussi contrariant soit-il. Malgré cela, on en reste globalement à une confiance à peu près universelle dans une providence divine où tout devrait finir par s'arranger. Il y a certes des prophètes de malheur qui annoncent régulièrement la fin du monde, ainsi que des vigiles clairvoyants qui nous alertent sur les menaces bien réelles que nous faisons peser sur notre environnement, mais il faut bien dire que nous faisons preuve habituellement d'une confiance excessive dont il est difficile de se défaire, y compris les philosophes surestimant les bienfaits de la prise de conscience, ce qu'on retrouve en politique alors qu'on constate plutôt, notamment pour les menaces écologiques, que les informations ne sont pas toujours bonnes ni porteuses d'espoir ou d'action...

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L’uberisation de l’économie locale et solidaire

uberLes péripéties qui occupent notre actualité peuvent avoir de graves conséquences (guerres, misère, etc.) mais derrière le bruit et la fureur, ce qui se joue malgré tout et auquel on manque tout autant, c'est de nous adapter à la nouvelle donne numérique d'une façon qui ne soit pas trop indigne, préserve nos territoires en retrouvant l'initiative locale, et surtout fonctionne assez bien pour durer et assurer sa reproduction. Plus la crise dure et plus notre retard sur la technologie devient manifeste, la pensée tournée vers un passé plus ou moins lointain, au lieu d'un futur devenu impensable, et vers un Etat top/down vidé de sa substance au lieu des collectivités locales et des initiatives de la base. Alors qu'on subit la crise de plein fouet, on est très loin d'une politique qui déciderait de l'avenir ! Pourtant, plus qu'on ne croit, la plupart des enjeux de l'écologie comme du numérique passent par une prise en charge locale, sur les lieux de vie et de travail, qui peut paraître dérisoire mais que personne d'autre ne peut faire pour nous.

Nos principales limitations sont cognitives, incapables de comprendre ce qui se passe et de s'accorder sur les solutions, intelligence collective qui brille par son absence même si on peut espérer que le numérique finisse par améliorer un peu les choses sur ce plan. Le spectacle qu'on a de nos jours persuaderait plutôt qu'on s’enferre obstinément dans l'erreur mais il faut croire, qu'à la longue, les idées progressent malgré tout. Revenu garanti et monnaies locales, deux des trois dispositifs qui m'avaient semblé être effectivement devenus indispensables à l'ère de l'écologie et du numérique globalisé, deviennent un peu plus audibles avec le temps et commencent même à s'expérimenter un peu partout. Les coopératives municipales n'ont par contre rencontré aucun écho ou presque. Cela peut être dû à son caractère apparemment trop archaïque par rapport à la numérisation de toutes les activités. Or, il faudrait tout au contraire s'approprier les technologies numériques qui sont notre avenir, qu'on le veuille ou non. Des coopératives municipales sont avant tout des institutions du travail autonome, un soutien à l'autonomie individuelle (autonomie produite socialement) un peu comme la création de pépinières d’entreprises ou le coworking, voire un statut comme celui d'entrepreneur salarié. Il devrait être clair que la formation et le développement humain sont au coeur de la nouvelle économie immatérielle et collaborative dont la fonction principale devient la valorisation des compétences et des potentialités de chacun. Le fait de lier ces institutions locales à la commune vise à les ancrer dans la démocratie locale, assurer leur pérennité et y inclure tous les habitants. Cela ne veut pas dire qu'il faudrait tout étatiser ni reproduire des entreprises hiérarchiques ou fonctionnarisées quand d'autres modèles émergent, qui posent certes des problèmes qu'il faudra résoudre mais semblent bien inéluctables et dont on ne pourra se passer dans le soutien au travail autonome - quitte à ce que ce soit hors institutions.

Il semble qu'il y ait ces temps-ci un début de prise au sérieux des transformations du travail (15 ans après!) avec le succès rencontré par Uber et les questions que cela pose au droit du travail entre autres. Ce qu'on appelle l'uberisation de l'économie n'est cependant rien d'autre que le fait de tirer parti de nouvelles possibilités apportées par les mobiles, et notamment la géolocalisation, pour optimiser les déplacements et la rapidité du service rendu (la rencontre de l'offre et de la demande), avec pour conséquence le développement du travail indépendant (sans protections) au détriment du salariat (protégé) et des entreprises (l'entreprise, c'est Uber selon la justice californienne). Une des fonctions de l'entreprise, selon Coase, serait de réduire les coûts de transaction (ce n'est pas la seule, il y a aussi la coordination des acteurs, l'organisation, la formation, etc.), or les nouvelles technologies annulent ces coûts de transaction et donnent un accès instantané à certains services en dehors de l'entreprise. Il ne sera pas possible que ces potentialités ne se généralisent pas à l'avenir même s'il y aura toujours des entreprises. La résistance ne pourrait être que de courte durée. On peut même y voir un nouveau service public à développer sauf que, dans le numérique, l'intérêt d'être une entreprise privée, c'est de pouvoir attirer des capitaux considérables (qui ne sont pas là au départ, particularité de ce capitalisme), plus qu'un Etat pourrait y dépenser, permettant des investissements massifs même si la société ne fait que des pertes pendant de longues années. Il faut bien dire qu'on ne voit pas vraiment ce qu'apporterait de plus un service public ici (à creuser).

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Revue des sciences juillet 2015

  • Transparence numérique : s'adapter ou disparaître
  • L'écriture numérique
  • Soigner inflammation et douleur avec l'électricité
  • Les Australopithèques ont évolué pour utiliser les premiers outils
  • Grothendieck, précurseur du théorème de Bell
  • Le monde ARN reconstitué ?
  • Les trous noirs n'auraient ni horizon, ni singularité
  • Nouvelle théorie de l'espace menant à la "grande dislocation"
  • La gravité facteur de décohérence
  • Des nano-satellites pour suivre des capteurs au sol
  • Détecter les astéroïdes avec des télescopes imprimés en 3D
  • Les réserves d'eau douce souterraine de la Planète s'épuisent
  • La sixième extinction de masse en cours
  • La prétendue "pause" dans le réchauffement n'était due qu'à un changement de thermomètre
  • Capturer le CO2 des cimenteries avec des membranes
  • Découplage entre CO2 et croissance en Chine grâce aux renouvelables
  • Un seul gène à l'origine des multicellulaires
  • Les rats rêvent aux endroits où ils voudraient aller
  • Le chimpanzé dévisage, le bonobo cherche le regard
  • Les Egyptiens seraient les ancêtres des sapiens sortis d'Afrique
  • Avec Brain-to-text, un ordinateur peut lire dans les pensées
  • Musique et langage
  • Un drone qui attrape des moustiques pour les analyser et prévenir les épidémies
  • Le cerveau est connecté au système immunitaire
  • Comment combattre l'Alzheimer et retrouver la mémoire
  • La protéine responsable du Parkinson identifiée
  • De l'électronique injectée directement dans le cerveau
  • Des nanoparticules dans le cerveau activées par magnétisme
  • L'aspirine détruit les cellules souches cancéreuses
  • Régimes
  • Lier mémoire sémantique (base de connaissance) et "mémoire épisodique" pour comprendre un texte
  • Mind Control TV : la BBC teste une télévision contrôlée par la pensée
  • Une imprimante 3D industrielle ultra-rapide à base d'infrarouge et de jet d'encre
  • L'impression 3D couleur (sans colorants)
  • Robo-Mate, le petit exosquelette qui vous rend 10 fois plus fort
  • Bee-Plane, l'avion détachable

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Eloge de l’assistanat

Du développement personnel au développement humain
Les conceptions fausses de la politique, telles que nous les avons dénoncées, renvoient in fine à des conceptions fausses de l'individu. C'est assez largement admis aussi bien pour l'homo oeconomicus que pour l'homo sovieticus, abstractions éloignées d'une réalité plus contradictoire et sous-estimant l'une comme l'autre les déterminations extérieures, économiques ou sociales (sans parler de l'écologie). On voit qu'il y a de multiples façons opposées de se tromper. Ces conceptions de l'individu ne sont pas, bien sûr, des productions de l'individu, reflétant son expérience immédiate, mais des productions sociales, des idéologies collectives qui ne coïncident que très partiellement avec la réalité (raison pour s'en désoler). Ce ne sont donc pas ces conceptions qui sont déterminantes, plutôt déterminées. Cependant, c'est en cela que nous sommes les plus concernés, nous identifiant à cette conception à mesure qu'elle nous donne de l'importance et nous justifie, fait de nous son héros. De nos jours, l'idéologie dominante (anglo-saxonne) est plutôt celle du développement personnel, de la réalisation de soi, où l'on est supposé choisir sa vie comme on choisit un métier. Tout est là. Cette confusion du travail et de la vie, correspond bien aux nouvelles conditions de production, s'appuyant ainsi sur des évolutions matérielles effectives et l'individuation des parcours. Elle constitue néanmoins, et comme toujours, une déformation de ces nouvelles nécessités qui sont plutôt celles du développement humain au lieu de cette injonction à la normalisation qui nous est faite et qui se résume à l'identification au Maître.

Selon la définition qu'en donne Amartya Sen, le développement humain, c'est le développement des capacités et de l'autonomie des individus, autonomie qui n'est donc pas naturelle mais une production sociale. Cela suppose effectivement que tous les individus ne sont pas autonomes par eux-mêmes, maîtres de leur vie, mais qu'on a besoin pour cela de l'assistance des autres, leur aide et coopération. Tout au contraire, le développement personnel stipule que c'est dans "la recherche permanente de son authenticité que chacun finira par réaliser une vie qu'il doit construire" (Nicolas Marquis). Cette supposition d'un individu autonome détaché de son environnement et qui aurait en lui ses forces d'émancipation n'est pas si loin des critiques de l'aliénation, notamment des situationnistes substituant leur révolution individuelle, dans leur vie quotidienne, aux luttes sociales. La version "néolibérale" du développement personnel rend plus manifeste la fonction normative de cette recherche d'authenticité, même si la norme, pour les situationnistes était celle de la transgression. Le jargon de l'authenticité nourrissait aussi le nazisme de Heidegger, obsession de sa germanité et rejetant les masses frappées d'inauthenticité en dehors de l'humanité. En effet, derrière le mythe de la renaissance, de la résilience, de l'événement qui délivre de l'aliénation, il y a surtout la célébration des gagnants, des élus, de l'exception à la règle - mais la vraie vie est toujours absente, c'est toujours une vie autre...

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Revue des sciences juin 2015

  • Sur la voie de la maîtrise du climat ?
  • La néoténie humaine, une idée à relancer
  • Dans la tête de Néandertal
  • Rôle de la pression mécanique dans la différenciation des cellules
  • Empathie, sens moral, altruisme
  • L'espace en spirale expliquerait que la matière ait primé sur l'anti-matière
  • La concentration de CO2 dépasse les 400 ppm, un record
  • 40 volcans sont en éruption en ce moment dans le monde
  • La force des éruptions liée aux poches de gaz des volcans
  • La fragmentation des écosystèmes met en danger la biodiversité
  • Des énormes vagues sous-marines homogénéisent les températures
  • Le pollen des fleurs augmente les pluies
  • La gestion numérique des éoliennes de la conception au temps réel
  • Résonance - Une éolienne oscillante... sans pales et sans rotation...
  • Des batteries à eau salée pour stockage de longue durée
  • L'édition de gène CRISPR-Cas9 contrôlée par laser
  • La sexualité, c'est la santé
  • Un plus gros cerveau favorise la survie de poissons femelles
  • Les mouches ont bien des émotions (anxiété)
  • Les femelles lémuriens sont dominantes grâce... à la testostérone
  • Des singes combinent des sons dans leur langage
  • Le processus de décision du cerveau
  • La transplantation de neurones GABA rétablit la plasticité de l'enfance
  • Pas d'inégalités entre hommes et femmes chez les chasseurs-cueilleurs?
  • Des chasseurs-cueilleurs qui remplacent le sexe par l'adoption
  • De l'huile lourde pour résister au vieillissement oxydatif
  • La stimulation électromagnétique renforce la mémoire
  • Retrouver une vue parfaite par l'injection dans l'oeil d'une lentille bionique
  • Restaurer la vue par optogénétique
  • Restaurer la mémoire perdue par l'optogénétique
  • Le Viagra contre le paludisme
  • Du cannabidiol contre l'addiction au cannabis ?
  • Fumer trop jeune du cannabis ferait stresser plus et perdre 10 cm !
  • De la morphine à partir de levure modifiée
  • Une neuroprothèse "intuitive" branchée sur les intentions plutôt que les mouvements
  • Un robot qui s'adapte aux dysfonctionnements
  • Des robots-outils intelligents à main
  • Transports du futur : un drone/taxi à décollage vertical

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L’échec politique, entre religiosité et déterminismes

 
Et c’est parce que ce milieu imaginaire n’offre à l’esprit aucune résistance que celui-ci, ne se sentant contenu par rien, s’abandonne à des ambitions sans bornes et croit possible de construire ou, plutôt, de reconstruire le monde par ses seules forces et au gré de ses désirs.
Durkheim - Les Règles de la méthode sociologique

politique
La politique est décidément bien décevante, chose acquise à peu près pour tout le monde aujourd'hui - surtout depuis la crise financière et les révolutions arabes - sauf qu'on s'obstine à mettre encore notre impuissance collective entièrement sur le compte de notre défaitisme et notre passivité, alors que notre activisme pourrait y participer tout autant à se tromper de cible et se croire obligé de répéter comme un mantra, d'échecs en échecs, qu'il faudrait rester utopistes car ce serait sinon accepter les injustices du monde ! On peut dire que c'est le privilège de l'âge, après des années de militantisme, de constater à quel point c'était une impasse et n'a servi à rien ou presque, mais cela ne date pas d'hier. Il ne s'agit pas de s'en accommoder mais d'essayer de comprendre pourquoi au lieu de le dénier bêtement en s'imaginant avoir trouvé cette fois la bonne martingale qui grâce aux réseaux sociaux, à notre excellence ou quelque autre merveille assurera le triomphe de ce qui a toujours échoué jusque là... Le premier obstacle est bien là, en effet, dans cette loi du coeur, simple refus du réel comme de reconnaître l'étendue de notre impuissance que personne pourtant ne peut plus feindre d'ignorer, et préférer croire aux miracles, toujours prêts à suivre les marchands de rêves. A n'en pas douter, se focaliser sur les problèmes concrets (reconversion énergétique, relocalisation, inégalités, précarité) donnerait une bien meilleure chance de les régler mais on préfère rehausser notre image avec des ambitions plus élevées et la dévotion à quelques grands idéaux ou la nostalgie d'une société fusionnelle, perdus dans une religiosité, mêlant l'abstraction et l'affectif, dont c'est la réalité qui fait les frais.

Durkheim explique assez bien cette projection dans la totalité par le fait que "le concept de totalité n'est que la forme abstraite du concept de société" même si, à l'origine, cela s'appliquait à des sociétés beaucoup plus restreintes (à taille humaine). Il y a une nécessité des rites d'unification d'une société pluraliste pour sa cohésion et la réduction des tensions internes, fonction des fêtes et commémorations (des banquets républicains chez les Grecs) mais il est aussi essentiel de ne pas en faire trop et de reconnaître nos divisions innombrables, qui nous opposent et réduisent d'autant le pouvoir du politique à un point d'équilibre entre droite et gauche. Hélas, après le désastre des totalitarismes fascistes et communistes, puis le remplacement des anciennes luttes de libération et des guérillas communistes par les djihadistes, il semble bien qu'il soit plus difficile qu'on ne croit de sortir des schémas religieux et de la quête de l'absolu pour prendre à bras le corps les questions matérielles considérables qui se posent alors que jamais période ne fut aussi révolutionnaire - mais pas au sens quasi théologique qu'on voudrait lui donner!

Dans le sillage du travail poursuivi sur la débandade des avant-gardes, la critique de la critique, la surestimation de nos moyens, les solutions imaginaires, la fin de la politique et l'ineffectivité de la philosophie politique, il m'a semblé utile de revenir d'abord sur ce qui nous trompe, nous empêchant de reconnaître nos déterminismes et résoudre nos problèmes, puis sur ce qui nous contraint matériellement, que cela nous plaise ou non, essayant de dessiner ainsi le cadre peu reluisant de l'action collective, nous laissant peu d'espoirs, et les mécanismes effectifs derrière la façade politicienne de la démocratie compétitive. Il n'y a là paradoxalement rien de nouveau, que du bien connu mais dont on ne veut rien savoir dans les discours politiques au moins. Dire ce qui est ne peut viser à décourager l'action mais tout au contraire lui donner un peu plus d'effectivité peut-être, en abandonnant la pensée magique ? En tout cas, même si c'est probablement en vain, c'est pour cela que je continue ce travail ingrat - car il est vital qu'on arrive à s'en sortir et qu'on ne se laisse pas faire, en dépit de tout ce qui nous en empêche (nous-mêmes en premier).

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Revue des sciences mai 2015

  • Intelligence : les babouins passent le test
  • Des virus tueurs de tumeur
  • Les éruptions solaires ont un cycle de 11 mois
  • Des milliers de glaciers sous la surface de Mars
  • L’acidification des océans cause de la plus grande des extinctions
  • Des organismes synthétiques pour capturer le CO2
  • Le e-diesel avec de l'eau, du CO2 et de l'électricité
  • Un mini-supercondensateur aux capacités d'une batterie
  • Une batterie ultrarapide en aluminium
  • Utiliser le CO2 pour stocker l'énergie
  • La désalinisation et la purification de l'eau en moins de 3mn
  • L'ADN pourrait se former spontanément
  • Les neurones auraient évolués 2 fois
  • Des rats aveugles avec un GPS dans la tête se déplacent comme s'ils voyaient
  • Les femelles primates auraient utilisé des armes les premières
  • Les hominines taillaient déjà des outils il y a 3,3 millions d'années
  • Homo sapiens avait la supériorité des armes sur Neandertal
  • Comment les Européens sont devenus blancs et buveurs de lait
  • L'édition de gène pourrait s'appliquer aux ARNs
  • Plus les animaux vivent vieux et plus ils ont des gènes antiinflammatoires
  • La déficience en zinc déclenche une prolifération incontrôlée des cellules
  • La stimulation du système immunitaire par 2 médicaments vient à bout des tumeurs
  • Le soja diminue les cancers mais, en supplément il les augmente !
  • Le cannabis favorise les faux souvenirs
  • La stimulation profonde du Parkinson empêche une trop grande synchronisation des neurones
  • 11 gènes liées aux personnes extraverties augmentent l'effet placebo
  • Le paracétamol, anti-douleur et anti-émotions ?
  • Une pilule pour contrôler sa faim avec son smartphone
  • Un oeil bionique/caméra à vision augmentée imprimé en 3D pour 2027 ?
  • Sentir des émotions dans la paume de sa main envoyées par smartphone

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L’impossible responsabilité du climat

climatComme on le soutenait à l'époque (ce n'est pas l'énergie qui manque) contre ceux qui annonçaient une fin du pétrole imminente (et continuent à y croire!!), la question n’est certes pas du pic pétrolier sans cesse repoussé puisque, tout au contraire, il faudrait garder dans le sol un tiers des réserves pétrolières, la moitié du gaz naturel et 80% du charbon qui s’y trouvent ! Ce serait absolument vital mais paraît pourtant complètement irréaliste. On ne peut pas compter, en tout cas, sur un manque de carburant qui nous ferait entrer dans un monde à la Mad Max, ni se reposer sur cette "apocalypse pétrole" pour des "villes en transition" - car pendant ce temps là les émissions de gaz à effet de serre n'arrêtent pas de monter. Dans l'état actuel du monde, la seule façon de limiter l'extraction des énergies fossiles et nos émissions, semble bien d'accélérer le développement des énergies renouvelables qui atteignent leur maturité et deviennent enfin compétitives (notamment le solaire) aussi bien par rapport au pétrole qu'avec le nucléaire, donnant accès à une énergie gratuite et décentralisée. Il faut s'engager également dans la capture du CO2, l'isolation des bâtiments ainsi que la sauvegarde ou l'extension des forêts voire la réduction de l'élevage et de la consommation de viande, mais se concentrer sur cet objectif à notre portée de reconversion énergétique devrait être notre priorité, avec la plus grande capacité de rassemblement (suffisante?).

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