L’écologie est politique (pas individuelle)

Il a fallu une révolte populaire pour que les écologistes admettent enfin que les écotaxes sont absurdes appliquées à des personnes qui n'ont aucune autre alternative. L'évidence des écotaxes pour les écologistes était tel jusqu'ici que les critiquer était complètement inaudible, preuve qu'on n'était pas écologiste ! C'est qu'elles ont une véritable utilité appliquées aux entreprises qui peuvent investir dans des économies de consommation et des énergies renouvelables, ce que le système des quotas assurerait mieux cependant avec un prix du carbone plus élevé.

Le problème, c'est que, justement, on ne peut pas trop taxer les entreprises, souvent exonérées au contraire pour ne pas grever leur rentabilité et qu'elles se délocalisent ! La concurrence internationale est l'élément déterminant ici, ce pourquoi l'urgence serait d'avoir un prix du carbone mondial. Croire que la taxation des individus pourrait compenser l'absence d'un tel mécanisme ciblant les plus pollueurs relève de l'aveuglement et finalement d'une conception marchande, libérale et individuelle de la société alors que nos modes de vie sont entièrement déterminés par l'organisation sociale de la production et de la distribution, ce n'est pas une simple taxe qui peut y changer quoi que ce soit, sans aucun bénéfice écologique donc. L'écologie n'a rien d'une question personnelle comme on nous en rebat les oreilles, c'est uniquement une question politique. Certes, une fois le tri des déchets organisé, il faut s'y plier individuellement, mais c'est d'abord une organisation collective.

En fait, non seulement l'écologie ne peut pas être individuelle - ce qui n'a aucun sens, l'individu ne faisant que participer à son milieu - mais, on l'a vu, elle ne peut se réduire au local non plus, même si le local est bien un maillon indispensable dans la diversité des situations et des solutions. L'essentiel de notre avenir se joue désormais en Inde après la Chine et avant l'Afrique (ou le Brésil), c'est à dire le développement des pays les plus peuplés dont les émissions montent en flèche bien qu'étant encore loin des nôtres par habitant. Les petites économies qu'on pourra faire ici seront de peu de poids si ces pays ne se convertissent pas rapidement aux énergies renouvelables au lieu du pétrole et du charbon. Plutôt que se regarder le nombril en voulant être un écologiste irréprochable et culpabiliser les autres, c'est donc bien sur l'action politique et globale qu'il faut se concentrer si on veut avoir une chance de dépasser notre impuissance individuelle. Pour que des mesures écologiques ne soient pas insignifiantes, il faut qu'elles soient absolument massives.

Après avoir reconnu les dangers d'un réchauffement brutal, le consensus sur la façon d'y faire face a été long à se dégager mais commence à s'imposer, surtout grâce au Giec. En témoigne la proposition de Green New Deal, de la démocrate radicale Alexandria Ocasio-Cortez, qui intègre bien la capture du CO2, tellement critiquée par les écologistes pourtant, aussi bien pour un charbon propre que par la reforestation ou une meilleure gestion des sols agricoles.

Bien qu'il ne manque pas de bonnes âmes pour nier là aussi l'évidence, la transition énergétique est bien engagée, il ne faut que l'accélérer encore mais les masses en jeu sont tellement énormes que cela prendra des décennies, il n'est pas sûr qu'on puisse aller beaucoup plus vite. On peut cependant se passer du nucléaire, ce qui est une très bonne chose, devenu de toutes façon trop cher par rapport aux renouvelables et en déclin. En plus de la diminution de la part des hydrocarbures, la priorité doit donc aller aux économies d'énergie, en premier lieu l'isolation des bâtiments. Les bâtiments représentent en effet de 25 à 40% de la consommation. Des aides publiques sont pour cela indispensables mais il faut organiser aussi l'offre. La gestion intelligente de l'énergie serait un facteur supplémentaire non négligeable de baisse de la consommation (autour de 15%) mais la construction elle-même est très énergivore.

Tout cela est en cours tout en restant très insuffisant, au moins pour les deux points les plus décisifs : l'agriculture et la reforestation. Changer l'agriculture est sans doute plus décisif que de compter sur nos changements alimentaires (la production précède la consommation) mais l'agro-écologie tarde à se mettre en place et la déforestation continue. Même si nous ne sommes pas agriculteurs, il faudrait porter beaucoup plus d'attention à l'agriculture qui est l'élément le plus déterminant pour notre avenir puisqu'elle pourrait à la fois nourrir l'humanité jusqu'au pic de population, capturer bien plus de carbone dans les sols et mieux préserver la biodiversité (ou ce qui en reste!). On sait comme ces changements rencontrent de grandes résistances, en particulier en France, là aussi à cause du marché mondial sur lequel on exporte. Il faudra bien pourtant se convertir à "la production de cultures variées et riches en nutriments, préservant les écosystèmes. Il y a besoin surtout d'une intensification de l'agriculture écologique, tenant compte des conditions locales pour générer des cultures durables et de haute qualité". Il faut ajouter régénérant les sols et favorisant les circuits courts.

On voit bien que, en dehors du local, où il y a beaucoup à faire que personne ne peut prendre en charge à notre place, pour l'agriculture comme pour la reforestation et la capture du CO2, bien peu dépend de nous personnellement, sinon en pesant politiquement par l'action collective sur nos gouvernants et l'opinion mondiale, comme le font les jeunes actuellement, qui sont les premiers concernés, afin de pousser à la mise en place de ces mesures vitales mais impossibles à prendre unilatéralement, encore moins individuellement.

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7 réflexions au sujet de « L’écologie est politique (pas individuelle) »

  1. Oui les mesures doivent être massives , pour ne pas rester insignifiantes et donc inefficaces.
    Pourtant on a très peu de prise sur les grandes nations et les entreprises . Au local ,comme au national c'est idem , les élus et classes dirigeantes sont passionnés de start up et d'attractivité , de croissance et de PIB ; les mesures écologiques restant des éléments purement économiques et des faire valoir . On veut briller à l'international , exporter ou faire venir des entreprises ou des touristes .
    Les circuits courts et la nouvelle agriculture restent des niches et sont traitées , non comme de vraies politiques à mettre en œuvre mais comme des exemples d'innovateurs individuels desservant une clientèle militante persuadée qu'ainsi on va gagner la partie.

    Il ne s'agit pas du tout au local , là où pourtant ce serait possible - il y a de la marge de manœuvre- de mettre en place une production et distribution locale ,les élus et managers locaux appuyant et soutenant la métropolisation et le système économique qui la sous-tend . Les écologistes locaux se contentant de les sensibiliser , ou d'obtenir des subventions sur tel ou tel projet écologique .
    Pas de politique , pas de projet structurant , ni au local ni au national et bien évidemment ni à l'international .
    Local et global étant les deux faces d'une même pièce de monnaie .

    • En fait je plaide ici sur le fait qu'il faut se mêler de ce qui ne nous regarde pas au lieu de se focaliser sur ce qu'on peut faire soi-même. Il ne faut pas laisser juste les agriculteurs s'occuper de la transition agricole, ni laisser l'Inde ou l'Afrique se débrouiller avec leurs besoins énergétiques. C'est sans doute encore une illusion mais que la jeunesse se mobilise pourrait avoir un impact mondial ?

      • Sur mon agglo , le foncier est complètement bloqué et le prévisionnel c'est le départ à la retraite de beaucoup d'exploitants et le risque de rachat du foncier par des holdings. Il n'y a aucune politique agricole de la part de l'agglo , juste du laisse aller ; alors qu'il y aurait matière à installer des petites unités performantes et des coopératives municipales , à organiser le marché local , à créer une plate forme numérique locale , piratant amazon etc etc
        Quand le projet de société est l'enrichissement on a le co2 et les exclus ; projet a politique . Prospective , planification locale , aménagement du territoire au service d'un projet politique ...On ne sait pas faire . Et c'est dommage parce que oui l'écologie est bien politique ; tout comme la démocratie : je ne pense pas qu'on puisse être une démocratie dans une société à but de profit , c'est antinomique .
        Je ne pense pas non plus qu'on puisse s'en sortir avec 3% d'agriculteurs et 97% d'urbains , assureurs ou banquiers ......et autres.
        Sur mon agglo ..interdit de nous mêler de ce qui ne nous regarde pas ! Les élus sont devenus aujourd'hui les principaux freins au changement parce qu'ils ne veulent pas faire de politique et ne veulent surtout pas que les citoyens en fassent.
        Quand un agriculteur a la bonne idée de semer de la moutarde ,de la moissonner et faire de la moutarde en pot , on en fait un exemple , et on ne voit pas que presque tout peut se relocaliser et qu'il vaut mieux aller vers des coops municipales et de modifier localement production et distribution , que de vanter une réussite individuelle , permettant à l'élu local de faire la photo .

  2. On ne parle pas assez de la disparition des insectes qui oblige à changer rapidement d'agriculture.

    "La conclusion est claire: à moins que nous ne changions nos façons de produire nos aliments, les insectes auront pris le chemin de l'extinction en quelques décennies", soulignent les auteurs de ce bilan "effrayant", synthèse de 73 études, qui pointe en particulier le rôle de l'agriculture intensive.

    https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/les-insectes-un-declin-mondial-sans-precedent_131407

  3. J'ai encore vu que Jorion gagatise sur la taxe robot. Ce type est complètement gâteux, décérébré, alors que les robots ou autres machines actuelles ne sont que le prolongement des évolutions productives naturelles ou "artificielles" depuis des milliers d'années.

    C'est franchement désespérant de constater que des abrutis comme lui, qui se prétend de surcroît psychanalyste, aient une telle audience.

    Mais je m'attends à tout des humains désormais, j'en ai eu un bon gros échantillon de la part de mes sœurs qui ont paniqué ma mère et mis au cimetière mon père en semant des polémiques et zizanies totalement connes. De problèmes mineurs ou moyens, les con(ne)s font des gouttes d'eau des tsunamis, ou la souris qui accouche d'une montagne.

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