L’ère de l’intelligence artificielle

On est bien obligé de constater que notre monde a radicalement changé depuis quelques années, avec internet puis les mobiles, mais on n'a rien vu encore et, avec l'arrivée de l'Intelligence Artificielle, rien ne sera plus comme avant malgré toutes les résistances au changement qui détruit l'ordre ancien.

Jamais il n'a été plus clair que ce ne sont pas les idées qui mènent le monde, ce dont se persuadait l'ère des idéologies où il fallait choisir entre libéralisme, communisme et fascisme, alors que c'est l'évolution technologique qui dicte sa loi, comme le pensait Marx, le progrès des connaissances et techniques (la connaissance change le monde plus que les grandes idées).

Si nous n'avons pas notre mot à dire dans cette évolution, à quoi bon en parler ? C'est que, ne pas pouvoir décider de l'avenir n'implique aucun fatalisme ni laisser-faire. Seulement, plutôt que de s'étriper vainement sur le monde idéal que nous voudrions construire, et qui n'a aucune chance d'exister, cela nous oblige à faire de la prospective pour se préparer au monde qui nous attend vraiment et prévenir les catastrophes qui s'annoncent. La prospective est d'autant plus indispensable dans une époque de rupture où tout s'accélère comme maintenant mais c'est aussi ce qui la rend presque impossible. Il y a trop de bouleversements qui se combinent, dont on ne peut prévoir les effets après-coup, pas plus que les nouvelles découvertes ou pratiques émergentes. Le "cycle de la hype" est là pour montrer qu'on se trompe toujours sur les nouvelles technologies, la science-fiction ne pouvant que tomber dans les pires simplismes alors qu'elle est prise bien trop au sérieux. On ne fait jamais que prolonger les dernières tendances, ce qui est très insuffisant, mais c'est notre situation - et la question qui nous est posée, reste de savoir ce qu'on peut faire dans ce contexte d'avenir incertain.

La difficulté de se projeter dans l'avenir est flagrante quand on voit les jugements les plus opposés sur l'Intelligence Artificielle dont les performances progressent si rapidement depuis quelques années seulement et qui commence tout juste à déferler dans nos vies avec les assistants personnels ou domestiques. Si certains ne veulent y voir rien de nouveau, soulignant les limitations actuelles, d'autres tombent dans les exagérations les plus extrêmes, de la crainte du grand remplacement par les robots, qui seront plutôt nos partenaires, à notre asservissement par une intelligence supérieure, quand ce n'est pas une Singularité mythique, extrapolation exponentielle qui n'a aucun sens. La vérité, c'est que l'IA va bien tout bouleverser dans les prochaines années, plus même que le numérique dont elle est l'aboutissement, donnant sens à toutes les données qui se transmettent en masse. On ferait mieux d'en tenir compte mais si on peut s'extasier qu'AlphaGo Zero puisse apprendre en 40 jours une science du Go qui a mis 3000 ans à s'élaborer - tout comme on s'est extasié de la rapidité de calcul de nos ordinateurs - cela n'a rien à voir avec une intelligence omnisciente. Kevin Kelly a raison de dire que la peur d'une intelligence artificielle supérieure à la nôtre est irrationnelle car l'intelligence étant multidimensionnelle, une intelligence supérieure n'a pas de sens sinon dans un domaine spécialisé et il y a des limites à l'intelligence qui ne peut être infinie (ni générale). Apparemment, la seule façon de s'approcher des capacités humaines, c'est d'ailleurs de s'inspirer de notre cerveau mais on n'a pas forcément intérêt à l'imiter complètement car on reproduirait tout autant sa folie (un excès de logique) et ses risques d'erreurs (comme ceux de la pensée de groupe). Il faut ajouter, que, bien plus qu'on ne croit, notre intelligence est déjà largement extérieure (langage, livres, sciences, etc.), liée à notre environnement historique et notre formation plus qu'à notre cerveau.

L'intelligence artificielle va révolutionner de nombreux domaines, comme la médecine, la psychiatrie, l'éducation, les transports (autonomes), la finance, les sciences, la justice, etc. Le Washington Post a confié à un programme baptisé Heliograf l'écriture automatique de plus de 800 brèves, couvrant des élections ou actualités sportives, et l'agriculture robotisée sans l'homme du semis aux récoltes pourrait encore détruire des emplois agricoles, etc., jusqu'à être obligés d'imposer dans certains secteurs, comme la santé ou les crèches, un "quota d'humains" présents ! Il est raisonnable de penser que tout cela devrait provoquer un chômage de masse durable, bien que ce ne soit pas si certain - le chômage étant plutôt notre passé immédiat. Une étude (de PwC) prétend même que l'intelligence artificielle pourrait faire grimper le PIB mondial d'ici 2030. Pour la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement, si les changements technologiques en cours "ne peuvent pas expliquer les problèmes actuels du marché du travail", le problème réside dans le fait "qu'ils apparaissent à un moment où la conjoncture macroéconomique est faible dans les pays avancés". Le risque de la robotisation n'est pas une fin du travail catastrophique mais serait plutôt un accroissement des inégalités (de la captation par le capital). En tout cas, si l'automatisation a supprimé 140 000 emplois aux USA dans la distribution traditionnelle, elle en aurait créé 400 000 (de moins bonne qualité) et, en Allemagne où il y a 8 robots pour 1000 salariés, 4 fois plus qu'aux USA, cela n'a pas créé de chômage mais une baisse des salaires... Il faut s'attendre malgré tout à la disparitions de métiers comme à des réductions considérables d'effectifs dans la plupart des branches mais cela prendra du temps et ne sera pas la disparition du travail, encore moins de l'humain même si ce sont des IA qui programmeront d'autres IA (ce qui n'est pas si extraordinaire). Au lieu de nous remplacer, la meilleure stratégie c'est que les robots apprennent à demander de l'aide ou des précisions à leur interlocuteur quand ils manquent d'informations pour décider quoi faire. Ainsi, Google se concentre sur l'interface entre l'IA et les humains avec PAIR ou People+AI Research voulant créer une empathie et des "émotions" chez les robots pour faciliter le travail avec eux. Il ne faut pas oublier que le principal progrès promis par l'IA, c'est surtout de simplifier l'interface avec l'utilisateur, loin de l'éliminer, jusqu'à devenir transparente, et c'est ce qui aura le plus de conséquences (surtout quand on en sera à une véritable compréhension du langage qui est encore très rudimentaire). Un certain nombre des craintes fantasmatiques suscitées par l'Intelligence Artificielle devraient se dégonfler lorsque sera disponible l'équivalent d'un tableur pour que ces outils d'apprentissage automatique puissent être utilisés par tous.

Par contre, on verra certainement une nouvelle transformation radicale du travail une fois l'IA généralisée, comme en toute révolution technologique. Les enjeux de l'économie resteront probablement à peu près les mêmes, de réduire le chômage et les inégalités, mais surtout de s'adapter aux transformations du travail, où sans doute beaucoup se fera de chez soi et par intermittence, en donnant plus d'importance au développement humain. Ce n'est donc pas la fin du travail mais le développement de la précarité qui va rendre nécessaire de nouvelles protections comme un revenu garanti (selon le Roosevelt Institute, un revenu universel de 1.000 dollars par mois accélèrerait la croissance de 12,56% sur huit ans).

Il n'y a pas que le travail qui sera profondément impacté par la révolution de l'Intelligence Artificielle qui n'a certes pas que des bons côtés puisque permettant notamment un renforcement de la surveillance. Une "smart city" chinoise traque ainsi chaque habitant en permanence. Surtout, l'IA va impacter la guerre aussi fondamentalement que le nucléaire et il y aura des guerres entre intelligences artificielles, comme entre robots boursiers. Ce n'est pas pour rien que la Chine investit massivement dans l'IA afin d'en devenir leader en 2030 - y compris militairement. La course aux armements ne fait que commencer car utiliser l'IA serait la meilleure façon de lutter contre les IA malveillantes. Il n'y a pas de quoi s'emballer pour autant en s'imaginant que l'IA pourrait prendre le pouvoir mais on peut s'inquiéter de biais cognitifs dans les données voire de manipulations. Ce qui pourrait aider aux décisions gouvernementales, et les rendre moins hasardeuses, pourrait tout aussi bien renforcer un pouvoir autoritaire. En tout cas, s'il ne faut pas surestimer ses capacités à court terme, il faut se garder de les sous-estimer à plus long terme et ne pas croire qu'elle ne fera pas de grands progrès alors qu'on n'en est qu'au tout début.

C'est l'Intelligence artificielle qui aura incontestablement le plus d'impact sur nous dans les années à venir, même si on n'a pas vraiment les moyens de savoir jusqu'où, mais il y a bien d'autres processus matériels qui vont déterminer notre avenir, ce que l'IA pourra nous aider à mieux prévoir. En dehors de la technologie et du climat, c'est la démographie qui va le plus bouleverser nos prochaines décennies, à la fois le vieillissement des populations et l'immigration venant d'Afrique où se concentrera la croissance démographique, menant à un métissage généralisé aidé par les applications de rencontre (il y a comme toujours métissage et non pas remplacement de l'ancienne population). On nous promet d'ailleurs des bébés sur mesure, voire se développant dans des utérus artificiels (supposez qu'on démontre que la gestation naturelle fait trop souffrir l'enfant avant et pendant l'accouchement!). C'est donc loin d'être une disparition de l'humanité même si, d'ici là, le bioterrorisme constitue une menace très sous-estimée, du même ordre que le nucléaire. Le transhumanisme, qu'on a bien du mal à appréhender, se fera à plus long terme au moins pour coloniser Mars. Le déclin américain ouvre une période d'incertitude géopolitique qui peut dégénérer mais il semble que se renforce malgré tout une gouvernance mondiale constituant une sorte d'Etat universel ou Empire du Droit qu'on peut dire post-démocratique, malgré les élections, mais qui constituera avec la combinaison de l'IA et des réseaux numériques une sorte de cerveau planétaire. Cette globalisation peut d'ailleurs favoriser les sentiments séparatistes et la revalorisation du local. Il ne faut pas oublier non plus que de nombreuses catastrophes naturelles peuvent se produire aussi, de l'éruption d'un super-volcan à une éruption solaire destructrice ou une pandémie mortelle. L'avenir n'est jamais assuré et la seule chose qui soit sûre, c'est qu'il ne ressemblera guère à ce qu'on aura imaginé (moins différent ou d'autres façons). Au lieu de croire que la question est réglée, les jeux sont faits et qu'il ne se passera plus rien, il nous faut rester constamment en éveil, attentifs à ce qui nous arrive, toujours si difficile à évaluer - un peu plus d'intelligence ne sera pas de trop.

Suite : Le langage de la conscience et L’existence éthique de l’être parlant.

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22 réflexions au sujet de « L’ère de l’intelligence artificielle »

  1. J'ai regardé https://www.youtube.com/watch?time_continue=605&v=mdFZjVik2Lo

    J'ai trouvé Jorion plus proche du réel, et Attali un peu dans les nuages avec une "conscience" en mode sauvegarde back up réincarnable.

    Cette idée d'une conscience déconnectée de son environnement qui la crée, c'est assez étrange depuis des millénaires, c'est très platonicien.

    De Rosnay et Attali n'ont toujours pas compris ce qu'est la conscience, à savoir une mémoire éco-dynamique se nourrissant de feed back environnemental, qu'ils voudraient figer et transporter dans un container intergalactique dans un environnement qui n'aurait rien à voir. C'est consternant de voir ces 2 momies pontifier dans leurs apories.

    Assez curieusement, quand j'étais adolescent dans les années 70, je dévorais les articles concernant l'IA que je trouvais dans la bibliothèque de mon Lycée, alors que personne ne m'en parlait.

    • Même si je peux partager certaines de leurs prédictions, je suis en désaccord avec les 3, et d'abord sur le fait qu'on puisse se projeter à 500 ans, le maximum de visibilité me semblant entre 30 et 50 ans (une génération).

      Cet article était en gestation depuis longtemps et devait s'intégrer à la revue des sciences quand il m'a semblé plus utile de faire une synthèse avec les dernières revues des sciences sur la question, ce qui en faisait un article séparé, mais j'avais vu la vidéo qui m'a fait souligner qu'on ne pouvait pas en dire tant que ça (pas plus que le catastrophisme de Jorion).

      Je trouve fausses les diverses conceptions de la conscience des uns et des autres. S'il n'est pas impossible qu'on télécharge un cerveau numériquement, je ne pense pas que cela suffise à le dématérialiser, ayant sans doute besoin d'un autre cerveau pour se réincarner, pas seulement in silico. C'est indécidable pour l'instant mais pas le fait que les conceptions en jeu sont mythifiée, y compris de vouloir faire de la conscience un épiphénomène alors qu'elle est surtout éveil, conscience de soi et discours intérieur.

      Il est plus important d'évaluer l'impact de l'IA sur le travail, où les avis sont déjà complètement divergents.

      On peut bien parler de disparition de la sexualité comme le prévoit Attali (mais on le dit depuis les années 60 et la mode unisexe), ce n'est pas impossible mais reste douteux (il peut y avoir tout autant multiplication des sexualités). D'ailleurs, j'aurais dû parler des robots sexuels qui séduisent déjà les Japonais mais j'ai du mal à me convaincre qu'ils prendront de l'ampleur, ce qui n'est pas impossible non plus, une véritable relation pouvant être nouée avec son assistant personnel et "notre" intelligence artificielle qui nous connaît mieux que personne mais je n'ai pas voulu faire du sensationnel, attirant plutôt l'attention sur notre ignorance, la plus renseignée possible mais savoir décevant, incomplet, d'un avenir en mutations accélérées qui reste très incertain, ce qu'il faut reconnaître.

      • "S'il n'est pas impossible qu'on télécharge un cerveau numériquement, je ne pense pas que cela suffise à le dématérialiser, ayant sans doute besoin d'un autre cerveau pour se réincarner, pas seulement in silico."

        Le cerveau de quelqu'un à quel instant ? A l'âge de ses 6 ans, de ses 20 ans, de ses 50 ans ? Avant ou après un grave trauma crânien ou sa maladie d'Alzheimer ?

        Il y a quand même le problème de savoir ce que serait un cerveau téléchargeable, quelles sont les fondements de ce cerveau alors que les états de conscience sont si variables, qu'est ce qui est identifiable d'un cerveau et sélectionnable digne de téléchargement.

        Pour le moment, cette idée de téléchargement me parait totalement délirante, donc débile.

        • Ce n'est pas si délirant car cela existe déjà, depuis 2011, quoique pas pour tout le cerveau, seulement pour l'hippocampe dont on enregistre les signaux et qu'on peut restituer en recréant le souvenir enregistré.

          C'est assez bluffant quoique cela reste assez basique, on est loin d'enregistrer tout le cerveau mais je n'y aurais pas cru si cela n'avait pas marché. C'est l'armée américaine qui envisage d'en équiper ses soldats. Ce n'est pas pour tout de suite mais il ne semble plus impossible d'enregistrer l'état d'un cerveau, sauf que cela ne suffit pas à le dématérialiser car il faut ensuite le transférer à un cerveau. Il ne suffit pas de le faire tourner sur un ordinateur. Il est possible d'en faire une simulation mais ce n'est pas équivalent à l'original et une conscience de soi. Dire que c'est impossible serait trop s'avancer mais cela reste de la science-fiction contrairement à ces systèmes électroniques. Bien sûr, si on se projette à 500 ans, tout semble possible et le contraire...

    • D'ailleurs, j'attends toujours la conscience téléportée capable d'avoir une érection tout en roulant à vélo sans toucher au guidon, mais en reboutonnant sa chemise!

  2. Une gouvernance mondiale constituant une sorte d'Etat universel ou Empire du Droit qu'on peut dire post-démocratique Ce qui ne peut que favoriser des cycles de violence nihiliste voire à caractère terroriste. L'Empire du Droit - euphémisme signifiant la fin d'un semblant de processus démocratique libéral, interdisant de facto toute alternative (même avec de faibles marges de manœuvre pour réguler la domination de la finance), ne peut qu'induire des réactions violentes.

    • C'est déjà notre situation et celle de tout Empire précédent. Rien de vraiment nouveau, ce qui laisse place au terrorisme étant surtout la réduction des autres violences - la chute des morts violentes dans le monde est spectaculaire. Il n'y aura jamais disparition de réactions violentes mais s'il n'y a pas d'alternative à la technologie et l'IA, je répète depuis des années qu'il reste la possibilité d'alternatives locales même si on ne peut changer le nouvel ordre mondial.

  3. Dans ses prévisions sur l'emploi dans 10 ans, qui viennent de sortir, le "U.S. Bureau of Labor Statistics" pense que l'emploi agricole devrait augmenter, ce qui ne me semble pas évident mais ce serait lié à des exploitations plus grandes et donc une diminution des propriétaires et une augmentation des salariés. Les outils comme les drones devraient pourtant économiser pas mal de main d'oeuvre.

    https://www.technologyreview.com/the-download/609218/what-does-work-look-like-in-2026-new-statistics-shine-light-on-automations/

  4. Un peu déçu par cet article qui me semble passer à côté du vrai problème que posera l'IA : celui d'une concentration encore accrue du pouvoir. D'après ce que j'ai compris, les services sophistiqués qu'elle permettra, (en médecine par exemple), ne seront pas disponibles sous forme d'un logiciel que l'on achète pour en faire un usage indépendant, mais sous forme de services en ligne. L'intelligence ainsi centralisée pourra s'améliorer à partir des cas soumis par ses utilisateurs, ce qui constitue une boucle de rétroaction positive qui lui permettra de tenir ses challengers loin derrière. D'où apparition, dans les domaines les plus variés, de nouveaux champions genre Google dont on sera dépendant.

    Et ce n'est pas le seul. Selon cet article, https://www.technologyreview.com/s/603779/how-google-street-view-images-reveal-the-demographic-makeup-of-the-us/, le MIT a pu établir une corrélation entre le vote démocrate/républicain des gens et le modèle de voiture qu'ils possèdent : “Using the classified motor vehicles in each neighborhood, we infer a wide range of demographic statistics, socioeconomic attributes, and political preferences of its residents,” Autrement dit, l'on n'a plus besoin d'analyse socio-politique pour prédire les résultats d'une élection, et tout commentaire post élection pourra être mis à mal par ces mêmes corrélations. En révélant ainsi des corrélations qui échappent à la perception humaine mais qui sont factuels et incontestables, (comme le montre le phénoménal succès d'AlphaGo Zero), les explications humaines deviennent ridicules et inutiles.

    • Il est bien possible que la concentration s'impose comme pour l'effet réseau mais cette fois du fait qu'à l'ère de l'intelligence artificielle, la ressource, c'est les données, c'est même pourquoi Google et le chinois Alibaba sont à la pointe de l'IA mais on est déjà dans la dépendance des GAFA.

      Les services en ligne resteront sans doute dominants à cause de cela mais des IA locales (hors-ligne) sont déjà commercialisées. Je ne vois pas le problème d'une extension de la sociologie et des sondages qui nous donnent déjà les résultats avant le vote. Il est bien vrai que les explications données en général sont ridicules et il n'est pas mauvais qu'on puisse le montrer avec des données réelles. Moi, ce que je trouve écrasant, c'est la connerie humaine, pas l'intelligence artificielle qui posera cependant des problèmes qu'il faudra résoudre.

    • Des corrélations factuelles et incontestables?
      Les corrélations sont (peut-être) hautement probables, de même que les corrélations bien connues entre les cours de la bourse et la longueur des jupes à la mode...

      De l'art de faire du new, du uptodate, avec du très vieux...

  5. Un article de Stanislas Dehaene et consorts dans Science, ce jour, prétend définir ce qu'est la conscience et comment la donner à une machine, même s'il admet que ce n'est pas pour tout de suite.

    La conscience serait une fine couche de calcul en plus. "La conscience est un petit vernis supplémentaire, très important, qui nous permet d'accéder à l'information, d'y réfléchir posément, longuement et de partager cette information avec d'autres personnes".

    "Notre smartphone n'est pas conscient mais on pourrait ajouter une couche de logiciel qui lui permette de partager les informations, de réfléchir, d'avoir une forme de méta-cognition, de savoir ce que l'on sait et ce qu'on ne sait pas. Ce sont des opérations qui sont des calculs et il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas les introduire dans les machines".

    Ce réductionnisme qui cherche la conscience dans le cerveau fait l'impasse sur sa formation et tout ce qui la constitue de l'extérieur, notamment sur ce que nous, nous appelons conscience, qu'Alain confondait avec la conscience morale mais qui est surtout une conscience sociale, identification et discours intérieur. Il y a bien un niveau animal de conscience et de réflexion qui consiste à rechercher des informations complémentaires et comparer différentes évaluations quand une réaction automatique inconsciente n'est pas possible, mais cela ne suffit pas à faire une conscience durable (conscience de soi et de sa place dans un monde commun). Notre conscience humaine narcissique est essentiellement un produit du langage, la continuité d'un récit, un bavardage continuel (il n'y a pas que les fous qui entendent des voix, ils ne font que les attribuer à d'autres) dont on ne voit pas encore comment on pourrait l'implanter dans un appareil (il faudrait déjà comprendre le langage).

    • Curieusement, une demi-heure après mon commentaire, Sciences et Avenir disait à peu près la même chose :

      Il n'y a pas que les personnes schizophrènes qui entendent des voix dans leur tête. Tous, nous sommes amenés à entendre une voix qui nous parle à nous-même, quand nous réfléchissons ou quand nous lisons un texte.

      La lecture d'un texte est un cas particulier, dans la journée, les voix qu'on entend changent, c'est souvent aux reproches imaginés de quelqu'un d'autre qu'on répond silencieusement en ruminant ses arguments, ou ce sont des chansons ou toutes sortes de discours ou commérages, notamment la reconstruction permanente de notre histoire, toutes choses qu'on semble oublier en réduisant la pensée à un flot d'images et d'informations. Pour implanter ce genre de conscience, il faudrait d'abord comprendre le langage, ce qui est encore loin d'être le cas.

  6. Tout cela est bien gentil, mais ce qui est vraiment important en terme de capital, c'est la production de biens et de marchandises produisant réellement de la valeur économique. Comme nous l'avons vu pour Internet, l'économie prétendue immatérielle (qui repose sur du concret) ne permet pas l'accumulation de valeur économique.

    Donc, L 'IA ne permettra jamais de restaurer cette création; de plus, elle nous asservira encore plus.

    L' avenir c'est une politique de plus en plus autoritaire afin d'exploiter les dernières gouttes de création de valeur réelle.

    Une machine, un robot ne crée aucune valeur, elle ou il la restitue.

    Les machines ne nous sortirons pas du travail; celles-ci impliquent plus de travail humain vivant à incorporer dans la production d'où augmentation de l'intensification du travail.

    Le capitalisme allié aux nouvelles technologies nous mènent droit au mur de la dévalorisation générale et de l'asservissement de l'être humain aux machines, donc de la non vie.

    • Marx a très bien décrit le capitalisme industriel et sa loi de la valeur mais il pensait malgré tout que c'est l'innovation technique qui est déterminante et il envisageait la fin de cette "loi de la valeur" mesurée par le temps, simplement, il s'imaginait que cela devait déboucher sur le collectivisme et la planification rationnelle, ce en quoi il s'est lourdement trompé. On est déjà dans un capitalisme post-industriel, celui de Google qui est très différent et capte plus de valeur et de capitalisation que la production matérielle sur laquelle il vit par la publicité. Il n'y a donc pas à restaurer une création de valeur qui n'a pas du tout disparue (c'est un conte pour archéo-marxistes qui annoncent à tout bout de champ l'effondrement du capitalisme).

      D'ailleurs dire qu'une machine ne crée pas de valeur est une simplification abusive car elle crée au moins la plus-value en augmentant la productivité du travail par rapport au temps de travail moyen socialement nécessaire. C'est une pareille simplification qui fait dire qu'il n'y a que le travail qui crée de la valeur alors qu'il en est simplement la mesure (dans le capitalisme industriel), ce qui fait qu'une machine automatique peut créer beaucoup de valeur tant que son utilisation n'est pas généralisée, réduisant finalement sa valeur mais c'est un processus dynamique, jamais en repos.

      Le fait que l'IA nous asservira est par contre plus que probable, mais en même temps qu'elle nous libérera. Ce n'est pas unilatéral et joué d'avance. Ce qu'on peut y faire n'est d'ailleurs pas évident. Il me semble que les alternatives locales et le développement humain sont une voie (impliquant cependant un appauvrissement) mais je trouve quand même toujours curieux de présenter les choses comme si jusqu'ici on n'était pas asservis, notamment par le travail qui n'avait rien de la sinécure dont on fait mine d'avoir la nostalgie au nom des 30 glorieuses et des conventions collectives. Il y a toujours eu des bons boulots, y compris chez les artisans et paysans, et des bonnes entreprises mais c'était et reste encore plus près de l'esclavage pour la masse des prolétaires.

      L'asservissement aux machines était bien pire aux débuts de l'industrie et s'est adouci. L'intensification du travail a une limite, atteinte depuis l'origine et résulte finalement de la concurrence entre travailleurs, ce pourquoi des syndicats sont indispensables.

      La vraie vie est absente, là n'est pas la question et on peut toujours se soustraire individuellement ou localement au salariat (capitaliste) mais il n'y a effectivement aucune raison que l'IA, qui nous sera très utile, nous soit seulement favorable. Ce n'est pas la fin de l'histoire où l'on n'aurait plus qu'à se tourner les pouces (et vivre notre fameuse vraie vie!) mais pas non plus un enfer invivable qu'on noircit par rapport aux temps anciens. La question n'est pas de se plaindre vainement de notre temps mais de s'y orienter, conscients de ses dangers comme de ses opportunités.

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