Le moment Gorz

Le temps passe qui ne laisse aucune pensée indemne. On prétend qu'il n'y a pas de progrès en philosophie car on peut toujours épouser les philosophies les plus anciennes, sauf qu'on ne peut plus adhérer à tout un pan de ces philosophies, simplement ignoré, et l'on peut dire précisément de ceux qui s'en tiennent là qu'ils ne sont pas de leur temps, ratant les enjeux philosophiques du moment - ce qui n'empêche pas qu'on peut trouver dans le passé de précieux enseignements pour l'avenir.

On a du mal à imaginer le monde d'après-guerre où André Gorz à commencé à construire son oeuvre, si éloigné du nôtre puisque c'était le temps du communisme triomphant jusqu'à la révolution culturelle et Mai68. Pour s'y replonger on peut lire l'excellent livre de Willy Gianinazzi, "André Gorz, une vie" qui est bien plus qu'une biographie, retraçant minutieusement les débats politiques des différentes périodes qu'il a traversées, du moins ceux auxquels il a participé - il avait ignoré superbement les situationnistes par exemple (alors que le livre comporte une citation de Vaneigem pour chaque partie!). L'idéologie marxiste avait alors une position hégémonique impensable aujourd'hui. C'est assez sensible dans "Questions de méthode" où Sartre en faisait "l'horizon philosophique indépassable de notre temps", bien que tirant le marxisme du côté de l'humanisme et de la critique de l'aliénation, essayant de réintroduire le rôle de l'individu dans ce que Althusser désignait au contraire comme un processus sans sujet. Cette soumission à l'idéologie dominante a tout de même mené Sartre à faire son autocritique d'écrivain bourgeois quand il écrit sur Flaubert, ou à croire encore dans sa dernière interview qu'après la révolution les rapports humains pourront être transparents enfin !! C'était vraiment une autre époque où tout était idéologisé (art, technique, science, vie quotidienne) et pleine d'utopies dont on peut avoir la nostalgie mais qui étaient très infantiles (religieuses).

Bien qu'étant comme Sartre passé à côté des apports incontournables du structuralisme (succédant à l'existentialisme et minorant effectivement le rôle du sujet), André Gorz a malgré tout su coller aux évolutions en cours aussi bien économiques qu'intellectuelles, jusqu'à la fin de sa vie où, grâce notamment à Jacques Robin, il a reconnu assez vite qu'on avait changé de monde avec notre entrée dans l'ère de l'information et de l'économie immatérielle (objet de son dernier grand livre). Il n'hésitait pas à remanier à chaque fois ses analyses et propositions, ce qui en fait une pensée vivante mais divisée en périodes. La cohérence de son parcours peut être résumée par la tentative d'élaborer un marxisme existentialiste et post-communiste, d'en reformuler les objectifs à partir de l'autonomie de l'individu et de son monde vécu. C'est ainsi par la critique de l'aliénation (de Marcuse à Illich) qu'il abordera l'écologie aussi bien que les transformations du travail, critique qui a été qualifiée "d'artiste" en opposition à la critique sociale et qui est bien peu matérialiste en tout cas au regard du déterminisme économique, mais, en dépit de sa modernité et de son hétérodoxie, il s'est voulu marxiste jusqu'au bout, se passionnant encore, dans les tout derniers mois, pour une "critique de la valeur" si vaine pourtant.

Dix ans après sa mort, la situation économique, politique, technologique a beaucoup évolué encore, la crise attendue n'ayant eu que des effets régressifs, et c'est à la lumière de ces évolutions que je peux faire le bilan de ce qui a été pour moi et quelques autres le moment Gorz, à la fois sa nécessité historique pour nous et son caractère daté. C'est un fait qu'il nous a permis de passer du marxisme à l'écologie, nous servant à défendre une écologie politique radicale. C'est un fait aussi que nous avons échoué, ce dont il faut bien rendre compte. Reste la voie des alternatives locales qu'il a commencé à élaborer et qui pourrait avoir plus d'avenir ?

- L'écologie politique

Dans l’histoire universelle, il résulte des actions des hommes quelque chose d’autre que ce qu’ils ont projeté et atteint, que ce qu’ils savent et veulent immédiatement.
Hegel

Bien que mon engagement dans l'écologie était lui aussi inspiré par l'hégélo-marxisme, ce n'est pas du côté de l'aliénation que je l'abordais mais plutôt comme conscience de soi collective du négatif de notre industrie, et donc avec une dimension essentiellement politique, très éloignée de l'écologie individualiste et moraliste. Chez les Verts, tiraillés entre élus gestionnaires et environnementalistes, nous n'étions qu'un petit groupe à soutenir véritablement une écologie politique et nous nous sommes appuyés pour cela sur le texte de 1974 d'André Gorz "Leur écologie et la nôtre", publié en ouverture du premier numéro de la revue EcoRev' (numéro 0 en février 2000) que nous venions de lancer.

J'avais, pour ma part, créé en 1997 un site internet se réclamant d'une écologie révolutionnaire, persuadé que "les contraintes écologiques obligent à sortir du productivisme, le réformisme n'y suffira pas. Il y faut une révolution des institutions et de la production". Voulant remonter aux causes des problèmes écologiques, je défendais comme André Gorz une écologie anticapitaliste mais lui ne croyait déjà plus à la révolution, au moins depuis ses "Adieux au prolétariat" (1980) et donc dès avant la chute du communisme, se rabattant depuis sur un "réformisme radical", ce qu'était supposée être la réduction du temps de travail (qui allait tant nous décevoir). En fait, dans cette période il s'était même détourné des stratégies étatistes pour privilégier les alternatives locales - auxquelles j'ai eu du mal moi-même à me résoudre dans un premier temps.

De notre côté, si personne d'autre ne se disait révolutionnaire, nous ne manquions certes pas d'ambitions puisque nous voulions à la fois changer la politique, le système de production et les modes de vie, au nom de nécessités vitales, écologiques, humaines. Loin de tout naturalisme écologique, notre souci était d'empêcher la destruction de nos conditions vitales, améliorer nos qualités de vie et préserver les équilibres globaux mais nous dessinions ainsi malgré tout un monde idéal, qui serait fait pour nous. Il fallait pour cela supposer que nous avions la capacité de décider du mode de production comme de l'organisation politique et des représentations sociales !

Après toutes ces années, le constat d'échec est total, qu'il faut expliquer par l'erreur de penser que ce qui nous apparaît nécessaire est possible et surtout que ce serait l'homme qui fait l'histoire et détermine l'économie, surestimant la politique en déniant ses lois propres aussi bien que les puissances matérielles qui s'imposent à nous. Au lieu de nourrir un volontarisme qui ne mène à rien, il vaudrait mieux tenir compte des leçons de Machiavel sur l'efficacité politique ainsi que des sciences de l'homme et du matérialisme de Marx (détermination par l'économie en dernière instance) qu'on ne peut balayer d'un revers de main et qui manifestent plutôt une détermination par l'extériorité. L'échec politique résulte de la confrontation de nos espérances les plus folles avec ces déterminismes implacables, mais l'erreur est bien dans la conception révolutionnaire elle-même d'un "projet de société" global, quand on ne peut agir que sur des problèmes localisés. Ce n'est pas dire que la politique ne peut rien mais qu'elle est si souvent décevante.

De même, au lieu de pouvoir choisir nos techniques, plus conviviales, la réalité c'est que nous devons bien plutôt subir une accélération technologique sans pareil. Au lieu d'avoir fait reculer le capitalisme, déterminé lui-même par la technique qui le transforme, il s'est répandu désormais sur toute la Terre en prenant le dessus sur un communisme moins productif et réduisant à néant tout espoir révolutionnaire (si des révolutions sont encore possibles, elles ne peuvent plus changer de système économique). Il ne suffit donc pas de dénonciations enflammées du capitalisme ou de la société de consommation, qui ne manquent pas depuis l'origine. Les belles utopies écolos sont bien mortes - mais pas la nécessité écologique, reconnue d'ailleurs de plus en plus désormais (par force à mesure que les menaces grandissent) sans que cela mène pour autant à des réactions à la hauteur des enjeux...

Dans ces conditions, la question qui se pose aux écologistes c'est comment arriver à un peu plus d'effectivité ? Le préalable serait cependant de reconnaître notre impuissance politique, non de la dénier bêtement, pour avoir une chance de la dépasser. Il y a urgence, et il semble bien que dès lors seul le niveau local reste véritablement à notre portée, relocalisation que personne ne fera pour nous d'en haut mais à laquelle il faudrait pouvoir donner une dimension globale. Il ne s'agit pas tant de remettre en cause le projet d'une écologie politique, qui reste sans aucun doute désirable, mais d'admettre qu'il se heurte à des puissance supérieures, à la logique du champ politique comme aux limites de la démocratie. Ainsi, le fonctionnement interne des Verts ou de Podemos apporte un démenti cinglant à leur démocratisme affiché (mais les exemples en sont innombrables). Surtout, les États-nations ont perdu l'essentiel de leurs prérogatives depuis l'époque du communisme ou de Mai68. Même si l'unification du monde est loin d'être achevée, la globalisation marchande et numérique nous met dans une situation assez comparable à celle d'un empire (du Droit), ne laissant au pouvoir politique qu'une marge de manoeuvre réduite. Le socialisme dans un seul pays n'a vraiment plus aucun sens. Compter en ultime recours, comme le dernier Gorz, sur l'effondrement du système serait s'exposer tout autant à la déception, les crises faisant partie de la dynamique du capitalisme qui s'en relève toujours plus fort. S'il y a sortie du capitalisme industriel, c'est parce que l'économie numérique est régie par de toutes autres lois - qu'on ne choisit pas plus que celles du capitalisme précédent.

Évidemment, tout cela est bien déprimant. On objectera qu'on a besoin d'espoir et de croire qu'on peut changer le monde (alors que c'est lui qui nous change). Il y aura toujours sur le marché des idées des voix plus encourageantes pour nourrir nos illusions et nous persuader que "tout peut changer", mais l'écologie n'a que faire de nos enthousiasmes passagers alors que nous avons une obligation de résultat. La conclusion à tirer de l'échec général de l'écologie politique, ce serait plutôt de se convertir à un certain opportunisme qui part des moyens disponibles (associations, élus, ONG, ONU) pour obtenir le plus possible (tout gain écologique est à prendre, ce n'est pas tout ou rien) - un réformisme radical quand il peut mais prêt aux compromis s'il le faut. En tout cas, le pragmatisme vaut mieux qu'une idéologie sans aucune effectivité et vouloir opposer une écologie de gauche à une écologie libérale n'a plus beaucoup de sens, devenant même contreproductif, si on n'a aucune chance de changer le système. La seule voie qui reste ouverte est celle d'alternatives locales dans une économie plurielle, et donc d'une société duale, cohabitant avec le capitalisme mondialisé. Ce n'est certes pas l'idéal et, lorsque les risques écologiques sont vitaux, que nous sommes sur une trajectoire insoutenable, on ne saurait se satisfaire de ce réformisme minimal - ni s'en passer tant qu'on n'a pas prouvé qu'on pouvait faire mieux. La réflexion devrait vraiment se concentrer un peu plus sur les moyens que sur les finalités dernières.

Si l'homme n'est pas au centre d'une évolution subie et que nous n'avons pas le pouvoir de décider de l'avenir ni de la totalité du monde, du moins nous avons l'exigence d'essayer d'éviter le pire ou de limiter les dégâts lorsqu'on ne peut s'attaquer aux causes. Nous avons besoin d'une éthique de responsabilité plus que de conviction, de mesures collectives plus qu'individuelles. Ce n'est pas une question de choix subjectif mais de nécessité objective. On peut dire qu'il n'y a pas d'alternative !

- Les alternatives locales

André Gorz nous avait donc aidé à passer du marxisme à une écologie politique humaniste mais ce qui m'a rapproché beaucoup plus de lui a été son livre de 1997 "Misères du présent, richesse du possible" où il défend des alternatives locales (ateliers coopératifs et monnaies locales) ainsi qu'une allocation universelle, dispositifs que je reprendrais largement à mon compte même si je donnais plus d'importance que lui au travail autonome (valorisant ses compétences pour d'autres) plutôt qu'à l'auto-production (action ayant sa finalité en elle-même). Il me faut passer ici du nous au je car cela n'intéressera pas grand monde, y compris les Verts englués dans la politique politicienne malgré un soutien purement verbal à ces belles idées. Ainsi, avant de les quitter, j'ai pu en 1999, comme responsable d'une inter-commission sur le revenu, faire adopter dans leur programme un Revenu Social Garanti (défendu avec les arguments du livre où Gorz expliquait son changement de position par rapport à une allocation universelle sans contrepartie qu'il rejetait avant) mais cette revendication a été longtemps ignorée, n'ayant été mise en avant que très récemment et sans un véritable approfondissement.

Je n'ai fait que reprendre ces dispositifs en insistant sur leur synergie (sur le fait qu'ils faisaient système) dessinant une véritable alternative, mais j'ai voulu aussi politiser ces alternatives en les transformant en institutions communales, avec notamment des coopératives municipales inspirées de Bookchin et qui sont des sortes de propriétés collectives des moyens de production locaux. L'idée a plu à Gorz bien qu'il ne l'ait pas beaucoup reprise alors que, pour moi, c'est un maillon essentiel à la réussite de véritables alternatives locales, et d'un revenu de base qui n'est pas suffisant en soi mais doit être complété par un soutien social au travail autonome. Sinon, au lieu d'accéder au travail choisi, on condamne plutôt à la précarité. L'autonomie n'est pas si naturelle qu'on croit mais une construction sociale.

Il faut souligner que le point de départ de Bookchin n'est pas tellement l'idéal mais bien l'échec des nombreuses tentatives précédentes, notamment des coopératives. En effet, soit elles se transformaient en entreprise marchande, soit elles disparaissaient, sauf rares exceptions. S'il faut les municipaliser, c'est pour les sauver et desserrer la contrainte financière ou la pression du marché, afin de donner plus de libertés aux travailleurs autonomes. L'autre constat d'échec de Bookchin a été celui de la démocratie quand ce n'est plus une démocratie de face à face, seule unité de base possible d'une démocratie réelle (comme le pensaient déjà Aristote et Rousseau). Il est donc essentiel de partir de l'échec des coopératives mais, tout aussi essentiel dans cette municipalisation, de politiser ces alternatives locales, de les démocratiser, façon de redonner sens à la politique en ouvrant ces dispositifs publics à l'ensemble de la population au lieu de rester cantonnés à des communautés marginales. Ainsi, une monnaie municipale devrait avoir une bien plus grande portée qu'une monnaie locale associative.

André Gorz soutenait ces alternatives mais n'était pas très convaincu par leur municipalisation. De même, il défendait allocation universelle et monnaies locales mais rêvait plutôt de gratuité et d'auto-production (avec des imprimantes 3D). Il n'est pas sûr non plus qu'il s'intéressait autant aux alternatives locales à la fin de sa vie, séduit par la "critique de la valeur" et ses prophéties d'effondrement du capitalisme financier. Cela n'aura peut-être été pour lui qu'un moment de sa pensée alors que, de mon côté, je ne vois toujours pas d'autres solutions mais on est bien peu à le croire et, on l'a vu, il ne suffit pas que ce soit nécessaire pour que ce soit possible. Malgré tout, au lieu de disparaître, ces idées progressent et entrent en résonance avec la constitution de réseaux alternatifs, la défense des nouveaux communs écologiques et numériques ou les échanges directs en P2P (voire l'économie collaborative qu'il faudrait se réapproprier localement). Même si on en parle de plus en plus, on reste encore loin malgré tout d'un revenu universel ou de véritables monnaies locales, sans parler de coopératives municipales. On est bien sûr encore plus loin de combiner ces trois dispositifs qui pourtant ne sont pas vraiment viables de façon isolée. Peut-être est-ce effectivement infaisable et pas à la hauteur des enjeux, ou bien le moment n'est-t-il pas encore venu qui pourrait se réclamer de ce Gorz alternatif ?

(article pour EcoRev' no 45)

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49 réflexions au sujet de « Le moment Gorz »

  1. à mon sens il serait intéressant que tu lises d'urgence le bouquin de François Jullien "L'Être et le Vivre". Il existe de nombreuses vidéos de François Jullien sur Youtube.

    car tout ton article se situe dans le cadre du langage-pensée occidental, et limiter la philosophie à la Grèce est peut-être bien ce qui rend la "révolution" écologiste impossible. Quelques exemples de la vision "grecque", dont se réclame aussi Mélenchon, dans ton texte:

    "la question qui se pose aux écologistes". catégoriser est l'un des fondements de la pensée grecque. c'est en même temps se mettre hors du coup. d'un côté le sujet, le je, de l'autre le champ de son action, son objet.
    pour mieux me faire comprendre, je dirai que "je suis taoïste sans le iste".
    tu le dis toi-même, cette façon de voir aboutit à un échec.

    tu dis un peu plus loin:

    "on a besoin d'espoir et de croire qu'on peut changer le monde". outre l'emploi du "on" qui me gêne un peu, tu affirmes d'une part agir au nom d'une croyance, et d'autre part vouloir, espérer, que cette croyance agisse sur le monde.

    Lao Tseu, là-dessus, est catégorique: "Qui cherche à façonner le monde n'y réussira pas." et Gandhi dit d'autre façon "“ Soyez le changement que vous voulez
    voir dans le monde ”.

    la pensée orientale ne nous offrirait-elle pas des pistes ???

    • Je pense que la pensée orientale n'est pas qu'une pensée, mais un mode de perception, une praxis corporelle illustrée par les mouvements divers du qi gong ou tai chi qui représentent une forme de liberté philosophique en action dans le vide omniprésent de la destruction et bêtise constante.

      Par ailleurs, les asiatiques ont perçu une forme de puissance créatrice et destructrice dans la pensée pratique occidentale dont ils ne se privent pas d'user, voire d'en abuser.

    • C'est vraiment mal me lire, je dis le contraire de ce qu'on me fait dire et la question n'est pas d'une nouvelle muraille de Chine mais d'éviter le pire (et certainement pas en se changeant soi-même).

      • Se changer soi-même me parait être une aberration logique, quasi logico-mathématique.

        On ne change pas ce qui est, on peut à peine l'accompagner, donc lui donner des degrés de liberté potentiels, dans le meilleur des cas cognitif.

    • "la pensée orientale ne nous offrirait-elle pas des pistes ??? " La pensée orientale (comme la pensée musulmane) n'est pas empreinte des idéaux européens de justice hérités des révolutions paysannes à travers les siècles. Ce sont des pensées d'autant plus fatalistes qu'elles servent idéalement le commerce avec un chef suprême qui gère les biens de l'argent. On n'est pas loin du stoïcisme qui représente chez Hegel une aliénation de la liberté. Ce sont des pensées de soumission qui ne peuvent pas être effectives chez nous en dehors d'une pure récréation culturelle et folklorique parce que qu'elles ne sont pas issues de la même histoire.

      • " La pensée orientale (comme la pensée musulmane) n'est pas empreinte des idéaux européens de justice hérités des révolutions paysannes à travers les siècles."

        "révolutions paysannes" ? tu peux me donner des exemples ?

        peut-on réfléchir aussi en évitant les généralisations abusives comme "la pensée orientale n'est pas empreinte des idéaux" ? au demeurant je dirai emprunte plutôt que empreinte.

        en évitant "le fatalisme", qui est rien de moins qu'un cliché ? ou bien restons entre nous dans nos idées bien arrêtées et sans fondement...

        j'aimerais que tu développes un peu plus longuement sur le fatalisme chez Lao Tseu ou Confucius, ou chez les philosophes de l'Inde.

      • Il y a un taoïsme fataliste et superstitieux, qui est plutôt une survivance du chamanisme, mais le taoïsme politique et stratégique (puis philosophique) est né d'une réaction aux légistes trop autoritaires et à des grands travaux qui avaient créé des désastres, ce qui ne tient pas à une âme chinoise mais à l'expérience de l'échec du volontarisme et de la démesure. C'est ce qui en fait l'actualité et mon article va bien dans ce sens si on ne le comprend pas de travers...

      • Expérimentez diverses pratiques du tai chi, qi gong, ce n'est ni mobile, ni immobile, et il se passe des choses inattendues de notre espace temps.

        Ce n'est pas vraiment une méditation, ni une prière, c'est un souffle léger au fil de l'eau à peine poétique dans un monde de fureur aveugle qui s'ignore.

  2. qui est ce "on" ? si c'est de moi qu'il s'agit, je répète qu'à travers le langage pensée que tu utilises, c'est une vision sujet/objet qui est en jeu, laquelle est en échec. l'"écologie" le montre bien en faisant apparaitre que la destruction de notre "environnement" aboutit à la nôtre propre.

    quant à la muraille de Chine, ce n'est pas de cela dont je parle, mais de ce que dit la pensée chinoise et orientale sur "changer le monde". pouvons-nous ouvrir les portes un peu plus grand ?

    @olaf
    ce que j'essaie de faire comprendre, passer, c'est justement l'inefficacité de la "logique" "logiquo-mathématique". en te plaçant sur le plan de cette logique, et en essayant de me placer sur ce même plan, tu veux signaler ma "contradiction".

    dans ma "logique" A peut être à la fois A et non-A.

    dans ta logique, apparemment, on ne peut se changer soi-même. comment se fait-il alors que des penseurs orientaux, et pas seulement Gandhi, disent autre chose ?

    allons-nous jeter par-dessus bord le confort de la Raison et ses démonstrations bien carrées ? pas même dans vos réponses l'ombre d'un questionnement en tout cas, ni même l'air d'avoir entendu parler de François Jullien ...

  3. et oui les alternatives locales ça parait vraiment infaisable , trop de connerie tout semble à faire , c'est désarmant ... après avoir essayer moi personnellement je n'y crois plus , je ne crois plus en rien d'ailleurs ... la société du spectacle est là, bien installée, l'atomisation semble totale et la situation totalement sous contrôle .... on a peine à imaginer qu'on puisse en sortir un jour , même si peut être, qu'à l'avenir, il puisse ici ou là y avoir des regroupements , c'est d'ailleurs la seule chose qui importe ... et tous ses comité locaux nuit debout non rien donné localement à ce que j'en ai vu où je suis

    • Je partage ton pessimisme ; en même temps il me semble que les choses évoluent néanmoins et qu'il faut du temps .Le temps de dépasser les "comités locaux" ,le temps de s'affranchir d'un monde qui devra digérer et enfin prendre en charge des évolutions qui au bout du compte sont destructrices ; en tous cas le signe du changement se révèlera dans notre capacité à réintégrer le local comme la substantifique moelle du global dans le cadre d'un nous communal et intercommunal.

    • Oui, c'est assez désespérant. On ne peut compter que sur l'aggravation de la crise écologique et de la transition numérique pour susciter plus de réactions. En attendant, on peut du moins participer aux évolutions idéologiques.

      Je trouve la plupart du temps ridicule l'idéologie écolo mais c'est quand même bien une idéologie écolo qu'il faut élaborer et populariser, la sortir des enfantillages, justifier un nouveau mode de vie (travail autonome, travail passion peu rémunérateur) et ridiculiser les riches qui pourrissent la planète. Pour moi Podemos ou Nuits debout sont des contre-exemples, le contraire de ce qu'il faudrait faire, ne faisant que nourrir des illusions (un entre-soi qui se croit ouverture aux autres).

      Je ne crois pas que l'hégémonie idéologique soit déterminante mais l'idéologie a un rôle important de formulation des évolution en cours pour s'y adapter plus vite et mieux.

  4. D'accord avec le fond de l'article. Mais concrètement, si les solutions sont en grande partie municipales face au moloch du capitalisme globalisé, cela suppose une "prise de pouvoir" de forces politiques au moins à cette échelle. Dit autrement, la constitution de listes citoyennes alternatives aux élections municipales, parce que je ne vois guère un pouvoir inféodé au néolibéralisme appuyer les coopératives municipales ou des monnaies locales.

    • (suite) il y a tout de même pas mal de questions qui se posent à l'échelon locale et qui rejoignent le global: la place des services publics (santé, éducation, transport, logement), les régies municipales etc. Ces questions enveloppent le seul cadre des coopératives municipales. Qu'en est-il par exemple de la question du logement ? Des transports ? De la santé ? A vouloir centrer les articles sur cet aspect de la question, je me demande si M. Zin n'en oublie pas des points essentiels.

    • C'est drôle qu'on assimile toujours les alternatives locales ou la relocalisation à l'autarcie et qu'il faut que je répète à chaque fois que, non, ce n'est pas le seul niveau pertinent, c'est juste la base d'une économie alternative mais dans une économie plurielle où la globalisation marchande ne disparaît pas comme par enchantement.

      Il faut partir de la base car personne ne relocalisera à notre place et que c'est là qu'on a plus de marges de manoeuvres mais il serait absurde de croire qu'on pourrait ainsi se substituer aux services publics, à la redistribution par l’impôt, aux lois environnementales et toutes les mesures qui sont nécessaires à l'ordre public, la réduction des inégalités et... la bonne marche des marchés.

      Il faut agir à tous les niveaux y compris l'ONU, je fais simplement le constat que ça ne va pas assez loin et que la seule possibilité qui reste d'aller plus loin me semble le local (pas la planification écologique). Il faut prendre tout ce qui peut être obtenu au niveau national, notamment un revenu de base qui ne peut être uniquement local, action réformiste que je relégitime mais une sortie du capitalisme salarial me semble passer par des institutions locales.

      Ce qui n'empêche pas que je suis très dubitatif sur leur faisabilité. Bien sûr il faudrait que cela soit le programme d'une liste municipale mais comme il faut mobiliser toute la population, il ne faut pas que ce soit une liste d'extrémistes mais, au contraire, essayer de rassembler toutes les familles politiques sur des dispositifs qui ne sont pas idéologiques et n'interfèrent pas beaucoup avec les enjeux de politique nationale.

    • "cela suppose une "prise de pouvoir" de forces politiques au moins à cette échelle"

      C'est exactement le contraire qu'il faut . La commune , le commun ,c'est prendre en charge ensemble , tous les habitants , les problématiques du territoire local. C'est en cela que l'option du local est essentielle : elle redonne à la politique une définition réelle ; on est pas dans l'attente d'alternatives partisanes , et dans le combat idéologique , on est face à la réalité locale globale qui au vu des enjeux actuels qui sont vitaux pour la suite de nos sociétés ,nous impose de retrouver dans le cadre de l'institution communale et intercommunale un penser et agir ensemble . Les coopératives municipales ou intercommunales n'ayant de sens que dans cette action , ce projet de territoire à élaborer et mettre en œuvre ensemble ; cela quelque soit le bord politique des élus .
      C'est dans ce cadre public qu'on trouve les moyens (finances ,animations..) et qu'on peut activer la collaboration élus , chargés de mission et société civile .Les assos , les entreprises , les habitants , pouvant injecter, sur des projets d'avenir , gratuitement de la matière grise et , pour certaines entreprises de l'argent .
      C'est encore utopique , mais certaines contraintes nationales ( plans climat ;conseil de développement..) poussent à cette rupture politique.

      • C'est exactement le contraire qu'il faut . La commune , le commun ,c'est prendre en charge ensemble , tous les habitants , les problématiques du territoire local. Je suis bien d'accord qu'il y a des nécessités vitales vécues par tout le monde. Mais les points de vue sur ces nécessités et le chemin à prendre sont diverses et contradictoire c'est un fait. Pour qu'il y ait des changements notables, il faudrait au moins que des expériences concrètes se réalisent à cette échelle municipale. Cela nécessite de poser la question de la politique ("vie de la cité") même si celle-ci doit envelopper un consensus assez large. Mais il n'y aura jamais un consensus partagé par tous. Vous me semblez évacuer les contradictions et les luttes propres à la politique et aux questions sociales (et écologiques). Il y a des forces, des rapports de force à tous les niveaux, c'est un fait.

        • Je ne nie pas la réalité des rapports de forces et les divergences d'intérêt ...
          Mais en faire un système politique (alternance) a fait son temps; Macron exploite cette réalité par un ni gauche ni droite qui n'a pas de consistance dans la durée et est encore très loin d'une politique de projet . Effectivement le consensus est impossible , effectivement nous sommes différents et avons une compréhension des choses limitées ; c'est bien la raison pour laquelle , au vu de la réalité du monde , c'est au local , en s'appuyant sur nos différences , qu'on peut opérer une rupture politique ; cette rupture ne vient pas en solution miracle ou nouvelle idéologie mais vient compléter une gestion du réel qui ne peut plus se contenter du court ou moyen terme ; au local ,comme au national on a besoin de démocratie cognitive organisée , de prospective , de projet et d'action. C'est encore quasi de l'ordre de l'impensable mais c'est dans les tuyaux .

          • Ce qui me pose problème chez toi, c'est que tu ne sembles pas bien comprendre les situations de conflit proche qui demandent des tactiques de combat proche, limite vicieuses, mais c'est le combat du corps à corps où il faut tacler les jambes, parce que c'est impossible autrement de se faire respecter.

            Comprendras tu un jour ce que signifie se battre à coups de poings et de pieds, comme Spartacus ?

          • Je ne sais pas si Spartacus c'est pour moi ? ... Je sais c'est qu'il existe des situations où il faut taper ; comme Spartacus ; mais ce qui m'insupporte c'est ceux qui se trompent de situation.

          • Il faut toujours avoir les yeux ouverts, aux aguets, pour ne pas se tromper de situation.

            A n'importe quel moment, on peut se retrouver face à des inconséquents comme il vient de m'arriver.

            Dans ces cas là, tout va très vite et il faut faire rapide pour protéger ses intérêts légitimes sans procrastiner.

            C'est comme jouer au tennis ou au badminton au filet, tout est pensée du réflexe, une sorte d'espace temps particulier ultra rapide.

          • Oui , parfois il faut savoir s'imposer et en tous cas ne pas se laisser faire ; ce que je veux dire par situation , c'est que pour construire qqchose , notamment localement , il faut faire avec tout le monde , et surtout avec ceux qui ne pensent pas comme nous ; par contre face à la connerie , la méchanceté et autres délicatesses , il ne faut pas hésiter à se défendre rudement.
            L'autre soir j'étais allé à une réunion publique législative des insoumis et j'expliquais la nécessité de sortir du sectarisme et de construire du projet , tout le monde ,dans le cadre des communes et intercommunalités ; une fille que je connaissais m'a dit que non que la politique c'était Spartacus , seulement du rapport de force ; je lui ai dit que pas d'accord et qu'elle ne vienne pas trop près parce que je n'hésiterais pas à cogner . Et ça m'a fait penser aux djihadistes .....

          • Je n'ai que très rarement cogné physiquement, j'étais jeune et plein d'hormones et je le regrette car les risques de provoquer des dégâts physiques sont importants et qu'il y a souvent divers moyens d'éviter de provoquer de tels dégâts, souvent irréversibles sur le plan neurologique et bio-mécanique.

            Quand je cogne maintenant, c'est avec le droit et des avocats qui me conseillent. Ça coûte cher, ça prend du temps, mais c'est ma façon de faire la guerre quand il faut la faire, sortir le canon de derrière la colline, dès lors que j'en suis contraint par des comportements iniques et inadmissibles.

          • J'adore les westerns et films avec des héros qui ne se laissent pas faire ; pourtant je ne sais pas comment je réagirais dans un train ou métro s'il fallait défendre quelqu'un face à une troupe de loubards ...... Le tribunal , je l'ai utilisé plusieurs fois , je ne regrette pas ; mais c'est usant .
            Bon dimanche

          • "je ne regrette pas ; mais c'est usant ."

            Pas vraiment plus usant que tout le reste des procédures qui prolifèrent dans nos vies.

            Il suffit de s'organiser et de trouver ce rapport au langage écrit codifié ayant un aspect intéressant, certes un peu laborieux, comme cultiver un champ.

        • Ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est pourquoi certains pays qui ont des intérêts assez convergents (déficit, dette publique, sur-évalutation de l'euro) tels que l'Italie, L'Espagne et la France donc représentant à eux trois un poids économique supérieur à celui de l'Allemagne, n'arrivent pas à former une sorte de coalition d'intérêts au sein de l'UE susceptible de forcer l'Allemagne à assouplir ses positions (sur la question par exemple des eurobonds ou de l'austérité).

          • C'est qu'on n'a pas tant de moyens de pressions, que les Allemands sont des électeurs qui ne veulent pas payer pour les autres (il y a beaucoup de pauvres en Allemagne) et qu'ils s'appuient sur les règles des traités. Signer un traité, ce n'est pas futile. C'est à cause d'un traité qu'il y a eu la guerre de 1914. La règle des 3% était idiote mais française et on l'a signé. On peut se retirer d'un traité mais c'est compliqué et coûteux comme le montre le Brexit, bien pire pour quitter l'Euro, pouvant obliger à plus d'austérité encore. Ce n'est pas si simple que le prétendent les démagogues, toute avancée doit se payer de garanties, on ne peut attendre des Allemands qu'ils se soumettent à nos propres intérêts contre les leurs.

          • Oui signer un traité cela engage et sans doute n'a t'on pas assez mesuré de quoi il s'agissait ; c'est bien pourquoi les décisions importantes , celles qui engagent à long terme , devraient faire l'objet de débats longs et sérieux , participatifs , c'est à dire pas un dialogue entre les élus et leurs experts , et être tranchées par référendum ; l'organisation de la gouvernance ce n'est pas rien non plus .

            La sortie ne pourra se faire que par le haut : "l'ennemi commun" c'est ici le climat , les réfugiés etc il faudra repenser l'organisation européenne et lancer des coopérations industrielles et technologiques , vraiment avancer ensemble parce qu'on ne peut plus faire autrement .

          • La RFA a tout de même récupéré 16 millions de personnes de la RDA, on l'oublie un peu vite, plus ou moins bien, avec aussi des fonds européens.

            Il y a aussi un niveau d'incurie socio-économique dans les pays du sud de l'Europe, comme en Grèce que j'avais visité en 1993 puis en 2010, toujours la même fraude aux impôts en plein jour.

            En France, le niveau de bêtise est sidérant aussi, partout, malgré des gens biens parfois, heureusement.

            L'Allemagne devra se résoudre à fédéraliser des investissements sous haut contrôle des dépenses au niveau communautaire pour ne pas tout perdre.

  5. Elle est belle cette photo de Gorz, très évocatrice, toute en tension sur un horizon, un idéal peut-être. Tant pis pour la gueule de bois du lendemain! Qui est à son côté?

    • Selon mon œil, il n'y a pas vraiment de tension des personnages, c'est plutôt serein dans un cadrage analytique de ceux ci. On part ici d'un cadrage global de photo en diagonale romantique, un classique truc de perspective visuelle de mise en mouvement des peintres appliqué à la photo.

      • tension ne veut pas dire crispation, c'est bien le mouvement (la tension) qui s'en dégage, ils sont tournés VERS, en tension. Oui, d'accord avec la sérénité aussi.
        Le fait que ce soit classqiue ne lui enlève rien, surtout parce que c'est pertinent pour Gorz, ça fait sens. Et si c'est sa femme à ses côtés, ça fait double sens, l'amour serait de regarder dans la même direction.

        • L'amour, certaines formes, c'est surtout désorientant, selon mon point de vue, et avec chances limitées de regarder dans la même direction dans ce processus kaléidoscopique.

    • "Il se fait photographier avec Dorine devant les usines Renault de Billancourt par leur amie suisse, la photographe professionnelle Suzi Pilet"

  6. Je signale au passage que nombre d'ouvrages de A. Gorz ne sont pas très accessibles au grand public. Les ouvrages les plus intéressants, me semble -il, sont publiés aux éditions Galilée qui ne proposent pas de livres bon marché. Si un éditeur voulait bien un jour se donner la peine de publier l'intégralité des œuvres de A. Gorz en format poche ou à prix modique, cela serait pas mal.

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