La révolution avant la révolution, et après…

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La Révolution Française a servi de référence à toutes les révolutions suivantes, ce n'était pourtant pas du tout une révolution préméditée, conséquence plutôt d'une révolution déjà effectuée dans les esprits à l'époque des Lumières, d'une culture politique exprimée par les écrivains se substituant à la religion. Elle a pourtant bien servi de nouvel événement fondateur et de modèle aux révolutions futures dans sa prétention à reconstruire la société sur des bases entièrement rationnelles avec l'unification des mesures, de la langue, de l'école, des populations enfin.

Il y a toujours à apprendre des échecs de la Révolution dans sa tentative d'incarner par la Terreur la volonté générale et un usage déraisonnable de la raison, dérives dénoncées tout de suite par les réactionnaires comme Burke et que reproduiront peu ou prou la plupart des révolutions qui suivront. Ce sont ces mêmes dérives qui seront la cible des critiques du totalitarisme mais par d'anciens révolutionnaires cette fois. Il y a sans doute plus à apprendre encore de ce qui a précédé la Révolution, y trouvant là un débouché inespéré sans que ce soit toujours conscient, en empruntant des parcours improbables et sinueux, à l'opposé de toute stratégie préétablie, les plus conservateurs et fanatiques provoquant eux-mêmes leur perte.

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Le management collaboratif

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Il y a de bonnes raisons de critiquer un management inhumain obsédé par le profit et qui fait peser des contraintes cruelles ou simplement stupides sur les salariés, jusqu'aux pratiques sadiques d'un management par le stress qui a des morts sur la conscience. C'est un domaine qui voit surgir toute une palanquée de petits gourous qui vendent aux entreprises des recettes miracles qui ne sont pas toujours sans intérêt mais qui sont appliquées, en général, avec un dogmatisme destructeur. Le véritable intérêt du management, c'est de poser les problèmes, d'adopter une méthodologie cartésienne pour diviser les tâches et répartir les moyens en fonction des objectifs. Sinon, les résultats étant le plus souvent très décevants, on assiste à une succession de modes un peu comme pour les régimes amaigrissants, le développement personnel ou les théories économiques. Cela mène à de véritables folies parfois ou flirt avec les sectes (la scientologie et l'analyse transactionnelle étant pas mal implantées dans ce secteur). Surtout dans le domaine commercial, il semble qu'on tente d'extirper tout scrupule moral, avec la prétention de former un homme nouveau dépourvu d'humanité sur le modèle d'un homo economicus uniquement préoccupé de ses gains immédiats. Il ne manque certes pas de raisons de se battre contre cette nouvelle sorte de totalitarisme décervelant.

Cependant, l'avantage de l'entreprise par rapport au politique, c'est que les effets pervers et la contre-productivité des excès du management se font sentir plus rapidement et finissent par susciter des réactions salutaires, surtout dans un contexte où la nature du travail a changé. De même que la montée de la précarité provoque une destruction de compétences et manifeste l'inadaptation des protections sociales à l'économie post-industrielle, on s'aperçoit aussi qu'il y a contradiction entre le formatage des salariés et ce qu'on peut exiger d'eux en terme de coopération et d'autonomie. Impossible de transformer une entreprise en marché. Il a été montré depuis longtemps que les entreprises sont des sociétés hiérarchiques, ce qui permet notamment de minimiser les "coûts de transaction" mais aussi de se coordonner et de planifier les opérations. Contre l'idéologie libérale, il faut bien admettre que l'économie est une composition de dirigisme d'entreprise (voire de bureaucratie) et de concurrence de marché.

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Réexaminer notre rapport aux drogues

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On considère en général que le problème des drogues est le type même du problème marginal concernant des marginaux. Il y aurait tant de choses plus importantes, surtout en cette période de crise. On considère aussi qu'il n'y aurait en tout cas aucun rapport avec l'écologie réduite à l'environnementalisme. C'est pourtant tout le contraire. Les drogues ont une place centrale dans les sociétés humaines, elle est simplement presque universellement déniée. Il ne s'agit que d'en devenir conscients, de regarder la réalité en face. Il est même difficile de faire le tour des différentes dimensions affectées par les préjugés scientistes ou religieux sur les drogues qui incarnent au plus haut point nos limites cognitives et le poids des fausses opinions.

De même, la plupart de ceux qui ne sont pas écologistes voudraient limiter l'écologie à un secteur spécialisé et consensuel en oubliant sa dimension politique et conflictuelle soulignée par André Gorz en 1974 (leur écologie et la nôtre). Si l'écologie-politique attentive au bien-être des populations ne peut être insensible à ces questions vitales et liberticides, il y a incontestablement division dans l'écologie entre hygiénistes ou moralistes (qui confondent le naturel avec le normatif) et une écologie-politique attachée à l'autonomie du vivant et sa diversité comme à l'expérience de soi et l'exploration du monde, à l'opposé de toute administration autoritaire de nos vies, même au nom de l'écologie.

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Revue des sciences octobre 2012

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