La cliodynamique, nouvelle science des cycles

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Un article de Nature sur la cliodynamique qui devait faire partie de la revue des sciences m'a semblé mériter un traitement à part tant la compréhension des cycles dans l'histoire me semble primordiale et ce n'est pas tous les jours qu'on trouve dans Nature l'affirmation que la Révolution, c'est ce qu'il y a de mieux pour obliger les élites à redonner le pouvoir à la majorité, “That's why we are where we are”.

Les cycles donnent lieu à tous les malentendus et suscitent une suspicion généralisée mais cela fait longtemps que j'appelle à une science des cycles on ne peut plus matérialiste, or voilà qu'on commence à y appliquer des méthodes scientifiques. Même si elles sont critiquables, elles vont incontestablement dans la bonne direction et bien qu'on ne puisse prétendre en tirer aucune véritable prédiction, ce n'est pas un détail dans notre situation de prendre conscience de possibles retournements de cycle et il n'est pas indifférent non plus que ces modèles laissent prévoir une montée de la violence jusqu'en 2020, ce que confirment des constatations plus empiriques et spécifiques à notre temps de crise.

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L’oubli du récit

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Il y a beaucoup de raisons à notre rationalité limitée tenant à notre information imparfaite et notre débilité mentale, à la pression du groupe et aux paradigmes de l'époque quand ce n'est pas un savoir trop assuré pris dans la répétition jusqu'à se cogner au réel. Il y a bien sûr aussi le poids de l'intérêt comme de l'émotion. Tout cela est à prendre en compte et il y a déjà largement de quoi en rabattre sur nos prétentions mais on reste encore dans le biologique. Or, la connerie humaine va très au-delà d'un manque d'information ou d'une bêtise animale puisque ce qui nous distingue, c'est bien notre propension à délirer et d'habiter un monde presque entièrement fictif. Il n'y a de folie que d'homme. On peut dire que c'est l'envers de notre liberté mais c'est surtout le produit du langage narratif, ce qui n'est pas assez souligné et s'oublie derrière le contenu alors que c'est sans doute ce qui nous humanise et le distingue radicalement des langages animaux. Ainsi, ce ne serait peut-être pas la parole adressée à l'autre mais le récit plus que le langage lui-même qui nous aurait fait entrer dans un monde humain peuplé d'histoires de toutes sortes, pas seulement de signes.

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Une philosophie sans consolation

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Si pleurer, c'est déjà être consolé[1], les consolations ne manquent pas à notre vallée de larmes. Il y a aussi, sans conteste, un plaisir de la recherche de la vérité et de l'écriture qui, même à rendre compte de nos malheurs, nous console vaguement de l'injustice du monde et de la précarité de l'existence dans le commerce avec les idées éternelles, un peu comme un blues déchirant peut exalter notre sentiment de vivre dans l'expression même de la douleur la plus profonde. Il y a indéniablement un bonheur de la philosophie, presque malgré elle, mais c'est l'erreur la plus commune parmi les philosophes de prétendre faire du bonheur la promesse de leur philosophie comme d'une quelconque sagesse ou psychologie normative. Si le philo-sophe avoue qu'il n'est pas sage, c'est d'aimer trop la vérité et de ne s'intéresser qu'au discours public, au bien dire enfin plus qu'à son bien-être.

Or, la vérité est presque toujours déceptive, ce serait une erreur vraiment d'y rechercher une quelconque consolation que rien ne justifie au contraire puisqu'à perdre nos illusions, c'est la rugueuse réalité à laquelle on se cogne (c'est ça le cognitif). Ce serait trop facile de pouvoir attribuer nos malheurs simplement à notre aveuglement, à un voile que la philosophie déchirerait pour nous ouvrir enfin à la jouissance interdite (Béatrice), à la splendeur de la vérité (claritas) et au point de vue divin (dit du troisième genre ou de Sirius, bien au-dessus des simples mortels). C'est le conte pour enfant que nous racontent toutes les religions et dont la philosophie n'a pas pu se défaire depuis Aristote qui critiquait pourtant avec quelques raisons le souverain bien de Platon mais qui le remplace immédiatement par la contemplation du philosophe et le bonheur de savoir. Il ne restait plus aux professeurs de vertu et aux petits maîtres qu'à s'engouffrer dans ce nouveau marché avec chacun sa petite recette entre exaltation des plaisirs et refoulement stoïque des peines. A ces faux philosophes qui voudraient faire de nous des spectateurs satisfaits et passifs du spectacle du monde, il faut opposer une lucidité plus diabolique sans doute mais une philosophie désabusée et stratégique, dépourvue de promesses autres que celles d'une action organisée.

Il n'y a rien qui permette dans les lois de la nature, les sciences sociales ni l'expérience historique d'être trop optimiste. Nous n'avons pas de raison de nous réconcilier avec le monde même s'il est le produit de nos actions, point où Marx avait raison contre Hegel sauf que c'était juste pour repousser la réconciliation au supposé communisme à venir, avec des promesses bien plus insensées que celles de Hegel pour qui la lutte des classes et les contradictions sociales n'ont pas de fin. Seulement, ce n'est pas parce que rien n'est sans raison ou que l'argumentation tend à l'universel qu'on devrait s'en satisfaire et ne plus s'opposer au monde qui court à sa perte. Dans sa lutte perpétuelle contre la mort qui nous ronge aucune vie ne peut rester inactive ni espérer la fin de l'entropie universelle. La lutte et la contradiction sont bien au fondement du monde de la vie et non le laisser-faire du simple spectateur. Ce n'est pas parce qu'on ne peut pas renverser l'ordre établi qu'il faudrait le prétendre juste et passer dans le camp de la réaction. Il n'y a aucune raison de renoncer à plus de justice ni à vouloir aller au bout des possibilités de l'époque, il faudrait du moins mieux tenir compte des rapports de force matériels et se donner des objectifs réalisables au lieu de se payer de mots.

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Revue des sciences août 2012

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