Comment peut-on être de droite ?

Il ne fait aucun doute pour moi, qu'être de droite, c'est être un salaud, égoïste et violent envers les autres, partisan du colonialisme, de l'esclavage, de l'extermination des pauvres, du rejet des immigrés, du mépris des faibles, de la dictature de l'argent, si ce n'est de la dictature tout court. On voit bien tous les thèmes défendus par la droite, de la sécurité ou la xénophobie à la défense des riches ou de la réussite individuelle, en tout cas de la culpabilisation des assistés, toute la barbarie humaine même bien refoulée. On sait que Sarkozy a bâti sa carrière sur le refus de s'excuser d'être de droite, légitimant au yeux de ses partisans soulagés les positions les plus immorales (sa réplique habituelle étant "on ne va pas se gêner !").

Un livre qui vient de paraître voudrait nous persuader que c'est une erreur de perspective de la gauche d'avoir une idée si négative des électeurs de droite, qui seraient eux, plus clairvoyants sur les gauchistes ! Certes, il n'est pas imaginable qu'il n'y ait une droite et une gauche mais il est assez ridicule de vouloir réduire cette division constitutive des démocraties à une question biologique entre réformateurs et conservateurs, refoulant les déterminations sociologiques beaucoup plus prégnantes. Qu'il y ait une droite raisonnable, pourquoi pas, celle que représenterait le prétendu "Parti Socialiste" par exemple serait encore acceptable, mais les droites actuelles ne semblent pas si bien intentionnées.

Le livre de Jonathan Haidt "The Righteous Mind" fait le buzz dans le monde anglo-saxon avec son anthropologie évolutionariste sensée rendre compte de notre division entre droite et gauche. Les anglo-saxons adorent ces explication biologiques et purement individuelles qui font l'impasse sur les causes sociologiques et historiques, comme si on les faisait disparaître du paysage d'un coup de baguette magique et qu'on avait connu cette division depuis l'époque des australopithèques au moins ! On est dans le pur délire même si on doit admettre qu'il y a toujours dans le vivant une répartition en courbe de Gauss entre qualités opposées (entre risque et prudence par exemple). Ce qui plaît dans ce livre, c'est surtout une sorte de réhabilitation de la droite par cet homme de gauche au nom de la science : les gens de droite ne sont pas les monstres que s'imaginent ceux de gauche, ils ont simplement d'autres valeurs...

On admettra que le relativisme politique est une conséquence du relativisme culturel de toute anthropologie qui se veut scientifique, mais ce genre de généralité abstraite ne fait que refouler les enjeux pratiques et matériels, en particulier les intérêts de classe, derrière des différences purement psychologiques (qu'on pourrait envoyer dans des camps de rééducation pour les soumettre à l'ordre établi tout comme en URSS). Même si ce type d'analyse restant au niveau idéologique ou biologique est discrédité d'emblée par rapport aux véritables causalités matérielles et historiques, l'expérimentation auquel l'auteur s'est livrée n'en porte pas moins enseignements, pas forcément ceux qu'il en tire.

Lorsqu'on demande aux gens de se déclarer soit de droite, soit de gauche (en américain on dit liberal, moderate or conservative, "liberal" voulant dire de gauche là-bas !), puis qu'on leur demande comment ils voient les autres, ceux de droite auraient une compréhension plus juste de la gauche alors que plus on serait à gauche et plus on se tromperait sur ceux de droite, trop diabolisés. Au fond, on voudrait nous faire croire que ce ne sont pas des monstres mais des humains comme nous et que nos différences ne sont pas grand chose. Sauf qu'il y a des gens qui non seulement souffrent mais meurent de politiques inhumaines et qu'il n'y a pas à transiger là-dessus comme si on ne devait se soucier que des meurtres médiatiques alors que la misère tue constamment, en silence et loin du regard des bourgeois. On voudrait nous faire croire qu'être de droite ce serait juste être plus apeuré que ceux de gauche alors que c'est surtout être plus vieux, presque toujours, et plus riche aussi au milieu de ceux qui n'ont rien.

Là où la gauche se tromperait complètement, nous dit-on, c'est dans la croyance que la justice serait indifférente à la droite, mais qui s'imaginerait que ce soit si franc ? L'acceptation des injustices est bien sûr enrobée de tout ce qu'on veut pour garder une bonne image de soi, comme M. Camdessus responsable à la tête du FMI de politiques d'ajustement structurel réduisant des populations entières à la misère. Cela ne l'empêchait pas de garder bonne conscience et se dire bon catholique, de même que les dirigeants de Goldman Sachs sont de bons protestants. Ces gens là se soucient de la justice, ils sont même prêts à verser leur larme sur les malheurs du monde dans de grandes envolées verbales mais non, malgré Valéry Giscard d'Estaing qui prétendait que la gauche n'a pas le monopole du coeur, le coeur est bien à gauche, c'est biologique ! Certes, il est sans doute exagéré de croire pour autant qu'à droite, côté portefeuille, on soit insensible aux animaux, là n'est pas la question. Incontestablement, la diabolisation mène à dire n'importe quoi mais ce n'est pas une raison pour pactiser avec les oppresseurs anonymes.

Son petit sondage sur les valeurs des uns et des autres établirait qu'il y aurait un socle de valeurs communes, qu'on peut donc dire humanistes : le soin des autres, la liberté contre l'oppression et la justice mais que la gauche s'en tiendrait à ces valeurs alors que la droite y ajouterait la fidélité à son groupe, le respect du sacré, de la hiérarchie et de l'autorité. On a quand même bien l'impression que ces valeurs en plus servent de bonne raison pour minimiser les valeurs humanistes et les recouvrir au profit d'une préservation des inégalités, de l'oppression des autres et de la misère des pauvres. Ce n'est pas juste une autre théorie sur ce que doit être une société meilleure, ce qui est une formule creuse sans contenu précis sur ce qu'est la droite au pouvoir, remettant à chaque fois en cause les acquis sociaux. Il faut admettre au contraire que ce sont des valeurs antinomiques avec les valeurs humanistes qu'elles prétendent conserver, ce qui ne veut pas dire qu'il soit facile de se débarrasser de ces tendances autoritaires mais c'est la continuation du combat des lumières...

Certains vont jusqu'à prétendre que la gauche serait hémiplégique à refuser les valeurs de droite considérées comme "anthropologiques" (et partagées par le monde entier) alors qu'elles sont aussi archaïques que le patriarcat ! Au lieu de faire preuve de compréhension avec une droite régressive qu'il ne faudrait pas rejeter dans la barbarie comme ce livre nous y invite, il faudrait tout au contraire dénoncer sa barbarie, rendre la honte encore plus honteuse devant les injustices qu'on tolère trop facilement et rendre de nouveau ringard d'oser se dire de droite quand on voit ce que sont les droites. Ce n'est pas dire qu'on puisse se passer de droite pour autant, répétons-le. Si à droite ils sont si cruels et bas du plafond, il ne faut pas s'attendre à ce que ça soit beaucoup mieux à gauche, nous sommes de la même espèce assurément. C'est le point sur lequel l'auteur a raison, notre rationalité limitée. Il est vrai qu'on est tous enfermés dans nos dogmatismes et la pensée de groupe. Avec toutes les conneries qui se disent à gauche, on n'irait pas loin. Lacan qualifiait les politiciens de droite de valets mais ceux de gauche de fous, et il n'avait pas vraiment tort, il n'y a pas de limite aux revendications et bien peu d'expériences de gauche ont été durables. Comme dit John Stuart Mill, un des seuls libéraux respectables : "Un parti de l'ordre ou de la stabilité, et un parti du progrès ou des réformes, sont les éléments tous deux nécessaires d'une vie politique saine". L'unanimité du peuple n'est qu'une illusion totalitaire. La démocratie, c'est la division (Lefort) et l'alternance d'une droite et d'une gauche où l'on peut dire que la droite consolide les acquis qu'elle ne remet pas en cause et la gauche corrige les inégalités créées par la droite. La droite ici (dans le meilleur des cas), c'est le réalisme dont on a forcément besoin pour durer mais ce réalisme n'est jamais que la défense de ses intérêts ou privilèges et il y a droite et droite. Entre une droite effectivement respectable, plutôt centriste voire sociale-libérale, et les thèmes de la droite extrême, la limite devient de plus en plus floue ces temps-ci. Cette résurgence qui entre en résonance avec la grande crise précédente des années 1930 n'est pas une question de sérotonine ou de dopamine et ne se traitera pas par la chimie des corps ni par une merveilleuse compréhension réciproque mais bien par des mouvements politiques opposés avec leurs errances et leurs excès, des moments où il faut prendre parti ou entrer en résistance.

Voir aussi le New York Times.

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68 réflexions au sujet de « Comment peut-on être de droite ? »

  1. La chimie des corps est encore bien mystérieuse. C'est de ce mystère qu'elle espère à travers ses excès d'errances.

  2. Je ne vois pas comment on peut considérer qu'une bonne moitié de la population serait des espèces de monstres, ou encore qu'il y aurait plus de monstres dans l'est de la France que dans l'ouest par exemple. Pour faire référence à des événements récents, j'y vois le même travers que ceux qui refusent toute possibilité d'expliquer des actes terroristes sous prétexte qu'ils seraient monstrueux...

    Là où je suis d'accord, c'est sur la faiblesse des explications biologiques et l'importance des déterminants sociologiques.

    Mais plutôt que de dire que les gens de droite sont intrinsèquement mauvais, il me semble bien plus juste de dire qu'ils souffrent d'aveuglement cognitif, qu'il préfère le confort d'une certaine façon de pensée à l'insécurité de la réalité. Quoi de plus humains ? Ce qui est réellement mauvais, ce ne sont pas les gens de droites, mais certains mécanismes délétères qui nous dépassent tous (c'est à dire que personne n'en est la cause unique, ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut rien y faire...)

    Sauf si je fais un contresens sur ce texte, je ne suis donc pas du tout d'accord, en particulier avec l'idée qu'il ne faudrait pas chercher à comprendre nos ennemis. Cette vision des choses me parait très proche de notions comme "l'axe du mal". Elle est extrêmement dangereuse et totalitaire.

  3. Ce texte est effectivement sujet à tous les contresens car il dit exactement ce que vous lui opposez, notre aveuglement cognitif, et il ne considère pas seulement une moitié de la population comme des monstres mais l'espèce elle-même ("Si à droite ils sont si cruels et bas du plafond, il ne faut pas s'attendre à ce que ça soit beaucoup mieux à gauche, nous sommes de la même espèce assurément.").

    Il n'y a pas à "comprendre" l'idéologie de droite quand il faut la combattre, surtout dans sa fonction de justification de l'injustifiable (il ne s'agit pas d'en prendre juste le contre-pied) mais il y a à comprendre les déterminations sociologiques et locales des comportements politiques et réseaux de pouvoir.

    J'insiste assez sur le fait qu'on a toujours besoin d'une bonne droite mais qu'il faut la faire revenir aux valeurs humanistes en leur faisant honte sur les conséquences de leurs politiques anti-sociales. Ce que montre cette étude, c'est que les militants de droite ne savent pas qu'ils sont des salauds, il faut leur apprendre. Il faut les diaboliser car ils sont trop angéliques à croire défendre leurs valeurs à la noix. Il faut démonter leurs rationalisations, s'attaquer à l'idéologie de droite (il ne s'agit pas de leur couper la tête), la discréditer pour qu'elle soit moins présentable et devienne plus discrète mais ce n'est que pour avoir une droite la plus à gauche possible comme la droite avait réussi à droitiser le parti socialiste car, je le répète, la gauche ne vaut pas mieux, il y a tout à craindre de ce côté aussi mais là, ce ne sont pas les valeurs qui clochent, c'est de prendre ses désirs pour la réalité ou de croire détenir la vérité, entre autres.

    Ma seule excuse du mal que je dis de la droite, c'est le mal que je dis de la gauche, même si ce n'est pas le même et qu'il faut être de gauche malgré tout, ce qui ne veut pas dire tout accepter de la gauche et de sa façon d'exercer le pouvoir mais s'opposer à la gauche au nom de la gauche.

  4. Je suis bien d'accord qu'il faut être de gauche, parce que d'un certain point de vue, nul ne mérite d'être mis à l'écart pour des raisons économiques, ni d'aucun autre point de vue utilitariste.
    Mais, ce que la droite reproche à la gauche, c'est de vouloir se substituer aux individus, de les déposséder de leur initiative, de présupposer des désirs ou des aspirations sans les vérifier, bref, de faire un peu trop le jeu à la place des acteurs.
    De mon point de vue, la gauche devrait passer un peu plus de temps à développer un droit et des institutions opérationnelles pour aménager une place à chacun, une écosociologie opérationnelle. Dans ce registre, je mets en débat des propositions institutionnelles comme un baptême civil adossé à un collectif de parrainage.

  5. Je ne suis pas du tout séduit par votre baptême que je trouve même risible mais qui fait penser aux institutions républicaines de Saint Just qui voulait lui aussi récupérer certaines fonctions des religions quoique de façon très différente de Robespierre avec l'Etre suprême.

    L'idée que l'opposition de la droite à la gauche serait celle de la liberté contre l'égalité a prospéré avec les régimes staliniens, l'anticommunisme étant pendant longtemps le meilleur argument des droites, mais l'étude à l'origine de cet article établit le contraire, au moins au niveau des valeurs, la gauche tient à la liberté au moins autant que la droite sécuritaire. Ce qu'on sait bien quand on appartient aux milieux de gauche mais ce que ceux de droite peuvent mettre en doute devant la réalité des "démocraties socialistes" effectivement liberticides. On ne peut cependant identifier communisme et nazisme car le stalinisme est une déviation de valeurs communistes généreuses et émancipatrices alors que ce sont les valeurs du nazisme qui sont condamnables (et qui sont bien celles de la droite). Ce que montre cette étude, c'est que la droite est du côté de l'autorité et de la hiérarchie, comme on le sait bien, et non de la liberté sauf la liberté économique pour les riches mais la coercition pour les pauvres (pas seulement sous Pinochet).

    La conjoncture est favorable pour réfuter une idéologie de droite qui ne pouvait plus se limiter à l'anticommunisme après la chute de l'URSS et qui triomphait dans les années bling-bling avec ses valeurs en camelote mais dont la crise a fait apparaître toute la fausseté et dont le mouvement des occupations dénonce le 1% qui nous ont enfumés.

  6. @Jean Zin :
    Risible? ça au moins c'est direct!
    Oui, la présentation que j'en fais peut prêter à rire si c'est vu dans le sens d'une récupération. Il y a toujours un risque à proposer des choses nouvelles. Mais je ne sais pas si vous avez à vous occuper d'handicapés ou de SDF dans votre famille? Parce que sans un minimum de mutualisation locale (sans passer par l'état), c'est lourd à porter pour une famille. Je crois que ma proposition de baptême civil adossé à un collectif de parrainage répond assez bien à ce genre de situation d'exclusion.
    Est-ce que vous trouvez que le mariage est une institution risible? Est-ce que vous trouvez que l'entreprise est une institution risible? Alors, je ne vois pas vraiment pourquoi vous trouvez que ma proposition est risible.

  7. @Michel MARTIN :

    Imiter les institutions religieuses ne me parait pas indispensable. Les homos veulent le mariage par exemple, pourquoi ils ne demandent pas simplement un contrat légal équivalent en droits au mariage, sans avoir besoin du titre de mariage.

    Tout ça tourne autour de la religion. C'est tout de même comique, rien n'est plus crétin que la religion, et ceux qui se prétendent le fer de lance contre, se précipitent la queue entre les jambes pour en réclamer des statuts et pratiques équivalents. Comprend qui pourra...

  8. Juste pour rire jaune. En France, pas si loin d'années en arrière, un des salariés de la boite où je bossais avait été enfermé dans un sac postal. Les connards franchouillards, légèrement babacoolesques fumant pétards volontiers, se marraient en me racontant ça et de voir le sac animé par l'enfermé sautiller sur le sol.

    Le type en question mis dans le sac, avec qui j'étais en sympathie, était un vietnamien.

    Il m'avait raconté sa vision de l'évènement avec des yeux d'effroi. Pour cause, ça lui avait rappelé un épisode avec les vietcong qui l'avaient fait prisonnier et enfermé dans un baril de métal sur lequel ils tapaient comme des sourds avec des barres à mine.

    Quand il m'a raconté ce que ces connards de français lui avaient fait, des collègues se la jouant cool relax, j'ai eu envie de vomir.

    Par ailleurs ces trous du cul, pour d'autres raisons, je leur ai dit ce que j'avais à leur dire.

  9. @olaf :
    Ton commentaire te révèle dans ton côté anti-curé et un poil anar sur les bords, parce que ce n'est pas du tout une imitation de la religion que je propose, quand bien même j'ai utilisé le mot de baptême, tu fonces droit sur ce que tu crois!

    Ce que tu dis du mariage est aussi de la même veine. Qu'est-ce que ça change que l'institution du mariage s'appelle mariage ou contrat de trucmuche? Ce qui compte c'est que ce contrat soit adossé à un soutien institutionnel, à des droits et devoirs qui fixent des règles du jeu en dehors des protagonistes. Ce que je propose avec mon baptême, c'est exactement la même chose, ce qui compte ce n'est pas que ça s'appelle baptême ou contrat de solidarité sociale, c'est que ce contrat soit une institution. Il se trouve que notre histoire nous a légué des mots, mariage, baptême etc et que nous utilisons ces mots, il faut bien désigner les choses.

    Dans le cas de baptême, je le trouve particulièrement approprié pour le sens qu'il contient, celui de la mise au monde qui est l'exact contraire de l'exclusion.

  10. @Michel MARTIN : Je suis désolé de trouver cette proposition risible, je préférerais donner raison à tout le monde. Il est vrai que je trouve le mariage plutôt risible car on promet ce qu'on ne peut tenir en général alors qu'une entreprise ne me semble pas du tout risible. Je reconnais qu'il y a des problèmes mais plutôt que des systèmes qui peuvent tomber dans le communautarisme je préfère des systèmes communaux. Ma coopérative municipale serait bonne à tout faire mais je suppose que c'est risible aussi...

    Pas le temps de répondre en ce moment, je fais la revue des sciences (dont cet article était encore un rejeton à la base).

  11. @Jean Zin :
    Pas de problème pour le ton sans détour que vous employez, c'est même une des raisons pour lesquelles j'aime bien vous lire, on ne perd pas de temps en faux-semblants. Mais j'attendrais que vous développiez un peu votre position sur les institutions que vous trouvez risibles.

    Dans le même ton direct, je trouve décidément que votre chronique "d'amateur" des sciences n'apporte pas grand chose pour beaucoup d'énergie dépensée par rapport à ce que vous pourriez amener dans vos deux domaines d'excellence: la philo et la politique.

  12. @Michel MARTIN :

    Anar, moi ? Alors de petit calibre.

    Anti curé ? Pas vraiment, ils font partie du paysage, comme les imams ou les rabbins, et j'ai autre chose à faire. Y en a à qui ça plait, soit.

    Désolé mais les mots ont un sens et une origine. En l’occurrence, mariage et baptême sont directement issus du christianisme avec toute une charge symbolique et correspondent à un contrat
    bien précis dont toutes les clauses ne sont pas si valables, à mes yeux.

    Quitte à désigner, autant bien choisir ses mots. "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément."

    Après, si des homos catho veulent se marier religieusement, c'est une affaire entre eux et le clergé.

  13. @olaf :
    Bon, je voulais pas détourner l'attention sur des points qui me paraissent anecdotiques. Oui, le mots sont importants et tous imparfaits à désigner ce qu'on voudrait désigner, chacun ayant tendance à exagérer le sens qu'il privilégie. A nouveau, j'assume le mot de baptême qui me semble particulièrement adapté à la proposition institutionnelle que je fais. Mais l'essentiel, c'est le contenu de cette proposition, sa capacité à éradiquer l'exclusion, du moins c'est ce que je crois.

  14. @Michel MARTIN :

    Pour le rapport à l'histoire :

    "Connaître, c’est s’éclater vers, s’arracher à la moite intimité gastrique, pour filer là-bas, par delà soi."

    Jean-Paul Sartre

  15. @olaf :
    JPS m'a toujours communiqué sa nausée et je n'ai jamais eu le goût de me mettre dans la position d'un psy pour lui :-)

    Ceci dit, j'ai quand même bien apprécié quelques uns de ses tableaux si bien observés, comme celui de deux personnes qui se croisent et se saluent avec leurs chapeaux et qui restent un bon moment dans une posture sociable (sourire qui perdure) après s'être croisés.

  16. Sur la mariage dans les nuages, on trouve autre chose dans le réel :

    Darwin l'avait déjà dit: il n'y a dans la nature aucune finalité. C'est une machine qui fonctionne au hasard et les déterminismes qui guident certaines femelles à choisir des mâles en fonction de leurs testicules bleus ne mènent pas forcément l'espèce vers sa survie.

    http://sexes.blogs.liberation.fr/ag...

  17. @Michel MARTIN :

    "ans le même ton direct, je trouve décidément que votre chronique "d'amateur" des sciences n'apporte pas grand chose pour beaucoup d'énergie dépensée par rapport à ce que vous pourriez amener dans vos deux domaines d'excellence: la philo et la politique."

    Je serais moins catégorique, je trouve les sciences et techniques instructives. Quand on creuse dans ces domaines, même quand ça ressemble à des trous de taupes, il s'en dégage parfois des trucs étonnants.

    Ne serait ce qu'une forme de dialectique au quotidien. C'est déjà pas si mal.

    C'est souvent du très local microscopique, mais parfois la mayonnaise prend plus loin.

  18. Et puis aussi J Zin fait ce qui lui plait, ce qui l'intéresse. Il est cohérent avec la notion de travail choisit qu'il met en avant.

    Perso, je conçois très bien que l'on se concentre sur ce qui nous motive et ne veuille pas s'éparpiller dans un rôle factice de sauveur du monde, bien qu'à la suite d'un malentendu, c'est fréquent, cela puisse arriver, avant la fin du monde...

  19. Et puis aussi J Zin fait ce qui lui plait, ce qui l'intéresse.

    Ca je suis bien d'accord. L'importance de l'informatique dans la théorie sociale de JZ n'est, en somme, que le reflet de l'importance de l'informatique dans sa propre existence.

    C'est une vieille tendance humaine. Le diabétique devient endocrinologue pour essayer de découvrir comment se guérir, le jardinier verrait bien des jardins partout et le technophile blogueur en fusion-fascination avec sa machine mettrait bien des ordinateurs et des machines partout. Même les sociologues chinois s'y mettent, ils font le pari qu'"Internet et le téléphone portable sont là-bas de formidables outils d'émancipation qui vont apporter, grâce à la communauté des internautes, une forme de démocratie virtuelle participative sur réseau tout à fait inédite." Mais en fait la réalité est plus prosaïque, " une fois que le Pouvoir eut réalisé, à sa façon un peu brutale, ses objectifs, lesquels était l'abrutissement du plus grand nombre par la consommation de masse, ainsi que se le propose comme fin dernière toute société moderne digne de son nom, les dissidents ne pouvaient que rendre les armes. Ils n'avaient rien de mieux à offrir. " D'ailleurs hormis un carré d'irréductibles, tous les dissidents de Tiananmen sont retournés au pays dans des dispositions on ne peut plus pacifiques.

    Bref, les théoriciens y échappent rarement et assurément JZ n'y échappe : on théorise surtout la société dans laquelle on aimerait vivre soi-même. Reconnaissons tout de même qu'il y a des rêves plus cauchemardesques que d'autres.

  20. "on théorise surtout la société dans laquelle on aimerait vivre soi-même"

    J'ai récemment pas trop théorisé, je m'en porte mieux. La théorisation a ce problème de dire d'emblée où aller et comment.

    Actuellement, je mets des bouts de trucs ensemble et je regarde ce que ça produit, des chimères venues de nulle part.

    Finalement, ça fonctionne assez bien si après coup on met une couche de peinture théorique critique.

  21. @Stanislas : Il ne suffit pas de m'annuler pour annuler ce que je dis mais je reconnais bien volontiers être forcément le porte-parole de ma classe, celle des intellos-précaires, un peu comme Saint-Just et Robespierre en leur temps. Je reconnais aussi que, moi qui ai détesté les années 1980-1990, je suis beaucoup plus enthousiaste pour le monde qui vient, celui qui a vu le retour des révolutions et le réveil des indignés, où le numérique a une place prépondérante sans que je n'y sois pour rien.

    Je reconnais tout autant qu'on est influencé par sa pratique quotidienne, c'est le B.A. BA de l'idéologie mais d'une part je suis loin de cette image de geek (même si j'ai fait de l'informatique dans le temps, je ne suis sur aucun réseau social et ne me sers presque jamais d'un mobile - je suis sur une zone blanche - je ne fais qu'écrire sur un portable au lieu d'une machine à écrire ou un stylo) et d'autre part, ceux qui m'ont converti à l'importance du numérique, c'est Robin et Gorz qui ne savaient pas se servir d'un ordinateur (Gorz était le seul à m'envoyer encore des lettres manuscrites). Bien sûr qu'on théorise ce qu'on voudrait qui soit vrai, mais encore faut-il tenir compte de l'existant et de la marge de manoeuvre qu'on peut avoir au lieu de croire pouvoir choisir le monde dans lequel on va vivre (et oui, il y a des rêves de certains qui font froid dans le dos!).

    L'important n'est pas que moi et quelques sociologues chinois seraient sensés s'être entichés du monstre numérique mais qu'une majorité de la population mondiale ne peut déjà plus s'en passer. Il y a là un changement de civilisation comme il y en a eu d'autres et qu'on peut toujours regretter. D'ailleurs, il me semble qu'on peut toujours vivre à la façon qu'on souhaite, en tout cas dans mon coin (je vis dans une nature sauvage). On peut vivre coupé de tout, loin du monde et de la ville. On peut aussi rester branché.

  22. @24-26-28
    Une réponse qui vaut ce qu’elle vaut pour répondre à la question de crapaud rouge :

    C’est Kandinsky réfléchissant sur ce qui se passe dans l’espace plastique du tableau qui a noté ainsi ses observations, comme si gauche et droite connotaient des constantes psychologiques : dans la zone basse c’est la terre, le lourd. Dans la zone haute c’est le ciel, le léger. A droite c’est la maison, le proche, . A gauche c’est le dehors, le lointain. Dans notre monde culturellement orienté par des droitiers majoritaires, les portraits de profils sont en effet majoritairement tournés vers la gauche ( ouvert sur le lointain le lointain). Bien sûr l'artiste peut délibérément déjouer ces constantes de l'espace du tableau et mettre en scène ou décliner l'effet.
  23. La facilité avec laquelle vous entérinez des états de fait ou des "forces qui vont", rappelant les conceptions chinoises et japonaises de la société par certains aspects, constitue justement le point de bascule entre le parasite, le révolutionnaire et le réformiste. Dans une certaine conception japonaise de la société, les choses sont fondés à aller ainsi du moment qu'elles vont d'elles-mêmes. Or vous ne faites rien d'autre que d'entériner cette force qui va (croyance dans un "progrès" séparé de sa construction sociologique) en n'y trouvant rien à redire. Y compris lorsque la fascination qu'elle exerce devrait au minimum la rendre suspecte.

    Or une fois entériné ce monde parce qu'irrésistible et inéluctable, que vous reste t'il sinon cette opportunisme parasite qui veut encore tailler le rosier sur la croix du présent ? Cette assimilation des lois de la société aux lois naturelles n'est pas étranger à la conception chinoise de la société, la tyrannie ou le despotisme du système impérial chinois ne tient pas à ce que la législation soit laissée à l'arbitraire d'un seul, mais à la règle fondamentale de l'adéquation entre lois sociales et lois naturelles.

    On peut bien sûr gloser que les théories révolutionnaires de subvertissement des pouvoirs ont toutes misérablement échouées, disons de Brutus aux situationnistes, et qu'il aurait été plus raisonnable à Marx de demander un revenu universel, des machines outils individualisées et des droits sociaux en attendant Internet le téléphone portable. Rideau ?

    Et je ne suis pas d'accord pour dire que nous pouvons vivre "comme nous le souhaitons", puisque précisément cette transformation civilisationnelle a détruit la communauté qui rendait d'autres vies possibles. Sur le plan abstrait, le progrès technologique a couvert de son ombre tout le futur envisageable. Le plutonium des sites d'enfouissement en est un bon exemple. Ce discours libéral sur la liberté de la monade est parfaitement réversible et anhistorique, il ignore complètement que la société ne ressort pas de l'individu mais de l'institution de sa socialité. On peut donc vivre dans les bois, non vivre dans une autre société - et tout est là, dans ce fait que la liberté individuelle est dépourvue de sens dans sa solitude. C'est la critique la plus profonde que l'on peut faire à cet idéal de monade atomisée qu'est celui des néo-libéraux. Votre campagne sauvage n'est pas un idéal, c'est la désolation d'une société ayant assassiné le tropisme de son action paysagère et sociale, cette multitude des siècles et des vies qui ont fait le charme de la civilisation provençale, etc.

    Enfin je dois dire que cette petite vie pour soi est insatisfaisante. En vérité nous ne luttons pas pour des buts que nous atteindrons de notre vivant, sauf conditions exceptionnelles, souvent nous ne les atteindrons même jamais ou les perdrons peu après. Le temps que naissent des réalités approchant nos idées, nous sommes déjà passés.

  24. Je suis effectivement matérialiste et ne vais pas m'en excuser, il n'y a d'ailleurs aucune utilité à parler à ceux qui ne le sont pas, leur condamnation du monde laissant le monde indifférent. Il y a une façon de se saouler de ses propres certitudes pour ne pas voir les faits et rester dans ses fantasmes enfantins.

    Je ne suis pas pour ma part si étranger au monde qui m'a vu naître même si je n'y ai guère trouvé ma place. C'est dans ce monde qu'il faut agir et que l'histoire s'écrit dans ses ratés plus que dans d'éphémères triomphes. En tout cas, ces rêves de toute puissance sont effrayants, cette volonté dévastatrice de restaurer l'origine et de dicter sa loi à l'univers : pour être un vrai révolutionnaire, il faudrait croire au Père Noël ! Il n'y a pas à pleurer pourtant sur la communauté perdue. C'est le prix de l'autorité contestée de la religion et de la fin du patriarcat qui nous défie de fonder un autre lien de fraternité, ce qui n'a rien d'évident, en effet, et nous révolte avec raisons mais se manifeste malgré tout dans de grands mouvements sociaux, construction historique cahotante. Plutôt que de chialer sur son sort, on aura toujours de bonnes raisons pour ça aucune époque n'ayant été si douce, il faut voir ce qu'on peut effectivement faire, dans notre rayon d'action, à notre conjoncture historique. La vie, ça n'est pas autre chose mais il n'y a pas seulement dégradation, il y a la réaction aussi et une dialectique qui se continue, toujours aussi déceptive. On ne voudrait pas cependant troubler un catastrophisme bien commode et sans issue qui nous ferait croire que le réel a disparu sous la moquette, et que ce serait lui le dernier homme et le gardien de la civilisation (Sollers?), au risque de prêter à rire...

  25. Evidemment ... la caricature. Tout y est, le mythe de l'origine, les fantasmes enfantins, le diagnostic d'une volonté dévastatrice, rêve de toute puissance. L'insulte psychanalytique a pris le pas sur le matérialisme, tremblez braves gens.

    Je vous laisse donc à votre fatum universel devenu stérile. Rien ne saurait plus sortir de nouveau de la caboche de ceux qui ne font qu'attendre que le futur se déroule sous leurs pieds et devant leurs yeux par écran interposé. Bon film.

  26. C'est assez comique les trolls qui vous prennent de haut parce qu'ils se prennent en rêve pour des héros révolutionnaires et crient ensuite à la caricature quand on leur mouche le nez. J'ai assez écrit sur ces funestes révoltés métaphysiques et la fuite dans l'irrationnel mais ce qui est frappant chez tous ces réactionnaires qui se réclament de la tradition révolutionnaire, c'est la façon dont ils embellissent le passé comme ils embellissent leur enfance j'imagine. Or, ici même, le "charme de la civilisation provençale" n'était pas si évident il n'y a qu'une trentaine d'année de cela. Sans parler de la dureté de la vie, du travail de ces terres rocailleuses, il fallait voir le père régner sur sa femme et ses enfants d'une autorité tonitruante et sans réplique avec tout le poids de l'opinion et de la religion, tout cela baignant dans des haines recuites. Cela pouvait aller jusqu'au meurtre, déguisé souvent en accident. Il y avait aussi le caractère tout-à-fait charmant des bagarres entre villages aussi violentes que systématiques. La misère enfin n'est pas d'invention récente. Contre des conceptions bêtasses à la Marie-Antoinette d'une vie naturelle complètement fantasmée, il faut admettre que la télévision et les touristes ont eu une action civilisatrice en détruisant les cultures locales, c'est-à-dire en les ouvrant à l'extérieur. Ce qu'on y a perdu en pittoresque, on l'a gagné en liberté, liberté trop dénigrée au nom d'une authenticité perdue mais qu'il faut toujours défendre pied à pied, contre l'ordre et la morale. On est bien là dans l'affrontement droite contre gauche et du passé contre l'avenir.

  27. Je tiens tout de même à préciser aux lecteurs que le psychanalyste de pacotille qui habite ce site ne connais rien de ma vie, de ma personne, de mes rêves ni même de ce que pourrait bien être à mes yeux une révolution ou la signification placée sous ce terme.

    Ses diagnostics n'engagent donc que son imagination.

  28. De plus en plus drôle. Ne voilà-t-il pas un troll anonyme qui se cache derrière un prénom, juste venu comme tous les trolls pour disqualifier l'auteur du blog au nom de son sentiment de supériorité et d'une théorie simpliste de l'idéologie, se soucier de proclamer qu'on ne sait rien de lui, même pas en effet de quelle merveilleuse utopie il se réclame, refusant tout jugement sur sa petite personne, le pauvre chéri. Mais personne ici ne se soucie du vrai Stanislas, dont on doit juste supporter les invectives et dont on ne peut connaître que les stéréotypes qu'il nous ressort et qui sont si originaux que j'y ai déjà consacré pas mal de billets. Il ne s'agit jamais de répondre à un troll mais juste d'éclairer le lecteur des stratégies en jeu.

    Pas besoin de psychanalyse personnelle, en effet, pour parler d'une simple typologie, d'autant qu'on connaît bien ses ressorts qui ne nous sont pas étrangers, auxquels on s'abandonnerait volontiers dans un premier mouvement si on n'avait aucun recul critique, si on n'avait pas vécu. Rien de plus commun que la nostalgie des temps anciens et d'une harmonie perdue, c'est du même ordre que la religion, une expérience universelle, ce qui n'est pas une raison pour y croire et rester à ce premier mouvement comme s'il n'y avait ni progrès des connaissances, ni histoire. Il ne s'agit d'ailleurs pas de renier ce premier mouvement d'indignation et de volonté d'agir mais de lui trouver un débouché qui ne soit pas purement fantasmatique (à se battre contre des moulins numériques) ou carrément le contraire de ce qu'on voulait.

  29. "Rien de plus commun que la nostalgie des temps anciens et d'une harmonie perdue, c'est du même ordre que la religion, une expérience universelle...

    La religion joue aussi beaucoup d'autres rôles. Par exemple, René Girard lui octroie les rôles de mise en scène du dérapage mimétique (crise mimétique quand les institutions sont débordées par les angoisses de manque et de jalousie sans frein en synergie) et de sa résolution.
    J'y vois aussi, dans son aspect mythologique, une proposition de renaissance pour tous ceux que les coups durs ont blessé profondément. La religion leur offre un ersatz, peut-être mieux que nature, de désir (je parle du fait qu'ils ne se sentent pas désiré ou plus) que leur vie ne leur a pas offert ou qu'elle leur a retiré, du fait d'évènements (d'accidents, violences subies, délaissement, d'ignorance, abandon).

  30. Je n'ai pas du tout voulu dire que la religion se limitait à cette nostalgie de l'enfance mais que le sentiment du divin était aussi universel que celui du besoin d'harmonie (le cosmos grec) et que ce n'était pas parce qu'on avait pu avoir l'expérience de la présence d'un dieu qu'on est obligé de croire que ce serait autre chose qu'une projection de notre esprit. Les religions ne se limitent pas à cela, j'en ai fait l'histoire, d'être d'abord des constructions politiques, un langage commun (un texte) et des rites sociaux.

    René Girard est beaucoup trop unilatéral, encore un qui est resté scotché sur une vérité qui le rend aveugle au reste mais il est certain que les religions, instituées par des pouvoirs politiques, ne font que dire ce qu'on voudrait entendre, y compris la terreur de la faute, tenant donc le langage du désir et de sa canalisation sociale, de justification de l'ordre établi mais en s'adressant à une liberté qu'elle séduit par ses images et à qui elle promet consolation, la réalisation de tous ses désirs à condition de renoncer à cette liberté justement et à tout désir.

    Ceci dit, je vais de nouveau avoir très peu de temps pour répondre aux commentaires.

  31. "L'unanimité du peuple n'est qu'une illusion totalitaire. La démocratie, c'est la division (Lefort) et l'alternance d'une droite et d'une gauche où l'on peut dire que la droite consolide les acquis qu'elle ne remet pas en cause et la gauche corrige les inégalités créées par la droite."
    Il semble pourtant bien y avoir actuellement unanimité pour cet approche d'une société de gouvernance alternative droite / gauche .L'unanimité du peuple est donc bien une réalité , sauf qu'elle n'est pas le fruit d'un accord , d'une unanimité construite , mais un état de fait qui satisfait unanimement.
    Ce qui fait donc l'unanimité ( moins 1 ) c'est l'idée que la démocratie est un rapport de force régulé par le vote qui donne cette liberté de choix.
    Je pense que c'est une illusion et que ce système est en fait conservateur et que de choix il n'y a pas .

    Je pense que le spiritualisme ou le matérialisme sont les deux faces du même enfermement , de la même folie faisant dire à l'un "je suis maître du monde" et à l'autre "c'est écrit" .

    Nous sommes sur un chemin de crête et devons tenir l'équilibre . Ce régime politique , cette démocratie là est désiquilibrée et nous cantone à la gestion du monde , un coup à droite un coup à gauche mais toujours dans la même direction imposée par "les faits ". Hors les faits en matière humaine ne sont jamais des faits qui viendraient uniquement de l'extérieur.
    Je suis partisan d'un rééquilibrage : les politiques de gestion doivent être complétées par des politiques de projet consistant à analyser , diagnostiquer l'existant ,se projeter ,planifier .
    On introduit un espace de réflexion , de la démocratie cognitive , qui cherche à comprendre les mécanismes en action et à les contrôler . Ce sont des politiques amont et prospectives .
    Sans la présence de ce type de processus , les sociétés sont entièrement dépendante du fil de l'eau . Ce matérialisme là vaut la folie révolutionnaire , deux attitudes qui se tiennent par la main.

  32. Il me semble idiot d'assimiler le matérialisme à l'impuissance alors que c'est le contraire, la condition pour sortir de l'impuissance, c'est de tenir compte des forces en présence. C'est l'erreur que faisaient les généraux français au début de la guerre de 14 de surévaluer la volonté et le moral des troupes alors qu'on était dans une guerre de matériels. Ne pas tenir compte du rapport de force, c'est aller au massacre tout simplement. Le bon côté du marxisme, c'était justement de se vouloir "scientifique" et non pas utopique, loin d'accepter l'état de fait d'un "c'était écrit". Accepter la gravité, c'est au contraire pouvoir la surmonter par l'aviation. Ce sont d'ailleurs le spiritualisme et l'existentialisme qui étaient accusés de quiétisme par les marxistes ! Certes, on ne peut se réclamer du scientisme marxiste qui a dégénéré. Il y a un matérialisme stupide. Ce que je défends est un "matérialisme spirituel" peut-on dire, en tout cas plus dialectique, mais il n'y a pas à se laisser impressionner par ceux qui prétendent tout changer, ignorant l'histoire comme toutes les sciences sociales et qui n'ont pas plus d'impact, sinon négatif, que les pacifistes qui refusaient la guerre avec Hitler ! On ne fait pas ce qu'on veut mais si on n'est pas auteur de l'histoire on en est malgré tout un acteur parmi d'autres comme je le répète souvent. Ce qui est une folie, c'est par exemple de s'imaginer que notre avenir pourrait ne pas être numérique alors qu'on n'en est qu'au tout début...

    Il n'est pas vrai non plus qu'il y aurait unanimité sur la démocratie et l'alternance (c'est l'erreur d'Habermas) même s'il y a toujours une grosse majorité qui soutient un régime pour qu'il puisse durer mais tout le monde ne vote pas ni ne considère les élections (pièges à cons) comme légitimes.

  33. Comment peut-on être de droite? Quand même environ 50% de la population!

    La question de la conception de l'équilibre entre la contribution individuelle et la contribution sociale à notre situation actuelle me semble au cœur du clivage gauche-droite. La droite considère en général que le facteur individuel prédomine, alors que la gauche considère que le facteur social prédomine.
    Ceci dit, l'extrême droite autoritaire est ambigües ou paradoxale, comment être d'extrême droite et considérer en même temps que le facteur individuel l'emporte sur le facteur social?

    Tout un courant libéral de droite défend l'idée anti-malthusienne que les pauvres sont moins pauvres si on laisse les riches s'enrichir, parce que tout le monde en profite. C'est aussi une des idées de la richesse des nations de Adam Smith. Ce courant n'est pas de droite par cynisme mais par conviction que c'est le moyen le plus réaliste de combattre la pauvreté.

    Il y a un second courant de droite qui assume, on pourrait l'appeler darwinien ou américain par abus. Il considère que si les pauvres sont pauvres, c'est en partie de leur faute, assez pour ne pas s'en occuper.

    Il y a un troisième courant genre Démocrate Chrétien ou centre droit qui reconnait que l'organisation sociale autour des forts génère de l'exclusion et qui se soucie de leur porter assistance.

  34. Les hiérarchies, les inégalités et l'autorité ont toujours eu beaucoup de partisans et c'est bien contre eux qu'il faut se battre pour défendre la liberté pour tous et non pour quelques uns.

    Moi qui suis un obsédé de l'autonomie, je ne peux laisser cette valeur à la droite (mais c'est une autonomie produite socialement et non pas fonction de la richesse familiale ou de la position sociale). Il est vrai que les droites opposent la responsabilité individuelle aux déterminismes sociaux (obligées dès lors à rejeter toute sociologie, comme entre autres Sarkozy, car ce n'est pas la gauche mais la science qui dément ces croyances religieuses). Cet autre nom de l'égoïsme, c'est l'esprit protestant du capitalisme, du self made man et de Robinson Crusoé (De Foe étant la plume de Burke) mais cette valorisation de la réussite individuelle et des winners est le faux nez de la défense des inégalités et du mépris des perdants, le mythe de la méritocratie est le cache sexe de la concentration des fortunes et de l'héritage, presque personne ne pouvant devenir riche par son travail sauf très rares exceptions montées en épingles. Monter en épingle la responsabilité c'est dire que la richesse des riches est justifiée comme la pauvreté des pauvres, pure dénégation de la réalité.

    Il est vrai aussi qu'il y a des libéraux de gauche, comme JS Mill cité ici (et je ne suis moi-même pas égalitariste, un peu d'inégalités et de responsabilité étant effectivement profitable à tout le monde) mais si on a vraiment en vue la lutte contre la pauvreté, si on est donc de gauche, on mène une politique "libérale" de gauche qui est l'antithèse du NAIRU par exemple. Si la théorie de la justice de Rawl est de gauche, c'est bien parce qu'elle prend comme critère premier le sort des plus démunis. Cet argument, de gauche, est cependant détourné et il a montré sa fausseté quand on prétend que l'enrichissement des riches profite mécaniquement aux pauvres, ce pourquoi on baisse les impôts des riches et les prestations sociales des pauvres.

    Quant aux démocrates chrétiens, ils sont bien du côté de la tradition, de l'autorité avant leur compassion pour les pauvres. C'est la droite compassionnelle de Georges Bush qui est plus concernée par l'avortement que par la mort des miséreux. Ce sont aussi les islamistes qui sont les fascistes révolutionnaires d'aujourd'hui et qui doivent une bonne partie de leurs succès à leurs oeuvres sociales mais ont plutôt tendance à enfermer les gens dans leur misère n'ayant aucun intérêt à leur émancipation.

    On aurait pu parler aussi des 3 droites de René Rémond (légitimiste-inégalitaire, orléaniste-libérale, bonapartisme-autoritaire) mais ce qui m'avait intéressé dans l'étude initiale, c'est la valorisation par les droites à la fois de la loi, de l'autorité, des inégalités et de la hiérarchie, même chez les libéraux qui sont très autoritaires malgré la représentation qu'ils veulent donner d'eux-mêmes (la constitution de la liberté du baron von Hayek est très contraignante).

    L'argumentation principale de mon texte, c'est de montrer que les valeurs de droite annulent les valeurs humanistes qu'ils prétendent défendre malgré tout mais on peut légitimement penser qu'une politique de gauche brouillonne soit plus néfaste aux pauvres qu'une politique de centre droit intelligente. On n'est forcé à aucune allégeance envers un pouvoir sous prétexte qu'il se prétend de gauche. Ce n'est pas le vote ponctuel pour la droite dans un contexte donné qui serait condamnable, c'est de s'assumer comme de droite et de préférer les inégalités. Du point de vue de Sirius, de la connaissance du 3ème genre, on peut bien prétendre que la gauche et la droite sont aussi nécessaires l'une que l'autre mais dans la réalité c'est une lutte acharnée contre la domination et l'obscurantisme, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de divisions irréconciliables dans chaque camp aussi.

  35. @Jean Zin :

    Très bon commentaire qui montre qu'il n'y a pas d'antinomie entre la nécessité d'une autonomie garantie par des règles collectives et la nécessité d'une redistribution efficace, condition première de l'autonomie sur une assiette la plus étendue possible.

    Mais j'ai l'impression que peu comprennent, dans les mainstreams à gauche au centre ou à droite y compris libéraux, la subtilité d'un tel mécanisme synergique.

    La plupart toujours à répéter des vieilles recettes éculées, et à en espérer devant des images d’Épinal toutes autant jaunies par le temps, qui n'ont pas fonctionné.

  36. La préservation de l'autonomie des domaines d'activité pour donner une chance aux émancipations.

    "...on peut bien prétendre que la gauche et la droite sont aussi nécessaires l'une que l'autre mais dans la réalité c'est une lutte acharnée contre la domination et l'obscurantisme..."

    Le fait de distribuer notre activité sur plusieurs domaines me semble constituer un dispositif essentiel dans cette lutte, principalement contre la domination (pour ce qui est de l'obscurantisme, je suis plus réservé, non pas du but, mais de ce qui peut être mis sous le terme d'obscurantisme et qui peut conduire à une chasse aux sorcières). Pour illustrer, il ne viendrait plus à l'esprit d'aucun patron de se mêler de la façon dont vous conduisez votre famille ou ce que vous faites dans telle association. Pour autant, je crois utile de différencier la domination de la hiérarchie fonctionnelle. La domination renvoie à des conceptions totalitaires, animales, quand la société ne faisait qu'un bloc où une domination se faisait sentir sur toutes les sphères d'activité. Alors que la hiérarchie fonctionnelle est celle qu'on peut rencontrer, par exemple, dans l'organisation d'un corps de pompiers dont le but fonctionnel de la hiérarchie est d'être en mesure de réagir au plus vite à l'urgence, et dans une moindre mesure, à toute nécessité de mobilité, donc à tout besoin de prendre des décisions. Les organisations autogestionnaires qui nient les besoins hiérarchiques de tout groupe se retrouvent en définitive avec des rapports de domination d'autant plus féroces qu'ils sont passés sous silence.
    Les utopistes du début du 19ème croyaient être en mesure de fonder des microsociétés idéales à l'image de Fourier et de ses phalanstères qui n'ont pas manqué de reproduire les schémas de domination débordant du simple cadre de leur activité productive.
    Je crois qu'il serait utile de bien démontrer que la structure des coopératives municipales préserve le cloisonnement de nos activités garante d'une délimitation des dominations, tout en assurant une solidarité.
    Quand j'ai présenté mon "utopie" à Citéphilo, Alain Lhomme qui m'a présenté a dit que j'étais une sorte de Fourier contemporain, alors que si comme lui et comme vous, je recherche des solutions d'organisation locales dont l'individu ordinaire que je suis pourra s'emparer aisément, autant je m'éloigne de Fourier en recherchant à bien préserver l'autonomie de nos diverses logiques d'activité (Affective, productive, sociale, d'autres découpages sont possibles), de façon à préserver l'émancipation des individus.

    A l'intérieur de chaque structure, il reste la question de l'organisation conjointe du pouvoir (capacité de décision) et de limiter ce pouvoir au stricte besoin fonctionnel. La structure la plus achevée du point de vue de la combinaison synergique de ces deux impératifs réputés contradictoires me semble être la sociocratie d'Endenburg que j'ai déjà évoquée plusieurs fois. La synergie s'appuie sur la mise en évidence de l'importance de l'évaluation de l'action par rapport aux décisions prises par consentement. La qualité de l'information ayant un statut très élevé qui vient contrecarrer efficacement l'abus de pouvoir qui, lui, tire profit et ne peut se passer de la manipulation des faits.

  37. @Michel Martin :

    A mon humble avis, si il y a autonomie par le revenu garanti, alors pas besoin d'usine à gaz sociocratique.

    On collabore tant que ça colle, on se barre quand ça colle plus.

    On pourra théoriser jusqu’à la fin des temps pourquoi ça a collé puis pas collé, n'empêche qu'entre temps il aura fallu se barrer. Nécessité fait loi.

    C'est un peu de l'ordre du rasoir d'Occam.

  38. @olaf :
    Je ne crois pas que la sociocratie soit une usine à gaz, c'est juste que c'est un peu différent de ce qu'on a l'habitude. Je suis convaincu que cette structure survivrait assez bien dans un contexte de revenu garanti.
    Pour le reste ce n'est pas contraire à ce que tu dis, à savoir que le rapport de forces, c'est à dire la capacité qu'on a à quitter le navire, joue un grand rôle dans nos relations dans le navire. Le chômage est un des plus sûrs garants de l'abus de pouvoir.

  39. Oui, c'est assez dingue que Papadémos soit un des inventeurs du NAIRU. Ceci dit, le rapport entre inflation et chômage n'est pas complètement faux, cela impliquerait quand même au moins de mieux traiter les chômeurs au lieu de les culpabiliser en les rendant responsables d'une situation qu'on a créé et spéculer sur la misère pour préserver la richesse des riches.

    Je ne crois pas que la sociocratie soit une solution miracle mais il n'y a pas de raisons qu'on ne puisse l'appliquer dans certains cas.

    L'obscurantisme de la droite n'est pas seulement religieux, il sert à justifier l'ordre établi et ses inégalités. La chasse aux sorcières est une chasse aux pauvres, je ne m’apitoie pas sur le sort des riches (avec le baron Seillières qui écrit "on n'est pas là pour se faire engueuler" !). Je ne pense pas qu'on puisse supprimer la religion mais cela n'empêche pas d'en dénoncer les délires et nuisances. Il ne faut pas confondre une position dialectique, une négation active (qui sera corrigée à son tour), avec un relativisme de l'indifférence. La position correcte change avec le temps mais il n'y a à chaque moment qu'une position correcte (il n'est pas équivalent d'être du côté des nazis ou des résistants).

    Il est paradoxal de dire qu'un patron ne s'intéresse pas à votre vie privée au moment où ils consultent les pages facebook des employés.

    Il est certain qu'on a besoin de "hiérarchies fonctionnelles" dans l'action comme de généraux dans la guerre mais il est un fait que ces relations sont de moins en moins hiérarchiques. Il est effectivement préférable d'avoir une hiérarchie explicite avec ses contre-pouvoirs que de nier toute hiérarchie. J'ai testé le caractère non opérationnel de l'auto-gestion où chacun décide de tout, cela prend tout simplement trop de temps mais exercer une fonction opérationnelle n'implique aucun pouvoir sur la personne ni inégalité de statut. Le travail autonome me semble quand même le plus souvent plus sain que la subordination, avec la substitution du contrôle après-coup au commandement ou la contrainte, mais ce n'est pas applicable à tout.

  40. Il est paradoxal de dire qu'un patron ne s'intéresse pas à votre vie privée au moment où ils consultent les pages facebook des employés.
    Oui, c'est vrai, mais il le fait en douce. L'indépendance des domaines d'activités se retrouve de fait un peu réduite par les NTIC.

  41. Facebook permet de n'autoriser que certaines personnes à consulter sa page.

    Il est donc étonnant aussi que certains ouvrent leur page à tout le monde...

  42. Est-ce qu'il n'y a pas eu une époque (entre 1970 et 1980-85) pendant laquelle nous avons eu à la fois inflation et chômage? Mettant ainsi à mal la théorie du lien mécanique entre inflation et chômage.
    Il est possible que ça ne marche que dans un sens, un faible taux de chômage produisant de l'inflation, mais un fort taux de chômage ne garantit pas une inflation faible, parce qu'il y a d'autres facteurs (masse de monnaie trop importante vis à vis des capacités économiques, par exemple).

  43. Oui, le NAIRU est une notion à la fois floue (le fameux niveau minimum de chômage est purement empirique et change selon les pays et le moment), caractéristique de la phase B d'un cycle de Kondratieff, celle de la lutte contre l'inflation, et limitée à un seul paramètre alors qu'il y a au moins 2 autres sources d'inflation, la politique monétaire et les matières premières.

    En fait, la stagflation des années 70 a été une surprise et causé la fin de l'hégémonie keynésienne avec le prix Nobel d'Hayek en 1974 et le début du néolibéralisme. Ce retournement correspondant aux stéréotypes du cycle de Kondratieff, lié au phénomène démographique de la génération 68, celle du baby boom, le mécanisme qui y a conduit étant plus contingent. La politique monétaire américaine y a eu un grand rôle mais, chez nous, ce sont les augmentations de salaire de 1968 qui ont été annulées par l'inflation comme en 1936, inversant un rapport de force qui était favorable aux luttes salariales pendant ce qu'on a appelé la deuxième révolution française et devient complètement déséquilibré en faveur du capital à mesure même que la fin des politiques keynésiennes (sauf aux USA) produisait un chômage de masse durable.

    Ce qui a été l'accélérateur de la stagflation, ce sont les cartels pétroliers qui ont voulu réagir à cette inflation qui les lésait en augmentant brutalement les prix lors de cette première crise du pétrole. C'est, si on veut, le début de la pénurie mais plutôt une dialectique où l'inflation diminuant relativement le prix des matières premières provoque des cartels capables de renverser le rapport de force.

    Les matières premières sont un facteur d'inflation certain mais jusqu'ici, les pénuries étaient toujours temporaires, temps d'adaptation des industries extractrices à la hausse rapide de la demande, temps qui devrait cependant durer plus longtemps avec la croissance insoutenable des pays les plus peuplés.

    Si on est bien dans la crise marquant un nouveau cycle de Kondratieff, nous sommes de toutes façons orientés vers l'inflation, on n'y échappera pas, la question étant dès lors de la maîtriser, d'empêcher qu'elle ne s'emballe ce que la gauche n'a jamais su faire devant à chaque fois rendre les armes à une politique de droite pour sauver une économie sinistrée.

    D'une certaine façon, je rejoins Deleuze dans le fait qu'il est sans doute préférable de laisser le pouvoir à la droite, car le pouvoir est de droite, et de peser dessus par des mouvements de masse quasi insurrectionnels sans vouloir prendre le pouvoir. Lorsque j'avais été à Bruxelles, je soutenais pourtant le contraire, qu'on était obligé de s'intéresser au pouvoir, qu'il y avait des urgences, ce que me reprochait Isabelle Stengers qui ne voulait s'intéresser qu'aux contre-pouvoirs. Je crois plus aujourd'hui qu'il faut se recentrer sur le local mais tout dépend des circonstances et de l'occasion

  44. @olaf :
    Pour la transition énergétique, si ce MEMS-TAR produit bien ce qui est raconté (600W/m2 contre 200W/m2 pour le PhotoVoltaique) dans ce document et au prix qui est annoncé (quelques pennies/W contre 4$/W pour le PV) ça devrait révolutionner la question.
    A moins que ce ne soit que de l'intox? Ils cherchent des fonds pour développer industriellement cette techno.

  45. @Jean Zin :

    Dans le cas français, j'ai l'impression que Sarko est le plus susceptible d'appliquer des mesures protectionnistes qui font partie du logiciel de Guaino. Ce serait d*ailleurs pas la première fois qu'il fasse l'inverse de ce qu'il disait. Je ne vois rien de tel chez Mélenchon ou Hollande.

    Mais si l'état de l'économie française s'aggravait...je ne vois d'ailleurs pas comment il pourrait en être autrement.

    Après tout la France est capable de subvenir aux besoins de base, bâtiment, nourriture à condition que l'agriculture se réorganise pour baisser sa facture pétrolière.

    Sarko n'est pas ma tasse de thé, mais les tours et détours de l'histoire sont parfois tordus.

    Quand les gens auront beaucoup moins de sous, ce sont les produits de base qui seront important, pas de changer de chemise, de voiture ou de PC au gré des modes. Quand au pétrole, faudra faire des économies sérieuses. Quitte à utiliser une mobylette, voire un vélo électrique pour ses déplacements individuels et développer le télétravail que les dirigeants d'entreprise n'apprécient pas, car ils veulent leur bétail à portée de vue.

  46. Pour que Sarkozy soit réélu, il faudrait que Hollande fasse une grosse bourde (ce qui n'est pas impossible) ou alors une attaque préventive des marchés qui fasse très peur ? Je ne pense pas qu'on puisse cependant donner beaucoup de crédit à un protectionnisme défendu pourtant par la plupart des économistes de gauche à la mode du fait que 30% de notre production est pour l'exportation. Je suis sûr qu'il y aura des mesures protectionnistes pour corriger les déséquilibres les plus flagrants mais cela ne pourra aller bien loin, surtout que notre plus gros déficit est avec l'Allemagne.

    C'est tout le problèmes des utopies, c'est de se situer dans un nulle-part, comme si on pouvait décider seuls de tout et changer la vie de millions de gens sans problème. Ce qui rend nécessaire de suivre à peu près les mêmes politiques (de droite), c'est qu'on ne change pas l'économie (cela prend du temps) et que si on change brutalement la façon de la gérer, on met encore plus de monde au chômage, voire on bloque tout le système en perturbant les circuits opérationnels. C'est pour cela qu'il faut construire un nouveau système par le bas, par le local.

    Le seul cas où on peut tout remettre à plat, c'est en cas d'effondrement et déjà d'un appauvrissement généralisé mais là encore, ce sera surtout par un recentrage sur le local. Dmitry Orlov n'a pas entièrement tort de croire possible un effondrement imminent des USA mais d'une part cela risque d'être assez différent de l'effondrement de l'URSS (ne serait-ce qu'à cause des armes beaucoup plus nombreuses) et d'autre part il me semble que la condition en serait la fin de la coopération internationale, voire un état de guerre, ce dont on est loin pour l'instant (et la suprématie aérienne des USA reste incontestée). Il me semble qu'internet rend obsolète une grande partie du passé et que tout cela devrait prendre une toute autre forme (on va plutôt vers un gouvernement mondial de l'économie au moins).

    Un bon matérialiste doit à mon sens prendre en compte les dynamiques à long terme et les cycles économiques, ce qui nous promet plutôt un redémarrage après la purge (et avant les pénuries de matières premières) mais il est sûr que, sauf pour les Grecs, les Portugais, les Espagnols voire les Italiens, pour nous comme pour les USA la crise n'a pas encore commencé...

  47. D'une certaine façon, je rejoins Deleuze dans le fait qu'il est sans doute préférable de laisser le pouvoir à la droite, car le pouvoir est de droite...

    Jusqu'ici :-)

    Si vous ne pensez qu'au pouvoir de décision sur les personnes et sur les évènements, au temps court, c'est plus un trait de droite, celui du commandement, de l'homme providentiel, du chef charismatique etc... Mais si vous pensez à la mise en place d'institutions, au temps long, alors le pouvoir de gauche se conçoit très bien.
    Je suis bien d'accord pour ne pas sous-estimer la puissance de la "sociologie moléculaire", mais je ne comprends pas pourquoi, sinon par peur de la frustration , vous refusez de penser à tous les étages de la fractale qu'est une société et que vous vous contentez de penser au local (encore que même là, ça démarre où et ça s'arrête où le local?).
    Bien entendu que notre impuissance augmente avec le niveau considéré et que notre parole devient de plus en plus vaine, que le volontarisme montre ses limites.

  48. "mais il est sûr que, sauf pour les Grecs, les Portugais, les Espagnols voire les Italiens, pour nous comme pour les USA la crise n'a pas encore commencé..."

    Le levier de l'endettement est au taquet, le chômage au rouge, la balance commerciale continue de descendre...sur fond de bulle immobilière. La France me parait se rapprocher du sud assez vite. Quant au gouvernement mondial de l'économie, sachant que l'UE n'a pas même de gouvernement de son économie faute de fédéralisme...

  49. on va plutôt vers un gouvernement mondial de l'économie au moins

    Toujours ce seul plan de faux Bancor du FMI?
    Un document du FMI de 2002 mettait White plutôt que Keynes , qui n'est plus bien connu, comme base de réflexion à la refonte du SMI. White avait poussé dans le sens du dollar comme monnaie de référence, ce qui était une approximation viable à l'époque, puisque les US pesaient 70% de l'économie monétarisée. Je me demande si l'habillage Bancor du plan de 2010 du FMI pour aller en fait vers une monnaie internationale type Schmitt ne s'est pas appuyé sur les réflexions de ce document de 2002 préférant White à Keynes?

  50. Dès qu'on entre dans un parti politique on se rend compte que le principal pouvoir est effectivement celui de nommer des personnes à des postes et que ça dépasse largement le reste, un pouvoir de faire très restreint.

    Je n'ai pas complètement exclu un pouvoir écologiste ou de gauche qui serait bien nécessaire malgré tout et je n'ai jamais dit qu'il n'y avait que le local dans la vie. Je crois tout-à-fait nécessaire de créer de nouvelles institutions, ce que des mouvements sociaux peuvent obtenir, pas seulement le vote mais je crois effectivement qu'un nouveau système de production se construit par le bas, comme les anciennes villes franches, surtout lorsqu'il doit être basé sur le travail choisi, alors que par le haut on reprend forcément l'essentiel de l'ancien système (l'organisation du travail, les techniques, les produits, les logiques économiques). Le local n'est pas un niveau parmi d'autres, c'est l'organisation de la vie concrète, c'est partir de la vie quotidienne là où on en a le contrôle, seul niveau où il peut y avoir un peu de démocratie directe (démocratie de face à face). C'est la même idée que le fédéralisme destiné à sortir d'un pouvoir aveugle sur lequel nous n'avons pas de prise. Une autre raison effectivement de se focaliser sur le local, c'est qu'aux autres niveaux cela dépend très peu de nous mais de processus en cours que nous pouvons seulement renforcer ou tenter d'y résister.

    Je vois le gouvernement mondial déjà à l'oeuvre dans les rapports entre banques centrales principalement. Cela n'a certes rien à voir avec un gouvernement national et plus de l'ordre de la réaction sous contrainte forte, mais assez efficace jusqu'à maintenant pour empêcher cette crise systémique de mener à l'effondrement du système. Il me semble que devant un risque majeur, il y aura toujours des réactions de solidarité, manifestant à quel point les bénéfices secondaires de la concurrence dépendent d'une solidarité première et plus fondamentale. L'intensification des communications non seulement entre banques ou dirigeants mais entre les peuples eux-mêmes me semble pouvoir exclure le pire mais je n'en suis pas si assuré et pourrais être démenti, cela n'empêche qu'il y a plus de chance que la conscience de nos interdépendances soit plus forte à mesure que nos communications et interconnexions sont plus intenses. Tout cela va en tout cas bien plus loin que le bancor auquel je ne crois pas en dehors d'un panier de monnaies permettant de lisser les fluctuations.

  51. @Jean Zin :

    "Il me semble que devant un risque majeur, il y aura toujours des réactions de solidarité"

    et de survie, dont la solidarité est une condition. Il faut bien reconnaitre que les temps ont changé.

    Les moyens de communications rapides permettent de rattraper les dérapages et les gouvernances à la petite semaine. Ce n'est plus du fond de court, le tennis de Borg, mais du jeu au filet réactif. Mais jusqu'où ça tiendra cette improvisation ?

  52. Il y a d'autres livres (anglo-saxons) sur le même sujet et qui prétendent ramener la politique au fonctionnement cérébral, insistant notamment sur la dimension émotionnelle de la politique, ce qui n'est certes pas une découverte, et qui serait plus marquée à droite :

    http://www.books.fr/actualits-2/le-...

    http://www.books.fr/societes-et-pol...

    Le cerveau politique est un cerveau émotionnel. Ce n’est pas une froide machine à calculer, en quête de décisions rationnelles fondées sur la justesse des faits, des chiffres et des mesures à prendre" estime Drew Westen dans son livre "Le cerveau politique". "Le mythe de l’électeur rationnel" est le titre d’un autre livre récent, celui de Bryan Caplan. Son message mérite qu’on y réfléchisse. En politique, on peut dire que, comme en religion, il suffit d’avoir la foi. Selon l’auteur, si la démocratie échoue, c’est parce que la volonté des citoyens y est respectée.

    Selon lui, la résistance qu’opposent bien des démocrates éminents à l’idée d’exploiter l’émotion tient en partie à un parti pris intellectuel en faveur du débat factuel, combiné au sentiment que, pour atteindre l’électeur, le cerveau est une voie plus noble que le cœur. Ils croient aussi à tort, écrit-il, que la raison n’est pas seulement un moyen mais une fin, et se méfient du caractère manipulateur de l’émotion. En outre, il existe un style de personnalité propre à nombre de ceux qui accèdent au sommet du Parti démocrate, si l’on en croit l’expérience de Westen. Ils sont intrinsèquement mal à l’aise avec les émotions. L’auteur voit là « le principal obstacle récurrent à des campagnes plus efficaces, parce qu’il est à la fois institutionnel et psychologique ». Il décrit un style de personnalité obsessionnelle caractérisée par une forme de surdité aux affects ; quand un démocrate exprime une émotion, il s’agit en général d’indignation vertueuse.

    Ce qui me frappe, c'est la ressemblance des meetings politiques avec les harangues des évangélistes produisant la transe de fidèles persuadés qu'ils sont les plus nombreux, voire représentent la totalité de l'humanité, et tout puissants par la seule force du verbe et de l'excitation collective (genre "on est chez nous" !) malgré tout ce qui le dément dès la cérémonie terminée...

    Le même jour, Slate revient sur le livre de Terray "penser à droite" où l'on voit qu'on arrive à dire des absurdités sur la question, par exemple que les hommes de droite se méfieraient des grands mots et des grandes idées, on croit rêver ! Sans parler du fait que la droite a toujours soutenu la religion, les gros mots comme la France, la Patrie, le mérite, l'honneur, etc., font toute l'horreur de la droite alors qu'à gauche, c'est plutôt la justice et la solidarité. Il est frappant de voir qu'on camoufle sous le nom de réalisme la défense de l'ordre établi et des privilèges. Ce qui justifie cet accaparement du réalisme par la droite (que je reprenais un peu légèrement dans mon article - corrigé depuis), c'est uniquement qu'à gauche on défend inexplicablement les utopies les plus impraticables alors que, pour l'écologie au moins, le réalisme s'impose, c'est de continuer comme cela qui n'est pas réaliste. Il n'est pas question de faire cadeau à la droite d'un idéalisme impuissant. Il faut montrer au contraire qu'il n'est pas réaliste de maintenir des inégalités trop grandes pour manifester à quel point la droite n'est pas du tout réaliste mais seulement inégalitaire, son réalisme consistant à protéger ses intérêts. Les conceptions psychologiques de la politique sont entièrement réfutées par les sondages, qui se trompent mais de peu quand même, et par le caractère géographique des votes, ce sont plus des intérêts communs et des traditions locales.

    On peut rire enfin d'une dernière étude établissant que les conservateurs sont plus heureux, contents d'eux-mêmes et de leur sort, ce qui est mis sur le compte de leur capacité d'adaptation et de leur optimisme, non de leur position sociale, alors que la gauche revendicative relèverait d'une sorte de maladie mentale, d'une insatisfaction puérile... On voit pourtant autant de volontarisme sécuritaire à droite pour protéger ses intérêts et le sentiment de peur est bien dans ce camp. Difficile de concilier ces jugements péremptoires avec le supposé pessimisme de la droite sur la nature humaine et l'optimisme de la gauche cette fois ! On se dit que ces enquêtes sont biaisés par le type de conservateurs testés négligeant les différents profils psychologiques d'un côté comme de l'autre et surtout les causes réelles (économiques, historiques ou locales) des différentes positions politiques.

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