L’économie expliquée par l’histoire

René Passet, Les grandes représentations du monde et de l'économie à travers l'histoire

La loi des milieux naturels et humains n'est pas l'équilibre qui les fige, mais le déséquilibre par lequel ils évoluent. p901

Voilà un grand livre comme il en sort peu par décennie, projet d'histoire totale reconstituant la généalogie des paradigmes culturels, scientifiques, économiques, à partir des périodes les plus reculées jusqu'à notre actualité la plus brûlante. Cette déconstruction de théories économiques renvoyées à leur historicité, vise à la reconstruction d'une bioéconomie intégrée à son milieu comme à l'histoire culturelle, économie vivante et en devenir, où se totalisent les savoirs accumulés avec les nouveaux paradigmes de la complexité et de l'économie immatérielle.

C'est aussi un gros livre de près de mille pages auquel il n'est pas question de s'attaquer d'emblée mais qu'il faudra étudier patiemment. On peut d'ailleurs parier que, malgré l'absence inexplicable d'index, il sera bien utile aux étudiants comme manuel pour comprendre l'histoire des théories économiques que René Passet replace dans l'évolution des idées, des conceptions scientifiques et de l'état des techniques, éclairant notamment le passage de la mécanique à la thermodynamique puis à la complexité écologique et informationnelle. Plus on avance dans le livre et plus c'est passionnant, la critique se faisant plus politique à mesure qu'on se rapproche de notre actualité.

En fait, même si on passe bien en revue les théories économiques (notamment Marx, Keynes, Hayek, etc.), on peut penser que c'est avant tout une histoire culturelle de l'humanité, où l'économie n'a d'ailleurs que peu de place au début, entreprise encyclopédique risquée et forcément "discutable", qu'on pourrait rapprocher de celle de Michel Foucault mais qui se réclame plutôt de Khun et de ses paradigmes dont les changements caractérisent les grandes révolutions scientifiques et techniques. Il faut tout ce détour historique pour comprendre notre temps tout comme l'économie actuelle à la lumière des considérables mutations techniques (émergence de l'immatériel), scientifiques (théorie du chaos, sciences cognitives) mais aussi politiques et environnementales que nous connaissons.

Ce projet d'histoire totale, qui était celui de Fernand Braudel, n'est donc pas une histoire idéaliste où les idées mènent le monde, mais plutôt une histoire des limites conceptuelles de chaque époque, de leurs grilles de lecture, comme disait Laborit ("La nouvelle grille"). L'histoire des théories économiques n'est pas seulement l'histoire des progrès de la science, c'est aussi l'histoire des aveuglements et des dogmatismes de chaque époque, de notre rationalité limitée et des "bulles spéculatives" qui se forment à chaque fois, dialectique cognitive qu'on peut trouver très hégélienne.

L'ambition transdiciplinaire du livre est en soi une critique du réductionnisme économique, notamment de l'homo oeconomicus néolibéral sur lequel l'histoire des théories économiques s'achève avant d'initier la recherche d'un nouveau paradigme par un étonnant "plaidoyer pour une approche bioéconomique de la destruction créatrice". Si la charge critique de ce qui précède est précieuse, c'est pour nous la partie la plus intéressante, couronnant l'ouvrage, mais si on ne confond pas la fin du livre avec la fin de l'Histoire, la leçon qu'on devrait en tirer, c'est que ce nouveau paradigme n'échappera pas plus que les autres aux limites du temps, aux simplifications, aux généralisations abusives, aux dogmatismes, etc...

Bien que ce soit l'histoire d'une sortie des pensées globalitaires magiques ou religieuses, il s'agit bien cependant d'une tentative de faire de l'économie une science globale, macroéconomique, élargissant ses données non pas pour tout réduire à l'économie mais pour relier l'économie à tout ce qui constitue son environnement, ce pourquoi il vaudrait sans doute mieux parler d'écologie plutôt que de "bioéconomie", terme plus ambigu et limitatif, d'autant plus qu'il est repris à Georgescu-Roegen avec un sens très différent puisque celui-ci se situe dans le cadre thermodynamique de l'entropie inexorable des systèmes fermés. René Passet le critique radicalement en lui opposant les structures dissipatives ouvertes mais surtout le paradigme biologique avec les théories du chaos, de la complexité, des systèmes, de l'auto-organisation, se situant dans une évolution complexifiante et une histoire en progrès. Notons qu'aux Etats-Unis, ce qui s'appelle bioeconomy s'inspire des mêmes paradigmes scientifiques pour défendre des théories ultralibérales d'un laisser-faire extrémiste (nécessitant paradoxalement une contrainte implacable) au nom de l'auto-organisation et de la sélection, dans la continuité de Malthus ou Spencer, voulant recréer une nature artificielle dans toute sa cruauté au lieu de prendre soin du vivant et de tenir compte de ses conditions vitales. Ces idéologies simplificatrices qui voudraient effacer nos mémoires et empêcher toute organisation collective sont tout le contraire des organismes vivants comme des systèmes finalisés et de l'approche transdiciplinaire de l'auteur qui arrive à concilier la prééminence fonctionnelle du tout et de sa reproduction (définissant une "utilité sociale") avec le bien-être de l'individu (plus que ses intérêts) comme finalité sociale ainsi que le principe de contrainte minimale valorisant l'autonomie des différents niveaux d'organisation. La reconnaissance de la complexité et de la biodiversité exclue les solutions simplistes, nécessitant tout au contraire une économie plurielle (marchande, publique, associative), notion chère à Jacques Robin auquel l'avant-propos rend hommage, mais qui n'a pas reçu assez d'écho jusqu'ici. Ce qu'il retient de la complexité, plus que de la biologie elle-même (comme il le souligne page 908), c'est l'interdépendance et la circularité, la coévolution à travers le franchissement de seuils et de mutations, la "destruction créatrice" enfin !

J'ai déjà eu l'occasion de m'étonner qu'on semble ignorer à quel point la France s'illustre par le nombre et la diversité des fondateurs de l'écologie politique dont René Passet est un représentant éminent depuis son livre "L'économique et le vivant" datant de 1979 avant d'être un acteur important de l'altermondialisme. On est cependant dans une écologie très éloignée de tout idéalisme et de l'idéologie écolo habituelle avec sa nature enchantée, écologie conservatrice voire régressive ou technophobe. On est là, au contraire, dans une écologie de transformation et une évolution complexifiante mais son "plaidoyer pour une approche bioéconomique de la destruction créatrice" marque assez sa différence par une valorisation audacieuse de cette destruction créatrice, incontournable dans les systèmes complexes. Il va jusqu'à renvoyer dos à dos les réductionnismes écologiste aussi bien qu'économique s'excluant mutuellement alors qu'il faudrait prendre en compte à la fois l'économie et l'écologie replacées dans leurs interactions, leurs contraintes et leur évolution effective. A l'origine, c'est Schumpeter qui a introduit cette notion de "destruction créatrice" à la base du nécessaire caractère cyclique de l'économie, chaque cycle se caractérisant par un changement de paradigme technique et une nouvelle génération d'entrepreneurs après la faillite des anciennes industries, mais on l'illustre en général par la disparition des dinosaures permettant aux mammifères de prendre leur place, la jonction avec l'écologie se faisant donc naturellement. C'est malgré tout une vision tragique de la vie et de l'économie, bien loin de toutes les utopies béates et d'une réalisation du royaume de dieu sur Terre ou de l'équilibre enfin trouvé. Je ne suis pas sûr que René Passet assume vraiment ce caractère tragique ramené à une adaptation plus progressive, une complexification qui doit s'appuyer sur l'existant mais, s'il n'y a effectivement pas de table rase dans l'évolution, il y a bien régressions, catastrophes, effondrements systémiques, destructions douloureuses avant que d'être créatrices. En tout cas, à faire la somme des savoirs du passé, il nous fait sentir le passage du temps, l'incomplétude de nos théories tout comme notre appartenance à l'histoire dont il ne se résout pas à prononcer la fin, totalité restant inachevée dans son inquiétude qui est la vie même.

Sommaire

  • DU "GRAND TOUT" ORGANIQUE A L'ECONOMIE SUBORDONNEE
  • De la magie au mythe et à la conceptualisation
  • De l'harmonie universelle au primat de la philosophie : "La science la plus élevée..."
  • La volonté de Dieu et le pouvoir du Prince : (Philosophia ancilla theologioe)
  • DE L'HORLOGE MECANIQUE UNIVERSELLE A L'EQUILIBRE ECONOMIQUE
  • De l'équilibre cosmique à l'équilibre social
  • L'économie sous le signe de l'équilibre
  • DE L'UNIVERS ENERGETIQUE AU DEVENIR DES SYSTEMES ECONOMIQUES
  • Les implications de l'énergétique
  • Le principe de conservation et l'éternelle stabilité de l'équilibre général : Walras
  • Le principe de dégradation dans une philosophie du dépassement : Marx et l'autodestruction du capitalisme
  • L'EMERGENCE DE L'IMMATERIEL ET LA DESTRUCTION CREATRICE EN ECONOMIE
  • Les mutations et leurs enjeux
  • Nouveaux regards sur le monde : destruction créatrice et complexité
  • L'économie au défi de la destruction créatrice et de la complexité

(compte-rendu pour EcoRev' no 36)

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19 réflexions au sujet de « L’économie expliquée par l’histoire »

  1. Tout ça est intéressant, mais j'ai accroché sur "laisser-faire", qui laisse faire ? L'état ? Le patron ? Le peuple ou les 3 ? Et par rapport à quelles interdictions qui seraient émises par qui ?

    Quelles sont les autorités du contre laisser faire ?

    A vrai dire, je ne vois pas bien où il y aurait du laisser faire, je vois plutôt en général du faire faire, que ce soit dans le public ou le privé, puisqu'il faut s'en référer à ce type de segmentation manichéenne.

  2. Oui, c'est la contradiction de "la constitution de la liberté" d'Hayek qui pour protéger "l'ordre spontané" doit édicter tout un appareil d'interdictions. C'est vraiment une nature artificielle...

  3. Il y a le fameux combat Hayek contre Keynes, l'épargne contre la dette, la stabilité dynamique des contre pouvoirs contre l'inflation statique des bulles dirigistes, sclérose des excès et optimismes exagérés en tous genres.

    La nature artificielle du démiurge Keynes n'est pas sans inconvénients non plus, puisqu'elle aussi érige un appareil d'interdictions et de largesses dont les effets ne sont pas si anodins dans les évènements en cours en Irlande par exemple.

  4. C'est justement ce que René Passet explique par les différents paradigmes en jeu et qu'il complexifie ne rejetant pas l'apport ni de Keynes ni de Hayek mais introduisant un paradigme plus complexe avec cette fameuse destruction créatrice.

  5. C'est toujours possible de m'envoyer un commentaire par la page contact pour un article dont les commentaires sont clos.

    Pa contre je ne peux pas laisser ouvert les commentaires sur une aussi longue période. Il y a trop de spams et de trolls et dotclear n'est pas très souple là-dessus.

  6. Largement de quoi te dégoûter d'avoir une histoire. Je me demandes si j'aurais pas préféré être un Aborigène. Enfin c'est pas parce qu'on n'a pas d'histoire qu'on n'a pas d'histoires.
    Les chiens aboyaient et René Passet.

  7. Vous me faites penser à ces "anti-capitalistes" qui en oublient le Manifeste communiste, on ne peut plus clair pourtant : "La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner toujours plus avant les instruments de production, donc les rapports de production, donc l’ensemble des rapports sociaux." S’ils oublient Marx, comment se souviendraient-ils des luddites qui, 40 ans avant Marx, faisaient du techno-capitalisme une critique en actes radicale ?

    Il est vrai que depuis Jean Zin a résolu l'enigme de l'histoire. J'oubliais ...

  8. Les trolls, c'est comme ça. Sans lire l'article, sans rien y comprendre, ils nous refilent leur petit dogme imbécile comme si on n'avait pas lu Marx, comme si Schumpeter ne s'était entièrement inspiré de Marx et comme si les luddites avaient une quelconque importance en dehors d'une belle organisation de la résistance ouvrière à un moment de l'histoire mais il n'y a pas d'histoire, tout est toujours pareil et les solutions qui ont échouées mille fois pourront toujours continuer à échouer... La certitude de la vérité n'est pas de mon côté !

    Sinon René Passet cite au début du livre la technophobie de taoistes chinois refusant de se servir d'un système mécanique pour puiser l'eau car celui qui utilise la mécanique devient lui-même mécanique... On peut penser que l'arriération de la Chine vient un peu de là mais les canons britanniques en ont eu vite raison, sans réplique possible. Je trouve d'ailleurs que ça ferait du bien aux technophobes de vivre à la campagne et de se confronter réellement à la dureté des choses plutôt que de vivre dans la schizophrénie d'une vie confortable qu'ils prétendent condamner.

  9. L'inadéquation de votre critique est patente, tant sur le monde que sur vos "ennemis intellectuels", que vous traitez avec toute la mauvaise foi nécessaire.

    Malheureusement, après avoir utilisé pendant 17 ans des tracteurs, je suis revenu à la traction animal. Quel immense progrès ce fut, d'un point de vue individuel et moral, que de parvenir à cette discipline de vie qui fonde l'organisation sociale locale (on imagine effectivement que vous vivez plus que moi dans "la schizophrénie d'une vie confortable"). La dureté des choses, je la connais plus que vous, quand il s'agit justement de ce mettre soi-même au pas, de ne pas sombrer dans ce cercle infernal de la facilité technologique, télévision, voiture, tracteur, ordinateur, téléphone portable et prozac pour finir, un peu avant de mourir.

    J'ai participé au développement de http://www.agritrait.com/ et aidé à la mise au point de certains modèles.

    On peut penser que l'arriération de la Chine vient un peu de là mais les canons britanniques en ont eu vite raison, sans réplique possible.

    Marche forcé vers le progrès avec Jean Zin ! Tous en avant, le grand saut dans le vide ! A coup de canon s'il le faut, vous produirez du capital immatériel en consommant sur votre téléphone portable l'arrière-monde numérique que s'invente chaque jour un monde plus franchement reluisant.

    Ces gens que vous appelez "technophobes" dans votre sotte dépréciation savent sans doute davantage la difficulté qu'il y a à résister à la facilité, l'attention permanente qu'il faut au chose et au monde, la sorte de discipline intérieur qu'il faut pour être au monde.

    Enchanté d'avoir connu votre site, mais votre pensée n'a rien de notable, elle est le digne rejeton de son temps. Elle passera elle aussi.

  10. Comme je le dis dans le commentaire d'un autre article, mon site n'est effectivement pas accessible à tout le monde et notamment pas aux sectaires de tout poil ni à ceux qui croient à une vérité révélée et immuable, "ma" pensée étant un peu moins simpliste que la vôtre et mieux informée. Bien sûr, comme je m'inscris dans l'histoire et tente de penser notre actualité, j'espère bien être dépassé par la suite n'ayant pas d'autre ambition.

    Ravi de savoir que vous travaillez la terre, de plus avec des animaux de trait, chose que j'encourage sans en faire une religion ni m'imaginer que ce pourrait être généralisé. La mécanisation a d'ailleurs été précédée au XIXème d'un développement insensé de l'exploitation des animaux qui était loin d'être toujours idéale faisant preuve d'une incroyable cruauté la plupart du temps.

    Pour ma part je vis à la campagne dans un confort suffisant bien que minimal et même si je ne fais pas grand chose de mes mains, cela dépasse souvent mes forces déclinantes, ne sachant si je pourrais continuer longtemps encore. En tout cas, je me vois mal couper mon bois avec une hache mais au néolithique je serais déjà mort.

    Je ne suis pas du tout pour la discipline, je suis le contraire d'un ascète content de soi admirant son effort qui le place au-dessus des autres, mais ce qu'il y a de bien quand on utilise un pseudo, c'est qu'on peut dire n'importe quoi sans moyen de vérifier quoique ce soit. Pour ma part, je n'ai jamais utilisé de pseudo, je ne suis pas un lâche, j'assume ce que je dis et ce que je suis. Il y a tout de même un point sur lequel on ne peut raconter d'histoire, véritable cogito ergo sum, c'est qu'il faut bien utiliser un ordinateur pour venir sur mon blog et le commenter. Pas de leçons à recevoir là-dessus, question schizophrénie ! Malgré cette exception, il est un fait que la plupart des technophobes sont des urbains complétement à côté de la plaque n'ayant pas le courage de faire ce qu'ils disent pour en éprouver les limites.

    Je dois m'excuser d'avoir oublié de préciser, pour ceux qui l'ignoreraient, que ce n'est pas moi qui ai tiré à coup de canon sur une Chine arriérée impatiente de prendre sa revanche. Ce n'est pas moi non plus qui ai conquis l'Amérique, ce sont des faits historiques que ça plaise ou non. Il faut comprendre pourquoi car rien ne sert de le déplorer et il faut se mentir à soi-même pour s'imaginer qu'on va convertir la Terre entière à une sagesse taoïste qui ne manque certes pas de vertus mais qui a toujours été celle d'une infime minorité. En tout cas, on se préoccupe ici de la réalité et des solutions praticables, d'une réelle alternative pas de changer le monde de façon complétement imaginaire surtout préoccupé de sa petite existence et d'une pureté fascisante. Les technophobes sont des cons décervelés et fiers de l'être, exactement comme les technophiles exaltés, leur préoccupation commune étant de ne surtout pas penser (c'est-à-dire de ne pas dévier d'un pouce de leur pensée unique). Ce n'est pas très grave, cela n'empêche pas l'histoire de continuer et l'évolution des techniques qu'il vaut mieux prendre en compte plutôt que de croire faire barrage contre le pacifique à soi tout seul. En tout cas on a de vrais problèmes auxquels il faut trouver de vraies solutions et il n'y en a pas des milliers étant donné le monde tel qu'il est et les hommes tels qu'ils sont. Cela exige un travail et d'abandonner une bonne partie de ses rêves les plus fumeux pour revenir à la rugueuse réalité, seule façon de réaliser ce qui peut l'être de la justice et de la raison.

  11. @Bloak > Le fait est que les canons existent, à partir de ce constat on peut se dire que l'humanité est définitivement maudite, mais bon.
    Chacun son expérience en effet. Les amishs par exemple disent refuser la modernité, mais définissent quand même une date à ce qu'ils appellent "modernité" apparemment puisqu'ils utilisent quand même des vêtements tissés, des charrues, des roues. Si vous êtes heureux de la traction animale c'est très bien, mais avez eu la chance de pouvoir choisir votre technologie. Sur votre site on voit bien une traction animale, mais les outils semblent tout de même avoir fait l'objet d'ingénierie.
    Toujours est-il que lors d'un voyage en Australie je me suis rendu compte, après une panne de voiture au milieu de rien, qu'un rapport totalement pacifique avec la nature était bien difficile. Le bush est plus fort qu'un homme seul, et j'étais admiratif de voir la personne qui gérait la station service dans laquelle j'ai trouvé refuge quelques temps. Le we quelques cow-boys (je ne saurais pas les appeler autrement) sont venus socialiser un peu dans la station service. A cet endroit, ou au ranch, tout n'était clairement pas mécanisé, mais ce qui l'était semblait être plus utile qu'aliénant.
    En France on ne peut pas non plus dire que le lave-linge n'ai pas été à l'origine de vraies révolutions sociologiques, notamment par rapport à une capacité donnée aux femmes de choisir un rôle public. Peut-être que nous y avons tous perdu une attention aux choses, une certaine discipline intérieure... mais en fait, en soit, ça sert à quoi ? Je pourrais aussi me mettre un boulet aux pieds pour me donner une certaine discipline quand je marche, pour avoir une attention accrue à cette formidable coordination qui nous permet d'avancer... l'intérêt me semble minime.

  12. La technique demande juste d'y mettre son nez dedans sans l'aduler ni la rejeter, ça permet au moins de la critiquer au cas par cas.

    Les taoïstes étaient très friands de techniques médicales, artistiques ou guerrières en tous genres, probablement jusqu'à l'absurde parfois.

    Ma foi, si on met au point des tracteurs plus utiles que les bœufs, où est le problème ?

    Ou alors retournons au silex et à la cueillette des origines, mais il n'est pas dit que ça soit satisfaisant, mis à part pour quelques puristes d'un âge figé.

    Mr Bloack est un bon exemple des conflits personnels ubuesques de l'humain qui préfère enc... des mouches en plein vol, plutôt que de s'affranchir de ses icônes.

  13. "nous créons maintenant la gamme "Agri’trait" qui propose un large choix de matériels et outils agraires à traction animale, modernes et confortables. "
    http://www.agritrait.com/
    C'est seulement un extrait du révolutionnaire Bloack qui se moule parfaitement dans un mainstream marketing séduisant, et tout et tout. Le gars, il sait vendre le matos, le modernisme à l'appui du camelot, pas neuf.

    Il défend sa boutique, mais rien de bien original.

    Les commerciaux se sont toujours présentés comme des révolutionnaires. C'est la bourgeoisie du 18 ème qui a fait la révolution.

  14. "S’inspirant ainsi de l’époque du cheval besogneux, roi de nos labours, nous indiquerons également des produits d’occasion dont la liste sera régulièrement réactualisée."

    Pour en rajouter, la besogne comme maxime de l'existence masochiste. Les pauvres chevaux qui n'en pouvaient plus sous la besogne de leurs maitres, voilà l'horizon.

    Au secours Marx, et Engels ...

  15. Tout cela n'empêche pas que la traction animale est à encourager dans un certain nombre de situations et que les tracteurs qui retournent trop la terre sont contre-productifs, l'avenir étant à un labourage plus soft, sinon à l'absence de labourage. Il ne faut pas nier le bon côté de ces nouvelles tendances qui tiennent compte des excès précédents, sans les mythifier pour autant.

    L'erreur, c'est de penser que les techniques dépendent de nous, du fait qu'on soit pour ou contre, alors que seul compte le résultat final qui s'impose à long terme par la balance entre l'efficacité et les effets pervers. On a besoin de pionniers mais ce n'est pas une question de volonté et le refus de telle ou telle technique par quelques uns n'a jamais empêché son utilisation par d'autres. Par contre, être pionnier dans une nouvelle technique comme dans le retour à d'anciens savoirs faire peut être le préalable à leur remplacement des techniques actuelles si on en démontre l'efficacité.

  16. Bien sûr que des techniques anciennes peuvent être redécouvertes et adaptées à certains cas, en l'occurrence à des terrains escarpés ou/et dans des pays pauvres, c'est mieux que rien.

    Quant à la profondeur du labourage, il y a probablement une marge à ne pas dépasser, mais la promesse de rendements rapides rend le débat toujours difficile.

  17. Non, il y a de vrais problèmes et on peut obtenir des rendements convenables et plus durables sans labourage. On ne peut tout savoir mais il ne faut pas trop parler de ce qu'on ne connaît pas et se renseigner avant d'appliquer des raisonnements tout faits, pas prendre le parti de la technique par principe et parce que des imbéciles croient pouvoir condamner La Technique qui n'est en rien menacée car cela n'existe pas et n'a pas besoin de justifications. La traction animale est vraiment à encourager, même si ce n'est pas généralisable. Il ne s'agit pas d'un retour en arrière mais d'un progrès sur plusieurs points même si je crois aussi que pratiquée à grande échelle cela serait aussi déshumanisant dans la réduction de l'animal à l'outil.

  18. Oui, mais bon, des tracteurs légers solaires à chenilles pourraient faire une sorte de grattage du sol pour pas cher, à l'image des tondeuses solaires.

    Moi, je ne prends pas le parti de la technique car c'est mon travail au quotidien que la technique et de se la cogner, et toutes les merdouilles qui l'accompagnent, et que je la remets en cause quotidiennement, poil de cul après poil de cul, c'en est une vraie chien lie parfois, à se taper la tête contre un mur.

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