Les affaires continuent…

Il y a des signes d'une rechute imminente, notamment aux Etats-Unis, et il n'y a rien de bon à en attendre. Alors que ceux qui prennent leurs désirs pour la réalité voulaient se persuader, étant donné son ampleur, que cette crise systémique serait la dernière du capitalisme, force est de constater que les affaires continuent, aussi bien les scandales politico-financiers que les spéculations financières. Si la situation s'aggrave, on peut dire que c'est sur tous les plans !

On n'est pas à la fin de l'histoire, on n'a rien vu encore, mais l'ambiance nauséabonde, très années trente, est un sombre présage. Si l'histoire ne se répète pas, ce sont bien les mêmes processus qui sont à l'oeuvre. Le fascisme et la xénophobie sont de nouveau à la mode, ce qui paraissait impensable il y a si peu de temps, alors que le communisme ne s'est pas remis de son effondrement trop récent. On ne peut dire que la situation soit favorable aux "progressistes", ce serait plutôt le moment de rentrer dans une résistance minoritaire, qu'on peut espérer assez forte pour renverser le courant, pas de croire que le capitalisme va s'effondrer tout seul pour nous laisser entrer dans le monde merveilleux de la liberté, de l'égalité et de la fraternité républicaine.

C'est un combat qui n'est jamais gagné d'avance. Il semble même qu'on doit absolument passer par le pire avant de redresser la tête. Il n'y a pas de doute qu'on s'en sortira par une écologie-politique mais qui n'est pas de taille encore, trop perdue dans les brumes, entre pragmatisme, moralisme et utopies, pour réussir à rallier l'opinion et s'opposer au raidissement des situations conflictuelles. Ce n'est pas la gauche qui nous sauvera non plus, ayant perdu toute substance et crédibilité. La révolution il faudra bien la faire nous-mêmes pour changer la classe politique, les institutions et les rapports de production mais ce n'est pas pour tout de suite, ce n'est pas le temps du rêve, seulement celui de la résistance pour nous sortir de ce cauchemar.

On sent ce que peut avoir d'exagéré le fait de parler de cauchemar pour notre vie tranquille, où les effets de la crise ne sont pas encore assez visibles, très loin de la misère des années trente. L'histoire ne se répète donc pas, ou plutôt, comme dit Marx, "la première fois comme tragédie, la seconde comme farce" (après Mussolini on a Berlusconi) ! C'est bien la même erreur, qu'il faut combattre, et qu'on retrouve dans le management à la mode, même si l'horreur n'en est pas comparable. En tout cas, pour l'instant, grâce aux interventions étatiques musclées, il n'y a pas d'effondrement comparable à celui du communisme, ni de baisse significative de la production. L'étonnant, c'est qu'apparemment rien ne se passe. Comme Hegel le constatait en 1800, il faut bien admettre que tout continue...

"Je vais avoir cinquante ans. J'ai vécu trente ans dans une époque éternellement agitée, pleine de crainte et d'espoir, et j'espérais qu'on pût un jour être quitte de la crainte et de l'espoir. Je suis forcé d'admettre que tout continue" (Hegel, Systemfragment).

La situation reste constamment indécise mais l'économie ne s'arrête pas tant que le système monétaire tient bon. Une dévaluation du dollar semble pourtant inévitable, ne serait-ce qu'à cause des sommes injectées, et il est impossible d'ignorer malgré tout les déséquilibres qui se creusent et n'ont pas été résolus. Il y a une absolue nécessité de destruction de dettes des pays les plus riches et d'une inflation qui "euthanasie" les rentiers, seulement, ce n'est pas du tout l'intérêt des pays émergents qui n'ont pas eu le temps d'amasser de telles dettes. Il faut souligner cependant la formidable inertie du système, en rapport avec sa taille mondiale, qui fait qu'on est déjà mort et qu'on ne le sait pas, qu'on peut courir dans le vide sur notre lancée pendant un temps étonnamment long avant le grand plongeon. En même temps, tout peut s'écrouler très vite, mais se redresser presque aussi vite parfois.

D'ailleurs, il faut également souligner à quel point nos gouvernants ne savent pas ce qu'il faut faire en dehors des moments les plus dramatiques, la très grande difficulté qu'il y a à faire une analyse juste de la situation, la multiplicité des théories partielles ne pouvant rendre compte de l'évolution de la crise dans toutes ses dimensions. Il n'y a pas comme certains l'imaginent un complot de nos dirigeants qui sauraient très bien ce qu'il faut faire, il y a un sauve-qui-peut généralisé où, bien sûr, ceux qui sont aux commandes ménagent d'abord leurs propres intérêts, presque naïvement ! Les politiques keynésiennes ont montré leur pertinence à court terme mais à ce niveau, on ne peut empêcher un retour de bâton cinglant, la question étant de savoir comment en sortir, ce qui ne peut se faire sans pas mal de casse, et donc de savoir qui va trinquer.

On est confronté là au réel dans sa complexité. On pourrait avouer simplement n'y comprendre rien et ne pas savoir ce qui va se passer mais la finance illustre justement la supériorité des prévisions malgré tout, du "crédit" qu'on y fait, sur pas de prévision du tout, ni de crédit ("Celui qui ne prévoit pas les choses lointaines s’expose à des malheurs prochains". Karl von Clausewitz). Les krachs sont très impressionnants mais ils ne détruisent pas toute la richesse créée par les investissements financiers, loin de là. La productivité de la finance est statistique, probabiliste, ce qui inclue les moments de crise et les faillites financières qui font de la spéculation une activité incertaine par nature mais la crise étant intégrée à son fonctionnement, elle ne menace pas le système qu'elle régénère au contraire (Schumpeter parlait de "destructions créatrices").

Il ne s'agit pas de faire comme certains qui nous prédisent toujours l'effondrement pour les prochains mois sans prendre en compte les forces d'inertie et la réactivité à l'information. Il est courant dans ces affaires de se tromper de 10 ans, sinon plus, et d'être surpris au moment même où l'on ne voit plus rien venir. Les dates sont on ne peut plus incertaines de l'événement improbable par rapport aux probabilités du quotidien, ce qui est certain, c'est qu'on revient inévitablement au réel un jour ou l'autre et qu'il y a des ruptures nécessaires, des restructurations brutales. L'important, ce sont les dynamiques en cours, les déséquilibres matériels et générationnels, les bouleversements technologiques et géopolitiques, les contraintes écologiques. Rien à voir ici avec le prophète de malheur qui prédit une fin du monde qui n'est pas arrivée et n'a plus de raisons de se produire une fois passée l'échéance fatidique, alors que dans notre cas, si les dates sont incertaines, les menaces, elles, sont beaucoup plus certaines.

D'ailleurs, pour une part, les menaces sont cycliques (générationnelles entre autres) car, dans le vivant, les cycles consistent à se confronter alternativement à l'excès et au manque. Dans le tâtonnement de notre exploration d'un réel qui nous échappe, il se produit inévitablement des bulles qui se forment par effet boule de neige auto-entretenu, exagération difficile à évaluer par manque d'un tiers suprême qui pourrait nous dire quand on exagère et contredire avec autorité les croyances majoritaires. C'est un peu comme dans les guerres. Il faut sans aucun doute surestimer sa puissance pour se lancer dans une guerre qu'on va perdre, mais comment savoir avant ? Telle est la question ! Seule l'expérience est décisive, l'évidence du désastre. Notre maladie première, malgré toute notre science accumulée, c'est notre ignorance...

Notre rationalité limitée n'empêche pas que notre savoir soit loin d'être complétement nul, de même que les crises financières n'annulent pas la productivité du capital. Ce sont au contraire des moments où apparaît aux yeux de tous notre dépendance totale de la finance qui dicte ses conditions aux Etats alors même qu'elle est prise la main dans le sac. Il est normal de vouloir se débarrasser de cette dépendance, sauf que nous sommes confrontés ainsi à la puissance de la finance et de ses paris sur l'avenir, puissance qui n'est pas réductible à une puissance d'oppression ou de contrôle, comme le prétend une certaine vulgate de gauche, mais qui est bien une puissance de production. Les politiques sont confrontés à cette puissance et comprennent vite tout le pouvoir effectif qu'ils peuvent tirer de s'y soumettre. On n'arrêtera pas la collusion des politiques et de la haute finance, on n'empêchera pas ces puissances de se rencontrer ni les échanges de bons procédés, on n'en a certes pas fini avec les affaires...

C'est la démocratie qui en prend un coup, du moins au niveau du mythe car dans les faits, la ploutocratie est plus que centenaire ! On peut s'en énerver mais la prétendue "servitude volontaire" accusée de tous nos maux est très explicable la plupart du temps par l'efficacité matérielle et non par quelque maléfice. Chacun tire parti du système même à en réprouver les injustices ou le fonctionnement, question de vie ou de mort peut-on dire, de participation à la société telle qu'elle est. Il faut bien le dire, si tout le monde était prêt à s'appauvrir considérablement, un peu comme à Cuba, il n'y aurait pas de problème, on pourrait se passer de la finance et du capitalisme mais c'est une vue de l'esprit des décroissants, une baisse de 10% du budget est déjà insupportable, touchant les plus démunis. On veut maintenir notre niveau de vie et les prestations sociales, ce qui nous rend dépendants des emprunts et donc de la finance internationale. C'est un cercle vicieux dont il est illusoire de penser qu'on pourrait sortir à brève échéance et qui ne peut être brisé même par un effondrement monétaire, sans doute, pas plus qu'une hypothétique révolution (vue de l'esprit aussi).

On n'en est pas à rêver d'un monde futur idéal mais à faire face à une montée des tensions, du chômage, du racisme, de l'intolérance, de la corruption, de l'ordre policier. Un tel niveau de destructions nettes d'emploi salarié n'avait jamais été observé depuis l'après-guerre et ne pourra être longtemps sans conséquences. L'impuissance de la politique à nous sortir de la crise peut mener à toutes les aventures, la déconsidération de nos élites corrompues laisse la voie à tous les démagogues. Ce n'est peut-être pas chez nous que le danger est le plus grand, la désillusion d'Obama peut mener aux pires extrémités aux U.S., empire déclinant qui n'a plus les moyens de ses guerres.

Il y a cependant une réelle possibilité que cette situation de crise larvée n'aille pas tout de suite aux extrêmes et soit durable, ne se résolvant pas avant des années. Si on continuait à suivre la même pente qu'en 1929, c'est maintenant que devrait se faire le grand plongeon. C'est bien possible avec la fin des plans d'intervention mais il faut dire que les mesures prises jusqu'ici diffèrent du tout au tout de ce qui s'était fait à l'époque. Si les raisons qui nous ont mené là sont à peu près les mêmes, nous ne sommes donc pas pour autant dans la même situation car la situation est "sous contrôle" peut-on dire, même si c'est du pilotage à vue purement réactif, ce n'est pas rien et pourrait éviter la panique, c'est-à-dire aussi faire durer la crise plus longtemps...

En effet, on a besoin de l'effondrement du système pour repartir (voire de la guerre!). Le pilotage de la crise pourrait l'empêcher, et donc de détruire les dettes, nous condamnant à un appauvrissement des systèmes sociaux, mais il ne pourra empêcher l'inflation à cause du développement des pays les plus peuplés qui sont notre meilleur espoir de sortie de crise et une autre différence importante avec 1929. Ce n'est d'ailleurs pas sans poser de graves problèmes, écologiques et géopolitiques, tension sur les ressources et divergences d'intérêt avec les vieux pays endettés. En tout cas la reprise des pays les plus peuplés se traduit inévitablement par une reprise de l'inflation, ce qui devrait nous éviter la déflation. De quoi absorber les dettes sur la durée, mais la concurrence des pays pauvres sera sans doute très douloureuse pour nos industries. Rien de réjouissant. L'Europe est à un tournant qui devra opter pour une plus grande intégration ou une dislocation, à vrai dire peu vraisemblable mais le risque existe de ne pas résister à ce changement de cap avec la rigidité allemande et une lutte contre l'inflation, devenue obsolète, qui nous marginalise un peu plus encore d'un monde qui se fera sans nous ! Malgré tout cela, on a toujours l'impression que rien ne se passe, que nous sommes passés en dehors de l'histoire.

Quoiqu'il en soit, l'aggravation de la crise ne nous est pas favorable, contrairement à ce qu'imaginent les critiques du capitalisme, et il y en a peut-être pour des dizaines d'années. Le pire est toujours possible du côté politique comme du côté économique, avant qu'un nouveau consensus n'émerge autour d'une écologie-politique et d'un développement humain à l'ère de l'information. Il n'y a aucun signe à ce jour qui soit encourageant, ni les réseaux numériques, ni les mouvements sociaux, ni les partis politiques. Le plus désespérant, c'est de constater qu'on arrivera pas à ce consensus avant d'être au bord du gouffre, comme toujours. J'espère être démenti, les surprises sont toujours possibles, les conjonctions d'événements improbables. Les enjeux écologiques pourraient servir d'accélérateurs ainsi que le développement des communications. Ce qui est sûr, c'est qu'on aurait les moyens de s'en sortir, et même qu'on finira par s'en sortir et faire de nouveau reculer la barbarie. Sur le long terme la raison finit toujours par l'emporter. En attendant, les populations sont désorientées mais les affaires continuent...

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25 réflexions au sujet de « Les affaires continuent… »

  1. La sortie, comme à chaque crise monétaire c'est de repenser la MONNAIE elle même.

    C'est quoi la monnaie exactement ?

    Un crédit partagé, mais pas un crédit entre personnes uniquement, un crédit entre générations.

    C'est ne pas comprendre la relativité de toute valeur qui fait se coincer l'économie sur la valeur des plus âgés agrippés à leurs certitudes comme un singe à sa branche.

    Il faut que le singe lève la tête et se mette debout pour voir la lignée ininterrompue de ses descendants, et le peu de choses qu'est ce qu'il croit être la réalité économique devant le changement.

    http://www.creationmonetaire.info/2...

  2. C'est sûr qu'il est plus que temps de faire consensus autour de l'écologie-politique et du développement humain.
    C'est sûr aussi que cette époque connaît des relents nauséabonds voire dangereux...
    Je crois d'ailleurs que des signes peuvent nous permettre d'espèrer et votre blog est l'un deux et que comme vous le dites c'est crise n'est peut-être pas tant financière qu'il n'y parait et qu'un sursaut démocratique pas impossible. Cette crise pourrait beaucoup plus être une crise de la modernité comme si moderne n'était pas aussi désirable que cela et en tous les cas où l'humain doit encore avoir ses droits....
    Les droits de l'homme ne sont pas du passé et n'ont pas à être sacrifiés sur l'autel de l'innovation.

  3. ce que vous dites laisse quand même peut d'espoir . je serais curieux de savoir si il est encore possible d'avoir recours à l'épargne des gens pour refinancer la dette plutôt que d'emprunter sur les marchés mondiaux ?

    sur le fait d'entrer en résistance , je reste dubitatif ne voyant plus très bien ce que cela peut vouloir dire aujourd'hui , à part des truc à la con comme aller gueuler dans la rue ? car sur la désorientation actuelle ( qui n'est pas désorienté et qui sais vraiment quoi faire ? ) ou la barbarie néofasciste qui s'annonce et qui dérange presque personne que peut on faire , la configuration en 40 étant en ce sens beaucoup plus simple il suffisait de prendre les armes et devenir un terroriste .

  4. A Brunet,
    La vie est trop souvent un combat, mais quitte à combattre autant savoir qui et s'informer, ce que vous semblez déjà avoir fait; après il est toujours temps de combattre et savoir avec quels armes. Nous sommes encore dans une démocracie, il reste donc des voies de recours même traditionnelles, même des partis ou des associations avec leurs atouts et leurs failles peuvent fair pencher la balance....

  5. La fonction des crises, ce qui fait que l'histoire avance par son mauvais côté, c'est certainement de nous laisser peu d'espoir et de nous faire revenir sur terre sur nos concitoyens au lieu de faire appel à l'amour ou à quelque autre valeur transcendante. Ce n'est pas une nouveauté que les gens soient naturellement xénophobes et pas du tout comme on voudrait qu'ils soient. Il est assez imbécile de croire que tout le monde va marcher dans nos belles utopies. Lorsque la situation est plus tendue, on ne cherche plus à changer les gens ni à faire des plans sur la comète mais à sauver ce qui peut l'être.

    Rien d'exaltant sans doute mais il ne faut pas pousser, ce n'est pas plus difficile que de rentrer dans la résistance (il y en a eu très peu au début). Résister à la fascisation des esprit peut être tout de même intéressant, notamment dans la production culturelle car il y a indéniablement une lutte idéologique à mener sur ce plan mais il faut prendre en compte que c'est la défaite de la gauche qui est la cause première de ces dérives, l'absence de projet alternatif qui livre les populations aux démagogues. On a vu dans la résistance des royalistes combattre avec des communistes, c'est ce qui a permis de dégager le consensus du programme national de la résistance. Les batailles se gagnent d'abord dans les têtes, à condition de coller au réel et de ne pas croire qu'on peut faire n'importe quoi (ou qu'un raisonnement simpliste donnerait la solution sans tenir compte de la multiplicité des dimensions, des paramètres, des niveaux, sans tenir compte de ce qui fait système dans la production). Une façon d'éviter le pire, serait d'arriver à ce consensus sans une aggravation de la crise, mais c'est ce qui est impossible, c'est donc bien notre faute, on a besoin que les fachos se rappellent à nous et nous fassent entendre raison.

    Il me semble très difficile de se retirer du marché mondial et de recréer un marché financier national, il faudrait d'abord ramener le déficit à de plus modestes proportions, ce qui veut dire une politique de rigueur brutale.

  6. J'ai un peu l'impression qu'il n'y a pas de crise, puisque rien ne change. Il y a eu une poussée d'acné en 2002, puis l'UMP en 2007 pour ses gesticulations énergiques et autres tics ou tocs, probablement le FN en 2012, retour à l'original après la copie.

    Le FN au pouvoir ne changera pas grand chose de plus.

    Ca sera toujours des affaires de notables protégeant des notables puisqu'ayant accès aux meilleurs juristes.

    Ce n'est pas par hasard que NS et sa clique sont des juristes, de même pour Obama.

    La majorité des gens me parait ronfler, ceux qui ont encore un revenu potable.

    Quant à la gauche PS, elle est tellement molle, endormie, percluse de rhumatismes, qu'il n'est pas étonnant que beaucoup la boudent.

    Sans doute un déficit hormonal.

  7. Je parle des juristes parce que je les ai fréquentés, j'en suis partiellement un, études et boulot.

    Deleuze lui même parlait de l'influence du droit.

    C'est un domaine intéressant, même si barbant au premier abord.

    Tout se joue souvent sur des détails sémantiques et de procédure. Très enc... de mouches, mais c'est de là que tout part.

  8. la production culturelle s'est fait normalisée depuis longtemps hélas . et les quelques qui luttes effectivement contre la fascisation des esprits sont complètement marginalisés et n'ont aucun impact . l'action intellectuelle est bien trop difficile aujourd'hui , et puis c'est pas du tout ce que les gens cherchent . pire ça leur fait peur . moi même j'ai longtemps essayé de titiller la schizo phobie des gens sans grand resultats hélas , et puis ça devient trop dangereux pour continuer . je n'ai pas l'intention de mourir de mort violente ni de risquer l'hospitalisation d'office pour un monde qui n'a pas vraiment fait grand chose pour moi et dans lequel je ne me reconnait plus du tout . je le dis quand même car c'est sans doute une impression , celle de vivre dans un bunker depuis trop lontemps , qui doit être quand même assez répandu , sans que cela puisse affecter en quoi que ce soit le destin du monde . non moi personnellement c'est plus du tout mon affaire , même si je vais sans doute morfler plus que les autres , comme d'hab . se jetter au tapis pour éviter les balles perdues , essayer de passer entre les gouttes, caché au fond du paysage . je pense que c'est pas tellement le temps de la résistance , mais plutôt celui de la stupeur qui laisse sans voit et sans idée .

  9. mais après je dis ça ( c'est les vacances je cherche un peu de paix ) et je suis sur qu'à la première opportunité je recommencerai (autrement ) . à la fois on a rien vue encore et difficile de se projeter dans un avenir plus que jamais impensable pour beaucoup et en même temps la persécution, les privations et le déclassement , c'est le quotidiens de tous les précaires depuis quelques années déjà , me situant plutôt dans cette catégorie et ayant atteind mes limites depuis longtemps , j'ai du mal à entendre que le pire nous attend et qu'on a encore rien vue . mais vous avez certainement raison , à ce que je crois comprendre . et peut être que d'être un peu moins seule dans la précarité avec cette hausse record du nombre de chomeurs , attirera l'attention sur le sort des exclus. qui vivra vera .

  10. @brunet :

    Personnellement, j'ai connu le chomdu et pas qu'un peu.

    Il a même fallut que je m'expatrie, avec tout ce que ça coûte, pour éviter cette plaie. Car c'est vraiment une plaie quand ça dure.

    Quand je vois tous les gens qui restent au bord de la route sans presque rien, ça m'en bouche un coin.

    C'est probablement pas avec mes petits bras musclés que je vais changer le truc.

    Mais bon, partout où j'ai bossé, j'ai ouvert ma gueule pour dire ce qui n'allait pas. Je m'étais taillé une mauvaise réputation de déclencheur de guerre.

    D'où des conflits, des mises au placard et des licenciements.

    Je m'en fout, je continue selon ma conception, quitte à mettre le Bronx. Je suis incorrigible.

  11. Moi, ça me fout les jetons ces mecs tout en intériorité assis sur leurs défenses utilisant la technique de l'édredon pour nous étouffer et qui ne sont au fond que des curés qui nous font la morale et surtout font l'erreur suprême de nous prendre comme moyen et non comme fin, avec cette obsession du bonheur qui n'est que l'identification au maître.

    Bien sûr c'est avec des demi-vérités qu'on nous trompe toujours, il ne dit pas du tout n'importe quoi. Cela permet de voir en tout cas comme des théories subversives comme la critique de la marchandise se sont reconverties en discours moralisateur et normalisateur, faisant appel à une nature qu'il faudrait reconquérir. C'est quasiment identique à ce qu'on trouve dans la Bible, voire dans des écrits égyptiens ou sumériens, en tout cas, c'est exactement ce que répète le curé à chaque homélie, sa fonction étant de nous culpabiliser.

    Mon article "le désir plus que la vie" est à l'opposé de ces conseils de bonne vie, ce sont plutôt des conseils de "mauvaise vie". On a vu aussi la psychanalyse dans sa version freudienne comme lacanienne passer de la subversion à la normalisation. Il n'y a décidément aucune position assurée, la position critique est toujours aussi délicate et paradoxale.

  12. Toujours percutantes vos critiques.

    C'est vrai qu'il ne dit pas que des bêtises, mais aussi qu'il a une sorte de séduction de la promesse.

    Le retour des curés ou autres imams se fait en force depuis quelques années. Amène !... comme mauvais jeu de mot.

    Un signe de l'inquiétude ambiante.

    Je me demande quelle sera la réaction à ce phénomène.

  13. Tout discours ne relève t'il pas une fonction normalisatrice? N'est -ce pas aussi dans la fonction du language?

    La "mauvaise vie" j'ai connu et je peux dire que la "bonne vie" me semble tout aussi subversive. Maintenant je vous lis avec intérêt depuis quelques années et si je revendique une part spirituelle chez l'homme cela fait-il de moi un curé? Et puis à vous lire j'apprends jamais je n'avais réalisé que l'obsession du bonheur pouvait être une identification au maître.
  14. Certes, tout discours est normalisateur car, avant même d'être récit, le langage est impératif. Du coup, même à vouloir valoriser la "mauvaise vie", on en fait une vie bonne devenue impérative. Ces cercles vicieux sont bien connus, notamment de certaines traditions bouddhistes mais un psychiatre ne peux l'ignorer.

    C'est la psychanalyse qui nous apprend que le surmoi n'est jamais rassasié et que plus on exige de nous, plus il en faut. En tant que cognitiviste, Christophe André refoule cette difficulté, tout comme le transfert. Pour s'en sortir il faut une stratégie compliquée que le dispositif analytique met en place sans aucune garantie d'échapper à la suggestion hypnotique.

    Pour ma part, je défends depuis longtemps une "analyse révolutionnaire comme expression du négatif", ce qu'on peut rapprocher d'un feed back permettant de corriger le tir mais qui n'est pas une valorisation du négatif, seulement une attention au réel et la conscience de ses contradictions. J'essaie d'échapper à l'identification mais je n'y arrive pas, au moins je l'avoue et n'en rajoute pas en me prenant pour le législateur suprême qui va apprendre aux autres à vivre. Ou plutôt je me prends comme tout le monde pour le législateur suprême mais je n'y crois pas, je sais que c'est ridicule et que je serais pris à mon propre piège (je connais mon ignorance).

    Evidemment je n'ai que mépris aristocratique pour les jouissances bassement matérielles, cette critique n'est en rien nouvelle, depuis la plus haute antiquité (préhistorique), et se pare de l'apparence d'une théorie moderne en parlant de marchandisation. Ce n'est en fait que mépris du peuple à qui on attribut des instincts bestiaux et une bêtise très supérieure à la nôtre alors qu'on consomme autant de marchandises. On se croit non-dupes et c'est être deux fois dupe ! En fait la "consommation ostentatoire", qui certes existe y compris chez les plus pauvres, n'a rien de matérialiste, c'est pour être reconnus, c'est pour garder un statut social, ne pas perdre la face. Il est assez absurde de parler de matérialisme pour des gens qui écoutent de la musique. On pourrait parler plutôt de divertissement comme Pascal ce qui n'a vraiment de sens que pour le religieux supposé se consacrer à son dieu. Aux injonctions de la publicité, on ajoute le double bind de ne pas suivre ses injonctions en nous promettant l'autonomie par rapport au désir de l'Autre. Les religions promettent toujours la liberté par l'abandon complet de sa propre liberté. Tout cela, ce ne sont que des mots. La vraie vie est ailleurs.

    Je suis matérialiste dans un tout autre sens, darwinien, qui est la détermination en dernière instance (après-coup) par les contraintes matérielles (mais aussi les contraintes logiques). Cependant, notre statut de sujet vient du langage, de l'esprit qui se distingue de la matière, notre expérience est celle de l'ex-sistence d'un être parlant et de la liberté que cela nous donne, notre valeur est fonction des discours et du sens que nous donnons à notre existence. Je suis profondément dualiste et je parle, comme pour Sartre, d'un matérialisme spirituel, seulement, c'est une spiritualité exigeante qui n'a rien à voir avec les projections naïves qu'on appelle en général spirituelles parce qu'elles n'ont aucune autre réalité que celle de notre imaginaire qui prend ses désirs pour la réalité. Il ne s'agit pas de renoncer au désir comme désir de l'Autre.

    Le curé, c'est celui qui veut nous faire croire à ses conneries (j'ai opposé le prêtre qui parle au nom de l'Autre et le poète qui parle au nom de nous), on l'est tous à un moment ou un autre. Comme toujours la stratégie n'est pas d'éliminer le négatif (la bêtise, le délire, le mensonge, l'erreur) mais d'en prendre conscience, d'en tenir compte, de l'intégrer dans notre propre critique pour, notamment, ne pas se prendre pour modèle (nous ne sommes que de pauvres pêcheurs), sans y arriver pourtant ! mais tout ceci est un peu compliqué à expliquer...

  15. Drôle tout de même cette association de la théologie et de la psychanalyse, enfin, en tant que non psy, non initié, je peux pas en dire grand chose, faudrait que j'en lise plus, et même, mais ça surprend, "ça interpelle quelque part" comme on a pu dire :

    http://theo-psy.net/Vergote.aspx

    J'ai juste vu que A Vergote a été curé, personne n'est parfait, a t il continué à l'être ? D'ailleurs il m'est arrivé, ou arrive aussi de porter la soutane, enfin, d'un point vue de l'attitude, car j'aurais eu du mal à supporter le séminaire, je n'ai pas essayé non plus. Souvent trop indiscipliné, bordélique, pour ça.

    Déjà que le salariat me pèse, malgré certains aspects positifs, la routine est pénible parfois, souvent.

    En tout cas, il plairait à Onfray, curé puis psychanalyste, un vrai gâteau pour lui. La grosse Bertha, ou orgues de Staline, cracherait ses obus à en faire fondre les fûts de canon.

  16. Il y avait des curés (jésuites) à l'Ecole Freudienne et le frère de Lacan, Marc François, était un moine bénédictin alors que je considère que Lacan a fondé le seul athéisme intégral basé sur l'inexistence de l'Autre (mais il a vécu comme un échec personnel que son frère ne perde pas la foi comme lui!). J'encourage les interprétations symboliques des religions comme des mythes qui sont effectivement très psychanalytiques, la psychanalyse n'ayant rien inventé, elle a seulement découvert ce qui crevait les yeux. Le problème, c'est qu'on ne peut continuer à croire à une religion une fois qu'on en fait une lecture symbolique, sauf à vivre dans le déni.

  17. Pour aborder un tout autre aspect, j'ai trouvé ce témoignage d'un agriculteur pratiquant la perma culture :

    http://www.dailymotion.com/video/x8...

    Etant de nature observatrice, depuis mon enfance dans la nature, il me parait qu'il y a là une bonne piste de localisation.

    La conjugaison des espèces végétales et animales est très riche en possibilités. L'agriculteur en question est assez génial dans ses démarches, il expérimente en permanence, échecs, réussites. Je trouve cette approche remarquable.

    L'intelligence devrait faire cas de tels types d'expériences.

  18. Vous avez une boule de cristal d'excellente qualité qui vous permet de projeter une simulation virtuelle du futur assez crédible et probable.

    En attendant, les décennies passeront et le "pire" pourrait bien ressembler à ce que décrit R.Saviano.

    Cavanna disait : "l'ultime étape du capitalisme, c'est la mafia". Il n'est pas plus prophète que vous, d'accord, mais ça me parait assez juste.

    Qu'en pensez-vous?

  19. Non, c'est croire que le capitalisme serait uniquement de l'arnaque, ce qu'il n'est pas. La mafia existait avant le capitalisme et n'a pas été bien loin. La mafia est un réseau hiérarchique, ce qui n'est pas la même chose qu'un marché. Le capitalisme s'impose par son efficacité matérielle, sa productivité. Il n'y a pas de capitalisme non régulé qui se limiterait à la prédation. Lorsque le capitalisme devient frauduleux, c'est qu'il perd son efficacité, ce qui suffit à lui faire perdre le soutien de l'opinion et de tous ceux qui en profitent. Il est certain que dans la dernière période financière et comme avant 1929, ça déraillait du côté du n'importe quoi mais justement, ce n'est pas durable et mène à la crise. J'ai tendance à considérer que le pire est toujours derrière nous car ce qu'on a connu jusqu'ici était assez effrayant. On n'est pas tiré d'affaire mais pas sûr qu'on fasse pire...

  20. Dans les grandes lignes, je comprends ce que vous voulez dire. Mais tout de même je voudrais faire quelques objections, bien que je ne sois spécialiste de rien. Je suppose que vous parlez de capitalisme au sens moderne du terme, à partir de la révolution industrielle. Vous savez sans doutes mieux que moi que selon certains, il existait dès la fin du moyen-âge, au "temps du marchand" pour utiliser l'expression de J.Le Goff, et au quattrocento durant la république florentine, les spéculations sur les campagnes qui ruinent les paysans et enrichissent les marchands-entrepreneurs, ces fameux "princes marchands", il me semble bien qu'on puisse parler de capitalisme. Et "capitalisme frauduleux", pour la profane que je suis, ça tient du pléonasme. "ultra-libéralisme" disons alors. Parce que la structure mafieuse en relève bien (c'est d'ailleurs l'expression qu'emploie R.Saviano si j'ai bonne mémoire).
    Et comme vous le savez aussi bien que moi, la "chose" mafieuse est internationale, avec des "succursales" sur tous les continents.Et elle est bien liée à la production: d'armes et de drogues surtout. Et le système mafieu est bien ce qui régit pas seulement 4 régions du sud-italien. Nombre de pays de l'ex-Yougoslavie, l'Albanie, et que dire de la Russie? Pour ne citer que ceux-là.
    Ce n'est pas seulement de déprédation qu'il s'agit, celle-ci est un corollaire de certaines activités. Les déchets toxiques ne viennent pas seulement d'Italie mais de la moitié de l'Europe, c'est bien d'une forme de "production" qu'il s'agit. Ce qui ce passe en Somalie, dans l'ouest-africain, y est en partie lié puisqu'il n'y a "plus de place" dans le sud italien. Et il n'y a pas une "guerre de libération", une faction ou une autre qui ne soit fournie en armes par son intermédiaire. Il me semble qu'actuellement la "chose" a tendance à s'étendre dangereusement.

    "Lorsque le capitalisme devient frauduleux, c'est qu'il perd son efficacité, ce qui suffit à lui faire perdre le soutien de l'opinion et de tous ceux qui en profitent." Vous avez certainement raison, mais cela peut prendre des décennies avant de se résorber. C'est pourquoi je disais que ce pouvait être une forme, une illustration du "pire", déjà à l'oeuvre dans plusieurs endroits du monde .

  21. oui, je n'ai pas dit qu'on s'en sortirait rapidement mais il ne faut pas ramener le capitalisme à la mafia pas plus que le salariat à l'esclavage même s'il y a des continuités. On peut faire remonter le capitalisme financier aux Vénitiens et aux Génois, comme Braudel (les affaires au loin), on peut même remonter aux Grecs, voire à l'Egypte de la période intermédiaire mais je crois qu'on rate l'essentiel de la spécificité du capitalisme qui n'a structuré la société qu'à partir du capitalisme industriel.

    Le mode de domination de ce capitalisme n'a rien à voir avec les anciennes dominations des riches sur les pauvres et de la force sur la faiblesse, son instrument de domination étant essentiellement le bon prix des marchandises. Il n'y a rien de commun entre l'ultra-libéralisme et la mafia, leurs ressorts sont très différents et quand on craint la généralisation du crime, c'est qu'on est dans une période d'anomie et de retour en arrière, pas du tout dans le capitalisme appuyé sur le droit, encore moins dans son avenir.

    La façon dont Marx parle de la lutte des classes dans le manifeste est trompeuse. Cela donne l'impression que tout est toujours pareil alors que la lutte des classes a un rôle spécifique dans la capitalisme pour déterminer le partage de la plus-value. Cela donne aussi l'illusion qu'il y aurait 2 races distinctes, les oppresseurs, les riches, les dominants, les possédants avec lesquels nous n'aurions rien de commun et de l'autre côté, nous les pauvres, les opprimés, les prolétaires, les salariés. Ce n'est pas si simple, il y a des divisions dans les 2 camps, ce n'est pas le bien contre le mal mais des processus matériels qui marchent, s'emballent, s'enrayent, se reconfigurent, etc. Il y a toujours des méchants, des mafias, des arnaqueurs mais ce n'est pas pour cela que la Chine s'est convertie au capitalisme, elle avait déjà tout cela chez elle, c'est pour son productivisme qui est sa force irrésistible (le bon marché des marchandises qui abat toutes les murailles de Chine). C'est pour la même raison que la mafia prospère dans un capitalisme qu'elle ne veut pas abattre ni remplacer.

    Ne pas comprendre ces causes systémiques et matérielles (en dernière instance), c'est ne rien comprendre et donc ne pas pouvoir s'opposer aux dérives de l'ultra-libéralisme ni pouvoir construire une alternative, se réduisant à une résistance morale sans véritable débouché ni d'autre horizon qu'un retour en arrière à un meilleur capitalisme moins mafieux. Il faudrait au contraire voir ce qui distingue notre époque des autres, distinguer cette crise financière de la crise écologique, technologique, anthropologique avec leurs différentes temporalités pour s'assurer qu'il n'y aura pas de retour en arrière ni à des régimes totalitaires ni à un état de barbarie même si on peut passer par des périodes sombres qui peuvent durer quelques dizaines d'années quand même. C'est le message d'espoir du matérialisme "en dernière instance", que les systèmes qui ne sont pas viables ne vivent pas très longtemps et qu'on progresse inévitablement sur le long terme non pas malgré les catastrophes mais grâce à elles bien plus que grâce à nos bons sentiments qui ne font souvent qu'empirer les choses...

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