La crise n’a pas (encore) eu lieu

Le système financier ne s'est pas écroulé, les bourses remontent, la spéculation reprend, la révolution n'a pas eu lieu. On commence à parler, timidement, de sortie de crise. Les financiers couverts d'opprobres relèvent la tête : ce n'était pas si grave, le système est increvable, on peut décidément tout se permettre...

Ce n'est pas un mauvais moment pour faire le point sur les causes de la crise et ses suites probables, car on n'a rien vu encore ! La lenteur des conséquences économiques et sociales peut surprendre mais ne devrait pas tant nous étonner car la crise de 1929 aussi avait été assez longue à l'allumage avec de nombreux rebonds faisant faussement espérer une reprise qui n'arrivait jamais. Un peu comme pour le climat, plus on a affaire à des cycles longs, plus l'inertie est grande même s'il y a des moments d'accélération brutale.

Il faut souligner à quel point les crises illustrent comme nous sommes dépendants d'une situation qui nous échappe en grande partie, la seule liberté qui nous est laissée étant de faire ce qu'il faut faire et ne pas se tromper sur la difficile interprétation des faits pour ne pas empirer encore les choses ! On est loin de pouvoir maîtriser les effets collectifs de nos actions qui s'imposent à nous comme des phénomènes naturels extérieurs (il nous faut attendre que la mer monte pour quitter le port).

Les crises illustrent aussi comme nous sommes dépendants des moindres signes, le nez collé à la vitre. D'où l'importance de prendre un peu de recul afin d'essayer de comprendre les véritables causes de la crise et comment elle pourra se résoudre. Pour cela il ne suffit pas de faire appel à des déductions théoriques (libérales ou marxistes) mais il faut prendre sur l'économie comme sur l'idéologie un point de vue historique et même cyclique. Il y a cependant une très grande résistance à la notion de cycle sans laquelle pourtant on ne comprend rien à ce qui se passe, à notre actualité dans sa répétition du passé.

Nous ne sommes sans doute même pas à la fin de la crise bancaire, seulement dans l'absorption du premier choc, mais la crise économique commence à peine et il n'y a aucune chance que les énormes déséquilibres en jeu ne provoquent pas, à plus ou moins court terme, un effondrement global qu'on n'aura plus les moyens d'éviter.

C'est l'effondrement du dollar qui est attendu surtout mais c'est l'ensemble du système qui sera atteint. D'une certaine façon, ceux qui croient possible de maintenir une valeur du dollar devenue fictive, sont les mêmes que ceux qui ne voulaient pas croire à l'éclatement de la bulle immobilière. LEAP/E2020 pense que la rupture du système monétaire international est pour cet été. Il faut se méfier de ces prédictions datées car on n'est pas dans l'astrologie et les étapes précédentes ont montré qu'il fallait attendre un certain temps pour que les évidences s'imposent et si cela ne se produit pas cet été, cela se produira plus tard, inévitablement !

En effet, non seulement la dévaluation du dollar et l'inflation sont inévitables, mais il n'y a pas d'autre sortie possible de la crise sans destruction massive de capitaux et de dettes devenues insoutenables. Si ce n'est l'hyperinflation, il faudra des guerres ou des révolutions (on aura sûrement les deux).

D'autres pensent qu'on pourrait s'en tirer par une injection encore plus massive d'argent public dans l'économie ou par la revalorisation des salaires mais, si ces mesures sont nécessaires, elles ne peuvent éviter ni l'inflation ni les faillites en chaîne puisqu'on ne reconstituera pas la bulle de crédit. Il faut effectivement bien comprendre les causes de la crise, qui ne se limitent pas à la dérèglementation financière, ni à la financiarisation de l'économie, ni aux modèles mathématiques, ni à la baisse des salaires (toutes choses qu'on retrouve dans la période menant à 1929). Raisonner en terme de cycle, c'est en effet comprendre d'abord que la cause de la crise c'est la spéculation précédente et qu'il y a des dynamiques positives (cercle vertueux de la croissance ou bulles spéculatives) et des dynamiques dépressives ; mais il ne faut pas oublier non plus qu'il y a différentes temporalités et différents cycles imbriqués.

Ainsi on a vu que c'était le retour de l'inflation qui a déclenché la crise, avec l'augmentation du prix des matières premières à cause du boom des pays les plus peuplés et la hausse des taux d'intérêt rendant insolvables ceux qui avaient souscrit des subprimes ou d'autres crédits à taux variables. Le paradoxe c'est que ce retournement de tendance inflationniste qui sonnait la fin du modèle précédent de croissance basé sur l'endettement a créé un tel choc que les taux ont rebaissés à des niveaux jamais atteints, nous faisant entrer dans une phase de déflation sans que cela stoppe la purge des créances douteuses, de même que la baisse du pétrole ne suffit pas à sauver une industrie automobile dont on a entrevue la fin car on sait que cette baisse est provisoire. La dépression devrait durer plusieurs années, une dizaine peut-être (un peu moins sans doute) mais le cycle déflationniste devrait être de beaucoup plus courte durée que l'inflation et la croissance qui vont suivre,

Il y a donc imbrication de dynamiques contradictoires sur des temporalités différentes mais constituées de boucles de rétroactions auto-référentielles qui entretiennent et amplifient une tendance, toujours poussée un peu au-delà des limites avant de tomber dans une dégringolade inverse, excessive elle aussi. Des marxistes parlent de la surproduction comme cause de la crise, et certes ils ont raison en ce sens que seul le capitalisme connaît ces faillites où les productions qui ne sont plus assez profitables disparaissent brutalement, entraînant les autres à leur suite, conséquence d'une production déterminée par le profit. Cette surproduction n'est pas comparable pour autant aux surproductions que connaissent périodiquement tous les secteurs. Ici, la surproduction apparaît du fait du retournement du cycle : là où le marché montait et attirait des acheteurs, maintenant il baisse et réduit la solvabilité générale, avant de se réorienter à la hausse, mais pas avant une phase de "destructions créatrices".

La surproduction de l'immobilier est plutôt une conséquence de la crise, pas sa cause, de même que la surproduction automobile est une conséquence de la hausse inéluctable du pétrole et de la fin de la civilisation de l'automobile. La véritable cause de la crise est bien historique, cyclique, démographique, générationnelle, très semblable à celle de 1929 tout en ayant de meilleures perspectives, me semble-t-il, grâce au développement de la Chine, de l'Inde et du Brésil, entre autres. C'est bien cependant leur entrée en scène qui a produit la pression sur les matières premières et le retour de l'inflation. Il est donc absurde de parler de sous consommation, comme certains, alors qu'il y avait au contraire surconsommation et surchauffe.

Cela n'empêche pas que les inégalités ont entretenues la spéculation (comme à la belle époque ou sous Loui XV) et que la baisse des salaires combinée au développement du crédit a constitué la contradiction principale du système, son point faible qui a cédé le premier. La sortie de crise devra passer par une revalorisation des salaires et un rééquilibrage du rapport capital / travail mais cela passe inévitablement par l'inflation car c'est la lutte contre l'inflation qui favorise les rentiers par rapport aux actifs et vise la réduction des coûts par la concurrence à outrance des travailleurs, y compris avec l'étranger. Il s'agit bien de basculer d'une configuration économique dans une autre basée sur un autre modèle de développement, avec l'idéologie qui va avec.

Car, le plus curieux, c'est de constater comme les cycles ne sont pas seulement économiques mais tout autant idéologiques. Ainsi, le libéralisme triomphe plutôt dans la phase dépressive du cycle, celle de la lutte contre l'inflation, de la montée en puissance des rentiers et d'une génération dominante vieillissante qui sombre dans la futilité et le sécuritaire. On peut s'amuser à constater que la spéculation ne s'empare pas seulement des marchés mais touche aussi bien la métaphysique, fût-elle critique, n'épargnant pas même le milieu révolutionnaire ! La phase d'inflation et de croissance est plus réaliste, égalitaire et solidaire avec une montée de la jeunesse et des luttes sociales, un retour de l'Etat et de l'intérêt général. J'ai essayé en 1999 de montrer les différentes phases des cycles du capital (innovation, appropriation, concentration) dans ses différentes dimensions économiques, démographiques, sociologiques, idéologiques. L'important n'est pas tant l'exactitude de conjectures toujours discutables, que les perspectives dégagées et qui rendent sensibles les insuffisances des analyses ignorant ces aspects cycliques et qui s'enferment dans des lois éternelles intenables, détachées de toute dialectique historique au profit d'une vision bien trop linéaire.

Ainsi des marxistes comme Louis Gill ("À l’origine des crises : surproduction ou sous-consommation ?") voudraient tout expliquer par la baisse tendancielle du taux de profit en nous refaisant le B.A.BA de la théorie. Seulement, il n'explique absolument pas ainsi notre crise actuelle et plutôt celle de 1974 ! Il s'enferme dans un dogmatisme un peu trop rigide qui l'empêche notamment de comprendre le rôle des externalités dans la production de valeur. De même qu'on ne peut croire qu'il s'agisse d'une crise de sous-consommation alors qu'il y avait sur-consommation, il parait quand même un peu difficile de croire que la crise serait due à la baisse des profits quand ils étaient au plus haut !

Pour ma part, j'ai essayé de montrer dans mon article sur les cycles du Capital que Marx n'a pas une position constante sur les crises et qu'il admettait l'existence des cycles même s'il espérait la crise finale. En tout cas, la baisse du taux de profit ne provoque pas immédiatement un effondrement mais passe, une fois les bienfaits de l'innovation épuisés, par des stratégies de reconstitution de la plus value comme l'intensification du travail, la baisse des coûts et des salaires mais aussi, nous dit Marx, par le développement des services, des produits de luxe, le commerce extérieur (les colonies) et enfin le développement de la finance-épargne, des actions investies ou des obligations acceptant un revenu financier inférieur reconstituant le profit des industriels, leur part de plus-value. On peut penser que c'est à la fin du processus que la crise survient, quand le poids de la dette et la pression sur les salaires (avec la concurrence chinoise) se font trop forte, mais cela ne rend pas compte de la simultanéité et du caractère systémique de la crise qu'il faut renvoyer à des cycles générationnels à plus long terme.

En effet, s'il s'agit de cycles, cela veut dire que ça va repartir, que ce n'est pas la fin du capitalisme ni la fin du monde mais seulement la fin d'un monde et des excès d'une époque décadente. Schumpeter (qui pille Marx tout comme Keynes) a fait la théorie de ces cycles de Kondratieff comme cycles d'innovation (nouvelle génération d'entrepreneurs), les crises ayant la fonction de "destructions créatrices" nécessaires pour reconstituer le taux de profit et dégager le terrain à de nouvelles techniques, un peu comme la fin des dinosaures a laissé le champ libre aux mammifères. On aurait donc une phase A d'inflation portée par l'innovation, l'investissement et le développement endogène, suivie d'une phase B plus dépressive tournée vers la spéculation financière, l'intensification de l'exploitation et l'impérialisme, le crash final n'étant là que pour mieux repartir à zéro en effaçant les dettes. C'est l'année sabbatique des juifs de remise des dettes mais qui revenait tous les 7 ans, année de mise en jachère (Chemita). Il semble dès lors bien difficile d'éviter la destruction des patrimoines par guerres ou révolutions. Cependant, la véritable raison des crises, c'est simplement le retournement de cycle car la croissance nourrissait la croissance de même que les faillites provoquent des faillites. Il y avait un courant porteur alors que le sol se dérobe soudain sous nos pieds.

Il serait effectivement absurde de parler de sous-consommation au moment où l'inflation revenait. C'est bien plutôt la surconsommation et le retour de l'inflation qui menaçaient le système pyramidal de l'immobilier et le régime d'accumulation de cette fin de cycle. Cela ne réfute en rien la nécessité de politiques keynésiennes constituant une indispensable gestion de court terme, compensation nécessaire des retraits massifs dues au credit crunch et à la phase (courte) de déflation en réaction au choc du retour de l'inflation (sur le long terme). Il y a différentes temporalités qu'il faut savoir traiter de façon différenciées. Ce n'est certainement pas la politique keynésienne elle-même qui permettra de sortir de la crise qu'elle ralentit seulement mais bien la dévaluation du dollar et la destruction des dettes par l'inflation qui devrait s'en suivre, laissant le terrain libre pour une économie verte et numérique qui s'ouvre sur l'Afrique. Plus qu'une politique keynésienne, c'est donc d'une politique inflationniste qu'il s'agit, même si il faudrait maintenir un taux d'inflation raisonnable si possible...

La sortie de crise ne sera donc pas la fin du capitalisme et du système financier mais un nouveau capitalisme plus régulé dont on a donné les caractéristiques principales : inflation, réduction des inégalités (impôts), nouvelle génération, retour de l'Etat, revalorisation des salaires et des protections sociales, ce qui devrait se faire cette fois sous la forme d'un revenu garanti pour tous de même que la relocalisation devrait se substituer au protectionnisme. Cela ne veut pas dire pour autant que le capitalisme n'en sera pas fondamentalement transformé (par l'écologie et le numérique notamment). Cela ne veut pas dire non plus qu'on ne sortira pas du capitalisme, ni même que la sortie du capitalisme n'aurait pas déjà commencée, mais pour de toutes autres raisons et sur une toute autre temporalité. Le capitalisme ne s'effondrera pas sur ses propres contradictions ; du moins, il s'effondre mais repart toujours. Ce qui le condamne à plus long terme, c'est le travail immatériel, la gratuité numérique et l'écologie, la contradiction des nouvelles forces productives avec le rapport salarial et l'indispensable régulation de la production, mais l'étatisation n'est certainement pas la seule réponse possible alors que l'autonomie est devenue un facteur essentiel de production et la relocalisation une nécessité écologique. Il faut donc profiter de la sortie de crise pour créer les conditions d'une sortie du salariat par les institutions du travail autonome et du développement humain mais ne pas confondre pour autant sortie de crise et sortie du capitalisme.

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35 réflexions au sujet de « La crise n’a pas (encore) eu lieu »

  1. la relance kénésienne semble vraiment tarder . ne serait il pas judicieux de commencer la relocalisation avant . qu'une relance postérieure ne pourrra que fortement doper?

    la relocalisation est illégale face au traité de lisbonne est à une coucurrence dite "libre et non faussée" . comment contourner cette difficulté ?

    fasse à cette cécité médiatiquement organisée sur la réalité de l'émergence d'une nouvelle génération d'entrepreuneur ( autonomes) , j'ai le sentiment que ce qui va l'emporter c'est le renforcement du salariat , voir du collectivisme intégrale . comment peut on est assuré que cette nouvelle economie , verte et numérique va finir par s'imposer ?

  2. Pour l’instant, la crise se développe en effet selon un schéma très comparable à celui des années 30, avec une intensité supérieure (aux Etats-Unis) dans la première phase. Mais il faut dire aussi que le montant des dettes irrécouvrables est considérablement plus élevé aujourd’hui qu’à l’époque.
    Le regain d’optimisme actuel (sur les marchés financiers) repose sur la croyance d’un secteur bancaire (presque) nettoyé de ses toxines – une fiction : les banques, dans leur ensemble, sont complètement décavées, et nécessiteraient une recapitalisation bien plus importante (impossible ?) que ne le prétendent les « stress tests ».
    Une forte rechute est donc prévisible, qui accréditerait le développement d’un cycle conforme à ceux observés par le passé, dans la continuité de la « destruction créatrice » schumpétérienne. Mais il est sans doute un peu tôt pour prédire la forme d’organisation des sociétés qui en résultera. Car les embarras à venir seront probablement très douloureux, à la hauteur du déni de réalité dont font preuve les autorités politiques et monétaires.
    Je vois mal comment le système financier pourrait échapper au désastre. En ce sens, la crise n’a en effet pas commencé…

  3. Je ne suis assuré de rien, je mets en perspective la crise avec les crises précédentes et relève ce qui oriente les transformations du système de production. D'un certain côté, le point de vue que je défends est optimiste (surtout dans les mauvais moments en s'assurant que ça devrait s'arranger) mais d'un autre côté c'est un peu désespérant car très fataliste : c'est la situation qui décide pour nous plus que nos belles idées...

    Il me semble donc, je me répète, que la relocalisation s'imposera d'elle-même et qu'il ne sert pas à grand chose de vouloir forcer l'allure à moins que les conditions locales soient réunies pour cela. La lenteur même des effets de la crise me semble un facteur de la destruction du système. C'est un peu l'histoire de la grenouille dans un bain tiède qu'on réchauffe insensiblement jusqu'à l'ébullition et la mort car un effondrement soudain contraindrait une solution immédiate protégeant les situations acquises. C'est encore plus vrai en France, pour l'instant encore très épargnée.

    C'est d'ailleurs ce qui me fait penser maintenant que la crise risque d'être plus longue que je ne croyais. Il est indispensable de penser les cycles pour comprendre ce qui arrive mais cela ne donne pas la prescience des événements car ce n'est pas de l'astrologie. Ainsi, il est difficile de déterminer la durée d'un cycle. Les cycles de Kondratieff étaient en moyenne de 60 ans mais pouvaient se réduire à 40 ans. Si l'analogie avec 1929 se confirme (là aussi au-delà de ce que je croyais), cela voudrait dire que le cycle se serait rallongé à 80 ans, ce qui est logique si c'est un cycle démographique étant donné l'allongement de la durée de la vie et de la formation. Je croyais qu'on était vers le dénouement de la crise (1945 mais aussi 1789 ou 1848) mais si on n'est qu'en 1930 ça fout beaucoup plus les jetons car il se pourrait qu'on entre dans une dépression de plus de 10 ans et que la "révolution" soit remise à un peu plus tard, le pire étant devant nous pour l'instant, avec des risques énormes. Encore une fois rien de sûr là-dedans et rien qui doit nous pousser à "baisser la garde" alors qu'on est de toutes façons à l'aube d'une ère nouvelle.

    Pour l'instant, ça se passe quand même beaucoup mieux qu'en 1929. La relance keynésienne est bien là avec tous les milliards injectés dans l'économie, elle est simplement trop faible (ce n'est pas le plan de travaux publics de Roosevelt qui a supprimé le chômage mais la guerre où les sommes mobilisées étaient 10 fois supérieures! Il faut vraiment que nos vies soient menacées pour réagir à la hauteur des problèmes). Si on n'avait pas fait cette relance monétaire, la situation serait bien plus catastrophique. Ce que je dis dans l'article, c'est qu'il faut le faire bien que ce ne soit pas ça qui permettra de sortir de la crise mais seulement l'effondrement du dollar qui devrait en être la conséquence. L'action la plus subversive serait d'inonder le monde de faux dollars mais l'action la plus utile serait de créer des monnaies locales pour échapper partiellement à l'effondrement du système monétaire.

    Je ne suis pas sûr que la relocalisation soit illégale mais de toutes façons, tout le monde se fout de la légalité quand il y a le feu. Les règles budgétaires ont été vite abandonnées quand cela s'imposait.

    Encore une fois, si je ne crois pas au renforcement du salariat, c'est pour des raisons matérielles : la contradiction du rapport salarial et des nouvelles forces productives immatérielles, autonomes, créatives. Il faudra du temps pour cela mais cela me semble inévitable. On passe par des périodes régressives mais sur le plus long terme il faut bien s'adapter aux conditions matérielles. Ce n'est pas par idéalisme que les USA se tournent vers l'économie verte. Les conflits sur les droits d'auteur et la gratuité numérique manifestent des contradictions qu'il faudra bien résoudre. Ceci dit, dans la nouvelle génération d'entrepreneurs, il y a les pays émergents où le capitalisme industriel a encore des beaux jours devant lui avant de s'épuiser là aussi.

  4. ce que vous dites me semble malgré tout assez vrai. si c'est le cas ça serait terrible . si la situation décide pour nous , je me demande comment va réagir la masse . vous parliez de guerres et de révolutions, vous pouvez en dire plus ?
    de tgoute façon tant qu'il n'y a pas de consensus sur le diagnostic et les remèdes , cela ne peut aller qu'en s'empirant .

    peuit êtr pas de quoi baisser les bras , qu'il nous faille dix ans pour construire un mouvement révolutionnaire victorieux ne nous fera pas reculer . mais de quoi avoir sérieusement la haine . car il y aura sans doute de la grosse casse et pas mal de macabés ...

  5. Si on est en 1930, on aura 1945 dans 15 ans ! Bien sûr, qu'il y ait des cycles n'empêche pas que c'est à chaque fois différent (il n'y a pas que des cycles, en particulier la techno-science est cumulative, pas cyclique). Les cycles ne permettent pas de prédire l'avenir, seulement de suivre les dynamiques sous-jacentes et de ne pas prendre des modes temporaires pour des tendances définitives.

    Les similitudes avec 1929 sont si grandes que l'hypothèse d'un cycle de 80 ans cette fois semble s'imposer mais on voit bien qu'une marge d'erreur de 20 ans est considérable et qu'on ne peut en tirer aucune réelle prédiction. C'est, comme presque toujours en sciences humaines, un savoir qui ne sert pas à grand chose, mais ce pas grand chose n'est pas rien quand même et sert surtout à la bonne compréhension des événements.

    En tout cas, ce n'est pas la même chose si la crise dure 2 ans ou 15 ! J'ai toujours dit que plus ce serait long et plus les risques étaient grands. Cela laisse le temps à des démagogues de mobiliser les foules dans des guerres ou des fascismes volontaristes. Cela laisse aussi le temps à un projet révolutionnaire de prendre forme mais il ne faut pas rêver qu'on n'aura que le meilleur, le pire est bien plus sûr au bout de 10 ans de chaos et de désespérance. Comme en 1930, le plus probable c'est qu'on aura toutes les options qui se feront une concurrence darwinienne (fascisme, communisme, New Deal, 1936) pour déterminer qu'elle est la meilleure. Pas sûr, l'unification du monde s'opposera peut-être à ce morcellement (grâce aux mobiles et internet ?).

    Il semble en tout cas que plus les changements doivent être radicaux et plus il faut qu'il y ait de la casse (avoir une belle peur disait Heidegger en 1929, espérant qu'un Hitler pourrait sauver l'Allemagne!). Pour l'instant, on n'a pas encore assez touché le fond, notamment en France, pour que des changements radicaux s'imposent (même au niveau financier, on ne change presque rien). Cela veut dire que le temps n'est pas encore à l'action et plutôt à la réflexion, à condition de crever la "bulle spéculative" de la philosophie et de la politique actuelles (moraliser, fraternité, changer l'imaginaire, etc.). Quand le bateau prend l'eau de toutes part, il faut écoper tous ensemble, pas se faire des risettes. Notre marge de liberté est très faible, c'est le plus décourageant. J'ai rajouté dans le texte qu'il faut attendre que la mer monte pour prendre le large, rien à y faire, mais beaucoup dépend quand même de ce qu'on fera à ce moment et notre liberté dépend en grande partie de notre intelligence et des solutions qu'on apportera alors (mais il faudra sans doute expérimenter l'échec des solutions les plus simplistes avant).

    Il me semble bien plus intéressant de montrer que les idéologies suivent un cycle plutôt que de seulement établir que nos idées sont déterminées sociologiquement ce qui est toujours mystérieux puisqu'on ne peut sortir de notre condition alors que nous faisons l'expérience de nos changement de modes tout au long de notre vie et de celle de notre génération.

    Bien sûr, il reste la possibilité que le dollar s'effondre vraiment cet été et qu'à la rentrée on ait de grandes grèves générales mais je n'y crois plus beaucoup à si courte échéance, en espérant être démenti car c'est l'accélération de l'histoire qui pourrait nous éviter la catastrophe, accélération qui n'est pas impossible avec le numérique et les enjeux climatiques.

  6. J'aime assez le style grandiloquent avec lequel votre matérialisme intégral vous conduit aux abîmes de l'impuissance fataliste : "c'est la situation qui décide pour nous plus que nos belles idées."

    Certains sont de savants désespérés, d'autres des progressistes catastrophistes. Manifestement, d'un texte à l'autre, vous oscillez entre comme ma pendule entre le désespoir optimiste et le spectateur désabusé. L'écologie a sans doute les fils qu'elle mérite.

  7. Il n'y a rien de tout cela ici, seulement le réalisme de l'évaluation des possibles, aucun fatalisme ni catastrophisme mais une stratégie qui s'adapte au terrain.

    On est content de savoir que certains n'oscillent jamais, assez sûr d'eux-mêmes et de leur volontarisme paranoïaque, assez sûrs enfin de changer le monde par la force de leur esprit, pour pouvoir s'auto-admirer, sans que leur agitation ne change en quoi que ce soit notre situation.

    Il est aussi stupide de mettre cela sur le plan de l'optimisme ou du pessimisme, un peu comme le Medef avec ses risquophiles et risquophobes. Il s'agit de comprendre les dynamiques en cours et les potentialités du moment. Il faut ignorer l'histoire pour penser autrement mais, effectivement, l'époque est idéaliste (symptôme de notre impuissance), cela ne durera pas...

  8. Bigre ! Mieux vaut ne pas s'aventurer sans casque, sur ce blog. Entre les "savants désespérés" et les "progressistes catastrophistes", il reste un peu de place pour les snipers 😉

  9. Je vois les mots "catastrophiste" et "catastrophisme" et j'entends quelques soupirs fatigué de tant d'agitation...

    La situation actuelle appel pourtant ces mots lorsqu'on s'informe du sens de cette crise et du sens de l'histoire.

    L'histoire nous apprend que les moments traumatiques à l'échelle d'un pays sont cycliques... depuis la fin de la guerre d'Algérie la France vivait plutôt tranquillement.

    J'ai 39 ans et je suis fasciné par la légèreté intellectuelle des gens de ma génération, élevés sous la TV et ses sous-produits culturels, alimentés par l'agro-industrie alimentaire sale de l'après 2ème guerre mondiale.

    Pour beaucoup notre monde est parfait... débile, pollué, régressif, et dont Sarkozy est le président suprême et élu démocratiquement.

    Oui il est probable que la France et le monde entier entre dans une crise majeure, un moment traumatique.
    Toute l'inconscience des peuples dit "démocratiques" mène aujourd'hui à cela...

    Mais au fond rien n'est très grave... cette crise n'est qu'un monde virtuel et économiquement virtualisé qui s'effondre. Que les banques et le dollar s'effondrent ne changera pas la course du soleil, la vie des potagers, le son du vent ou le chant des grenouilles le soir.

    Cette crise sera surtout majeure pour tout ceux qui "croient" que le monde économique virtualisé est le seul monde réel.

    Le dogme du vide comme seul réalité.

    Ceux des villes en particulier qui vivent dans l'univers rationnel et cloisonné dans le béton, bien éloigné des signes perceptibles de la "vie", ceux là risquent de trouver l'air du temps simplement invivable... il était pourtant irrespirable depuis longtemps.

    Merci Jean Zin pour votre travail et votre blog.

  10. Les villes ne sont pas irrespirables par nature, il faut défendre la ville. La vie c'est aussi la vie urbaine. La ville est une nouvelle nature (Debord et ses dérives). Une matière qui provoque des situations. On peut penser que c'est un point de vue esthétique, je ne le crois pas : la ville il faut la penser et se l'approprier. Pas de société sans forme urbaine.
    Lucien Kroll (architecte belge) dit qu'il n'y a d'écologie qu'urbaine.
    Il faut penser et travailler sa condition de "gens de la ville", qui sont nombreux aujourd'hui à demander sincèrement un peu de terre et de ventilation naturelle.
    La ville contre la campagne, c'est bête, c'est barbapapa.
    La ville à la campagne, c'est bête également. Ce sont des densités (intensités) différentes qui existent, avec mille nuances.
    Que l'espace marchand soit problématique : oui.
    Que l'espace industriel soit problématique : oui.
    Mais l'industrie industrielle, c'est la fabrication qui perd les pédales, et là il s'agit de bien autre chose que "la nature" de la ville.

  11. Je suis assez d'accord sur la ville (les coopératives municipales se comprennent surtout en ville) mais je vis dans la campagne la plus reculée, le contraire de la ville ! Sauf que j'ai besoin de venir en ville régulièrement pour retrouver une vie que la nature ne donne pas (le plus court est quand même le mieux, pour moi!). Il est certain que l'écologisation des villes est l'un des enjeux majeurs de l'époque (plus de la moitié de la population mondiale se trouve regroupée autour des grandes agglomérations, voilà un mouvement majoritaire qu'il faudrait renverser).

    Sinon, cela fait longtemps que j'attire l'attention sur les catastrophes qui nous menacent et que j'essaie d'évaluer, mais en évitant le catastrophisme malgré tout, ce qui n'est certes pas facile. Même si je suis catastrophé par les perspectives des prochaines années qui me semblent bien sombres, je n'attends pas de la catastrophe qu'elle nous sauve, ni qu'elle soit définitive. Rien ne sert de faire le malin si on était en 1933 en Allemagne !

    Ceci dit, on a les premières bonnes nouvelles depuis longtemps sur le climat, le soleil étant au plus bas peut-être pour quelques années, ce qui ne nous sauvera pas mais donne une nouvelle chance quand même.

    A part ça, je pense qu'on peut à toute époque trouver que ses contemporains sont méprisables, les héros et les clairvoyants ont toujours été une infime minorité. Le problème, c'est que lorsqu'on voit ce que proposent ceux qui veulent changer le système, on se rend compte que ça ne vaut pas mieux car il ne suffit pas des bonnes intentions, ce que les néolibéraux savent afficher tout autant. Plutôt que se désoler inutilement sur le monde et sur soi-même, il vaudrait mieux essayer de voir comment on peut s'en sortir vraiment, et là, y a du boulot...

  12. Lorsque je dis que les villes sont irrespirables, je pense à ma vie passée dans la région parisienne... certains matins, oui l'air était simplement irrespirable.
    Lorsque j'y retourne j'aperçois ce nuage jaunâtre 40 km avant d'être arrivé, qui plane sur Paris et sa banlieue.
    J'ai en tête cette discussion avec un légiste de Paris il y a 10 ans, qui m'indiquait l'état des poumons qu'il ouvrait... ils sont noirs de pollution me disait-il.

    Nous les humains modernes sommes des "filtres bio pulmonaires" aux pollutions de notre temps, nous dépolluons l'air des villes, nous ratissons aussi les nitrates et pesticides de la l'eau courante et de l'alimentation industrielle.

    Mais les campagnes ne sont pas en reste... Chez moi en Vendée l'eau du robinet est simplement impropre à la consommation plus de la moitié de l'année (dépassement de normes admissibles en vigueur conséquence de l'agriculture productiviste qu'on appel quelques fois "résonné" pour mieux la vendre.

    Nous vivons un monde régressif où la notion de "vie" est absente, remplacée par une virtualisation de l'existence qu'elle soit économique, morale, politique, alimentaire...

    Si nous voulions une vie sans pollution dans nos sociétés moderne que resterait-il ?

    Et pourtant nous avons vécu des millénaires en phase avec la vie de notre Terre pour vivre depuis un siècle une accélération à la fois phénoménale de créativité et absurde de négation.

    Nos connaissances nous permettent un monde en paix et proche de la vie ou la technologie a sa place...

    Ce qu'il manque à mon sens c'est la volonté et la connaissance qui souvent est simplement repoussée comme une perte de temps, remplacée par des média commerciaux et surtout la TV...

    Courage internet est là ! JeanZin et bien d'autres donne à vivre et penser autrement et c'est bien.

  13. @ mathias

    Je ne vis pas à Paris mais à Nantes.
    Je ne sais pas si nous avons vécu des millénaires en phase avec la vie de notre Terre. Disons que peut-être le déphasage était moins fort qu'aujourd'hui?
    Imaginer un monde sans pollution c'est un peu imaginer le monde sans l'homme qui subit sa propre pollution...
    Supprimez l'homme, et les questions d'environnement de ne se posent plus. L'écologie nous incite justement à distinguer les nuisances, les plaisirs, les privations, ce qui est lointain, ce qui est proche.

    Je ne parlerai pas de virtualisation de l'existence, mais plutôt d'abstraction. Ce qui est virtuel c'est ce qui est en puissance. La vie est réelle ET virtuelle (il me semble). La virtualité est une réalité de notre existence, les mathématiques appliquées à la finance sont très réelles (elles sont appliquées) et ont des conséquences très réelles. Les abstractions, elles, sont des concepts ou des valeurs portées par des mots.
    Je suis d'accord sur ce fond de "désincarnation de la vie", mais j'aime bien faire la différence entre ce qui est abstrait et ce qui est directement vécu. Ce sont des "chipotages" importants à mes yeux.
    Critiquer la virtualité me parait finalement assez contradictoire (ou mal dit) avec la prise en compte du monde de l'information ou de la valorisation du travail intellectuel par exemple (la travail de conception est virtuel, il ne peut être que ça). Il me semble que c'est ce qui est développé comme approche-action sur ce site.

    cordialement

  14. @ Frank

    Ce que je nomme "virtualisation" c'est par exemple d'habiter un appartement avec vue sur le golf en croyant être proche de la nature... C'est mangé du porc qui n'a plus aucun contact avec le monde vivant, comme toutes les nourritures hors sol.

    Pour certain les nourritures hors sols sont des nourritures comme les autres... pour certains 1 barre chocolaté équivaut à 2 verres de lait, et le nuttella est bon pour la santé...

    La vitualisation c'est prendre une réalité pour une autre... Manger des aliments truffés de chimie (additifs et conservateurs) de sucre et de gras en pensant sérieusement que cela est bon pour le corps.

    La vitualisation c'est penser vivre le réel alors qu'en fait il n'est question que d'un réel dégradé sous l'image de la perfection via les publicités, étiquettes marketing etc... L'image fallacieuse l'emporte alors sur le réel, nous pouvons en confiance manger des horreurs profitables économiquement et suicidaire biologiquement.

    La virtualisation possède à mes yeux une forme d'incarnation fallacieuse, lié à une morale, une vision du monde qui s'éloigne de la vie.

    Pour me résumer, le réel c'est la vie.

    Les OGM ou les porc hors sol sont vivants aussi mais ne sont à mes yeux que des régressions humaines, des dégradations, des projections économiques rentables et inhumaines.

    Cette réalité sale est produites dans la négation de la vie qui pourtant pourrait suffire à tout le monde en toute simplicité.

    La virtualisation c'est pour moi ce décrochage par rapport au réel de ce que produit la vie pour le bénéfice d'autre chose, l'économie, le pouvoir...

    C'est ainsi que je ressens et vois le monde et j'ai bien conscience que ce que j'écris peut être compris de mille façons différentes.

    L'économie, la politique, et même l'architecture pour parler de votre sujet, devraient à mon sens travailler à l'amplification de la vie sous toutes ses formes.

    L'humanité serait alors protégée en son sein.

    D'autre part le LEAP vient d'éditer sont N°35
    http://www.leap2020.eu/GEAB-N-35-es...!

  15. Puisque j'ai abordé le sujet alimentation, j'en ai profité pour faire une photo webcam avec l'excellent le livre "vive la malbouffe" editeur : hoëbeke
    Auteurs : Christophe Labbé, Jean Luc Porquet, Olivia Recasens wo zni ak

  16. Salut Jean Zin. Beaucoup de choses intéressantes dans cet article. Je suis tout à fait ok avec toi, la crise n'en est qu'à ses débuts probablement.
    Par contre,
    1) je ne suis pas ok avec toi sur la théorie des cycles. Effectivement, il y a une suite de croissance et de récession, mais au delà, il me semble qu'en prenant du "recul" comme tu dis, on s'aperçoit qu'il y a un mouvement d'ensemble plus large. Pour être caricatural, au 19è siècle, malgrè les crises, l'économie allait de l'avant. Depuis 1914, c'esyt différent. Je dirais que malgrè les phases de croissance, l'économie va mal: 1 guerre mondiale puis 1929 puis une deuxième GM, puis depuis 1967 une série de récession avec une croissance qui s'appuie de plu en plus sur l'endettement... tout ça montre à quel point, à mon avis, ce système s'enfonce.
    2) Je me pense marxiste et je ne suis pas non plus d'accord avec ce que tu dis être le B-A-BA du marxisme que serait la baisse tendancielle du taux de profit. Je pense que Rosa Luxemebourg dans 'Laccumulation du Capital" montre très bien au contraire comment "Le Capital" de Marx abboutti à montrer que le capitalisme doit faire face à une sorte de "surproduction naturelle" qui le pourri de l'intérieur (d'où la nécessité d'un endettement de plus en plus grand depuis 1967).

    Bon, dis vite fait comme ça, c'est un peu brouillon et caricatural. Voici un article qui dit ce que j'essaye de dire mais en beaucoup plus clair: http://fr.internationalism.org/rint...
    Si tu as des remarques, des désaccords (probablement)... ça me ferait plaisir que tu le commente.

  17. Pour ma part, je ne suis pas marxiste (ce qui veut toujours dire léniniste) et donc je ne prétends pas détenir l'orthodoxie.

    Quand je parle du B-A-BA, c'est de la démonstration faite dans l'article qu'il faut de plus en plus de capital pour maintenir le taux de plus-value et que cela fait mécaniquement baisser le taux de profit.

    Je ne nie absolument pas que la concurrence capitaliste produit inévitablement de la surproduction mais ce n'est pas ce qui condamne le capitalisme, c'est seulement une des causes des cycles économiques. Si le capitalisme avait dû s'écrouler à cause de cela, il serait déjà mort (des industries entières ont disparu).

    Sur les cycles, c'est trop difficile à en discuter car il faut croiser un très grand nombre d'éléments mais on ne peut nier qu'il y a destruction de dettes dans les crises. Si la finance n'en finit pas d'exploser c'est quand même en rapport avec le développement considérable de l'économie mondiale (et pour la dette des USA, en rapport à leur puissance, comme déjà Rome en son temps).

    Il est quand même difficile de dire que l'économie allait mal pendant les 30 glorieuses même si elles n'étaient pas si glorieuses que ça mais les crises y étaient bien moins fréquentes qu'avant.

    Le capitalisme peut s'effondrer, il l'a déjà fait. Ce n'est pas cela qui l'empêchera de repartir s'il n'y a pas d'alternative. Ce n'est pas la catastrophe qui va nous sauver mais seulement les nouvelles forces productives immatérielles à l'ère de l'information qui exigeront de nouveaux rapports de production basés sur la gratuité, la coopération et le travail autonome.

  18. @[Mathias|#c2769] Merci à Mathias pour la photo, je trouve ça bien plus sympa quand on se voit !

    Je me distingue de la plupart des écologistes en n'idéalisant pas la nature où je vis. Je dis souvent : "je suis au paradis mais j'y vis l'enfer comme partout". Je ne défends pas une métaphysique de la présence, ni une nature originaire. Pour moi faire le jardin est pénible, je ne suis à mon aise que dans le monde de l'esprit. On peut trouver que ce n'est pas bien mais j'ai du mal à croire à l'harmonie que pas mal de gens revendiquent. La vraie vie est absente, ce qui existe c'est la nostalgie de ce qu'on a perdu, de l'enfance, du sein maternel. Il ne faut pas confondre une vie saine, nécessaire, et une vie épanouie qui est bien plus rare et momentanée. Nous sommes dans l'inquiétude, le désir, le manque, la déception, l'ennui...

  19. @Mathias

    (j'écris dans cet espace "commentaires" mais j'aimerais mieux répondre directement sur une boite mail car on s'éloigne du sujet)

    Je suis d'accord avec vous sur les erzats, les illusions, les mensonges de la vie, l'aliénation, la mal-bouffe, l'industrialisation du vivant, ... Tout le monde veut en finir avec ce monde. Mais c'est ce monde-là qui nous constitue, donc ce n'est pas facile. Il ne suffit pas de le dire. Quand tout le monde est d'accord on peut être sûr qu'il y a 50% de malentendu, et ça on s'en aperçoit après.
    On ne peut pas amplifier la vie en disant aux gens qu'ils se trompent. "Ma vie est bonne parce que je vous dis que la vôtre est mauvaise", etc... Ca n'est pas suffisant. L'illusion fait partie du rêve de la vie. J'ai toujours peur de la pureté inaccessible. Entre la résignation et la pureté il y a tout un monde, le nôtre. On fait avec. J'ai ma solution (elle vaut pour moi) : résister aux mauvaises normes, promouvoir les bonnes idées, l'auto-construction, fuir les faux conforts, les technologies coûteuses, préférer la ventilation naturelle à la climatisation, travailler sur une maison de vacance plutôt que sauver la planète. Pas puriste ou idéaliste en tout cas. Tout un tas de bonnes choses en attendant les révolutions qui ne viendront pas.

  20. Je ne trouve pas vraiment le hors sujet tant la crise actuelle ne peut à mon sens se dissocier du fonctionnement de nos sociétés.
    Il y a tant d'angles pour aborder cette crise, elle n'est pas à mes yeux qu'une crise économique capitaliste, elle est aussi morale, climatique, écologique... difficile de rester dans les clous.

    @Jean « Il ne faut pas confondre une vie saine, nécessaire, et une vie épanouie qui est bien plus rare et momentanée. » Au contraire confondre, au sens fondre les deux pour n'en faire qu'une vie me semble un bon chemin existentiel. Je n'oppose pas ce que je ressens comme étant une source harmonieuse.
    J'ai une grande confiance dans la vie, j'aime la reconnaître pour ce qu'elle est, la source de notre incarnation et de toutes les incarnations animées.
    Être à l'écoute de la vie, en écouter le rythme, c'est déjà s'éloigner du capitalisme qui se moque bien de tout cela pour obtenir une « objetisation » profitable de toutes formes de vie, une négation réalisée et si efficace. La vie à un sens qui n'est pas celui que les hommes veulent lui imposer, on impose rien à la vie, c'est elle qui s'imposera finalement avec ou sans les hommes. Il serait juste bon de prendre cela comme base de départ plutôt que de lutter contre elle pour ces création humaines toutes puissantes qui déservent bien souvent « la vie » et donc l'humanité quelle porte.

    Mon rêve serait par exemple que la fusion froide se réalise, se démocratise, apportant l'énergie de l'autonomie pour le chauffage, la cuisson, le déplacement, ce qui avec l'avènement de l'ère numérique serait une belle solution à la crise actuelle... abolir la peur du manque qui sous-tend les sociétés et les pousse à tant de prédation et de violence. L'autonomie abolirait-elle cette relation dominants-dominés que le capitalisme instaure ? J'en doute... mais cela serait un bon début vers quelque chose de plus paisible peut-être.
    L'énergie libérée et disponible presque gratuitement dans chaque maison pourrait finir de mettre à mal le capitalisme déjà déséquilibré par les libertés acquises dans l'avènement du numérique (au passage merci à Jean de m'avoir fait découvrir l'excellent article d'André Gortz « Le travail dans la sortie du capitalisme alias "La sortie du capitalisme a déjà commencé" » grâce à son blog).
    . Il est possible que nous assistions à l'émergence de cette forme d'énergie de notre vivant (fusion froide ou autres) et à ses conséquences sur l'humanité.

    @frank Je vous donne mon adresse mail si vous voulez échanger en dehors des « commentaires » mathias (le joli a) lesensdenosvies.org
    Vous remplacez « le joli a » par @

  21. La vie est quand même déceptive (l'expérience du deuil ou du vieillissement) et l'homme contre-nature (culture opposée à la nature, voir "un se divise en deux"). Ce n'est sans doute pas le moment d'insister là-dessus quand le capitalisme attaque nos bases vitales mais il n'y a de vie épanouie que dans l'éphémère car il n'y a de plaisir que dans l'action.

    Quand je vois les lapins en cage de mes voisins ou que je me rappelle le poulailler de mon enfance, ce n'était pas tellement mieux que les porcs hors sol d'aujourd'hui. Ce qui ne veut pas dire que ce ne soit pas inacceptable. De toutes façons, je ne pense pas que les problèmes se posent entre grandes entités métaphysiques (La Vie, Le Capitalisme, etc.) mais dans le concret du possible et des luttes sociales.

  22. "il n'y a de vie épanouie que dans l'éphémère car il n'y a de plaisir que dans l'action."

    On peut se demander parfois qu'est ce qu'une action, surtout en ce moment, où l'on peut bien réfléchir et remettre en cause mais avec le sentiment de voir passer les évènements sans aucune prise sur eux, comme une vache regarde les trains passer.

    Pour beaucoup, l'action se résume à ses petites actions au quotidien, locales en fait et très déstructurées souvent, même si souvent nous nous animons des meilleurs sentiments pour nous donner un peu de motivation, sans être dupes du résultat à en attendre.

  23. Sinon, je suis stupéfait de voir à quel point le patronat français est imbibé d'une telle stupidité dans ses pratiques. Comment est ce possible que ça puisse encore
    perdurer ?

  24. Je parlais d'action au sens général, aristotélicien, le bonheur n'étant pas un état mais le résultat d'une finalité atteinte (ce que la biologie du cerveau confirme).

    Il est vrai que l'action politique peut procurer aussi de grandes émotions, mais comme je le montre dans l'article, on ne fait pas ce qu'on veut, on dépend de mouvements d'ensemble qui dépendent moins des acteurs que des contraintes extérieures. L'activisme ne sert à rien qu'à épuiser ses forces.

    Pour les pratiques du patronat, c'est un peu pareil et ne dépend pas tellement des personnes. Un patron ne fait pas ce qu'il veut (j'ai été un petit patron) mais ce que lui imposent les banques, ses clients, ses concurrents, ce pourquoi il faut que les salariés se mobilisent pour rééquilibrer le rapport de force et que les pratiques soient encadrées par la loi et des négociations sociales.

    Là encore, l'approche morale masque l'origine des problèmes et ce qui nous semble seulement idiot ou honteux doit être renvoyé à des forces réelles qu'on ne peut ignorer.

  25. Pour les patrons, j'en ai vus qui en tenaient une sacrée couche, qui en arrivaient à faire l'inverse de ce qu'il fallait pour leurs employés, mais aussi pour leurs clients et pour les actionnaires, en résumé tout ce qu'il fallait pour couler la boite. Et qui in fine restaient à leur poste en évacuant tous les critiques. C'est à dire que toutes les prétendues contraintes ou contrôles sensés venir des diverses parties étaient complètement inopérants.

    En fait les institutions telles que les CE, les comités hygiène et sécurité, la médecine du travail, l'inspection du travail, même le droit du travail et les syndicats apparaissent être des coquilles creuses. Pas assez de pouvoir, de moyens et d'effectifs pour jouer un rôle réel.

  26. Bien sûr, il y a un paquet de patrons imbuvables et/ou incompétents. Aucune loi ne peut remplacer la combattivité pour faire respecter ses droits, la liberté ne se prouve qu'en acte et s'use si on ne s'en sert pas, mais c'est pour cela aussi qu'il faut préférer quand on peut le travail autonome et coopératif, sans patron (mais pas sans clients).

  27. Se battre je l'ai fait au risque du don quichotisme, de façon in fine isolée puisque ça suivait pas...quitte à me prendre des coups sur les doigts, mais dans le feu de l'action on on s'en moque toujours un peu de ça, en se disant qu'on trouvera bien un moyen de s'en sortir, ce qui arrive souvent d'ailleurs.

    Le travail autonome, oui bien sûr, mais se trouver des clients ça demande un savoir faire et ça dépend de son domaine de compétence un peu trop souvent. Artisan, profession libérale paraissent mieux en situation de le faire.

  28. Au dernier stade de son développement, la métropole capitaliste est devenue le ressort essentiel qui assure le fonctionnement de cet absurde système. Elle procure à ses victimes l’illusion de la puissance, de la richesse, du bonheur, l’illusion d’atteindre au plus haut point de la perfection humaine. En fait, leur vie est sans cesse menacée, leur opulence est éphémère et privée de goût, leurs loisirs sont désespérément monotones, et leur peur justifiée de la violence aveugle et d’une mort brutale pèse sur cette apparence de bonheur. Dans un monde où ils ne peuvent plus reconnaître leur œuvre, ils se sentent de plus en plus étrangers et menacés : un monde qui de plus en plus échappe au contrôle des hommes, et qui, pour l’humanité, a de moins en moins de sens.

    Certes, il faut savoir détourner les yeux des sombres aspects de la réalité quotidienne pour prétendre, dans ces conditions, que la civilisation humaine a atteint son plus brillant sommet.

    Mais c’est à cette attitude que les citoyens de la métropole s’entraînent chaque jour : ils ne vivent pas dans un univers réel, mais dans un monde de fantasmes, habilement machiné dans tout leur environnement, avec des placards, des images, des effets de lumière et de la pellicule impressionnée ; un monde de murs vitrés, de plexiglass, de cellophane, qui les isole de leur peine et des mortifications de la vie, - monde d’illusionnistes professionnels entourés de leurs dupes crédules. (…)

    Les spectateurs ne conversent plus comme des personnes qui se rencontrent au croisement des routes, sur la place publique, autour d’une table. Par l’antenne de la radio et de la télévision, un très petits nombre d’individus interprètent à notre place, avec une adresse toute professionnelle, les mouvements d’opinion et les événements quotidiens. Ainsi les occupations les plus naturelles, les actes les plus spontanées sont l’objet d’une surveillance professionnelle et soumis à un contrôle centralisé. Des moyens de diffusion, aussi puissants que variés, donnent aux plus éphémères et aux plus médiocres ouvrages un éclat et une résonance qui dépassent de loin leurs mérites.

    Lewis MUMFORD, La Cité à travers l’histoire, 1961

  29. Pas mal ce texte de Mumford, il décrit ce qui vient d'arriver. Mais internet montre en partie que la centralisation n'est pas tout, la crise économique le fait d'une autre façon.

    Internet par la pratique, mais aussi les critiques radicales, par la théorie, des systèmes en vigueur sont bien plus récents que les modèles centralisateurs. On peut leur donner un peu de temps pour monter en régime pour inverser le cours des évènements.

  30. Je suis entièrement d'accord sur le fait qu'il est très difficile actuellement de choisir un travail autonome, même avec le statut d'auto-entrepreneur, et qu'il y a des périodes où l'on ne peut guère lutter.

    Par contre je trouve que ce que dit Lewis Mumford c'est un peu n'importe quoi, un point de vue très extérieur qui ne rend pas compte du vécu des habitants des villes et en fait un peu trop, outre que toutes les villes ne sont pas pareil. Ce genre de littérature m'impressionnait avant, je trouve cela très creux et trompeur maintenant même si ces discours critiques se justifiaient à l'époque. Debord bien sûr s'est inspiré de Mumford et sans doute d'Anders (c'est moins sûr) mais s'il n'y avait ajouté la dialectique hégélienne cela n'aurait valu guère mieux.

  31. le texte de Mumford :
    toujours cette histoire de tromperie fondamentale, d'illusion, de masses abusées, de contrôle par un big brother (centralité) introuvable... tout ça c'est les années 50/60, c'était le langage critique d'une époque, avec son côté abrutissant : "on est tous foutu parce que ce qui nous permet d'exister est ce qui nous empêche d'exister, contrôle, etc..."
    si la ville est le ressort de notre système (l'application) elle en est aussi la critique, la ville critique la ville, car l'urbain est le corrélaire de ce système, sa création in vivo...
    la ville (l'urbain) c'est cet environnement qui pose problème ET qu'il faut transformer, l'annuler on ne peut pas,
    la ville c'est notre enfer en direct, c'est l'avantage qu'elle présente : elle nous offre notre visage d'intentions et notre visage réel, c'est pour cela que je parlais d'une "nouvelle nature" (les grands malfrats se cachent mieux dans la métropole que dans le maquis, tout du moins dans ces conditions la vie continue jusque l'arrestation)
    la ville c'est notre société, ce qui explique que certains veuillent s'en préserver autant que possible (vivre isolé à "la campagne" comme notre hôte), ce qui fait partie du possible,
    debord lui-même a fini "retiré": je ne suis pas sûr que le meilleur de ce qu'il a proposé soit venu de ce retrait,
    l'immersion me parait une condition de la critique efficace...

  32. en fait la ville c'est notre nature, c'est peut-être pour cela que le jardinage de jean zin est une épreuve quotidienne...
    je voulais aussi rajouter qu'effectivement il y a bien des villes différentest : entre 10 000 habitants et 250 000 milles, on ne parle plus tout à fait de la même chose (psychogéographies des limites, présence de l'agriculture, etc...) même s'il faut admettre que le monde marchand qui accompagne ces villes est le même (donc leur mode de développement économique)

  33. On n'est pas tous pareils et il y a beaucoup de gens pour qui le jardinage est un besoin vital. La civilisation, ce sont les villes (où la mortalité était pourtant plus élevée que dans les campagnes), créant depuis l'époque sumérienne des conditions de vie insupportables pour une partie de la population comme dans le Londres du XIXè mais ce sont dans les villes que se font les révolutions. J'ai beau préférer l'exil et la solitude de ma retraite campagnarde, je ne peux me passer de la ville, celle de mon coin pour voir un peu de monde et faire mes courses mais c'est surtout de La Ville dont je ne peux me passer, de Paris ville de ma jeunesse. C'est largement une question biographique, d'ancrage dans un territoire qui peut être urbain quand c'est ce qui nous a formé. Il faut éviter ici comme ailleurs les jugements trop abruptes. Mon avis serait plutôt que la ville est indispensable quand on est adolescent, tout comme les voyages. Pour travailler, par contre, c'est un peu dur la ville souvent (pas toujours, on peut se passer de voiture et il y a des coins tranquilles). Pour finir sa vie, quand la mobilité décline, il est sûrement mieux d'être en ville enfin. Il ne fait aucun doute que la vie à la campagne est plus belle et plus saine mais il n'y a pas que ça dans la vie ! En tout cas, rendre les villes plus vivable est indispensable, en y introduisant justement le jardinage entre autres...

    Je rajoute que je ne vois pas ce qui permet de dire que les dernières oeuvres de Guy Debord ne seraient pas ses meilleures. Je tiens pour ma part en haute estime les commentaires sur la société du spectacle qui certes sont moins optimistes que dans la période pré-Mai68 ou de la période artiste, n'ayant pas peur d'évoluer et de tirer les leçons de l'histoire (en dissolvant l'IS notamment, "la véritable scission" étant bien trop méconnue). Je dois dire que le seul texte que je trouve très faible de Debord, c'est malheureusement celui qu'il a donné à l'Encyclopédie des nuisances (Ab ovo), se faisant le commentateur d'un parcours qui n'était pas le sien. Ceci dit, il revenait régulièrement à Paris ou dans d'autres villes européennes.

  34. Je préfère en effet les propositions de dérive et de détournement que les commentaires tristes (même s'ils sont savoureux et justes). Je ne vois pas de proposition dans les textes récents de Debord, plutôt des analyses. Et je me demandais si cela ne correspondait pas à la situation qu'il s'était construit : sa maison (les photographies qu'on en connait) a l'air d'une forteresse d'où camper sur ses positions, un lieu où les choses bougent moins (ou différemment) qu'en ville. Sans doute on goûte mieux le temps en exil et en voyage qu'en restant dans le grouillement urbain, mais effectuer des détournements ou des dérives à la campagne, on se demande ce que ça pourrait être, d'où peut-être des écrits moins joueurs et plus lettrés? Le lien que vous faites entre la ville et la jeunesse est sans doute la réponse, lui-même en a fait un film.
    (Cela me fait penser à un texte de William Hazlitt, Sur le sentiment d'immortalité dans la jeunesse, éd. Allia, à la page 42-43, on dirait Debord qui écrit sur sa vie : révolution, déception de la révolution, écrire sur soi...).

    On est rendu très loin de "la crise".

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