Changer de système de production

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Ce n'est pas la crise économique et financière, aussi grave soit-elle, qui pourra provoquer la fin du capitalisme qui en a connu bien d'autres. Mais si la sortie du capitalisme a déjà commencé, c'est pour de toutes autres raisons, plus profondes et plus durables, liées à notre entrée dans l'ère du numérique et du travail immatériel. Ce sont ces nouvelles forces productives qui remettent en cause les bases même du capitalisme industriel : aussi bien la rémunération du travail que la valeur d'échange ou la gratuité numérique.

C'est pour des raisons matérielles, liées à la reproduction des forces productives, que le système de production est contraint de changer radicalement, de même que c'est pour des raisons liées à la reproduction matérielle que ce système devra intégrer les limitations écologiques, notamment en favorisant la relocalisation de l'économie. Si la sortie de la société salariale a déjà commencé, c'est pour l'instant surtout à notre détriment par destruction des protections sociales et l'explosion de la précarité. Il faudra comme toujours des luttes sociales pour conquérir de nouveaux droits et pouvoir réorienter ce nouveau système vers notre émancipation et une économie plus soutenable. Rien ne se fera tout seul.

C'est en tout cas dans ce cadre matériel que notre action peut être décisive, loin de toute utopie ou subjectivisme des valeurs. Les "nouvelles technologies" ont ici une place centrale, comparable à la machine à vapeur. Il n'y a pas que le matérialisme de la reproduction et des techniques qu'il faut prendre en compte cependant, mais tout autant les flux constituant la production en système justement : il faut absolument que ça marche ! Pour sortir du productivisme capitaliste et de son modèle industriel, il ne suffira pas d'initiatives isolées ni de mesures partielles, il faut que les nouveaux rapports de productions et des nouveaux dispositifs fassent système (production, distribution, circulation), en assurant leur reproduction.

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La bulle spéculative

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On ne parlera pas ici de la bulle financière mais bien de la formation d'une bulle spéculative dans l'idéologie, d'un idéalisme arrogant qui s'affiche d'un bout à l'autre du spectre politique, véritable symptôme de l'époque. On peut dire en effet que ce ne sont pas seulement les bourses qui ont été contaminées par la fièvre spéculative, mais bien toute la pensée, l'idéalisme s'exaspérant dans la dernière période à la mesure de notre impuissance, au point de toucher jusqu'aux derniers représentants du marxisme.

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La crise n’a pas (encore) eu lieu

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Le système financier ne s'est pas écroulé, les bourses remontent, la spéculation reprend, la révolution n'a pas eu lieu. On commence à parler, timidement, de sortie de crise. Les financiers couverts d'opprobres relèvent la tête : ce n'était pas si grave, le système est increvable, on peut décidément tout se permettre...

Ce n'est pas un mauvais moment pour faire le point sur les causes de la crise et ses suites probables, car on n'a rien vu encore ! La lenteur des conséquences économiques et sociales peut surprendre mais ne devrait pas tant nous étonner car la crise de 1929 aussi avait été assez longue à l'allumage avec de nombreux rebonds faisant faussement espérer une reprise qui n'arrivait jamais. Un peu comme pour le climat, plus on a affaire à des cycles longs, plus l'inertie est grande même s'il y a des moments d'accélération brutale.

Il faut souligner à quel point les crises illustrent comme nous sommes dépendants d'une situation qui nous échappe en grande partie, la seule liberté qui nous est laissée étant de faire ce qu'il faut faire et ne pas se tromper sur la difficile interprétation des faits pour ne pas empirer encore les choses ! On est loin de pouvoir maîtriser les effets collectifs de nos actions qui s'imposent à nous comme des phénomènes naturels extérieurs (il nous faut attendre que la mer monte pour quitter le port).

Les crises illustrent aussi comme nous sommes dépendants des moindres signes, le nez collé à la vitre. D'où l'importance de prendre un peu de recul afin d'essayer de comprendre les véritables causes de la crise et comment elle pourra se résoudre. Pour cela il ne suffit pas de faire appel à des déductions théoriques (libérales ou marxistes) mais il faut prendre sur l'économie comme sur l'idéologie un point de vue historique et même cyclique. Il y a cependant une très grande résistance à la notion de cycle sans laquelle pourtant on ne comprend rien à ce qui se passe, à notre actualité dans sa répétition du passé.

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Revue des sciences 05/09

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