Lutte pour la reconnaissance et dialectique du Maître et de l'esclave
Pour inaugurer la nouvelle version du blog, il m'a semblé utile de mettre à la portée de tous cette introduction à la fameuse "introduction à la lecture de Hegel" d'Alexandre Kojève analysant le désir humain comme désir de désir, texte qui a été essentiel pour la philosophie française et la réception de Hegel, ayant influencé Bataille, Lacan, Sartre, etc. On peut contester son interprétation de Hegel à la lumière de l'être pour la mort heideggerrien et du travail marxien mais il a le mérite de le rendre lumineux, ce qui n'est pas rien ! Il ne s'agit pas de prendre au mot cette dialectique du maître et de l'esclave qui reste au niveau du B.A.BA mais de donner à penser la structure du désir (il s'agit de philosophie pas d'idéologie). Ainsi, une interprétation individualiste serait bien peu hégélienne d'une lutte à mort des riches contre les pauvres. On naît du côté des dominants, plus souvent qu'on ne le devient soi-même. Reste la structure du désir et d'une conscience-de-soi qui renie sa part animale pour être reconnue par les autres consciences-de-soi dans son autonomie mais se heurte plutôt à toutes ses dépendances, n'ayant d'autre issue que la transformation révolutionnaire du monde (son humanisation) et la reconnaissance mutuelle dans toutes nos imperfections, c'est-à-dire en abandonnant la prétention à la maîtrise (l'homme total) ainsi que la conception aristocratique de la liberté, miroir inversé de l'asservissement...
Mois : mars 2009
Misérables métamorphoses
Ontologie de l'accident, Catherine Malabou,
Essai sur la plasticité destructrice
Le mythe de la métamorphose est consubstantiel à l'être parlant, au monde des mots. Pour les chamans, le devenir animal était certes une véritable transformation personnelle, bien qu'éphémère, alors que l'initiation constituait un rite social, rite de passage entre l'adolescence et l'âge adulte par la confrontation avec la drogue, la séparation et la mort (la peur et la souffrance).
Depuis l'Empire romain, dépouillant le citoyen de tout pouvoir politique, c'est tout autre chose, on a commencé à se replier sur soi en rêvant d'une transformation purement individuelle (cultiver son jardin), thème repris par les mystiques néoplatoniciens et par la conversion chrétienne, parant la métamorphose attendue de toutes les vertus, sauvés un par un de tous nos péchés et du poids du monde !
Je vends la vie parfaite, la vie sainte et vénérable. Qui veut être au-dessus de l'homme ? Qui veut connaître l'harmonie de l'univers et revivre après sa mort ? (Lucien de Samosate, Philosophes aux enchères).
Ces promesses ultimes ont été reprises un peu trop légèrement par les théories de l'aliénation nous faisant miroiter l'idéal d'un homme complet et d'une existence authentique enfin, dépouillée du vieil homme et de nos anciennes dépendances, comme si la vieillesse et la dépendance n'étaient pas notre avenir et qu'on pouvait vivre impunément, sans blessures ni remords.
L’auto-entrepreneur et la fin du salariat
Le nouveau statut d'auto-entrepreneur est une véritable révolution en ce qu'il supprime toute "barrière d'entrée" pour le travail autonome, contrairement aux professions libérales exigeant des revenus conséquents pour payer charges sociales et impôts, avec un décalage d'un an souvent, ce qui rendait dramatique l'arrêt de l'expérience réservée aux classes moyennes supérieures. Paradoxalement les charges sociales sensées protéger les travailleurs empêchaient donc de travailler les plus modestes : ne pouvant se mettre à leur compte ils étaient condamnés au travail au noir ou au chômage s'ils ne trouvaient pas d'emploi salarié. La suppression de cette barrière d'entrée va amener une concurrence nouvelle pour les professions libérales qu'elle protégeait, réduisant leurs revenus en participant à la déqualification générale. On s'étonne qu'il n'y ait pas eu de réaction de ce côté pour concurrence déloyale. Mais, c'est que les effets ne sont pas encore visibles, puisque l'expérience commence à peine...
Ce n'est pourtant pas de ce côté que la montée en puissance des auto-entrepreneurs sera le plus dévastateur puisqu'il pourrait sonner la fin du salariat, rien de moins, dans une précarité généralisée sans aucune protection sociale pour l'instant. Il ne semble pas qu'il y ait une limite au nombre d'auto-entrepreneurs qu'une entreprise peut employer et les cotisations sociales étant plus que divisée par 2 (23%), on ne voit pas pourquoi l'employeur ne préférerait pas des auto-entrepreneurs qui coûtent moins cher et qui n'obligent à rien, ne bénéficiant d'aucuns droits sociaux.
L’avenir radieux
Beaucoup en conviendront, c'est une très bonne nouvelle que l'ancien monde s'écroule. Il n'y a pas à se lamenter sur son sort mais à s'impatienter plutôt d'un effondrement d'une insupportable lenteur. Même si on doit en passer par des moments difficiles, ce qu'on nous présente comme de très mauvaises nouvelles, sont pour nous un retour plus que salutaire à la réalité, à la prise de conscience collective. Au moment du plus grand danger et malgré toutes les menaces qui s'amoncellent, on peut retrouver paradoxalement un optimisme perdu depuis bien longtemps, la Guadeloupe n'étant que la première de nos victoires dans la reconquête de tous nos droits et la réappropriation de la démocratie par ses citoyens.
Il ne faut plus en douter, c'est un avenir radieux qui s'ouvre devant nous, nous sommes dans l'An 01 d'une ère nouvelle avec tout à construire, tout à inventer, ce qui ne veut pas dire faire n'importe quoi et donner libre cours à tous les fantasmes mais, tout au contraire, pour répondre aux défis qui nous sont lancés, il nous faudra tenir compte de toutes les contraintes écologiques, économiques, techniques, sociales ainsi que de tous nos défauts, individuels et collectifs, de notre nature double et fragile, de notre besoin d'autonomie comme de solidarité.
Après avoir tenté de donner un programme minimal susceptible d'unir les revendications sociales, il est temps d'esquisser dès maintenant ce que pourrait être l'étape suivante, pas si éloignée, un programme maximum si l'on veut, afin d'en éprouver les limites et sortir des visions religieuses, idéologiques ou émotionnelles de la politique au profit d'un projet concret, d'une nouvelle organisation économique et sociale au service de l'épanouissement humain.
Revue des sciences 03/09

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