Programme minimal

On rêve de tous côtés d'un après-capitalisme qui reste complètement mythique alors que ce qui se met en place pour l'instant ce n'est qu'une régulation minimale du système, son renforcement beaucoup plus que sa remise en cause, même s'il y a des inflexions notables vers plus de justice sociale ainsi qu'une totale déconsidération des classes supérieures et de leur cynisme, considérées désormais comme aussi parasitaires et inutiles que la noblesse a pu l'être aux tout débuts de la révolution industrielle !

Certes, pour le moment on est encore dans "l'avant-guerre", avant les "événements" qui se multiplient un peu partout, avant que les conséquences de l'effondrement ne se fassent sentir socialement dans la vie de tous les jours. Pour l'instant tout cela reste abstrait, de l'ordre de l'événement médiatique qu'on proclame si facilement historique voire révolutionnaire alors qu'on avait perdu la notion même d'événement dans un monde où plus rien ne semblait pouvoir changer.

L'histoire risque de bousculer ces trop beaux ordonnancements et la catastrophe engendrer des possibilités nouvelles mais il n'y a jamais création ex nihilo. Les révolutions s'inspirent inévitablement de philosophies et d'expériences révolutionnaires précédentes plus qu'elles n'en inventent de toutes pièces. On part toujours de quelque part. Il n'est donc pas inutile de faire un état des lieux des propositions qui émergent pour l'instant afin de tenter d'évaluer leur portée et tirer le maximum du peu de potentialités révolutionnaires qu'elles laissent.

Il faut bien dire que, pour l'instant, en fait de révolution, ça ne va pas très loin ! Même s'il y a un sensible retour des idées révolutionnaires, il y a bien peu de gens qui souhaitent une étatisation de l'économie avec suppression du marché et rationnement généralisé. Encore moins voudraient sortir de l'économie industrielle ! D'un autre côté, il y en a peut-être moins encore qui se projettent dans le futur d'un mode de vie plus écologique et d'une ère de l'information qui commence à peine...

Les revendications qui émergent actuellement apparaissent très décevantes, on ne peut plus réformistes quand elles ne se cantonnent pas à la régulation du système financier. On peut penser que leur ensemble dessine malgré tout un autre modèle relativement révolutionnaire par rapport à la situation précédente, et qu'on pourrait comparer au programme du Conseil National de la Résistance d'où est née la Sécurité Sociale, bien qu'avec moins de cohérence et d'ambition (puisque les conventions collectives avaient l'ambition de sortir du marché du travail par des niveaux de salaires négociés en fonction du poste et des diplomes). Ce n'est pas la prise du palais d'hiver, non, ni la fin du capitalisme et plutôt une nouvelle de ses multiples métamorphoses comparable au fordisme des 30 glorieuses, mais ce ne serait déjà pas si mal quand même et presque une révolution si on pousse un peu au-delà. En tout cas il m'a semblé utile d'essayer d'en faire une liste minimum qui puisse trouver un large accord, à compléter mais en restant dans l'essentiel, et comment dans ce cadre aller un peu plus loin.

J'ai assez souvent martelé, en long, en large et en travers, ce qui me semblait, à la suite d'André Gorz, la condition d'alternatives locales à la globalisation marchande : revenu garanti, monnaies locales et coopératives municipales. De même, comme Jacques Robin et le Grit, j'ai toujours insisté sur la nécessaire prise en compte de l'ère de l'information et du devenir immatériel d'un travail où l'autonomie est devenue centrale. Il s'agit de voir comment ces orientations peuvent s'insérer dans les revendications plus traditionnelles et les mesures plus globales.

Le renversement du communisme dans son contraire nous rend certes moins naïfs que les anciens révolutionnaires. C'est un acquis historique et cognitif qui est décisif. Dans une démocratie on ne peut plus imaginer incarner le peuple et changer simplement le pouvoir en "renversant les oppresseurs". Il n'y a plus de sujet de la révolution et le peuple qui se soulève connaît ses divisions. Son but ne peut plus se limiter à la conquête mystique du pouvoir, ni même son appropriation par tous, nécessaire mais qui ne pourrait satisfaire comme telle que des revendications identitaires. Ce qui compte finalement, c'est uniquement le résultat concret dans la vie, en terme de fonctionnement, d'efficacité et de justice mais surtout d'autonomie, de développement humain et de solidarité effective. L'enjeu, c'est donc bien le changement de système, de dispositifs matériels et de rapports sociaux. Il s'agit de voir comment cela pourrait être possible concrètement, de quelles marges de manoeuvre peut-on disposer, bien loin de quelconques utopies métaphysiques, dans ce work in progress qui vient à peine de commencer.

- International

On ne peut plus ignorer la dimension globale, internationale et financière. Imaginer que les marchés internationaux disparaissent est hors du possible actuellement même s'ils peuvent imploser par eux-mêmes un peu comme les banques ne se prêtent plus entre elles par perte de confiance ! Le renforcement de la "gouvernance mondiale" sera sans doute la première conséquence de la crise même si ce n'est pas gagné et l'enjeu du prochain "Bretton Woods". Sans autorité supra-étatique il sera difficile de lutter contre les paradis fiscaux, entre autres.

Il semble peu probable qu'on arrive à imposer une monnaie mondiale (Bancor) pour remplacer le dollar mais ce n'est pas forcément le plus souhaitable. Il y a des arguments, défendus notamment par Jacques Sapir, pour revenir à des monnaies nationales en Europe afin de tenir compte des différentiels de développement. La solution serait peut-être d'une monnaie mondiale constituée à partir d'un panier de devises et réservée aux banques, mais aussi de grandes devises par grands ensembles géographiques relativement homogènes, en gardant des monnaies nationales (avec des monnaies locales in fine).

Pour le reste, c'est le rapport de force international qui décidera. Tout ce qu'on peut faire, c'est des alliances, intégrer des réseaux alternatifs, favoriser des échanges plus équitables. Au niveau européen, après le changement de statut de la BCE et l'abandon de la priorité à la lutte contre l'inflation ainsi que d'une concurrence aveugle, il faudrait parvenir à une meilleure coordination des mesures économiques avec une relative harmonisation fiscale et sociale qui devient urgente. On ne pourra éviter non plus une certaine dose de protectionnisme, au moins défensif face aux autres pays, même si c'est un jeu dangereux, contrairement au localisme et à la relocalisation qu'il faut encourager sans retenue.

- Démocratie

Il est indéniable que notre démocratie a perdu toute substance et doit se régénérer comme elle s'était régénérée dans la résistance ou l'affaire Dreyfus. On a besoin d'une réaffirmation des solidarités sociales et des droits des minorités mais il faut surtout revenir à des formes de démocratie plus directe et participative au niveau local au moins, sans en avoir des conceptions trop naïves. La commune a toujours été la base de la vie démocratique, cela n'empêche pas qu'il faudra trouver des moyens pour renforcer le contrôle des élus par les électeurs aux niveaux supérieurs (département, région, pays) et, notamment, interdire le cumul des mandats.

Au niveau national, il faut retrouver un contrôle de l'économie, notamment par des nationalisations lorsqu'elles sont nécessaires. Actuellement, la nationalisation des banques au moins (dont il ne faut attendre aucun miracle) mais il faudrait logiquement nationaliser, sinon régionaliser les entreprises dont on refuse la délocalisation (ce qu'on ne peut reprocher à une multinationale). Comme il semble difficile d'imaginer une étatisation totale de l'économie, cette économie mixte (ou plurielle), ne devrait pas changer fondamentalement le système, laissant place à un capitalisme simplement mieux régulé. Pour retrouver un pouvoir monétaire, il faudrait envisager peut-être, on l'a vu, le retour de monnaies nationales indexées sur l'Euro mais dont la parité pourrait être ajustée périodiquement. Peu probable à l'heure actuelle mais pas tout-à-fait impossible non plus.

Sans en faire un instrument miracle ni un gadget, les potentialités du numérique devront être exploitées pour améliorer l'information et la consultation des populations sinon leur intervention active, sans que cela puisse remplacer les réunions publiques et la démocratie de face à face (ni la démocratie représentative dont on ne peut se passer).

- Ecologie

Pour l'écologie, le mouvement est déjà engagé avec Obama d'une "croissance verte", dans le droit fil du "Plan B" de Lester Brown. On est très loin des ambitions de l'écologie-politique (encore plus de la "décroissance") mais il faut certainement se réjouir malgré tout de ce capitalisme vert qui non seulement devient moins destructeur mais pourrait s'avérer indispensable dans un premier temps au moins pour accélérer la transition vers les énergies renouvelables, transition difficile qui ne pourra être immédiate (remplacement du parc automobile et des systèmes de chauffage sinon des constructions).

La politique de grands travaux "écologiques" doit aussi être encouragée, les investissements des Etats pour sortir de la crise devant être orientés vers les secteurs prioritaires des économies d'énergie (isolation des bâtiments anciens), les transports en commun et les réseaux de ferroutage.

Tout cela est indispensable même si cela ne change rien fondamentalement au système actuel. Il faut absolument y joindre la relocalisation de l'économie et privilégier les circuits courts (grâce à des monnaies locales comme le Sol). C'est là que les potentialités révolutionnaires sont les plus grandes, mais les difficultés aussi... Il faudra du temps, c'est pourquoi la stratégie d'une économie plurielle est la seule réaliste permettant à la nouvelle économie, plus écologique, coopérative et adaptée à l'ère de l'information, de se structurer et de faire ses preuves.

- Social

C'est au niveau social qu'il y a le plus de revendications, sans qu'elles soient véritablement en rupture avec le système actuel. Il s'agit plutôt d'un rééquilibrage, d'un meilleur partage Capital / Travail et d'une réduction des inégalités. On peut en discuter les moyens. Le revenu maximal demandé par certains ne peut être véritablement obtenu que par l'impôt sur les revenus dont il faut augmenter la progressivité jusqu'à 80% au moins pour la tranche supérieure (meilleur instrument de réduction des inégalités, on l'a vu après Roosevelt aux USA jusqu'à Reagan). La limitation arbitraire du rendement des actions semble par contre absurde (l'impôt ou une CSG progressive valant beaucoup mieux) et la baisse de la TVA demandée est une fausse bonne idée puisque la TVA présente l'avantage de taxer aussi les produits importés. Il vaut beaucoup mieux augmenter les salaires, la couverture chômage, les minima sociaux et les indexer sur l'inflation. Tout cela est incontournable. On ne peut malgré tout faire n'importe quoi et une augmentation excessive serait illusoire, ne faisant que générer une inflation équivalente, comme après Mai68, et finissant par se retourner violemment contre les travailleurs eux-mêmes.

Un autre des axes principaux des revendications sociales, c'est la sauvegarde et l'amélioration des services publics, en premier lieu la santé et l'éducation, ainsi que du statut de fonctionnaire trop décrié et qui est une caractéristique française dont on n'a pas à rougir même si ce n'est pas un statut généralisable, qu'il doit être amélioré et que certains services publics peuvent être rendus par des entreprises privées. Les services publics doivent être bien sûr économes des deniers publics mais leur mission est bien d'optimiser leur service et l'égalité des citoyens avant d'optimiser leurs coûts.

Le dernier axe important concerne la précarité mais c'est là que les propositions semblent le plus insuffisantes en même temps qu'elles se multiplient sous différentes formes. Non seulement le droit du travail est menacé mais c'est l'emploi lui-même qui tend à disparaître comme statut social permanent au profit de l'intermittence et d'une précarité qui se généralise malgré les protections sociales destinées à s'en protéger. On invoque une "sécurité professionnelle" et une interdiction de licenciements qui ont l'inconvénient de ne protéger que les salariés en place, sans compter que c'est impraticable (par contre une co-gestion avec les salariés serait effectivement souhaitable pour équilibrer le pouvoir des actionnaires). On voudrait simplement restaurer une situation antérieure dépassée et nos droits acquis mais, d'y échouer inévitablement, on prive ainsi de droits tous ceux qui n'ont pas accès à un emploi fixe. C'est de faire dépendre nos droits de l'entreprise qui n'est plus possible.

La nostalgie d'une époque révolue reste aveugle aux transformations du travail à l'ère de l'information ainsi qu'à son contenu, négligeant beaucoup trop la question des conditions de travail alors que le travail représente une grande part de notre vie et qu'il n'y a rien de plus important que de changer le travail pour changer la vie. Le développement du travail autonome, auquel le statut d'auto-entrepreneur devrait donner une plus grande visibilité, est le grand absent des luttes sociales animées par des syndicats de salariés qui par définition n'y sont guère sensibles, ayant renié leur ancien objectif de sortir du salariat. Il faudrait faire des syndicats de travailleurs et non pas seulement de salariés. Il y a absolument besoin de syndicats dans les entreprises (cela devrait même être obligatoire) mais il faut aussi défendre les travailleurs en dehors des entreprises. C'est en tout cas un des enjeux du moment de faire entrer cette question du travail autonome dans le mouvement social sans nuire en rien aux salariés mais sans rejeter dans la précarité la plus totale tous les exclus du système.

Le pas qu'il faudrait franchir, véritablement révolutionnaire, c'est celui du passage de la sécurité sociale au développement humain, une inversion de logique basée sur le revenu garanti permettant le passage du travail forcé au travail choisi. Il est frappant de voir que la liste s'allonge de ceux dont on veut garantir le revenu (salariés, chômeurs, retraités, jeunes, handicapés, travailleurs pauvres, intermittents, insertion etc.) sans vouloir se résoudre à faire de l'autonomie financière un droit de l'homme et la condition première d'un développement humain, ce qui serait une révolution, en effet ! Par contre, sans revenu garanti, le développement humain ne serait rien d'autre qu'un faux semblant comme le prétendu développement durable l'a été trop longtemps.

- L'ère de l'information

Jamais ou presque il n'est question dans les débats politiques de l'ère de l'information qui bouleverse déjà toutes les données pourtant. Ce ne sont pas les infrastructures physiques qui posent le plus de problèmes mais la prise en compte de la nouvelle donne induite, en premier lieu dans le travail, par les réseaux numériques, la convergence numérique (interopérabilité) et la question de l'accès à ces potentialités, comme à l'écriture avant. L'école, la formation, la recherche et l'université deviennent beaucoup plus centrales encore, quoique sous des formes qui devront être mieux adaptées aux "nouvelles technologies". La coopération, l'assistance et les services à la personne devront se multiplier à mesure que le niveau exigé monte...

La question du téléchargement ne peut être ignorée, c'est-à-dire de la gratuité numérique puisque reproductible à coût négligeable. Rien ne pourra aller contre, c'est le pas qu'il faut faire pour entrer dans l'ère de l'immatériel. Le revenu garanti tire une partie de sa justification comme contrepartie de cette gratuité numérique et de toutes les autres "externalités positives" non rémunérées, tenant compte du caractère statistique et coopératif de la créativité artistique comme de la recherche scientifique.

On voit qu'il ne s'agit pas seulement des quelques possibilités supplémentaires apportées par la démocratie électronique mais que les nouvelles forces productives immatérielles exigent de nouveaux rapports sociaux et donc des changements révolutionnaires dans la production et l'organisation sociale, un système alternatif dans une économie plurielle. C'est parce que la productivité devient non-linéaire et globale que le revenu garanti s'imposera. C'est parce que les réseaux numériques déterritorialisent qu'il faudra bien se saisir des instruments de relocalisation qui permettent de les équilibrer. C'est parce que l'autonomie est devenue productive qu'il faudra bien construire toutes les institutions du travail autonome et du développement humain. Et c'est la combinaison du revenu garanti, des monnaies locales et des coopératives municipales qui constituera, peut-être, le germe qu'une véritable révolution à venir ?

On voudrait mieux, c'est certain, mais c'est du moins ce qu'on peut raisonnablement espérer obtenir à ce jour, me semble-t-il, sauf effondrement complet plus que possible encore. Tout ceci n'est cependant qu'un premier jet, et qui devra être étoffé. Ce n'est certes pas le grand soir, à peine les premières lueurs de l'aube...

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24 réflexions au sujet de « Programme minimal »

  1. Merci pour cette contribution responsable et pleine de justesse face à l'enjeu. Ne désespérons pas et s'il vous plait, continuez à contribuer au débat public, on en a vraiment besoin, aussi minime que puisse être votre auditoire.
    Pour ma part, je me suis inséré dans le réseau des écologistes radicaux pour mieux faire connaître votre triptyque, qui je le pense sincèrement est le plus approprié et le plus concret dans l'aspect général, face à la problématique actuelle.
    Il y a véritablement des personnes prêtes à chercher des alternatives ou plutôt devrais-je dire, une adaptation à l'homme et au monde de la nature. Je pense que votre étude, vos propositions et votre rigueur intellectuelle est plus que nécessaire face au chaos ambiant, auquel je ne le nie pas, je fais inconsciemment partie.
    Espérons et espérons encore afin e faire surgir cette force active de non résignation, malgré tout ce qui peut nous entourer de désespérant.
    ON LA GARDE NOTRE SALETE D'ESPERANCE !

  2. Dans le monde des espoirs inconnus rodent comme nous, l'opportunité viendra et l'interstice ne sera pas gaché il sera là, attrapé comme à la chasse au papillon pour planter cette graine pleine d'un espoir NOUVEAU et pleine d'émotions intenses dans l'échange et la rencontre de l'autre nous nous retrouverons dans notre perdition pour continuer ce voyage mystérieux qu'est la vie.

  3. Même si je les ai fait miennes, ce n'est pas que ces propositions soient de mon invention. Après avoir cherché en vain chez les Verts une alternative écologiste, je n'ai trouvé finalement que les propositions d'André Gorz (dans "Misères du présent, richesse du possible") qui tiennent le coup malgré leur apparence modeste, propositions reprenant une bonne part de celles de Jacques Robin et auxquels j'ai simplement ajouté celles de Bookchin. Il ne serait ni exact ni productif de me les attribuer trop exclusivement, comme si ma disparition devait faire disparaître ces revendications fantaisistes ! Ni la relocalisation, ni le développement humain, ni le revenu garanti, ni les monnaies locales ne sont de mon invention. J'ai, tout au plus, fait une synthèse originale avec la coopérative municipale en insistant sur le caractère systémique du triptyque et de toute alternative mais il vaut mieux se réclamer de Gorz que de moi (même si je n'étais pas du tout d'accord avec lui sur de nombreux sujets), car c'est lui qui a donné crédibilité à ces alternatives locales, annonçant avant tout le monde que la sortie du capitalisme était déjà commencée...

  4. Je ne pense pas que les véritables inventions existent véritablement.
    Je pense plutôt que la combinaison des connaissances acquises, la façon de les organiser forment notre pensée individuelle. Par exemple Gorz s'est énormément inspiré de l'économie distributive même si il s'en démarque peu à peu. Seule l'expérimentation par essais et erreurs peu faire survenir des idées neuves par les leçons tirer de leur commencement.
    Personnellement je me revendique autant de Gorz que de Robin, Morin, Laborit et vous même, en général...

  5. Oui, je suis entièrement d'accord, Gorz lui-même s'inspirait des expériences effectives, de même que Bookchin tirait les leçons de l'expérience des coopératives.

  6. Juste (et même avant de me régaler à la lecture de l’article !) parce qu’en vignette, on peut voir la couv. du programme du C.N.R (qui fur rappelé par les survivant en 2004, (r)appel que les meRdias dominant refusèrent de publier...), voilà, au bout de ce lien, l’une des vraies facettes du cacapitalisme :

    http://www.challenges.fr/opinion...

    On ne peut être plus clair...

  7. Les déclaration de Denis Kessler datent d'avant la crise et c'est lui qui est ringard maintenant : il va falloir qu'il retourne une nouvelle fois sa veste ! Occasion de rappeler qu'il faut se méfier des révolutionnaires dogmatiques comme Kessler, Glucksmann, etc. maoïstes extrémistes terrorisant leurs petits camarades (trop mous!) se retrouvant ensuite de l'autre côté du manche, toujours aussi arrogants et cyniques...

    Le programme du CNR était effectivement remarquable et il faut s'en inspirer.

  8. Merci pour votre contribution.

    Je ne suis toutefois pas d'accord avec votre ambition de nationaliser les banques.

    Si les banques actuelles ne plaisent pas, nous *devons* les quitter pour rejoindre (ou créer) des banques dé-mo-cra-tiques. Cela enclenche la coopération économique (nonparticipation à la guerre économique) et instaure la démocratie dans l'investissement : réappropriation de création de richesse !

    Voir l'ICA : alliance co-opérative internationale.

  9. La nationalisation des banques n'est pas vraiment mon ambition. C'est seulement la meilleure solution pour les sortir de la faillite. Il est vrai qu'il faudrait privilégier les banques coopératives et l'investissement local (Cigales).

  10. Vous êtes modéré dans vos propositions et vos réflexions il me semble, peut-être est-ce cette voie du milieu la plus propice à un vivre possible , encore peut-être ,je ne sais pas trop, l'avenir nous le dira si avenir il y a , je n'ose dire mieux -vivre car ça évoque d'emblée un palier supérieur, or nous sommes au stade de la survie actuellement, si nous survivons nous pourrons penser ensuite à un vivre, pour ensuite objectiver peut-être un mieux vivre, je suis d'une nature plus frontale et sans guère de mesure, mais votre position a le mérite non négligeable de permettre la circulation et donc d'améliorer la diffusion de l'information, je vous lis tout doucement, je parcours vos rubriques , il y a de la matière et ça fait plaisir de trouver une telle source!
    Peut-être avez-vous lu "L'homme imaginant" de Laborit, voilà à qui vous me faites penser Monsieur Jean Zin

  11. Le Grit dont je fais parti est la suite du groupe des 10 fondé par Laborit, Robin et Morin ! Je donne plus d'importance à la philosophie mais je ne me résous à la modération que contraint et forcé par les faits, par exigence d'efficacité, ce n'est pas ma pente naturelle... En tout cas, la vraie vie est absente, quoiqu'on fasse, mais ça va mieux quand on fait ce que la situation exige et je me contente de faire le relevé des possibilités de l'époque.

  12. La " vraie" vie , en tant qu'humain j'entends, c'est peut-être ça justement, cette incomplétude, cette imperfection, ces erreurs, ces tâtonnements, tout ce qui nous constitue dans le faux, enfin, je crois ...à défaut de le savoir!

  13. Oui, c'est ça, c'est le désir qui nous constitue et caractérise notre ex-sistence humaine, de même que c'est l'incertitude et l'indécidable qui lui donne valeur.

    "A la base de chaque être, il existe un principe d'insuffisance" (Georges Bataille, Principe d'incomplétude).

    "D'ABORD SE DÉVELOPPA LE DÉSIR, QUI FUT LE PREMIER GERME DE LA PENSÉE

    CHERCHANT AVEC RÉFLEXION EN LEURS ÂMES, LES SAGES TROUVÈRENT DANS LE NON-ÊTRE LE LIEN DE L'ÊTRE" (RIG VEDA X,129)

  14. Peut-on espérer un réel changement sans modification de ce qui fait la trame des événements, c'est à dire le traitement de l'information,dont l'élément primordial est le cerveau humain, n'est-ce-pas dans ces quelques centimètres-cube de cerveau que tout se joue?

  15. Non, je ne crois pas du tout. L'intérieur est le reflet de l'extérieur. C'est donc uniquement l'organisation qu'on peut changer pour l'adapter aux nouvelles conditions de production et aux nouvelles forces productives. Rien à changer au cerveau avec toutes ses imperfections qui sont l'envers de ses capacités cognitives. Je suis assez violemment contre les prétentions de changer l'humanité, ce qui me semble très dangereux, voire de simplement l'améliorer, sinon par l'information et la connaissance justement. Mais bien sûr, tout dépend du "réel changement" qu'on espère. Il ne faut pas trop espérer, seulement d'améliorer les choses. Pas de paradis, ni d'utopie, mais une période plus positive et solidaire. Ce sont les structures sociales et l'idéologie néolibérale qui ont tenté d'imposer la concurrence de tous avec tous et non pas la noirceur de notre âme. On peut revenir à une anthropologie plus équilibrée et réaliste, on ne règlera pas tous les conflits humains et toutes les peines d'amour...

  16. C'est bien vous qui assurez la lecture du monde , ce sont vos perceptions du monde qui filtrent les in- formations en fonction de ce que l'on vous a fait "être" justement, des apprentissages que vous collectionnez depuis que vous êtes petit,des liens que l'on vous fait faire entre un stimulus et une réponse, si ces liens appris étaient autres, vos réponses le seraient aussi, et votre lecture du monde par voie de conséquence. La conscience est un processus d'élaboration, elle n'est pas neutre, c'est une construction faite par des "autorités" celles qui produisent des effets stricto sensu, vous êtes les autres -d'abord - avant d'espérer peut-être un jour n'être plus rien de tout ça, ou seulement ce que vous aurez jugé bon de garder.Vous, moi, Nicolas Sarkozy,nous sommes tous logés à la même enseigne.

    Je veux dire que tant que ce travail de "dé-construction mentale" n'est pas réalisé , travail qui passe par la conscience de ce que nous sommes et de la façon dont nous nous sommes faits être , on tombe invariablement dans la répétition, en robot, dans des schémas pré-établis , en ce sens, la connaissance renvoie tout l'aspect paradoxal de la posture humaine, le savoir est indispensable, absolument, mais fort de cette connaissance, ( je ne parle pas de la connaissance technique bien évidemment) il revient ensuite de s'en défaire , ne plus être occupé par elle, il me semble que c'est ce que dit Lao Tseu, quand il dit que la liberté commence là où la connaissance s'achève, l'aphorisme de St Paul,c'est un peu la même chose, redevenir des enfants, c'est dé-construire cette forteresse mentale pour accueillir dans l'im-media-teté et directement, le monde , avec le moins de filtre possible, mais il y en aura toujours certes, nous sommes homme et non Dieu, n'est-ce-pas!

  17. Bien sûr il faut avoir une pensée critique. Ce que j'essaie de faire. Cependant, il faut aussi critiquer la critique elle-même (il ne suffit pas d'être critique pour avoir raison et la pensée critique génère ses propres dogmatismes). Surtout, il n'y a pas de vérité originelle, d'état d'enfance préservée de toute influence. Non, nous sortons de l'obscurantisme, obscurantisme des religions ou des forces de la nature et de toutes sortes de préjugés. Dès lors nous sommes dépendants de notre temps et ne pouvons espérer aller plus loin que notre époque historique. Il n'y a pas de raccourci qui nous donnerait un accès au réel mais toute connaissance est un processus dialectique qui avance par négations partielles successives où la pensée se corrige pour retomber à chaque fois dans de nouvelles erreurs qu'il faudra corriger. C'est cette vigilance qui est le plus difficile à préserver et qui fait retomber la vérité dans le mensonge ou transforme les révolutionnaires d'hier en pouvoir oppresseur. Comme disait déjà Montaigne, il n'y a pas d'accès au réel, pas d'immédiateté de la présence qui nous est barrée par le langage et c'est même à cause de cela qu'on peut avoir la nostalgie de cette immédiateté mythique et d'une nature animale transparente. Rien en tout cas qui modifie notre "cerveau", sinon que l'utilisation des drogues a toujours été nécessaire aux chamans pour percevoir le système de perception lui-même et pouvoir s'échapper du conformisme de groupe mais c'est toujours relatif on pense toujours dans un culture, un langage, une communauté particulière dans un moment historique donné... Tout ce qu'on peut faire, c'est tenir compte de ces limitations pour ne pas en être complètement le jouet, ce qu'on peut considérer comme un rajeunissement par rapport aux vieilles pensées d'une jeunesse trop sûre d'elle et qui ne fait de donner trop de foi aux dogmes qu'on lui a enseignée. Le plus stupide dans la jeunesse c'est la certitude d'avoir raison alors que le peu de sagesse qu'on peut atteindre, c'est de connaître la fragilité de notre savoir, l'étendue de notre ignorance et de nos propres limitations.

  18. Ce que je voulais surtout faire passer comme message c'est que nous avons des lunettes pour lire le monde, et que ce réel qui nous occupe est une projection de nos pensées , et qu'à ce titre c'est bien cela qu'il faut interroger, cette construction mentale il me semble, pourquoi acceptons-nous aujourd'hui des choses qui nous auraient horrifiées il y a 20 ans? si les choses avaient été construites autrement,, les conséquences que nous vivons douloureusement dans notre quotidien seraient autres, il ne faut pas l'oublier .

    Pourquoi, alors acceptons-nous ? tout simplement car un travail sur les consciences a été réalisé tout doucement afin de ne pas produire d'effet ,ce sont les différences qui produisent des effets et rien d'autres, en dehors de cela, les changements lents passent inaperçus, les principes de la thermodynamique certains connaissent, pas pour rien que des travaux ont été soutenus par certains "cercles", la cybernétique ou l'art de rendre l'action efficace par exemple , ou encore les travaux de Bateson et consorts sur la systémie.

    Tout se passe dans les quelques centimètres -cube de notre cerveau et pas ailleurs excusez-moi, certains l'ont bien compris , il n'est que de voir le monde aujourd'hui, c'est l'expression manifeste d'une volonté particulière, celle de faire du profit avant l'Homme .

    Dans 1984, je relève ce passage " ...vous croyez que la réalité est objective, extérieure, qu'elle existe par elle-même. Vous croyez aussi que la nature de la réalité est évidente en elle-même. La réalité n'est pas extérieure ... [ ]...La réalité existe dans l'esprit humain et nulle part ailleurs" .

    La réduction Husserlienne, c'est cela, revenir à soi, et dès lors le faux quand il est perçu comme faux est abandonné, cela doit être notre grille de lecture il me semble, c'est aux fruits que l'on reconnaît l'arbre n'est-ce-pas, de quels fruits est porteur cet arbre social ?

    Dans " L' homme imaginant " Laborit ne dit pas autre chose à travers les propos de W Reich " la révolution dans la superstructure idéologique fait faillite parce que le support de cette révolution , la structure psychique des êtres humains n'a pas changé"

    Ce dont ce monde a besoin, c'est d'hommes libres, non occupés, il nous revient donc à chacun d'observer attentivement les actes, les paroles à l'aune des fruits qu'ils portent et d'orienter ainsi notre chemin, mais cette posture passe bien évidemment par ce que nous sommes individuellement il me semble, et notre système de perception, notre "moi" jacasseur est toujours prompt à nous lâcher dans des sentiers perdus, notre boussole interne c'est nous-même , pourvus de cette connaissance et débarrassés ensuite d'elle, de cette connaissance il me semble, pour accueillir ce qui vient dans la nouveauté , enfin aussi neuf que possible, notre boussole c'est celle qui oriente joie, paix et amour pour le plus grand nombre, voilà ce que je voulais dire Cher Jean Zin , je vous rejoins dans beaucoup de vos réflexions par ailleurs.

  19. Il me semble que l'humain est issu du délire et qu'il vaudrait mieux s'en apercevoir. Dans l'état dit de veille on essaie de rationaliser avec quelques succès mais aussi des déconvenues et aliénations, dans l'état de rêve on délire complètement sans aucune prétention d'efficacité. Les chamanes produisent du délire qui est une forme d'autonomie de l'existant qui n'a que ça pour réaffronter le réel, c'est à dire se réorganiser pour faire face à ce réel aux allures organisées.

    La beauté, pas celle léchée, est elle même une invite à la délirance, elle nous abstrait malgré son inutilité immédiate, elle reste un curieux mystère qui nous amène à faire un pas de plus, incessamment le premier pas de l'aurore.

  20. L'humain est issu du délire, par référence à quoi?

    Ce serait quoi l'état de veille selon vous?

    Dans l'état de rêve , on délire complètement dites-vous encore , certes, c'est la définition même du délire, hors du sillon, mais après?

    Notre horizon est -il circonscrit à notre réel d'aujourd'hui ?

    Ne peut-il prendre un peu d'espace, un peu d'envergure?

    L'utopie n'a pas encore de lieu c'est sa définition même, mais il est bon de songer à lui en donner un.

    Peut-être pouvons-nous nous y risquer , elle seule pourra nous sauver en offrant d'autres possibles encore réalisables, bien que je crains parfois qu'il ne soit trop tard, mais qui sait vraiment!

  21. Difficile de répondre dans un commentaire à ces interrogations mais cette question de la transformation de notre structure psychique est ce qui m'oppose à mon groupe actuel au point de devoir le quitter. Je suis bien sûr d'accord que nous pensons par grille ("La nouvelle grille" de Laborit est sans doute son meilleur livre) mais ce n'est pas une raison pour croire, comme dans Matrix, que la réalité n'est qu'illusion. En fait c'est la question du subjectivisme qui sera l'objet de l'idéalisme allemand après Descartes (jusqu'au retour aux choses même de la phénoménologie, voire l'ouverture à l'être d'Heidegger) et, si avec Kant on pouvait penser que nos schématismes sont arbitraires ne donnant aucun accès à la chose en soi, le pas fait par Hegel avec la dialectique sera de montrer qu'il y a interaction entre sujet et objet où la connaissance se forge petit à petit au cours de l'histoire et n'est pas du tout arbitraire même si elle passe d'un extrême à l'autre. Il y aura la même erreur avec la théorie de la science prolétarienne opposée à la science bourgeoise (ou actuellement avec la déconstruction, les études post-coloniales ou certaines féministes), comme si n'importe quoi pouvait être soutenu au nom d'un relativisme absolu. Là on est dans le délire complet et dans l'utopie qui ne peut qu'empirer le réel à le plier à notre arbitraire. Marx était très éloigné de tout cela qui disait que l'éducateur a besoin d'être éduqué et qu'il ne suffisait donc pas de changer la formation de l'esprit pour changer les choses. Tout au contraire, il montrait les contraintes systémiques expliquant le contenu idéologique selon la position sociale. Rien d'arbitraire là-dedans et pas d'autre solution que de changer les rapports sociaux pour changer l'esprit, pas le contraire. Le changement des rapports sociaux ne pouvant non plus être arbitraire, Marx a toujours combattu les utopies, mais devant résoudre des contradictions matérielles. Le délire lui-même s'explique matériellement, rien de plus compréhensible que les utopies et la nostalgie de l'enfance, mais rien de plus dangereux non plus, sans aucun débouché positif possible, alors qu'il faut s'attacher au réel pour le transformer. Ce n'est même qu'en tentant de transformer le réel qu'on peut le comprendre dans ses résistances, ses contradictions, sa nécessité, sa matérialité. Il y a un processus historique où la liberté se déploie et un progrès de la liberté, pas du tout son asservissement comme on le prétend (on sort de l'obscurantisme religieux et de pouvoirs autoritaires), bien qu'il y ait des cycles et que tout positif ayant son négatif, toute autonomie se paye de nouvelles dépendances.

    C'est bien complexe et difficile à croire car on vient d'une des périodes les plus noires pour la pensée ces 20 dernières années (il y en a eu d'autres dans les périodes précédentes) mais toute erreur sur l'homme se traduit par un effondrement des systèmes qui maquillaient sa réalité complexe et contradictoire (on ne peut camoufler la réalité sous le tapis, les bulles spéculatives finissent toujours pas éclater). Il faudra beaucoup de rigueur et de modestie pour conquérir de nouveaux droits, de nouvelles libertés et continuer l'aventure humaine. Pour cela il faut abandonner toute prétention de changer les hommes, qui n'en ont pas besoin, encore moins changer son cerveau qui n'est que l'intériorisation de l'extériorité. Par contre il suffit de changer le travail pour vraiment changer la vie !

    D'ailleurs, j'avoue que je ne vois pas du tout ce que pourraient avoir de désirables ces hommes nouveaux qu'on nous présente comme bons, altruistes et détachés des vanités matérielles. L'amour sera toujours aussi difficile, il sera toujours ce qui nous rend le plus malheureux (la chanson de Vigneault "tout le monde est malheureux tout le temps" que j'ai mis sur le blog montre bien que si on veut de l'argent c'est pour l'amour). Vouloir substituer l'être à l'avoir c'est intérioriser encore plus la domination. Je sais en tout cas que dans cette société purifiée je serais au moins autant un paria que dans celle-ci.

    L'enjeu est plus simple et plus difficile, c'est de saisir les opportunités du moment, améliorer notre situation catastrophique, s'adapter aux nouvelles forces productives, tenir compte des contraintes écologiques. Hélas, personne ne le fait (ce n'est pas asse sexy). Il y a ceux qui rêvent d'un monde imaginaire, et ceux qui voudraient nous plier à une réalité insupportable, des révolutionnaires métaphysiques et des réformistes réactionnaires. Entre les deux il n'y a rien ou presque. Donc il faudra que les fausses idéologies se cognent au réel pour renoncer à leurs folies avant qu'on revienne au réel. Bien sûr il y aurait beaucoup plus à dire sur le sujet...

  22. Je vous demande d'être indulgent, je ne suis pas philosophe, je suis infirmière en psy, mais je suis curieuse du monde et je m'intéresse grandement à ce que je fais sur cette terre et à ce que veut dire vivre, je m'interroge et cultive le doute, ces préventions étant faites, je vais essayer de suivre votre message et de vous exprimer un peu mieux je l'espère ma toute petite idée sur la question qui ne demande qu'à être confrontée à d'autres idées afin de gagner en finesse et en justesse.

    Ce n'est pas une raison pour croire comme dans Matrix que la réalité est une illusion dites-vous, je pense que la réalité est un processus mental, un mécanisme de la pensée qui à ce titre peut être vrai, faux ou illusoire, et que la vérité est sur un autre plan, elle nécessite un travail de dé-voilement, elle n'est pas donnée, la vérité a un certain effet sur le réel, mais le réel n'est pas forcément vrai, il peut l'être certes, mais c'est une construction , une projection de la pensée et comme toute projection , cette dernière peut revêtir des formes différentes.

    Il me semble que la vérité se définit par tout ce qu'elle n'est pas, elle n'est pas jugement, elle n'est pas émotion, elle n'est pas pensée, mais bizarrerie de l'humain sans ce savoir c'est peine perdue, pas possible d'espérer quoique ce soit.C'est l'exercice de la corde raide!

    La vérité renverrait à "l'Idée"Platonicienne ou à " l 'En-soi " de kant ,je crois.

    S'il y a illusion du monde, pourquoi pas après tout , alors nous sommes aussi illusion, admettons cela avec les bouddhistes , les védantistes, etc...n'empêche, pour lire un texte il faut bien se coller aux lettres qui composent les mots pour décoder le message , ce que nous sommes , nous , petits humains , ce serait un peu l'image de ces lettres, il faut passer par nous pour lire quelque chose de ce monde même s'il est illusoire.Notre illusion a donc bien du mérite!

    Je n'ai pas lu Hegel mais je vais me risquer à ce que vous avancez de lui , il s'agirait selon lui d'une relation entre sujet et objet et inversement selon le plan où l'on se place ,un effet de réaction et de miroir , ma pensée ne serait donc pas différente de ses interconnexions, soit. En effet, ça ne se passe pas seulement au niveau de la tête, il faut qu'il y ait un environnement, et la vie, c'est peut-être ça, cet espace- entre- le dedans et le dehors , la relation -sa nature- ce qu'elle est et - sa structure- comment elle se construit .

    Le rapport , le lien du sujet à l'objet et inversement ,c'est donc de cela dont il s'agit, si je perçois un autre en tant qu'objet c'est bien que je suis différent de lui , sinon je ne percevrais rien, peut-être que la vérité c'est cet espace réduit au minimum de ses dimensions ,émotionnelles, conceptuelles et critiques, le fondu presque mystique espéré , entre l'observateur et l'objet observé , la dissolution dans un UN , mais nous sommes homme ex-istant , aussi l'égo est nécessaire à notre survie, un homme sans émotion est un homme sans volonté d'action n'est-ce-pas? alors , réduisons nos attributs" personnels " mais existons quand même, on ne nous resservira pas le plat deux fois!

    Le réel "vrai", je le vois donc comme une brèche, une fulgurance possible ( c'est un morceau de vérité qui a un effet sur le réel) au décours de hasards heureux et qui dès lors nous signifie l'obscurité dans laquelle nous sommes la plupart du temps, tout englué dans nos croyances.

    Vous dites ensuite Mr Jean ZIN " ... comme si n'importe quoi pouvait être soutenu au nom d'un relativisme absolu. Là, on est dans le complet délire et dans l'utopie qui ne peut qu'empirer le réel à le plier à notre arbitraire.

    Il me semble d'abord , mais je me trompe peut-être et je vous demande de rectifier si c'est le cas, qu'un relativisme ne peut jamais être absolu, absolu, ça veut dire sans lien justement si je ne m'abuse, ce serait comme de dire la vérité est un mensonge, ou l'eau ça sèche, non? Une relation ne peut être sans lien, c'est contre-nature, ou alors il s'agit de la dernière relation, de la mort,

    D'accord avec la deuxième partie de votre proposition, il s'agit bien d'un pur délire et c'est ce que nous vivons actuellement, le diagnostic est bien posé, et comme dans tout délire il y a déni de réalité, et construction d'une néo-réalité, c'est pile poil ce que nous vivons, Il me semble que dans notre société avant de modifier les rapports sociaux ce sont les perceptions mentales qui ont été re-modelées doucement pour parvenir à nous faire accepter l'inacceptable , un peu comme une goutte de poison dissoute dans un grand faitout de soupe, ça passe inaperçu au début, puis peu à peu la dose de poison augmente mais ça se fait de façon tellement lente que ça n'est pas perçu et finalement ce qu'il reste à boire ce n'est plus que du poison, mais quand on s'en rend compte il est trop tard. Le travail sur les perceptions se fait grâce aux idées qui sont distillées, elles déterminent le substrat sur lequel viendra se dérouler notre réalité soi- disant fatalement mondiale et globalisée et à la concurrence libre et non faussée, mais elle n'est fatale cette réalité que parce que nous acceptons qu'elle le soit, refusons d'obéir, les conséquences seront autres, notre réel sera différent alors, bien évidemment.

    Marx dites-vous rappelle que l'éducateur a besoin d'être éduqué , mais cette éducation n'est jamais neutre absolument jamais, et les liens que l'on nous apprend à faire entre un stimulus, un événement et sa réponse déterminent nos rapports au monde, ça me semble assez logique, le réel est donc presque toujours arbitraire il me semble et fonction des forces en présence, si les uns reculent, les autres avancent, il faudrait pouvoir arriver à un équilibre qui ferait que tout le monde pourrait espérer vivre dignement.Or, ce que nous vivons, c'est la mort du lien dans toutes les dimensions sociales, et l'écrasement d'une grande part de l'humanité au profit d'une catégorie restreinte d'individus, non? Si Marx a toujours combattu les utopies je comprends que son système se soit cassé lamentablement la figure, il faut toujours vouloir aller au-delà de l'horizon restreint qu'on propose surtout quand l'horizon est brisé et mortel symboliquement.

    Cela ne veut pas dire qu'il faille ignorer le réel d'aujourd'hui, bien au contraire, il faut le connaître et très bien même et dans toutes ses dimensions, car on ne peut se libérer que de ce que l'on connait bien.

    Le cerveau, bien sûr qu'il ne pourra être changé, quoique , on dit que certaines expériences de méditation prolongée modifierait la structure cérébrale, mais bon, ce dont je parle, ce sont des perceptions du monde, qui sont le fondement de l'action, elles, elles sont à la source, à la base de l'agir et orienter les pensées c'est orienter les actions et donc par voie de conséquence les rapports sociaux.

    Des hommes neufs, ce serait des hommes libres de leur déterminisme , enfin, libres, en partie bien sûr, mais le plus possible, grâce à la connaissance de ce qu'ils sont, de la façon dont ils pensent, dont ils bougent en fonction de leurs émotions, départis le plus possible de leur formatage qui est toujours au service d'un intérêt, l'école défend des valeurs sociales précises, celles qui pérennisent le maintien en vie de la hiérarchie , le savoir permet alors une distanciation .L'amour avec un grand A, ça rejoint l'idée platonicienne , ou l'en-soi kantien, nous sommes des hommes et non des Dieux, il nous faudra donc nous contenter d'amour avec un a minuscule, mais qui , ma foi, n'est déjà pas si mal , une position de terrien qui pourrait faire que le ciel viendrait effleurer la terre, des épousailles glorieuses qui viendraient réconcilier Nietzsche et Platon , le programme est plaisant et vaut vraiment le coup, aussi, ce néo réel nous devons refuser de lui obéir quand il contrevient à la vie, tout est tellement bien en place dans cet ordre social particulier qu'il me semble que ce n'est qu'en agissant localement mais en pensant globalement que l'on peut espérer sauver quelque chose s'il n'est pas trop tard, puisque nous risquons de perdre la vie, nous n'avons vraiment plus rien à perdre il me semble.Je m'y essaie modestement par des actions citoyennes, utopie quand tu nous tiens....

  23. Il faut être indulgent avec moi aussi parce que je désespère de pouvoir répondre, il y aurait trop à dire...

    On comprend mieux le subjectivisme du délire pour qui fréquente les fous, mais la folie est un stade particulier qu'on peut dire corporel du dogmatisme, l'excès de dopamine est bien biologique mais les formes du délire sont symboliques. C'est de Lacan qu'il faudrait parler plutôt que de Hegel, quoiqu'on ne puisse comprendre Lacan sans Hegel et Kojève, et même si je ne suis pas aussi sûr que Lacan d'une primauté du symbolique sur le biologique dans l'ordre des causes qui peut varier selon les folies.

    En tout cas, si la folie est en grande partie systémique, elle apporte certainement un correctif à ce qu'on peut considérer comme le règne de l'évolution et du développement cognitif qui ne vient pas de nulle part mais résulte de l'autopoïésis, processus où l'organisme se constitue à partir de son environnement jusqu'à en épouser les formes (le dauphin prend la forme des poissons, l'aile des oiseaux se règle sur les lois du vol, etc.). C'est la théorie des catastrophes de René Thom qui m'a persuadé que notre représentation était bien un produit du réel et de la perception, une intériorisation des formes extérieures, un reflet de ses discontinuités, même si le sujet reste extérieur, conscience qui se différencie de son objet (Sartre).

    Il a beau y avoir des idéologies irréconciliables, des choix indécidables, des conflits de classe, des religions millénaires, des théories du complot, etc. Il n'y a rien d'arbitraire, tout s'explique. C'est pourquoi un véritable relativisme absolu serait la négation du relativisme démocratique qui prétend que toutes les opinions se valent, car rendre compte de chaque point de vue relatif, c'est admettre une vérité sans équivoque. Lorsque le phénomène est considéré en tant qu'apparence il n'est plus le voile qui masque le réel. On peut dire, comme Kristeva, que "Toute phrase est un fantasme, et tout fantasme une narration", cela fait partie de notre rationalité limitée mais ne réduit pas toute réalité au fantasme comme dans nos rêves dont on ne s'éveille, je l'admets, qu'à moitié. La vérité est certes une construction mais qui s'appuie sur le réel et les discours courants pour tenir. L'éducation forme notre jugement mais l'éducateur est lui-même un résultat historique qui n'a rien d 'arbitraire et, comme dit Marx, la question de la vérité reste une question pratique, ce qui ne veut pas dire utilitaire : la vérité en amour est une question ouverte, question du mensonge mais surtout du désir. Il est certain que la vérité s'oppose au savoir dans lequel elle fait tâche, surprise. Impossible d'en dire beaucoup plus ici, mais il y a plus d'une vérité, on peut même dire quatre vérités au moins (conformité, vérification, impartialité et authenticité) !

    Il est toujours difficile de différencier ce qui n'est qu'un moment dans un cycle ou ce qui est une tendance de fond, voire définitive. Or la dissolution des liens sociaux me semble relever d'abord d'une situation qui s'est répétée régulièrement dans l'histoire, même si on peut confondre ces années folles avec l'individuation qui s'affirme avec le temps et les transformations du lien social produites par les technologies de communication. Plutôt que de vouloir changer arbitrairement nos représentations (selon ce que Hegel appelait la loi du coeur qui mène au délire de présomption), il faut essayer de comprendre l'hégémonie du néolibéralisme depuis les années 1980, succédant à la social-démocratie keynésienne, au communisme et au fascisme qui succédaient eux-mêmes au premier libéralisme mondialisé qui s'était effondré en 1929, récapitulation nécessaire pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Il faut être matérialiste, écologiste, systémiste et ne pas tomber dans l'erreur de croire que ce sont les idées qui mènent le monde alors qu'elles n'en sont que les reflets et les instruments. Sous-estimer la réalité, c'est sur-estimer les représentations, ou le cerveau qui change tout le temps, là n'est pas la question et qu'on peut même modifier très facilement avec des drogues, ce qui ne change rien par ailleurs...

    Malheureusement, il y a toujours eu des dominants, toujours une lutte des classes où les plus riches écrasent les plus pauvres, c'est cela qu'il faut combattre, en sachant qu'on n'y arrivera pas complètement car il y a de bonnes raisons pour cela, ce n'est pas juste une regrettable erreur de notre nature, rien d'arbitraire encore une fois. De même, l'apprentissage de la liberté n'est pas si simple. C'est notre tâche mais nous avons à apprendre le caractère contradictoire de la liberté de même que toute autonomie a sa contrepartie de dépendances. Bien sûr, nous avons besoin de désir, et d'utopie dans le sens d'une transformation sociale, opposée à l'idéologie justifiant l'ordre établi, mais ce désir et cette utopie doivent être assez modestes et prudents pour ne pas ajouter des ravages aux ravages, des massacres aux massacres et pour cela il faut apprendre de l'histoire. Ne rien lâcher, tenir le pas gagné et ne pas renoncer au pas suivant, mais avec sérieux et humilité. En quoi je rejoins Olaf.

  24. Je ne serai pas aussi dense que J Zin, faute de temps et de références philosophiques. D'ailleurs, je ne suis ni érudit en philosophie, ni psy.

    Mais je lis avec intérêt ce qui précède. Cette idée d'un réel bien plus présent, voire invasif alors qu'il semble que le psychisme ait été souvent mis comme prédominant déterministe, un peu comme l'âme dans les religions, alors qu'il accompagne et donne une apparence au réel. Une tentative de cohésion. La folie m'apparait comme une réaction illimitée aux inputs du réel, une attitude auto immune, d'autant plus que celui ci, selon les contingences de la vie, se révèle traumatisant. La succession des double bind, le vécu d'une guerre par un soldat etc... tout ce qui peut briser un individu peut produire une réaction de résistance, une production extrême amenant à la folie qui serait antalgique. Tout comme un choc du corps produit des réflexes antalgiques.

    Selon le substrat biologique, les résistances, ou assimilations de ces chocs seront différents.

    Le réel comme matériel, non pas un réel imaginaire collectif, au sens de la physique ou de la biologie, donc in fine validable par des faits reproductibles
    nous constitue bien plus que l'on ne le perçoit, tout autant que les idées reçues de notre éducation et de la société où nous baignons.

    Après lecture d'un billet sur ce blog concernant les drogues, j'ai constaté à quel point ce qui s'y disait correspondait à ce que mon expérience de la drogue m'avait amené comme constats. Seulement, jusqu'à cette lecture j'avais le sentiment d'être un peu tout seul à penser ça. Pas d'apologie de la drogue mais seulement le constat qu'une molécule peut modifier ma pensée, la ralentir d'une certaine façon tout en la trouvant plus intéressante, quelque chose de semblable concernant la musique ou la peinture par exemple.

    La façon de comprendre ce que dit quelqu'un aussi, tout étant très variable d'un moment à l'autre. Donc pas de paradis complet, mais pas tout à fait d'enfer absolu, un peu parfois, même des impressions de résurrections, ça dépend des moments et doses. Bref j'ai exploré, et comme disait Hendrix, j'ai expérimenté. Tout ça pour dire que je n'ai jamais bien compris le tabou que représentent les drogues dans nos sociétés modernes qui se sont pourtant souvent bien lachées à de multiples occasions dans les pratiques.

    Le discours est que la drogue c'est destructeur, évidemment oui quand ça dure très longtemps, et il faut être attentif. N'empêche que dans dans une société où l'on promeut la parole et l'expression, il est assez consternant de voir que ce qui est dit de la drogue ne concerne que ses effets destructeurs, alors qu'il y a autre chose à en dire, à savoir ce que c'est que de vivre ce phénomène.

    Même les thérapeutes des drogués comme l'a été Olivenstein ou d'autres me donnent l'impression d'occulter ce phénomène pour n'en faire apparaitre que ce pourquoi ils sont institués, la lutte hygiéniste compassionelle.

    Sur ce point les sociétés dites primitives, premières, paraissaient moins frileuses et ont même plutôt socialisé l'usage, en le symbolisant inévitablement par l'association d'un dieu à une plante. Ainsi il n'était pas interdit de côtoyer l'influence forte d'une molécule sur l'esprit.

    Drôle de paradoxe, nos sociétés modernes font la primeur du génome et des neurosciences tout en faisant le black out sur la possibilité à tout un chacun de voir un peu de quoi il s'agit. D'un côté ceux qui savent à travers leur science, de l'autre ceux qui n'ont qu'à écouter, et après ça on voudrait promouvoir la démocratisation de la connaissance.

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