L’émergence de l’humanité

Quand d'autres hommes peuplaient la Terre, Jean-Jacques Hublin
En toutes choses, il est bon de revenir au commencement, Ab Ovo. Le problème pour l'émergence de l'homme hors de l'animalité, c'est qu'il y a plusieurs commencements mais cela n'empêche pas qu'il est essentiel de comprendre d'où l'on vient. En particulier, contrairement à ce dont on voudrait se persuader, l'homo sapiens est loin d'avoir été non-violent, ni véritablement en harmonie avec son environnement dans les époques pré-néolithiques supposées époques d'abondance et d'an-archie.

Il est significatif qu'un paléontologue du XIXème siècle (Gabriel de Mortillet mort en 1898, p154), libre penseur attaché à la laïcité n'ait pu se résoudre à reconnaître les premières tombes de Cro-Magnon découvertes en 1868 et témoignant à l'évidence d'un rituel religieux. La religion n'était donc pas une création récente des prêtres pour nous dominer mais nous sortions bien de l'obscurantisme depuis l'origine ! Dans l'enfance de l'humanité déjà, les mots étaient chargés de magie et les choses de sens, animés par nos projections et nos terreurs. Le savoir n'est jamais donné au départ, si ce n'est dans l'instinct animal, il progresse avec le temps et, comme on sort de l'animalité, on sort de l'ignorance : petit à petit, pas à pas. L'émergence de l'humanité, c'est l'émergence de la conscience de soi de l'être parlant, d'une pensée matérialisée dans un langage et d'un savoir cumulatif, ce qui n'a pas commencé tellement avant 50 000 ans, et ce qui n'est pas si long au regard des temps cosmiques ou même de l'évolution biologique...

Nous sortons à peine de la nuit même si nous courons toujours à la catastrophe mais inutile de regarder en arrière vers quelque paradis perdu quand il nous faut regarder devant. Encore faut-il en faire le parcours précis pour démentir nos préjugés qui sont au moins aussi nombreux sur nous-mêmes que sur une physique qui n'en finit pas de contredire nos représentations. Le livre de Jean-Jacques Hublin est non seulement utile à reconstituer les différentes étapes de l'émergence de l'homme, dans l'état actuel des données, mais il donne aussi quelques points de vue originaux très convaincants, et pas seulement à propos de Néandertal dont il est un spécialiste reconnu.

Le "génocide" des néandertaliens

Contrairement à ce qu'on s'imagine, la mortalité violente serait bien supérieure ordinairement dans les tribus de chasseurs-cueilleurs à la mortalité en temps de guerre dans les pays civilisés (p171) ! Malgré qu'on en ait, dès qu'ils ont quitté l'Afrique et donc leur environnement naturel, les premiers homo sapiens, mieux outillés et plus intelligents que leurs prédécesseurs, se sont comportés comme les pire colonisateurs, massacrant partout où ils passaient tous les animaux de grande taille jusqu'à leur extinction complète (la technique du feu précipitant des troupeaux entiers des falaises étant particulièrement redoutable), aussi bien en Australie qu'en Europe ou en Amérique... (p181) L'Île de Pâques n'est donc pas le seul exemple de dévastations et de guerres fratricides, ni de l'effondrement des civilisations ("Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles", Paul Valery, 1919, La Crise de l’esprit).

Rien de moins assuré que la reconstitution de notre préhistoire, que de nouvelles découvertes peuvent remettre en cause du tout au tout, contrairement à la physique (pour un état plus récent des recherches voir la revue des sciences de décembre 2009, celle d'avril 2010 et surtout celle de novembre 2014). Il n'en reste pas moins que, pour l'auteur, la disparition de Néandertal tout comme celle des grands animaux est probablement imputable, au moins en partie, à l'homme moderne. On a voulu mettre en cause la chute d'une météorite provoquant un refroidissement soudain, ce qui a pu avoir un rôle mais n'explique pas que seuls les grands mammifères aient succombé, ni que Néandertal spécialement adapté au froid et qui avait résisté à bien pire avant n'aurait pu y survivre ! En fait, sa disparition résulte sans doute de la combinaison d'une raréfaction des grands mammifères constituant sa nourriture principale, d'une fragmentation des populations et d'une compétition pour les territoires les plus favorables, exacerbée par la dégradation dramatique des conditions climatiques. L'homme de Cro-Magnon a donc eu sans doute un rôle actif dans l'extermination non seulement de la grande faune mais aussi des derniers Néandertals même si le qualificatif de génocide, que l'auteur n'emploie pas, est bien sûr déplacé ici, signifiant seulement que ces populations ont disparu et non pas qu'il y aurait eu une quelconque volonté d'épuration. Il est certain qu'il y a eu des violences, y compris à l'intérieur même de notre espèce, mais le plus décisif a sans doute été quand même la disparition de leur source principale de nourriture. Celle de Cro-Magnon était plus variée et surtout il pratiquait la chasse des petits animaux et la pêche des petits poissons, notamment grâce à l'utilisation de filets (p190). (plus récemment cette différence a été mise en doute, mettant en avant plutôt la moindre adaptabilité de Néandertal, dans une période de brusques changements, une fertilité inférieure ainsi que la dispersion de populations trop réduites)

S'il y a eu indéniablement un mélange des cultures, l'hypothèse d'un métissage des populations n'était pas confirmée par les études génétiques jusqu'en avril 2010 où des croisements sont repérées, sans doute au Moyen-Orient mais avant la colonisation européenne et pas après. Il n'est en tout cas pas du tout crédible, comme on l'a soutenu récemment, que l'homme moderne soit issu de Néandertal, sélectionné par un pic soudain de glaciation. Il semble bien qu'il y ait eu plusieurs espèces humaines ayant cohabité pendant des millénaires avant l'élimination de la plus primitive, ce qui n'est qu'un cas particulier de la disparition de tous les autres types d'homme. Ces hypothèses, qui ne peuvent prétendre être certaines, ne sont certes pas politiquement correctes. Cela ne les empêche pas d'être les plus plausibles au regard des fossiles en notre possession. Mais reprenons quelques points de l'histoire de l'hominisation.

Le singe se redresse (4,5 millions, australopithèques, p35)

La première étape de l'hominisation, c'est de se tenir debout. A ce stade, le cerveau est encore celui du chimpanzé. Il n'y a rien d'humain encore, la station débout est une condition nécessaire mais non suffisante, elle ouvre le champ des possibles à l'évolution ultérieure. La fabrication d'outils n'est plus réservée aux hommes maintenant mais il est certain que la station debout achève la libération de la main, cela facilite aussi une tête et un cerveau plus gros (rappelons que pour Michel Brunet Toumaï était déjà bipède il y a 7 millions d'années!). Ceci dit, l'homme ne serait pas tant fait pour la marche que pour la course, la vitesse étant un élément vital quand on est à découvert.

Le singe nu (p36)

La station debout serait aussi une meilleure adaptation au soleil tropical et, du coup, nous n'aurions plus besoin que de nos cheveux pour nous protéger du soleil, ce qui permet de perdre les autres poils et, innovation humaine, de rafraîchir le corps par la peau et les glandes sudoripares. On s'est longtemps demandé quel était l'avantage évolutif de notre peau nue. On pensait que cela nous évitait des parasites mais la régulation thermique par la sueur est bien plus convaincante. Je suis persuadé que cette nudité fragile a dû encourager aussi la confection d'habits et d'abris, obligeant à une certaine indépendance de l'environnement. L'auteur, lui, fait l'hypothèse qu'en se rafraichissant par les pores de la peau, nous n'aurions plus eu besoin d'haleter pour évacuer la chaleur, comme les autres animaux, et que cela aurait pu favoriser l'utilisation de la bouche pour communiquer, dans un pré-langage (encore animal). Il faudrait donc se mettre à nu, perdre ses poils (son animalité), pour pouvoir parler ! On pourrait ajouter que la bipédie permet de développer les armes de jet (cailloux d'abord, lances plus tard), dont ne parle pas l'auteur mais qui sont déjà utilisées par des chimpanzés et qui auraient pu donner un avantage décisif sur les autres prédateurs.

Une autre explication de notre nudité serait un épisode aquatique très hypothétique mais la perte des poils pourrait remonter très loin, jusqu'à 3 millions d'années selon the New Scientist.

Le cerveau (2,5 millions, Homo, p38)

C'est là qu'on a la plus grosse surprise car on apprend que, le cerveau ayant besoin de beaucoup d'énergie et d'irrigation, l'adaptation s'est faite en réduisant drastiquement notre intestin, ce qui supposerait une nourriture plus énergétique et facile à digérer, à dominante carnivore (ou cuite après la maîtrise du feu). C'est d'ailleurs ce qui lui fait attribuer la somnolence après les repas à une compétition entre l'intestin et le cerveau, hypothèse soutenue depuis longtemps par certains médecins mais contestée par d'autres qui l'attribuent plutôt à des causes hormonales et une dégradation du métabolisme du sucre avec l'âge.

En tout cas, non seulement nous serions devenus carnivores pour devenir plus intelligents mais on apprendra que le néolithique qui nous rendra beaucoup plus végétarien, avec un régime à base de céréales, nous a donné une nourriture certes bien plus abondante et régulière mais moins riche et moins bien adaptée à notre système digestif, cause de plusieurs maladies (coeliaques notamment).

Pour la maîtrise du feu, la question n'est pas claire mais pourrait remonter à Homo erectus, il y a 790 000 ans, en tout cas à partir de 400 000 ans, mais ne sera systématique qu'avec sapiens à partir de 250 000 ans (p126). D'autres pensent que la cuisson des aliments est indispensable à la croissance du cerveau, la culture et l'humanité commençant avec l'art culinaire et donc le feu qui devrait remonter alors à 1,9 millions d'années, ce qui reste largement à confirmer... Par contre, dès avant sapiens (dès les chimpanzés pourrait-on dire!) on constate des comportements "humains" et une grande solidarité envers des vieux ou des handicapés, cette solidarité ayant eu certainement un rôle crucial dans la survie de l'espèce.

Sinon, l'auteur relie l'allongement du temps d'apprentissage, nécessaire à mesure que le cerveau grossit, avec le fait que les périodes de fertilité des femmes n'étant plus visibles, la reproduction exigerait des copulations répétées et donc des relations plus intimes et suivies (p42).

L'enterrement des morts (110 000 ans, p100)

La question de l'enterrement des morts est d'importance mais n'est pas aussi simple qu'on croit. Les première tombes seraient le fait des premiers hommes modernes il y a plus de 100 000 ans au moyen orient et ne concernaient que des individus exceptionnels. Il semble que Néandertal n'ait fait qu'imiter cette pratique en de rares occasions et sans tout le cérémonial de Cro-Magnon qui charge la mort de symboles (poudre ocre, perles, parures, statuettes, fleurs). Il est difficile d'imaginer un enterrement des morts sans langage, sans le fait d'avoir un nom.

Le goulot d'étranglement (73 500 ans ?, p139)

Les estimations du nombre d'individus ancestraux nécessaires pour rendre compte de toute la variabilité génétique actuelle tournent autour de 15 000 individus, en tout et pour tout... Les données de la génétique, de la paléontologie et de l'archéologie concourent pour démontrer que l'homme moderne a émergé en Afrique il y a environ 150 000 ans, avant de sortir du continent entre 60 000 et 50 000 ans. p 142

Le petit nombre de nos ancêtres pose question. On invoque l'éruption du volcan Toba il y a 73 500 ans mais qui n'a pas affecté d'autres animaux, ni Néandertal. L'explication est sans doute plutôt culturelle, on pense à l'acquisition d'un langage identique au nôtre et au développement de la pensée symbolique. En tout cas, nous sommes tous frères et, à l'origine, de type africain adapté au climat tropical avant de perdre notre couleur de peau pour mieux synthétiser la vitamine D dans les pays moins ensoleillés et nous tasser un peu pour mieux résister au froid. Il se pourrait pourtant que ce petit nombre ne concerne que ceux qui sont sortis d'Afrique (pas par vagues successives, donc), le goulot d'étranglement étant migratoire alors que la diversité génétique est plus grande en Afrique avec notamment la population San et son langage à cliquetis.

Les proportions des hommes modernes européens datant de 30 000 à 20 000 ans sont quasiment identiques à celles des Africains actuels, avec des membres longs par rapport au tronc. Puis la longueur relative des membres des fossiles européens décroît régulièrement pour atteindre voici environ 9 000 ans leurs proportions actuelles. p 144

Si les innovations culturelles précèdent la catastrophe de façon sporadique, ce n'est qu'après plus de 20 000 ans d'âges sombres que l'explosion culturelle reprendra, décuplée, sans doute à partir d'une reconstitution de populations assez nombreuses et débouchant sur la culture des grottes ornées.

Le langage narratif et les mythes (50 000 ans, p147)

Pensée symbolique, parures et ornements ont laissé des traces bien avant 50 000 ans mais connaissent à partir de cette date un développement sans précédent. Pour Richard Klein, c'est "le changement comportemental le plus radical que les archéologues aient jamais étudié". L'homme était déjà anatomiquement moderne. Il le devient socialement (p151). Il y a effectivement une expansion démographique et un dynamisme culturel sans précédent avec bientôt les premières peintures rupestres et les véritables débuts de l'art et des religions chamaniques (qui débutent peut-être il y a 70 000 ans avec ce culte du Python, dont ne parle pas le livre mais que je trouve impressionnant ?).

Cette révolution, qui commence en Afrique, marque notre entrée dans le monde de l'innovation et de l'esprit. C'est le véritable début de notre histoire, assurant définitivement la suprématie de notre espèce. On peut supposer que c'est le moment où l'on commence à se raconter des histoires, où le langage n'est plus expressif ni impératif mais devient narratif par le détachement du sens et du son (ce qu'on appelle la double articulation), produisant toutes sortes de mythes. C'est au moment où le langage devient prose et se détache des choses (le mot chien n'aboie pas) que surgissent toutes sortes d'esprit et que le monde prend sens, se poétise. Il n'est pas étonnant si nous descendons d'une population de 15 000 individus que toutes les langues viennent d'une seule langue mère (sauf celle des San) dont on croit savoir que le mot "tik" désignait à la fois le doigt et l'unité (p199).

Seul un langage moderne, avec une syntaxe comparable à la nôtre, pouvait sous-tendre les représentations symboliques, l'organisation sociale complexe et les réseaux d'échange du paléolithique supérieur. Par certains aspects, les langues des chasseurs-cueilleurs modernes qui sont parvenues jusqu'à nous peuvent d'ailleurs présenter plus de complexité que les langues les plus parlées aujourd'hui. Les hommes de Néandertal et les premiers hommes modernes possédaient certainement des capacités cognitives assez élevées et un langage opérationnel, mais une révolution mentale et sans doute linguistique a dû précéder l'accélération phénoménale du rythme des inventions et la complexification des échanges au cours des derniers 50 000 ans. p199

Révolution néolithique (10 000 ans, p207)

La fin de la dernière glaciation coïncide avec la fin de l'art rupestre, une dispersion des populations par familles restreintes, avec un système moins strict et plus individualiste. La domestication des chiens se généralise. Puis, c'est la sédentarisation, les premiers villages datant d'avant même l'agriculture, au moment où le froid est soudain de retour (le Dryas récent, de 12900 à 11600 ans) (p204).

A côté de la révolution précédente, véritable émergence de l'humanité telle que nous la connaissons, on peut trouver que la révolution néolithique c'est de la petite bière. Il est certain qu'elle ne vient qu'en second et peut-être loin derrière mais elle n'est que son écho lointain. Comme souvent, le changement ne devient visible que longtemps après lorsqu'il a modifié profondément les modes de vie, au début simplement perfectionnés et enrichis. Tout de même, à partir du Néolithique, plus rien ne sera comme avant et d'abord au niveau de la population qui explose (multipliée par 10) ! Hélas, il n'y a pas de positif sans négatif. Avec l'apparition de la richesse et des stocks, c'est aussi l'apparition du travail et de l'esclavage, des dieux et de la guerre, avec des sociétés hiérarchisées de plus en plus inégalitaires.

Si le Néolithique représente un bond en avant de la démographie des populations et de leur sécurité alimentaire, s'il a ouvert la voie à l'émergence des grandes civilisations, il s'est paradoxalement traduit par une certaine régression au niveau individuel. Les sociétés agricoles nourrissent davantage d'hommes, mais souvent moins bien. Progressivement, l'alimentation est dominée par quelques céréales, voire une seule, ce qui entraîne parfois d'importantes carences. Les hommes du Néolithique et des périodes suivantes consomment moins de protéines, de vitamines et d'oligo-éléments que les chasseurs-cueilleurs du début du Paléolithique supérieur. p209

Au niveau individuel, le développement d'une économie de production fut loin de toujours signifier bien-être et bonne santé. Nous lisons aujourd'hui sur les squelettes des hommes de cette époque les traces des crises qu'ils traversèrent. Les os longs de beaucoup d'individus portent des lignes de Harris, marques d'arrêts de croissance dus à des stress biologiques : maladie infantile, malnutrition ou famine. p210

Parmi les causes de stress bloquant la croissance, il faudrait compter aussi, me semble-t-il, le travail de force qui était beaucoup plus rare pour les chasseurs-cueilleurs. Les incursions dans la "médecine darwinienne" me semblent un peu moins convaincantes, un peu trop rapides au moins. Ainsi, il parait que le mal au coeur des femmes enceintes permettrait de les protéger des toxines et que le baby blues servirait à les confiner au foyer après leur accouchement ! (p214) On ne peut éviter de tenir compte des adaptations plus récentes (par exemple à la digestion du lait), on ne peut en rester au menu du paléolithique, c'est du moins l'indication qu'on a sans doute besoin de beaucoup plus de vitamines.

Génétique contre racisme

Il n'y a certainement pas de "race noire" comme un crétin médiatique a cru intelligent de le prétendre récemment alors que nous avons tous les mêmes ancêtres et que la diversité génétique est la plus grande en Afrique justement ! S'il y a bien des différences génétiques entre les populations et les hommes qui les composent, elles sont la plupart du temps continues et ne définissent pas un type bien délimité. Il est très difficile pourtant de réfuter ce racisme des apparences (qui a l'évidence de la Terre plate) dès lors que les USA classent encore leur population en africains, européens, asiatiques et hispaniques... Le pire, c'est qu'on pourrait tout aussi bien prétendre qu'il y a une race noire américaine puisque les descendants des anciens esclaves seraient génétiquement prédisposés à l'hypertension mais ce n'est en rien parce que ce serait une caractéristique des africains mais seulement que les esclaves qui survivaient à la traversée de l'océan étaient ceux qui retenaient le plus le sel, quand les autres (70%!) mouraient de déshydratation au fond des cales des navires de négriers... (p221) De même les juifs des ghettos ont sélectionné une anomalie génétique les protégeant contre la tuberculose qui y était endémique !

Ces exemples de sélections récentes ne doivent pas induire en erreur. Les populations humaines actuelles sont beaucoup moins différentes les unes des autres que le public ne le croit souvent. La variabilité au sein de l'espèce humaine est très inférieure à celle de nombreuses espèces de mammifères. p221

S'il existe des marqueurs génétiques propres à certaines populations, pour la plupart des gènes, la variabilité à l'intérieur de chaque groupe est très supérieure à celle qu'on observe d'un groupe à l'autre. p222

 


 

Il y a bien eu plusieurs espèces humaines cohabitant pendant des millénaires (sans se rencontrer la plupart du temps) mais nous avons fait place nette, il y a bien longtemps, avec ce qu'on pourrait appeler de façon un peu abusive le premier génocide européen, celui de Néandertal (de même que, plus tard, les premiers agriculteurs remplaceront complètement les chasseurs-cueilleurs sans s'y mélanger). Ceux qui restent sont tous frères, descendant d'une petite population africaine, autour de 15 000 personnes qui ont sans doute inventé la langue mère, il y a un peu plus de 50 000 ans de cela. Ils nous ont transmis leur gènes mais aussi nous ont appris à parler, nous ont donné le langage qui nous a fait entrer dans un tout autre monde, celui de l'esprit ou de l'imaginaire, et commencer à sortir de l'animalité.

Notre entrée dans l'ère de l'information ne fait qu'en redoubler la rupture initiale entre le réel et le virtuel dans le devenir immatériel de l'économie (qui ne peut se passer bien sûr des flux de matière et d'énergie!). Chaque progrès cognitif nous a donné plus de puissance, à chaque fois durement payée. De même qu'il a fallu passer d'une économie de pillage à une agriculture durable enrichissant les sols, nous devons aujourd'hui passer du pillage de la planète à une écologie plus raisonnée, nouveau progrès cognitif absolument vital mais qui n'est pas gagné d'avance...

Voir aussi : autour des origines de l'homme, le mystère de nos origines et l'homme et l'animal. Pour la Science a fait une mise à jour en novembre 2014. Voir surtout Brève histoire de l'homme produit de la technique (2017).

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14 réflexions au sujet de « L’émergence de l’humanité »

  1. Effectivement, l'auteur n'en dit rien mais il n'y a pas de société humaine sans drogues, c'est ce qui nous caractérise par rapport aux chimpanzés par exemple, il n'y a pas de chamanisme sans drogues. On peut dire que le langage lui-même est une drogue addictive qui maltraite le corps plutôt. En tout cas, il n'y a pas de drogue sans langage (de même qu'il n'y a pas de musique sans langage dont elle constitue l'envers), il n'y a pas de drogue sans discours sur la drogue, ce n'est pas aussi exclusivement biologique qu'on le croit (ce pourquoi on retrouve la même dépendance avec l'amour, le sexe, l'argent, le jeu, le travail, le pouvoir). Les peintures rupestres, et donc l'art primitif, sont aussi associés aux drogues, aux visions dans la grotte dont témoignent les points mystérieux qu'on retrouve chez les aborigènes. La libération de l'imaginaire passe sans aucun doute par les drogues psychédéliques mais sans la rigueur du langage et la raison universelle, tout cela n'aurait pas été bien loin...

  2. Sur le cerveau et l'alimentation, voir l'ouvrage de Thierry Souccar "le régime préhistorique".
    Dans un premier temps, l'homme, charognard, aurait pu accéder à la moelle osseuse des charognes, que les autres animaux ne pouvaient pas atteindre.
    Il y aurait aussi l'accès aux oméga3 d'origine animale, ce qui expliquerait pourquoi l'humanité est apparue dans des régions de grands lacs.

    Content de retrouver aussi le fait que la qualité des aliments a nettement diminué au néolithique, c'est une idée qu'il était encore très difficile de défendre il y a peu.

    http://www.lanutrition.fr/Le-r%C...

  3. Cette saga est fort bien racontée par vous. Tout a l'air bel et bien. Mais pourquoi toujours faut-il que la saga soit Africa ? En effet, comment croire que l'extrême diversité actuelle des types humains ait eu pour seule origine l'Afrique, il y a cinquante mille ans ? Cela semble beaucoup trop serré. Ne peut-on plutôt envisager, vers ces -50.000 années, plusieurs foyers, avec déjà une certaine dispersion sur la surface de la Terre ?

    On a trop tendance à privilégier, ici comme ailleurs dans d'autres sciences, une origine unique. Un vieil héritage biblique ?

  4. Je suis dubitatif sur cette thèse d'un homme qui penserait déjà au génocide avec l'homme de Néandertal. On peut imaginer une certaine idée de la pureté dans certains groupes mais les homo sapiens cohabitant avec d'autres hominidés devaient être plus intéressés par les échanges sociaux. C'est globalement ce qui arrive quand des groupes se rencontrent, avant de savoir si ils sont du même groupe ethnique ou autre chose. Les uns et les autres semblaient avoir les capacités pour tenter ce genre de rencontres et cela suffit pour une reconnaissance (nous ne sommes même pas si différents morphologiquement pour expliquer une répulsion obligatoire). Outre qu'il n'y a pas de trace d'un massacre il me semble évident que nous essayons de projeter des représentations nationales, des idées de cohésion et de contrôle de l'identité, en les généralisant un peu (à peine). L'homme n'avait pas de raison d'être saint, là n'est pas la question, mais il y a le reste d'une idée de l'homme à l'origine de son propre destin dans cette idée d'épuration, une manière de se monter la tête par le biais d'un jugement moral négatif tout aussi déplacé qu'un autre plus positif.
    Il y aurait aussi l'idée que l'homo sapiens serait nécessairement supérieur puisqu'ayant survécu. La sélection ne se fait pas nécessairement sur une "supériorité" et en tous cas de nombreuses recherches ont quand même du mal à établir que l'homme de Néandertal ait eu une culture et des organisations sociales moins complexes que l'homo sapiens. Je crois que nous manquons de beaucoup de données sur tout ça et que l'idée d'une cohabitation nous dérange en remettant trop en cause notre place au sein du monde du vivant (c'est beaucoup moins politiquement correct d'être globalement impuissant). Ca ne change rien au fait d'accepter que nous sommes des homo sapiens et qu'il s'est passé quelque chose.

    Je me demande depuis peu si une explication ne pourrait pas être que l'homo sapiens était plus séduisant et qu'ainsi ses caractères aient été conservés par une sélection sexuelle (et sociale, la séduction prend beaucoup de place dans toute organisation sociale) plus que par la confrontation qui serait forcément violente. La réalité c'est que si la violence ne nous est pas interdite elle reste fatiguante et que la traçabilité des lignées a toujours intéressé les dominants dans les groupes hiérarchisés et beaucoup moins les "couches basses" (dont la reproduction est parfois interdite à l'interieur du groupe). Après je veux bien me tromper mais dès qu'on trouve des nouvelles données sur l'homme de Néandertal ça pose problème et on préfère la théorie à l'analyse de la nouveauté. Je crois que nous allons plus vite aux conclusions sur ce sujet que nous ne le faisons sur beaucoup d'autres. D'un point de vue génétique par exemple l'homme et la femme homo sapiens ont des milliers d'années de différence (j'y vois surtout les limites de nos outils actuels) nous-sommes nous précipités sur des conclusions systémiques ? Je crois pas. Je fais fausse route ?

  5. Pour toutes les réponses à vos questions, il faut lire le livre même si je ne me contente pas d'en faire un compte-rendu et que j'en rajoute en parlant de génocide notamment, ce qui est une tromperie sur la marchandise dont j'espérais qu'elle ne serait pas prise à la lettre (j'ai modifié un peu le texte). C'est l'auteur qui est spécialiste de Néandertal, moi je ne fais que donner ses conclusions comme j'avais fait état d'autres hypothèses dans ma revue des sciences.

    Je cite le cas du paléontologue qui refuse de reconnaître que les hommes préhistoriques pourraient avoir une religion. On est aussi souvent aveuglé par ses croyances que par le politiquement correct qui nous enjoint de penser le contraire ! L'important c'est que les différentes hypothèses aient été formulées et testées.

    Ce n'est donc pas pure fantaisie de dire que l'incroyable diversité des 6 milliards d'être humains résulte de 15 000 individus seulement mais c'est ce que suggère une convergence de preuves aussi bien génétiques que paléontologiques. Bien sûr, pour ma part je n'en sais rien et de nouvelles interprétations pourront s'imposer avec la découverte de nouveaux fossiles, mais le livre réfute l'hypothèse de multiples foyers. Il faut savoir qu'on peut suivre les transformations des squelettes au cours du temps et donc qu'on suit l'histoire à la trace. Il y avait bien des vagues précédentes, puisqu'il y avait Néandertal avant, mais l'étonnant c'est effectivement qu'on descende d'une si petite population dont on est presque sûr qu'elle était africaine comme tous nos ancêtres.

    Evidemment, Cro-Magnon n'a jamais pensé à l'extermination de Néandertal sans doute mais quand les conditions se dégradent et que les territoires de chasse se réduisent dramatiquement, il serait naïf de croire qu'il n'y aurait pas de compétition sanglante pour le territoire. Ce n'est pas un génocide et surtout une meilleure adaptation de Cro-Magnon. Dans les millénaires précédent, la cohabitation n'a pas dû poser de problèmes étant donné les effectifs très réduits des 2 espèces qui devaient rarement se rencontrer. Là aussi j'engage à lire le livre, car évidemment ce n'est pas un discours en l'air et sans preuves. L'auteur récuse les visions de Néandertal un peu trop proche de nous qu'on avait tendance à faire récemment là aussi par un peu trop de politiquement correct. Il serait vraiment plus primitif même s'il a imité de nombreuses techniques de Cro-Magnon.

    L'argument de la séduction ne tient pas sur la forme car, s'il est toujours présent, il est aussi trop variable, par contre il tient sur la parole sans doute. Le baratin est essentiel pour séduire et ceux qui ne maîtrisaient pas assez bien le nouveau langage devaient faire pâle figure auprès des nanas, ce qui expliquerait que la sélection ait fait place nette de ceux qui n'avaient pas les capacités suffisantes. La sélection continue à se faire sur ce plan, les idiots ayant peu de chance de se reproduire s'il ne peuvent maîtriser les codes de la société hypertechnicienne. Cela ne veut pas dire d'ailleurs que ce sont les plus intelligents qui se reproduisent le plus, le pouvoir fascine plus que l'intelligence, mais il faut un minimum !

  6. @waglioni
    moi aussi je suis tenté par l'hypothèse d'un commencement dans une multiplicité. Mais ce qui importe c'est la recherche du " comment selon lequel l'évolution a origine". Parler d'origine ( phénomènologie) ce n'est pas parler du seul commencement (avec risque de produire un mythe).
    @jean Zin
    " le mot chien n'aboie pas". ne doit-on pas dire plus vraisemblablement " la mot chien n'aboie plus" Il y a des mots où le phonème agit encore en référence directe à une posture corporelle.: Introspection sur la prononciation du mot " mordre" ( fr) ou "bissen" (alld). En les prononçant vous effectuez des mimiques différentes très proches ( il me semble) d'un "langage" animal de dissuasion.
    Les arts plastiques semblent plaider en faveur d'une dématérialisation progressive des signes. C'est ici un point de détail.

  7. La multiplicité semble ne pas tenir au regard des fossiles connus, s'il y a du nouveau on verra bien. Ce n'est pas l'épistémologie qui doit décider mais les découvertes futures.

    Le fait que le mot chien n'aboie pas n'a rien à voir avec le son. C'est parce qu'il ne désigne plus un être présent mais un récit passé ou futur, qu'il n'est plus expressif mais narratif. Bien sûr il reste des traces d'onomatopées et de sons expressifs mais la double articulation entre mots et phrases retire la valeur au son, qui littéralement n'est pas à lire comme son mais seulement comme une articulation de sens, lui-même détaché de la présence immédiate. Il semblerait qu'il y ait eu simplification du langage, on peut penser que c'est en renforçant le conventionnel sur la nuance existentielle, donc une dématérialisation si on veut, qui n'est pas finie sans doute.

    A perdre sa signification immédiate (musicale) le son ne nous obsède que plus de son mystère. Ainsi beaucoup de mythes partent d'une fausse étymologie basée sur la décomposition des sons d'un mot, comme si c'était un secret exposé aux oreilles de tous et que personne ne voyait pourtant. Lacan disait qu'une langue était constituée de la somme des homophonies qu'elle avait conservée, permettant à l'inconscient de jouer sur les mots.

  8. Je m'étonne quand même de vous voire écrire que l'idée de procréation entre Néandertal et Sapiens soit politiquement correcte. Je sais bien que de nos jours c'est l'idée d'une sexualité plus ou moins libre qui est la norme mais enfin il y a aussi de la violence dans les rapports sexuels. Il me semble même que la première chose que fait un envahisseur c'est récupérer les reproductrices. Le fait que ce soit plus ou moins politiquement correct n'enlève ou n'ajoute aucune valeur scientifique aux études des uns et des autres. Il n'empêche que l'idée que l'homo sapiens ait pu soit éradiquer le Néandertal par la force soit par la simple concurrence dans un milieu o`u les ressources sont comptées m'apparait assez valorisante. Je ne crois pas du tout, malgré les médias qui veulent nous endormir, que la violence soit mal aimée. Après je connais pas du tout Lacan mais il parle peut-être de sexualité pacifique... ce serait bluffant.

  9. Pour ma part j'ai toujours cru qu'il y avait eu métissage avec Néandertal, selon le principe du centenaire Lévi-Strauss que lorsque deux populations se rencontrent il y a souvent échanges, guerre parfois mais toujours métissage. Je trouvais même à certains Auvergnats des traits néandertaliens 😉 ! Simplement, je n'attache pas beaucoup d'importance à mes préjugés et me rends aux conclusions des spécialistes, qui ne sont certes pas tous d'accord, mais au moins sur le fait qu'on n'en trouve pas trace dans nos gènes, ni dans les fossiles trouvés, et lorsqu'un fait émerge, il est bon de le soumettre à la réflexion.

    J'ai vu, il y a quelques semaines un documentaire sur France5 qui argumentait le contraire, prenant l'exemple de la population initiale de New York dont les gènes auraient été diluées dans la population actuelle sans qu'ils aient disparus pour autant. Cela suppose pourtant que les Néandertals auraient été noyés dans une population massive de Cro-Magnon, ce qui ne semble pas le cas, de même qu'on n'a pas trouvé de squelettes hybrides. Personne ne nie qu'il a dû y avoir accouplements mais sans descendance apparemment (j'ai ajouté la précision au texte) ce qui pourrait être aussi bien dû au fait que le crâne des Néandertals était trop gros pour le bassin des femmes Cro-Magnon et que les foetus Cro-Magnon provoquaient des eclampsies chez les mères Néandertal, séparant les 2 espèces malgré 0,5% de différences génétiques, c'est-à-dire pas plus qu'à l'intérieur de l'espèce humaine !

    L'extermination de Néandertal n'a absolument pas le même degré de certitude que le fait qu'on soit sorti d'Afrique (pouvant suivre les modifications anatomiques à la trace) mais les arguments de l'auteur m'ont paru convaincants et ce texte est d'abord un compte-rendu de lecture.

    De même, c'est l'auteur qui met en cause le politiquement correct et, là encore, il ne s'agit pas d'opinion qu'on pourrait avoir sur ce qui est politiquement correct mais de le suivre à la trace. L'auteur fait donc l'histoire des représentations de Néandertal d'abord bestiales jusqu'à en faire notre semblable qu'on ne remarquerait même pas dans le métro alors que lui prétend qu'un Cro-Magnon de l'époque aurait vidé le wagon mais qu'un Néandertal aurait vidé la rame... Dans le même mouvement le métissage s'est imposé dans la lignée des études post-coloniales et de l'anti-racisme. C'est un fait, il est mal vu de soutenir le contraire car nous sommes à une époque de mondialisation et de métissage, ce qui n'a rien à voir avec la violence des razzias, en effet souvent, pas toujours quand même et ritualisées la plupart du temps.

    Les interférences de l'idéologie et de la science ne sont jamais bonnes, ni dans un sens, ni dans l'autre (on se souvient de Lyssenko!). Quand la religion se mêle de science, c'est n'importe quoi, mais quand l'anti-religion et le scientisme s'y mettent, ce n'est guère mieux (ainsi on ne peut se passer de la finalité en biologie et il est impossible de nier la complexification avec le fait qu'on est bien au sommet et qu'on domine le monde jusqu'à en devenir responsables). On ne change pas le passé avec des bonnes intentions, aussi légitimes soient-elles, il faut essayer de s'en tenir aux faits, même si c'est impossible (le savoir n'est déjà pas si mal). C'est une dimension très importante des biais cognitifs qui font obstacles à la reconnaissance des faits recouverts par les préjugés et des déductions purement dogmatiques, en dépit du fait qu'elles sont le mieux attentionnées possible. Il faut se garer autant à droite qu'à gauche. La critique est nécessaire mais aussi la critique de la critique. C'est toute la difficulté mais en quoi je ne suis pas post-moderne ni sceptique, seulement prudent et attentif, prêt à me renier devant les démentis du réel, pas à faire comme si on ne savait rien et que chacun pensait ce qu'il veut !

    Il y a un interview de Jean-Jacques Hublin dans Sciences&Avenir.

  10. Cette vidéo avait déjà été signalée par Manu dans les commentaires de l'argent-dette, je ne vais donc peut-être pas laisser ce commentaire qui n'a rien à faire ici mais, en attendant, voilà ce que je répondais alors :

    Celle-ci a aussi une fonction de pure propagande, ce qui est sans doute utile mais m'agace toujours un peu par le côté simplificateur et moralisateur. Elle est beaucoup moins critiquable que celle sur la monnaie, car elle n'induit pas vraiment en erreur, mais sous ses aspects beaucoup plus systémique, elle donne trop l'illusion que la société de consommation a été voulue, minimisant le fait qu'elle a des causes systémiques dans la plus-value capitaliste en même temps que dans la dépendance entre producteur et consommateur qui ne peut être brisée que par le revenu garanti et le travail autonome (hors salariat). La faiblesse c'est l'analyse de la cause du productivisme comme du consumérisme, qui se reporte en faiblesse sur les solutions mais je suis quand même d'accord sur presque tout les problèmes que cela pose, il manque seulement l'essentiel...

  11. Mais justement: sur quelle volumétrie se font les études ? Si nous comparons les milliards de specimens d'homo-sapiens à un seul Néandertal sur lequel nous avons des données génétiques je ne vois pas trop comment on peut arriver à des conclusions. En ce qui concerne les fossiles, encore faut-il les reconnaître. Il y a, j'ai l'impression, une économie spécifique au sein de l'archéologie. Je me trompe peut-être mais de loin j'ai l'impression que les découvertes étant si rares, les informations si partielles, que l'élaboration de théories a des couts très élevés, ralentissant leur remise en cause. J'ai vu le documentaire sur l'homme de Flores récemment passé sur France5 ou Arte, je ne me rappelle plus, et je veux bien qu'on essaye de conserver des théories qui semblent, malgré les exeptions quand même existantes, suffisamment solides pour être protégées en partie. Mais il me semble que les appropriations par les uns ou les autres bloquent quand même les avancées, ou plutôt l'élaboration de nouvelles questions avant de vouloir y répondre.

    Je comprends bien que cet article soit une fiche de lecture. Mais je pense que discuter avec vous n'est pas nécessairement une perte de temps ni vraiment hors-sujet, surtout que j'ai déjà une tonne de bouquins à lire en retard. Pour en revenir avec ma théorie de la séduction, excusez-moi je la trouve pas mal et un peu originale, vos rappels sur les problématiques de l'accouchement et de la grossesse me font aller dans le même sens: si brusquement les femmes et les hommes Néandertal préfèrent s'accoupler avec des Sapiens, alors que les Sapiens préfèrent s'accoupler entre eux les métissages se retrouvent compliqués a posteriori et aucune régulation du phénomène ne peut avoir lieu que socialement... s'il n'y a pas régulation l'homme de Néandertal disparait et les Sapiens qui ne se mélangent pas trop aux Néanderthal sont concervés. Enfin moi je dis ça... vous avez raison de dire que c'est pas très scientifique de ma part, je ne suis que très léger consommateur de toute l'information qu'on met à ma disposition.

  12. Je dis bien qu'il n'y a rien de plus fragile que la paléontologie qu'un nouveau fossile peut démentir comme pour l'east side story. J'ai vu le documentaire sur l'homme de Florès qui est bien bizarre et je ne me prononcerais pas sur la question, ni sur aucune autre d'ailleurs, je me contente de donner à penser ce que nous suggère l'état actuel de la science, ce qui n'est pas une vérité révélée, juste ce qu'on a de mieux pour l'instant et dont il est intéressant d'évaluer les conséquences.

    Bien sûr personne ne prétend que l'évolution humaine n'a été linéaire et qu'il n'y aurait eu qu'une espèce humaine, seulement qu'il n'en reste qu'une selon ce qu'indiquent les études génétiques jusqu'ici. Il vaut mieux se renseigner pour discuter de ces questions, il vaut mieux écouter les arguments des spécialistes que les miens...

    Les théories de la séduction ne sont pas vraiment nouvelles car on explique certaines caractéristiques de tribus isolées par des préférences esthétiques mais cela implique une très grande promiscuité qui n'était pas celle de Néandertal et Cro-Magnon, leurs populations étant très faibles (quelque chose comme 6 000 pour toute la France je crois). Ce qu'il faut expliquer c'est l'absence de trace génétique d'un métissage, sinon il y aurait une race "européenne" différente des autres hommes génétiquement. Effectivement on peut imaginer qu'une préférence pour Cro-Magnon alors que les unions n'étaient pas viable aurait participé à l'extinction mais ce n'est que de l'imagination en dehors de confirmations matérielles. J'ai tendance à penser que l'extermination des grands mammifères a été déterminant dans l'extinction de Néandertal mais l'auteur parle dans son interview de cannibalisme. Sa familiarité avec les fossiles de l'époque lui fait favoriser la violence comme explication, d'autres recherches le contrediront peut-être ?

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