Puissance de la faiblesse

Selon toutes apparences, rien de plus faibles que les analyses et propositions du GRIT. Rien qui tienne vraiment le coup ni qui puisse exalter les foules, rien qui puisse susciter les mobilisations, encore moins satisfaire les esprits métaphysiques qui prennent tout cela de très haut. On peut dire que ce qui nous caractérise, c'est une "pensée faible", pensée à bas bruit, mais cette faiblesse pourrait bien faire sa force, finalement...

Ce n'est pas une "pensée faible" au sens nihiliste de Gianni Vattimo. La pensée de la complexité et de l'autonomie ne renonce pas à la vérité, ni à la solidarité, ni à vouloir aider à naître un monde meilleur et sortir de la démesure. C'est une pensée rigoureuse et réaliste, dans la plus grande proximité des sciences, mais discrète, prudente, hypothétique, exploratoire et surtout sans aucun pouvoir apparent ni forces sociales pour la porter. En ce sens, une pensée faible ne peut rêver s'imposer au monde et l'ordonner à sa volonté, elle ne peut s'imposer que par défaut et sur le long terme, en creusant patiemment son sillon.

Sa seule force est dans sa part de vérité et sa supposée pertinence mais une pensée consciente de sa faiblesse doit se résigner au fait que "le faux est un moment du vrai", elle doit savoir attendre que se dissipent les illusions, que les plus forts avouent leur impuissance, que les anciennes idéologies témoignent de leur obsolescence, que les solutions qui paraissaient les plus faciles échouent une à une. C'est le destin prévisible de tous les volontarismes et dogmatismes simplificateurs avec lesquels les nouveaux mouvements d'émancipation devront compter mais qu'il faudra bien arriver à dépasser si on ne veut pas continuer à subir passivement la dégradation de nos conditions de vie. On n'a peut-être pas besoin pour cela de "pensées puissantes" promettant une régénération de l'être avec l'abolition immédiate de la domination, du capitalisme, de la technologie et de l'aliénation au nom de raisons trop logiques, mystiques ou métaphysiques. Il ne manque pas d'idéologues, de fanatiques et de petits maîtres pour répandre la terreur. On peut dire que cette "pensée faible" les attend au tournant pour aider à sortir de l'ornière quand toutes les folies auront été essayées et qu'il ne restera plus qu'à reconnaître la réalité dans ses limitations et ses potentialités, avec son caractère si souvent décevant sans doute mais ses ouvertures aussi, ses occasions qu'il faut savoir saisir, ses opportunités qu'il ne faut pas rater, sans jamais renoncer à la raison : "La voix de la raison est basse mais elle dit toujours la même chose".

Pour ne parler que des principales propositions que j'ai reprises au GRIT (surtout à Jacques Robin et André Gorz), il est assez clair qu'elles ne tiennent pas le coup. Le revenu garanti n'a aucune chance de voir le jour à court terme (même s'il est de plus en plus indispensable), les coopératives municipales semblent vieillottes et ringardes, en décalage complet avec la mondialisation (même si la relocalisation est inévitable et qu'on ne pourra se passer des institutions du travail autonome et du secteur quaternaire), les monnaies locales sont un peu plus réalistes par le miracle de l'existence du Sol qu'on doit en grande partie à Patrick Viveret, mais on ne peut dire que le succès soit au rendez-vous pour l'instant et leur portée reste complètement sous-estimée. On peut se demander comment un philosophe comme André Gorz pouvait soutenir dans "Misères du présent, richesse du possible" ces dispositifs si concrets au point de paraître minuscules et dérisoires. La réponse, bien sûr, c'est que la situation exige ces dispositifs pour renforcer notre autonomie, indépendamment de leur pouvoir de séduction, et qu'il n'y a que des alternatives locales à la globalisation. Ce sont les contraintes écologiques et les nouvelles forces productives qui ont besoin de nouveaux rapports sociaux et de nouvelles protections sociales sans lesquelles la précarité de l'économie immatérielle devient invivable. Les raisons sont objectives mais elles se transforment difficilement en revendications subjectives dans la confusion entre contraintes objectives et ce qui relève de l'idéologie ou des valeurs (confusion nourrissant toutes sortes de théories du complot, des fausses apparences et des manipulations mentales sous des airs de critiques métaphysiques).

C'est sans doute la raison de la promotion d'une prétendue "transformation personnelle", formulation que pour ma part je récuse, mais je ne peux nier qu'on entraîne difficilement les foules sans promesses de bonheur et qu'il faut bien raconter des histoires pour donner un sujet aux transformations sociales en cours, de même qu'il est indispensable de repenser les liens de l'individu au collectif. Il faut donc certainement en passer par là, même si je déplore que l'échec ne soit pas assez pris en compte : ce n'est que de la déception première qu'on peut espérer un retour au réel... Tout est cependant dans les glissements de sens et la part du négatif ou de l'idéalisation car il faut effectivement penser l'articulation de l'individu et du collectif, ce qui ne veut pas dire pour autant attendre une transformation sociale de nos transformations personnelles ! S'il faut rendre la honte plus honteuse, c'est simplement pour sortir de l'individualisme outrancier et retrouver un discours collectif, la philia qui nous rassemble, revenir à l'action politique solidaire, pas pour entrer dans un discours thérapeutique, moralisateur et normatif, mais le malentendu est sans doute inévitable (on fait de la politique avec les gens tels qu'ils sont), et il est bon de toutes façons que ces rôles soient tenus par des personnes de confiance.

La qualification de "pensée faible" ne s'applique pas seulement aux dispositifs, mais, sans doute, à la pensée du GRIT en général, avec ses références éclectiques et mouvantes. C'est le propre de la transversalité de ne pouvoir aboutir à des certitudes et de produire plutôt des conjectures, des résonances, des savoirs hypothétiques et généralisants exposés aux démentis de spécialistes en tous genres. Il faut dire aussi qu'essayer de penser la complexité est peu compatible avec le simplisme exigé par l'action politique et les communications de masse. Ce n'est pas non plus sans dangers quand on voit la récupération de la complexité par le néolibéralisme de Hayek, ce qui n'est pas une raison pour lui laisser l'exclusivité d'une pensée qui se mesure aux phénomènes complexes réellement existants. Plutôt qu'une "pensée molle", cependant, on devrait la qualifier de pensée souple et réactive. Par rapport aux grands intellectuels qui procurent des frissons spéculatifs, on peut trouver que ses concepts sont flous et manquent de consistance, voire d'audace. C'est ce que j'ai pu penser moi-même de loin avant de comprendre mieux qu'ils sont ancrés dans le réel au contraire de trop belles déductions logiques qui croient pouvoir traiter avec dédain notre réalité la plus quotidienne. Cette modestie d'approche, qu'on peut qualifier d'humaniste dans un sens assez proche de celui de la Renaissance et d'un Pic de la Mirandole ("La dignité de l'homme"), ne constitue pas un si mauvais guide dans l'action pour rester du côté de la raison, même en pleine révolution anthropologique.

Si l'enjeu de notre moment historique c'est bien de continuer l'émancipation humaine en abandonnant les anciennes illusions pour ne pas reproduire les échecs passés sans abandonner pour autant le combat pour notre humanisation, le GRIT est d'autant mieux placé qu'il est l'un des seuls lieux où les nouvelles technologies et les mutations en cours ne sont pas diabolisées vainement ni enjolivées un peu bêtement, mais prises en compte sérieusement dans leur capacité de configuration du monde, tout en tentant d'en évaluer les risques et les nuisances. Position rare, "au service du renouveau de la pensée moderne, et en mesure de contribuer à la construction d’un monde plus humain, plus éthique, et plus solidaire". Rêverie ? Sans doute moins que les rêves de bien des révolutionnaires un peu trop romantiques qui croient se battre contre l'esprit du mal.

Au niveau de l'organisation elle-même, on peut dire que c'est pareillement une "organisation molle", formée de liens faibles entre personnalités disparates, qui ne sont pas liés par l'intérêt ni par la carrière, et, semblable en cela aux familles éclatées comme aux réseaux d'internautes, avec une difficulté d'exister qui est bien celle de notre temps mais qui est trop souvent fatale, hélas. Beaucoup de réseaux se défont, les liens se distendent, des organisations disparaissent. Qu'importe ? Malgré sa discrétion, on ne peut dire que le GRIT n'ait pas malgré tout une certaine audience, occupant une place très originale aussi bien sur le plan politique qu'intellectuel (ce qu'avait manifesté sa place de fondateur d'ATTAC), sorte de passerelle entre plusieurs mondes, simple point de passage peut-être, mais ce n'est pas rien...

Peu de gens ont insisté autant que Jacques Robin et le GRIT sur la rupture introduite par le passage de l'ère de l'énergie à l'ère de l'information, sans tomber pour autant dans un quelconque délire millénariste mais en soulignant son caractère de crise systémique avec ses répercussions culturelles, politiques, économiques et sociales. Alors que certains remettent en cause le concept de complexité comme si ce n'était pas une réalité, que d'autres s'imaginent qu'il suffirait de condamner les nouvelles technologies et de revenir en arrière, que la plupart sont persuadés qu'on ne pourra plus sortir de l'économisme triomphant et que l'écologie ne transformera pas fondamentalement l'économie, sans compter tous ceux qui ne voient pas que l'autonomie est une construction sociale, il faut redire pour finir, ce que sont les orientations principales des réflexions et de l'action du GRIT :

  1. La complexité et l’information, et les moyens d’agir dans ce nouveau contexte dans le respect des personnes, des valeurs démocratiques, et de l’environnement
  2. L’incidence de la présence croissante des technologies de l’information, des biotechnologies et des écotechnologies sur l’organisation de nos sociétés et sur l’évolution des valeurs citoyennes
  3. Le lien entre « écologie » et « économie » et l’étude des alternatives à l’économisme dominant
  4. Le rapport entre « autonomie individuelle » et « lien social » et les modalités d’insertion des personnes dans la société et les collectifs
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19 réflexions au sujet de « Puissance de la faiblesse »

  1. Bonsoir, J'apprécie beaucoup vos textes (particulièrement "L'amour libre").

    Ce nouveau texte correspond bien à l'idée que je me fais d'une démarche scientifique, sociale et politique respectueuse de l'humain .
    Le GRIT et surtout les travaux de J Robin sont pour moi une source et un outil de travail très important.

    C'est dans cet esprit de respect du vivant que je me permets de vous lancer l'appel ci-dessous:

    forumpsy-fr.blogspot.com/...

    Merci.

  2. En fait, je n'ai pas une position si tranchée sur l'abord médicamenteux des détresses psychologiques, j'ai trop expérimenté l'importance des déséquilibres chimiques et hormonaux. Je suis entièrement d'accord sur le fait qu'il faut privilégier l'écoute et se méfier des dépistages précoces, mais sans diaboliser pour autant les traitements. Il ne faut pas croire la parole toute puissante (tout est langage de Dolto), pas plus que de croire que la réponse puisse être uniquement chimique (ou, encore pire, comportementale). Ce n'est pas l'un ou l'autre mais l'un et l'autre où c'est la personne qui souffre qui doit garder le contrôle de son traitement. C'est une peu comme le marché et l'Etat, il y a un danger à se fier à l'un comme à l'autre. Ici danger de la normalisation d'un côté et du transfert de l'autre. La psychanalyse a mis trop longtemps à reconnaître l'importance des anti-dépresseurs, ce qui n'empêche pas qu'il y a une mauvaise utilisation des anti-dépresseurs. C'est pareil pour la Ritaline. Encore une fois, c'est une position difficile à tenir, il est bien plus facile de faire parti d'un camp ou de l'autre...

  3. Je suis tout à fait d' accord avec vous sur ces différents points et en tant que praticien de l'écoute et en tant que mère ,j'estime que dans le domaine de l'aide à la personne et particulièrement dans le cas des traitements chimiques il est primordial d'avoir une rigueur scientifique qui implique un maximum de principe de précaution
    .
    Tout cela va dans le sens du respect de la particularité de chacun, de son droit à l'autonomie, de son droit à la différence d'autant plus pour un enfant qui est un être social en début de formation.

  4. J'ai toujours été étonné de la position de certains psychanalystes au sujet de la souffrance physique, l'imputant à l'inconscient, au language. De même les accidents physiques signifiant un problème inconscient. Celui qui se prendrait un pot de fleurs sur la tête l'aurait inconsciemment recherché etc...
    Celui qui douterait de certaines de ces conclusions de ces psychanalystes serait donc un individu ayant un problème de refoulement.

    Comme si les aléas de la vie n'existaient pas et que tout était circonscrit, forclos, dans l'espace du refoulement, analysable et solvable.

  5. Il est difficile de parler de ces questions qui sont complexes et ne sont pas toujours bien comprises par les psychanalystes eux-mêmes. Je considère que la grande majorité des psychanalystes sont assez dangereux et manipulent le transfert plus qu'ils ne l'analysent. J'avais défendu en 1995 une "analyse révolutionnaire" qui n'a pas rencontré de succès mais la dérive actuelle de la psychanalyse vers la normalisation patriarcale, la condamne, me semble-t-il.

    Il ne faut donc pas avoir un abord dogmatique de la question. Freud notamment admet au début de Deuil et mélancolie que toutes les dépressions ne relèvent pas du deuil et de la psychanalyse mais de déséquilibres biologiques. Althusser avait voulu objecter à Lacan que tous les événements n'avaient pas de sens, qu'il y avait du pur hasard. La réponse de Lacan avait été de dire que c'était parce qu'il n'était pas psychanalyste. Il faut comprendre que dans une analyse tout prend sens, il serait absurde de penser à cause de cela que c'est l'inconscient qui est la cause de tout. C'est un peu comme pour la dénégation, si dénier c'est avouer, c'est uniquement parce qu'il y a du refoulement, s'il n'y a pas de refoulement cela n'a pas de sens. La clé ici, c'est de supposer un savoir mais la fin de la psychanalyse c'est de ne plus supposer un savoir mais de savoir qu'il y a du refoulement toujours et de se guérir de la guérison. Tous les débats sur le sujet sont donc inadéquats mais, il n'empêche que le caractère biochimique de la dépression doit être reconnu, encore plus lorsque c'est un déficit hormonal dû au vieillissement car tout cela n'a rien à voir avec le sens qu'on donne à sa vie et aux événements.

    Je dois ajouter qu'il me semble que "le droit à la différence", lorsqu'il est psychologique et non pas juridique, produit en fait une identification à une identité dont il n'est plus possible de sortir. C'est ce que les drogues produisent (l'alcool y compris), une levée des identifications qui est libératrice car toute "différence" peut être interrogée dans sa signification, la position occupée dans un système. Il ne faut donc pas avoir peur de traitements qui "changent la personnalité", pour autant, et c'est l'essentiel, que c'est le patient qui décide de le poursuivre, qu'il soit enfant ou adulte. Il faut lui donner le choix. Rien ne justifie de ne pas en faire un essai pour en évaluer l'intérêt pour la personne qui souffre.

  6. Vous avez l'occasion, au GRIT, de rencontrer et discuter avec des personnes issues du milieu scientifique. Voici quelques idées que j'aimerai poser à un scientifique.

    Pourquoi l'Europe s'est-elle lancée dans l'entreprise scientifique ? On a dit : pour connaître. Mais pourquoi, précisément, de cette manière quand il y en a tant d'autres ?
    Connaître une chose, dit le dictionnaire, c'est l'avoir dans l'esprit et s'en faire une idée plus ou moins nette. A cet égard, les pensées mythiques ou religieuses connaissent aussi bien, sinon mieux, le monde que la pensée scientifique. Seulement la pensée scientifique prétend, par rapport aux autres connaissances, être plus vraie - au sens : plus conforme au réel. Encore faudrait-il s'entendre sur les moyens d'apprécier cette conformité. Dans une perspective scientifique, on en juge par la concordance vérifiée par l'expérimentation, entre une représentation théorique et une réalité mesurable. Nul doute que, selon ce critère, la science soit plus vraie que les autres modes de connaissances. Elle l'est, si on peut dire, par définition. Mais pourquoi ce principe plutôt qu'un autre ? La question peut sembler absurde, tant la conception scientifique de la vérité s'est imposée aux consciences modernes comme la vérité en soi. Pourtant, durant des millénaires, les hommes ont apprécié les choses différemment, et nous continuons de le faire dans maintes circonstances de la vie quotidienne. Connaître un endroit, est-ce pouvoir préciser ses dimensions et sa disposition avec exactitude, détailler son histoire géologique et la composition chimique de son sol - ou s'y reconnaître au premier coup d'oeil, serait-ce en le voyant "à sa manière" ? De la persistance de critères contradictoires d'appréciation, Nietzsche a conclu que le mensonge est nécessaire à la vie. Le mensonge, ou différent système de vérité ? En dernier ressort, le critère scientifique de la vérité se justifie par l'efficacité : lorsque différentes conceptions s'affrontent, les tenants de la supériorité de la science finissent toujours, pour trancher le débat, par en appeler aux réalisations concrètes.

    Et si la vérité était négative ? Habiter un lieu géométrique et connaître la composition du sol et la sédimentation des couches géologiques, ne serait-ce pas habiter un désert, des atomes et du vide ? N'est-ce pas une pétition de principe que de considérer la science comme la vérité en soi et la vérité en soi comme bonne a priori ? Le nihilisme moderne ne découlerait-il pas, en fin de compte, de l'incapacité de la culture scientifique à concevoir la valeur sous un autre angle que la rareté quantitative ? Pourquoi la vérité devrait-il être le guide hypostasié de nos vies ? Le critère d'une vérité unitive ne serait-il pas aussi tyrannique que le pire des despotes par la conformation absolue qu'il exigerait ? Ne serait-ce pas une route misérable au regard des virtualités indéfinies de la vie et de l'imagination ? La question fondamentale de la vérité est essentielle : les hommes ont-ils le droit de vouloir contre la vérité ? Pourquoi refuser de reconnaître la réalité du rêve, de l'imagination, pour s'en tenir au seul support matériel dont elle serait une irrationalité éliminable ? La question est fondamentale : pourquoi la vérité est-elle bonne ? Ne nous montre-t-elle pas, depuis plusieurs siècles, au contraire, qu'elle est ambivalente et potentiellement dictatoriale ? Pourquoi tant de scientifiques, ne considérant comme réel que le support matériel de la diversité et de l'exubérance des formes de la vie, tiennent-ils tant à ce que l'homme ne soit qu'une machine à survie pour ses gènes ou une machine neuronale ou une soupe moléculaire ?

    Excusez-moi de ce long texte, je ne dispose par d'une adresse pour vous écrire autrement.
    ~Une étudiante.

  7. Répondre vraiment serait trop long. On ne peut que donner des indications rapides.

    C'est une erreur de croire que la science prétendrait à la vérité, contrairement aux religions la science est basée sur la réfutabilité et le progrès des connaissances, toute "vérité scientifique" est provisoire, ce que le scientisme a du mal à comprendre. Elle n'est en aucun cas plus vraie qu'une autre mais plus efficace, oui, plus pratique (à condition de n'être pas trop parcellaire et unilatérale), un savoir conforme à sa fin pourvu que la fin soit bien posée.

    Ce n'est pas une question de valeur, ni de choix personnel : "La question de l'attribution à la pensée humaine d'une vérité objective n'est pas une question de théorie, mais une question pratique". Marx

    Les religions ne sont pas des affaires personnelles comme on le prétend de nos jours, c'est la vérité imposée par sa famille ou par l'Etat. C'est un discours mythique, mystique, imagé de justification de l'ordre établi ou de retour à l'originaire qui est la cause de guerres sans fin. Ce dogmatisme n'a rien des belles histoires qu'on nous raconte. Le monde enchanté des religions est un monde de terreurs, de culpabilités, de rites obsessionnels, très loin de Disneyland. La science est seule universelle, en cela homogénéisante aussi.

    On ne choisit pas plus la science que sa religion. La science s'impose pour des raisons pratiques et d'abord militaires. C'est pourquoi elle s'est imposée dans l'Italie de la Renaissance en proie aux guerres incessantes entre cités et qu'elle a fini par s'imposer à la Chine qui croyait pouvoir s'en passer mais n'a pas résisté aux canons britanniques. On ne choisit pas sa vie, on ne choisit pas son monde qui est fait de rapports de forces. Il faut utiliser les armes de l'ennemi ou périr : sans la menace nazi les USA n'auraient jamais osé faire des bombes atomiques qu'ils ont utilisées quand la menace avait disparue...

    Il est certain que toute vérité n'est pas bonne à dire, on peut même dire que c'est la négativité elle-même, le travail du scepticisme. La vérité est cruelle qui nous réduit à presque rien mais rien ne pourra nous enlever notre part d'infini. Cette part d'infini tient à l'esprit, c'est-à-dire à la connaissance dont la science fait partie même si elle n'en est que l'aspect pratique. La psychanalyse donne accès à une dimension humaine qui n'est pas celle de la science mais du désir, de l'amour, du langage et du sens.

    Le mensonge est fondateur, à la fois l'illusion du désir ensorcellant et l'intériorité du sujet opaque aux autres. Pas question dans l'amour de se dire ses 4 vérités même si on jure de tout dire, pas d'amour sans mystère et dissimulation. Mais il n'y aurait pas de mensonge sans vérité et on connaît les effets du refoulement et le prix des tromperies. Il n'y a qu'une vérité (du climat par exemple) même si on ne la connaît pas et qu'il y a plusieurs points de vue. Bien sûr, tout dépend de ce qu'on appelle vérité car si on fait la vérité sujet, dévoilement historique, processus, c'est l'aventure dans laquelle nous sommes, la vie que nous vivons.

    On voit tous les défauts de la science et des pires scientistes mais on ne voit pas tout ce dont elle nous a débarrassé de prêtres et de sorciers qui n'étaient pas toujours aimables. La force de la science c'est d'être transmissible (ce pourquoi elles est mathématisée) et reproductible (ce pourquoi elle est basée sur l'expérience), c'est ce qui la distingue des connaissances poétiques ou sensibles mais déjà le langage nous sépare de toute nature comme le signifiant du signifié (le mot chien n'aboie pas).

    Il ne faut pas penser contre la science (ou la technique), il faut penser avec mais au-delà, l'ouvrir, oui, à des dimensions plus humaines, celles de l'intersubjectivité et de la mort sur laquelle le discours de la science est bien insuffisant malgré Ameisen. Il ne faut pas confondre faits et valeurs, être et devoir être. Il ne faut pas renoncer à changer le monde et lui donner sens malgré le non sens premier, donner de l'esprit à la matière.

    Il faut reconnaître la part du rêve. "Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n'être pas fou" ! (Pascal) Ce n'est pas seulement que la poésie s'ajoute à la rationalité scientifique, mais elle la complète, la nourrit, la limite mais il ne faut pas s'enfermer dans la subjectivité : notre monde est commun et celui qui parle avec intelligence parle de ce qui est commun (Héraclite).

    Là encore, dans le sens à donner qui dépasse les sciences c'est la vérité qui est en jeu, que cela nous plaise ou non et nous fasse honte de ce que nous sommes et de l'état dans lequel nous laissons le monde à nos enfants. Il faut dépasser le scientisme et tout dogmatisme pour défendre notre liberté et survivre tout simplement. Non nous ne sommes pas des machines, ni des races, ni des gènes, nous sommes des êtres parlants et nous sommes mis en question dans notre être, responsables du monde et du sens à donner à ce qu'est un homme, à l'avenir de notre humanité.

  8. Quant à moi, je vous recommande la lecture d'"Une si folle solitude" d'Olivier Rey, un ouvrage qui vous ouvrira de nombreuses pistes sur ces problèmes.

    Et j'ajoute que j'aurai tant aimé connaître une jeune femme se posant d'aussi intelligentes questions. Hélas !...

  9. Voyons froidement : les rapports de force actuels n'annoncent aucun retournement. Un siècle d'acquis sociaux obtenus de haute lutte par le sang d'un prolétariat sacrifié sur les bancs de l'histoire sont en train d'être liquidés. Nos villes sont abominablement laides, la standardisation et l'uniformisation gagnent tous les lieux du monde, même mon cerveau, et la laideur en toc de l'industrie du bâtiment, industrie dont on ne peut faire que ça d'ailleurs, se répand à une vitesse quantique.

    Oui, voyons froidement, car il ne s'agit pas d'une hallucination collective, comme on irait vérifier qu'il n'y a pas d'arrière-monde, nous chutons dans la barbarie, comme ces mômes croisés dans le métro et qui transpirent déjà, disons un certains avant-goût de lynchage.

    Je n'ai rien contre les discours humanistes, il y en aura toujours ; je n'ai rien contre les discours du GRIT, il y en aura toujours ; encore faut-il ne pas se réchauffer auprès d'espérances creuses, dixit l'Electre de M. Sophocle. Voyons froidement et additionnons les désastres comme les vieillards comptent les lésions d'une horrible maladie pour finir : ajoutons au désastre social, le désastre écologique, le désastre subjectif, le désastre objectif, le désastre architectural, le désastre relationnel, le désastre éducatif, le désastre économique, etc., au vue de tout cela, est-il encore convenable de nous promettre l'avenir radieux ? des palliatifs pour q'uon se tienne tranquille sur la route de l'abattoire ? ou même la moindre chance, la plus petite possibilité que la situation se retourne ? Est-ce bien raisonnable ? Je n'ai rien contre l'espoir et sans être religieux je ne suis pas athée, mais enfin !

    Quoi d'autre ? Ah oui, je viens d'être radié de l'ANPE pour avoir refusé un second EHE (Emploi Horrible d'Exploitation). Va falloir vendre la voiture et résilier la connexion internet, et peut-être vendre l'ordinateur.

    Allons enfants de l'humanisme,
    le jour de croire est arrivé...

    Soyez sympa, me censurez pas MM. Les Inestimables Modérateurs, je touche le fonds...

  10. Il y a bien sûr largement de quoi désespérer, je n'arrête pas de dire que la situation est loin d'être brillante et je sors moi-même d'une longue dépression. Nous venons de traverser une des périodes les plus sombres pour l'esprit comme il y en a régulièrement dans notre histoire. La question est de savoir si cela peut durer longtemps comme cela ou si de prendre un peu de recul ne permet pas d'espérer qu'on a touché le fond et qu'il y a objectivement des raisons pour qu'il y ait un sursaut. Bien sûr rien ne l'assure. A en juger par les 30 dernières années, on jurerait que c'est foutu. On est très mal barré pour le climat au moins. S'il y a une chance de s'en sortir, si les mobilisations sociales reviennent, il faudra vraiment sauter sur l'occasion et ne pas gâcher l'occasion par la démagogie et la terreur. Il y a objectivement une raison de penser qu'on revient aux luttes collectives, c'est l'inflation qui donne un caractère collectif à nos malheurs qui n'étaient que notre affaire, on pouvait crever et voilà qu'on est des milliers. Les révolutions se sont presque toujours faites au moment de reprise de l'inflation. L'étude des cycles a ceci de précieux qu'on se rend compte que l'égalité et la solidarité progressent dans les temps de prospérité et dépérissent dans les temps de dépression et de chacun pour soi.

    Il n'est pas vrai que tout va vers le pire même s'il y a du pire en pire, c'est certain. On n'a jamais arrêté de sombrer dans la barbarie et de se relever de l'infâme. La liberté est toujours a reconquérir mais les mouvements sociaux existent, ce ne sont pas des hallucinations même si ces dernières années les conditions n'étaient pas remplies pour qu'elles prennent sens. La différence avec le temps passé, c'est qu'on ne sait plus ou aller, on n'a plus de certitudes, de parti, d'alternative. C'est parce que je suis athée que je sais que l'esprit ne meure pas et renaît toujours de ses cendres, la liberté longtemps bafouée progresse pourtant par rapport aux temps religieux, ce n'est pas si simple ni désespéré. En 1942 le nazisme semblait avoir tout gagné et pourtant il était déjà perdu. Ce n'est plus le moment d'être suicidaire quand les mois prochains devraient apporter de grands bouleversements. Peut-être pas, ce n'est pas de l'astrologie, mais tout n'est pas toujours pareil, il y a des retournements historiques, des modes opposées qui se succèdent, l'histoire n'est pas finie et nous sommes aux premières loges, les héros de l'avenir.

  11. bonjour,

    une info qui demande une recherche a ceux qui ont acces aux pages
    abonné de Courrier International:

    ROYAUME-UNI • Une monnaie parallèle dans le sud de l'Angleterre

    Une petite ville anglaise est depuis plus d'un an "en transition" : ses habitants consomment moins d'énergie, privilégient les denrées produites localement et délaissent la livre sterling pour une monnaie frappée à l'effigie de leur commune, rapporte The Independent.

    http://www.courrierinternational...

  12. Dans votre dernier commentaire, vous vous dites athée. Comment en êtes-vous venu à disqualifier la possibilité de l'existence d'un principe transcendant nommé Dieu, quel que soit donc le contenu sémantique qu'on range sous ce mot. Autant je comprends parfaitement qu'on ne croive pas que Jésus, Mahomet ou Abraham étaient fils de Dieu, autant je comprends l'irréligion, ce que je suis moi-même, autant je comprends pas la possibilité d'écarter la problématique. J'ai bien lu les livres de ces scientifiques expliquant que le monde est un système auto-organisé, mélange de tout un tas de théories compliquées, mais chaque fois on ne fait que remonter le cours de l'histoire, on n'explique pas la raison de l'histoire : pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ? A moins de déifier la matière en lui donnant le caractère divin d'eternité et d'inaltérabilité, comme ces physiciens des années 70 spécialisés dans le saut post-physique. Nous pouvons croire probablement qu'aucun des dieux révélés par les hommes n'a substantiellement de fondement hors de l'anthropologie et de la cosmologie, mais on ne peut echapper à la problématique de l'absurde.

    Bref je trouve dangereux de disqualifier la possibilité d'un principe transcendant à cause des religions, qui ne sont elles plus ou moins que des constructions sociales. D'ailleurs je ne vois pas de manière de penser l'existence sinon en contournant la question elle-même, ce qui n'est en aucun cas lui trouver une réponse... Ce qui est certains c'est que si croire en un principe transcendant ou en Dieu, encore une fois débarassé des vêtements usés de la religioin et de l'histoire, est rédhibitoire, et si tel est l'idéal de révolution sociale que vous cherchez, nous n'avons pas les mêmes objectifs. En soi la science n'explique rien sinon la causalité de l'histoire, elle n'explique ni la causalité elle-même ni l'existence de l'histoire ; ce serait surestimer ses limites que d'imaginer qu'elle puisse donner un sens à l'existence des hommes en les privant de toute possibilité de penser leurs fondements et leurs origines. Je répéte, il ne s'agit pas de croire dans un Dieu qui va nous sauver ou nous sauver de nos pêchés ou que sais-je, il s'agit vraiment du principe de Dieu en lui-même, dépourvu de ses plaies historiques. Non ?

  13. Je suis de moins en moins tolérant avec la bêtise humaine qui est mon unique objet ! Il serait temps de grandir, de quitter l'enfance et les belles histoire qu'on se raconte pour dormir sans trop de cauchemars. Il ne s'agit pas de prétendre tout savoir et l'athéisme ou le scientisme sont souvent aussi stupides l'un que l'autre. On ne peut nier le langage, l'esprit, la liberté qui sont nos dimensions spécifiquement humaines, il y a un dualisme primordial du signifiant et du signifié mais si pour l'être parlant tout fait sens et toute parole s'adresse à un interlocuteur, cela ne suffit pas à donner existence à une abstraction divine.

    Il est vrai que Dieu peut se dire en plusieurs sens. Il en est d'acceptables, si Dieu, c'est l'Autre, voire si c'est l'esprit d'un peuple ou une supposée conscience collective mais la plupart du temps c'est plus que risible et une hypothèse sans aucune nécessité. A quoi sert un Dieu chiquenaude qui se borne à mettre en mouvement l'univers ? Dieu n'est pas une réponse, à rien, ce n'est qu'une absence de réponse qu'on fantasme comme on peut. Le Big Bang n'est pas l'origine absolue et ne répond pas à la question de savoir pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, mais pourquoi Dieu existerait-il plutôt que rien ? En fait, si Dieu n'existe pas c'est parce que les religions existent (qu'il faut connaître) et s'expliquent trop bien, mais c'est surtout que l'absence de Dieu est la condition de notre existence. Si Dieu existe, la pièce est jouée d'avance, tout est connu. On sait depuis Pic de la Mirandole que la dignité de l'homme c'est de pouvoir se construire lui-même, c'est sa part de liberté qui en fait un créateur à l'égal de Dieu, sauf qu'il faut pour cela que Dieu se retire de sa création et si l'homme est créateur plus besoin de dieux de toutes façons...

    Notre dignité c'est de donner sens au non-sens du monde, c'est d'intervenir pour nous sauver du désastre, ce n'est pas de s'abandonner passivement à un ordre divin ni croire le premier illuminé venu comme s'il en savait plus que nous, qu'il avait une liaison directe avec le ciel ! Notre dignité c'est d'être des mortels et de vivre en immortels, c'est de prendre la place absente. Bien sûr je n'imagine pas une seconde en convaincre quiconque, ce savoir ésotérique n'a jamais été partagé par la foule qui a besoin de religions et de petits livres rouges qui répondent aux questions...

    Une bonne façon de comprendre les dieux, c'est de faire de l'histoire des religions où peut se lire la prise de conscience de soi de notre humanité et de notre liberté :
    jeanzin.fr/ecorevo/philo/...

  14. J'avais trouvé intéressante l'idée du christianisme comme théorie d'abolissement de la religion et d'un dieu protecteur, bien sûr tout puissant : le christ mis à terre et tristement crucifié, quelque soit la véracité de l'histoire, des maximes comme "aide toi et le ciel t'aidera" donnant une bonne idée du dépôt de bilan de la religion.

    Ce type d'illustration n'a pourtant pas convaincu que le vers était dans le fruit alors que ça paraissait clair et presque remarquablement démontré dans le christianisme.

    La seule résurrection consiste en ce que la religion a détourné ces évènements qui me semblent d'un ordre plutôt philosophique que métaphysique.

    Donc, la religion est ce refuge sécurisant, comme des substances peuvent l'être, assurant une fin de contrat heureuse par la divinité d'un plan divin, dont on peut tout de même se permettre d'interroger la qualité, quelques soient nos faibles espoirs.

    Pour ce qui est de l'étude de l'histoire des religions, j'en connais un certain nombre pour qui ça a abouti à une conversion, et pas des moins pires. Mais bon, les études ne sont pas sans risques....

  15. Tout à fait ! Il est grand temps d'entrer dans une ère de connaissance historique de la pensée religieuse-autant que scientifique et politique- il est temps de grandir au contact d'un savoir historique critique et serein.

    Ce n'est certes pas une attitude méprisante de ma part de considérer, tout comme vous, qu'il est temps de sortir de l'enfance et je ne juge certainement pas ceux ou celles qui trouve dans la quête religieuse- ou autre- un puissant "remède" aux douleurs que le présent nous inflige. Mais convenons-en, la foi inébranlable, les convictions et les certitudes ne se sont jamais révélées être un gage de progrès et de liberté pour qui que se soi, ni pour un homme, ni pour un peuple.

    La liberté conquise - dans la mesure de ce que nous offre l'insondable hasard des choses - ne mérite pas que l'on en donne tout le mérite à un fantasme, aussi salvateur qu'il soit, mais à l'homme qui par la volonté ou l'insouciance l'a produit ; le progrès se construit, patiemment, avec savoir et passion.

    Et vous voyez bien qu'ici l'agacement fait de moi votre écho… Certainement, nous avons ou avons eu des lectures communes, et l'intérêt et le plaisir de vous lire reste entier, pourtant, cela ne suffit plus à compenser l'absence de pertinence des commentaires.

    Ainsi, je m'éclipse. Je ne trouve plus ses derniers temps le courage de communiquer ici ou ailleurs, ni matériellement, ni immatériellement.

    Je fatigue, la bêtise me fatigue. J'ai besoin de vacances.

    Jean Zin, encore un grand merci à vous et à plus tard peut-être…

    E.P

  16. Quelle violence, quelle intolérance, quel mépris dans les réponses, c'est sidérant. Sont bêtes tous ceux qui ne pensent pas comme vous... vous faites peur, je ne laisserai jamais un mouvement social avec vos idées prendre un quelconque pouvoir, je préfére encore le bordel idéologique capitaliste.

    Vous êtes terrifiant.

  17. @Olaf, très juste, j'ai moi-même connus un cas surprenant de conversion religieuse digne de vous faire douter de tous les plaisirs de la vie (et il y en a !)

    Raison de plus pour laquelle je prends des vacances.

  18. Effectivement, ouvrir les commentaires au tout venant, idéal de la démocratie, c'est affronter toute la connerie humaine qui est hélas bien massive et dont on ne peut s'exclure soi-même. Jouer au con, surtout en public, je sais faire aussi, mais ce n'est pas une raison pour nourrir la connerie et donc je vais avoir un usage modéré des commentaires que je laisserais ouverts de temps en temps, lorsque j'ai le temps.

    Certes, je ne suis pas tolérant avec la bêtise, rejoignant là-dessus Deleuze qui disait que la philosophie servait à nuire à la bêtise, sinon à quoi bon philosopher ? La bêtise fait partie de la nature humaine et prend de multiples formes, on l'a vu, mais il est un fait que la religion l'incarne de façon massive. La somme de bêtise de tous les croyants du monde rend assez problématique notre définition comme animal rationnel. On a vu des américains prier pour que le prix du pétrole baisse ! Je ne suis certes pas un relativiste tolérant n'importe quel délire. Dénoncer la bêtise religieuse est un devoir. Comme signait toutes ses lettres le déiste Voltaire : "écrasez l'infâme" !

    Il n'échappera à personne, bien sûr, que je n'ai absolument aucun pouvoir et n'ai fait que répondre à une question, au risque certes de choquer des convictions. Toutes les opinions ne se valent pas ni ne sont compatibles, la question de la vérité apporte la division dans les familles. Il ne s'agit pas de rallumer les guerres de religion, la tolérance religieuse est indispensable politiquement mais si chaque religion peut se croire vraie et ramener les autres religions à des superstitions, on doit avoir le droit aussi de dénoncer la bêtise des religions comme telles, ce qui ne veut pas dire que tout est mauvais dedans ni qu'elles n'auraient pas leur nécessité. Ma préférée, peut-être, ce serait les Bahaïs persécutés actuellement :

    http://www.bakchich.info/article...

    Il faut lire précisément ce que je dis qui ne se contente pas d'un pur mépris mais tente de remonter aux causes. Comme disait Lacan, "Dieu est inconscient", voilà qui nécessite de le prendre au sérieux comme fantasme, pas de faire la bêtise d'y croire encore moins d'en faire un enjeu scientifique. Il y a très certainement une nécessité anthropologique de la religion pour l'être parlant, au moins dans la prise de conscience de soi. On peut soutenir que la devise de la République et les droits de l'homme ont une origine chrétienne, par exemple. Le Christianisme se présente effectivement comme une religion de la sortie de la religion (l'homme-dieu). Passage inévitable donc mais cela ne doit pas empêcher de s'extasier de la stupidité des croyances religieuse (credo quia absurdum) et constater qu'on n'en sort que difficilement et petit à petit, notre rationalité étant décidément très limitée.

    Evidemment, on n'est jamais à l'abri d'une conversion, de la fascination d'une vérité ou d'un changement d'identité, on n'est jamais à l'abri du délire et bien sûr quand on ne marche pas dans le délire de l'autre, on est un méchant, pourquoi moi je n'aurais pas la vérité divine, hein ? Cela n'empêche pas que chacun connaît des croyants impressionnants voire exceptionnels. Il faut s'étonner d'autant plus de cette bêtise religieuse. Je me souviens avec tristesse d'un copain que j'adorais et que j'admirais sur de nombreux points qui s'est converti soudain et voulait nous persuader que Jésus était présent là, hélas ! que dire ? Nous n'étions plus du même monde...

    Le plus bête bien sûr, c'est cette affirmation ridicule "je ne laisserai jamais un mouvement social avec vos idées prendre un quelconque pouvoir, je préfère encore le bordel idéologique capitaliste". Comme si c'était pour me faire plaisir qu'il faudrait éviter le désastre, comme si c'était mes idées, comme si je cherchais un quelconque pouvoir, comme si je me prenais pour Dieu qui décide de la société et de l'avenir, comme si quelqu'un pouvait s'opposer à un tel mouvement social qui ne sera pas mon fait et n'aura rien de totalitaire sinon je le combattrais aussi bien sûr. Pas de pouvoir à prendre, juste développer l'autonomie des individus localement, il y a de quoi préférer le capitalisme, c'est sûr. En tout cas on constate encore une fois, s'il était besoin, comme la religion se révèle plus que compatible avec le capitalisme, même à en dénoncer l'égoïsme. Le marché des religions et le relativisme des idéologies sont bien la base du laisser-faire libéral et de la domination sans partage du capitalisme et du profit à court terme. C'est ce que l'écologie doit dépasser même si elle doit rassembler croyants de toutes les religions et mécréants comme moi, en évacuant la question de Dieu, ce qui veut dire la disqualifier, pas la question de nos fins humaines et de la réalité des faits.

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