De nouvelles perspectives pour des révolutions futures…

L'époque est désespérante, c'est le temps de la réaction triomphante avant celui de déceptions tout aussi grandes pour ceux qui y auront un peu trop cru. Il est fort possible que nous allions au pire mais si nous perdons encore bien des batailles, cela ne veut pas dire que nous avons perdu la guerre pour autant, ni même que l'époque précédente valait beaucoup mieux !

Il nous faut plutôt tirer parti de la dure leçon qu'on nous inflige, que cela serve au moins à perdre nos illusions et à mieux connaître nos ennemis. Il est absolument crucial de prendre notre part dans cet échec retentissant et profiter de l'occasion pour renvoyer aux poubelles de l'histoire tous les vieux politiciens qui prétendent nous représenter et les idéologies dépassées qui nous mènent à l'impasse.

C'est une chance qu'il ne faut pas laisser passer car ces vieux partis vermoulus sont bien le principal obstacle à notre victoire, de même que la chute du communisme nous a ouvert de nouvelles perspectives de libérations dégagées enfin de toute compromission avec des bureaucraties criminelles. De ce funeste passé faisons table rase !

Le danger bien sûr serait de se décourager d'avance et de renoncer à reprendre la lutte ancestrale mais le premier danger, à n'en pas douter, ce serait de n'avoir rien à opposer au discours de la haine que nos bonnes intentions et de ne rien avoir appris de nos défaites, enfermés dans nos certitudes comme dans nos organisations. Les nouvelles perspectives des révolutions à venir n'ont effectivement pas grand chose à voir avec les anciennes, elles sont à la fois plus locales et plus globales, mais on n'en a pas fini avec la révolution et les luttes de libération...

  • La révolution n'est pas finie
  • La démocratie radicale
  • La libération du travail
  • L'amour libre ?

- La révolution n'est pas finie

Qu'on s'en persuade, tout dépend de nous désormais et des nouvelles luttes de libération que nous saurons mener après une défaite qui semble presque totale mais qui n'est sans doute qu'un moment nécessaire pour régler les comptes de la révolution précédente comme des expériences gouvernementales ratées et revenir simplement aux réalités de l'urgence sociale. Tout dépend de notre combativité mais plus encore de notre clairvoyance (ce qui est loin d'être gagné!). Il faut être conscient que nous avons toujours affaire à la bêtise, la nôtre aussi bien, mais après l'indispensable autocritique il nous faudra reconstruire à nouveau. Il nous faudra redéfinir toutes nos valeurs, tous nos idéaux, pour leur donner une traduction plus concrète et un peu moins illusoire.

S'il faut en rabattre sur nos anciennes illusions, il ne saurait être question d'abandonner pour autant toute prétention à transformer la société, à réguler nos équilibres ou améliorer nos rapports sociaux, mais seulement de tenir compte de la réalité pour la transformer. On ne peut faire ce qu'on veut, on doit faire ce qu'il faut, ce que la situation exige, essayer de faire les bons choix. Qu'on ne s'y trompe pas, malgré tous les signes d'un fabuleux retour en arrière, la période actuelle est profondément révolutionnaire (à cause de notre entrée dans l'ère de l'information et du changement de génération). Les occasions ne manqueront pas de nous le rappeler, pas forcément dans le bon sens, hélas ! Il nous faudra à chaque fois reconquérir pied à pied toutes nos libertés bafouées et surtout en gagner de nouvelles. Ce n'est pas du tout aussi utopique qu'on voudrait nous le faire croire car cette révolution à venir ne consiste en fait qu'à se mettre à jour d'un monde qui a déjà changé du tout au tout. Ce n'est rien que rattraper le temps perdu et se tourner de nouveau vers l'avenir. Après la mode rétro, retour vers le futur !

Il ne s'agit pas de manifester quelque complaisance que ce soit envers le romantisme révolutionnaire. Il ne s'agit pas de se révolter seulement, encore moins d'une insurrection qui ne déboucherait sur rien, mais bien de réussir à changer réellement la vie, la démocratie, l'économie, l'amour et même l'art peut-être ? N'est-ce pas trop en demander ? Certes il nous faut apprendre à être un peu plus modeste, c'est un des enjeux du moment, mais je voudrais montrer que, même sous un mode mineur par rapport aux grandes envolées d'antan, l'enjeu reste métaphysique, historique, vital et nous devons progresser encore sur tous ces points sans nier les difficultés rencontrées ni baisser les bras. Loin de revenir aux illusions de Mai 68, c'est son échec qui doit constituer notre point de départ pour reprendre le flambeau et faire reculer réellement l'injustice sans retomber ni dans le piège d'une violence imbécile, ni dans l'imposture d'un monde trop idéal, ni dans un réalisme trop complaisant. Dans la possibilité de cette prise de distance critique se mesure tout le chemin accompli depuis Mai 68, c'est ce qui permet justement de continuer la révolution en s'opposant à ses dérives, ses excès, ses erreurs, ses errements plutôt que les rejouer continuellement sous forme d'une farce de plus en plus ridicule !

- La démocratie radicale

Alors que nous éprouvons une fois de plus les limites des élections et que nous aurons à nous confronter à nouveau à l'arbitraire du pouvoir, il nous faudrait procéder à un sérieux réexamen du pouvoir et de la démocratie. L'avantage de la politique spectacle et de la démagogie médiatique, c'est de nous détourner de la croyance dans une prétendue "volonté générale", entièrement fabriquée, et de la conquête d'un pouvoir central organisateur dont on surestime la puissance. L'avantage c'est de nous révéler le manque de démocratie et sa difficile mise en oeuvre dont il faudra se rappeler. La première réponse donnée par les mouvements sociaux se révèle tout aussi insuffisante. C'est entre les impasses symétriques de la démocratie représentative et de la démocratie directe que nous devons parvenir à démocratiser la démocratie, à la rendre un peu plus vraie.

On mesure d'ordinaire une révolution à sa capacité de prendre le pouvoir mais c'est plutôt le moment de la contre-révolution et de la reprise en main. Une révolution change d'abord les mentalités, et pour longtemps. C'est une refondation des solidarités sociales. Il faudrait se poser la question de ce que pourrait bien signifier prendre le pouvoir et qui le prend ! "Le peuple qui gouverne n'est jamais tout-à-fait le même que le peuple qui est gouverné" disait avec raison John Stuart Mill. Les élus deviennent rapidement des élites coupées de la population. On ne peut plus avoir la naïveté de croire non plus dans une soi-disant "démocratie directe" vite noyautée ou désorganisée. Cette démocratie d'assemblée a sa fonction, surtout en début de mouvement, mais il ne faut pas en surestimer la représentativité au-delà d'un rôle de contre-pouvoir. Le référendum, sacralisé par certains, ne vaut guère mieux la plupart du temps, du moins lorsqu'il n'est pas précédé d'un long débat citoyen comme lors du référendum sur la constitution européenne. On sait que c'est l'instrument du plébiscite et des régimes fascisants. Le vote lui-même est un acte de soumission exigé du souverain et n'est pas sans violence à vouloir clouer le bec de la minorité.

Il faut partir du fait que les procédures démocratiques sont toujours dévoyées au profit d'une oligarchie. Il ne s'agit pas de donner le pouvoir à nos "amis", on a vu ce que ça donne, mais bien d'essayer de démocratiser la démocratie. Vouloir une véritable démocratie qui donne la parole à tous, c'est se soucier de ne pas laisser la parole aux grandes gueules ni aux beaux parleurs, c'est ne pas céder aux mouvements de foule ni laisser les organisations partisanes manipuler les assemblées, c'est, bien sûr, éviter toute violence malgré les quelques abrutis qui valorisent les armes : dès que les armes parlent, nous n'avons plus la parole et la révolution c'est d'abord la libération de la parole. On se demande au nom de quelle vérité révélée certains s'arrogent le droit de faire régner la terreur et se considèrent comme le bras armé d'un peuple imaginaire ! Il faut être bien borné et dépourvu de tout esprit critique pour s'engager dans cette voie sans issue. Il vaut mieux connaître nos propres limites et savoir que la démocratie véritable n'existe pas plutôt que d'y prétendre pour mieux imposer son pouvoir. Aucune procédure qui ne peut être détournée ! Il ne faudrait donc laisser aucun pouvoir sans contre-pouvoirs au moins et se soucier d'abord de la participation des citoyens concernés ainsi que du respect des minorités.

L'essentiel, c'est la volonté de démocratie qui ne doit pas se payer de mots et rester attentive à tous ses dysfonctionnements. Ce n'est certes pas facile. Moins facile que de réunir une assemblée, de décider qu'elle représente la population même s'il n'y a qu'une poignée de militants, et de faire voter tout et n'importe quoi à main levé et sans discussions approfondies. Il n'empêche qu'il faut reprendre possession de notre pouvoir de citoyen localement, là où nous vivons, dans nos entreprises comme dans nos communes. C'est la première leçon que nous devons tirer de la situation présente : reconstituer une démocratie locale et nous détourner du volontarisme étatique, revenir à notre vie concrète plutôt que de croire aux promesses de l'idéologie dont on voit encore une fois tous les ravages. La route du pouvoir nous est barrée ? Fort bien, nous organiserons la résistance localement, là où il nous reste du pouvoir, bien plus qu'au gouvernement, dans une démocratie de face à face. Ce n'est ni facile, ni dans l'air du temps, c'est pourtant la seule voie.

Le problème ce n'est pas seulement que les anciennes structures politiques sont usées et complètement sclérosées, c'est qu'elles ont perdu tout réel pouvoir et qu'il faut changer de formes, abandonner l'organisation traditionnelle des partis au profit de "coordinations" ou de fédérations, d'une organisation plus souple, en réseau, mais qui doit être tout de même opérationnelle et réactive. Il ne s'agit pas de se fier à une auto-organisation impuissante mais bien de s'organiser à partir de la base, construire des contre-pouvoirs et adopter une direction par objectif qui se règle sur les résultats effectifs. Vivement ce mouvement de radicalisation de la démocratie qui fasse revivre la volonté de vivre ensemble en tenant compte de la complexité des problèmes et des situations locales ! Il nous faudra inventer au fur et à mesure que nous avancerons une véritable démocratie cognitive, une démocratie effective qui ne laisse personne sur le bas côté. Cela n'a rien d'évident, plutôt de l'ordre de l'improbable, mais que voilà une tâche exaltante pour des révolutions futures !

- La libération du travail

Le changement de perspectives est peut-être plus grand encore en ce qui concerne la libération du travail à cause de notre entrée dans l'ère de l'information. Rien à voir bien sûr avec une prétendue civilisation des loisirs et du temps libre, encore moins avec la très bureaucratique "propriété collective des moyens de production". La libération dont il est question, c'est la libération des nouvelle forces productives immatérielles et le passage du travail forcé au travail choisi (par le revenu garanti en particulier). Ce qui paraîtra bien peu révolutionnaire à certains alors qu'on peut considérer que c'est l'équivalent de l'abolition de l'esclavage ! La revalorisation actuelle du travail a beau être purement verbale, elle a l'intérêt de mettre un terme aux illusions de la fin du travail et de la réduction du temps de travail, mais surtout elle devrait amener, à la longue, à rendre le travail effectivement désirable et donc finir par améliorer les conditions de travail, sinon les rémunérations !

En fait, le travail a déjà profondément changé avec l'automatisation et l'introduction de l'informatique à tous les niveaux de la production. Il est devenu plus précaire, plus aléatoire, non linéaire, perdant toute proportionnalité entre production et temps passé, la productivité devenant statistique et globale, sans plus pouvoir isoler la participation de chacun alors même qu'il y a une individualisation des tâches. N'étant plus "force de travail" mais "résolution de problèmes", n'étant plus énergie mécanique mais information et savoir, il ne peut plus y avoir de travail forcé car l'autonomie et la motivation y deviennent essentiels, mais cela crée aussi de l'exclusion, de la non-employabilité ! Le caractère central de l'autonomie dans le travail immatériel et les services entre en contradiction frontale avec la subordination salariale. Bien que le salariat ne cesse de se développer (en se dégradant), il est déjà en déclin au profit du travail autonome (quaternaire) ce qui peut se traduire, entre autres, par certaines "externalisations", et ce qui tend à faire de chaque individu une petite entreprise avec ce que cela peut avoir d'insupportable ! Prendre tout cela en compte, c'est prendre le contre-pied des organisations syndicales et de leur idéal de salariat généralisé avec des revendications purement quantitatives, pour y opposer au contraire une sortie du salariat productiviste et la promotion du travail autonome.

Le travail autonome n'est pas viable sans des institutions qui le rendent possible, les supports sociaux de l'individu, en premier lieu un revenu garanti mais aussi tous les moyens d'un "développement humain" au-delà d'une simple "sécurité sociale". Les services attachés au développement humain sont des services de proximité qui nécessitent des structures locales, rejoignant l'exigence de revivifier la démocratie locale. C'est donc bien au niveau local qu'une grande part de la libération du travail peut se gagner sans attendre (aux prochaines municipales?) grâce à des coopératives municipales et des monnaies locales notamment. Encore faudrait-il pouvoir convaincre de l'urgence de cette relocalisation de l'économie et de sa possibilité même quand tout le monde en est resté aux anciens schémas devenus inopérants à l'ère de l'information, de l'écologie et du développement humain !

Cette relocalisation s'impose pourtant ne serait-ce que pour des raisons écologiques, à la fois par nécessité de privilégier des circuits courts et pour reconstituer la vie locale avec ses équilibres écologiques, mais on voit bien que tout cela va à l'encontre des organisations syndicales comme des partis politiques actuels, de leur organisation comme de leur raison d'être. Le préalable semble à l'évidence de construire un réseau politique d'un tout autre type, qui part du local et regarde vers l'avenir (une économie immatérielle de services et de partage des savoirs). C'est ce qui prendra du temps à moins d'être bousculés par les événements (la crise économique qui s'annonce entre USA et Chine, entre capital et travail au niveau mondial). Mais, tout ceci est tellement éloigné des préoccupations actuelles, tellement peu probable qu'il faudra bien une révolution en effet et des circonstances exceptionnelles pour qu'un tel changement devienne possible !

- L'amour libre ?

On pourrait s'arrêter là, au politique et au social. Pourtant, ce qui devrait nous mettre la puce à l'oreille, c'est que dans le rejet de Mai 68, c'est la permissivité y compris sexuelle qui est visée. D'une certaine façon, ce n'est qu'une saine réaction à l'échec flagrant de la libération sexuelle par rapport aux attentes. Qu'on se souvienne qu'on en attendait une complète subversion de la société, alors qu'on n'a fait que nourrir un peu plus le système marchand et l'individualisme ("extension du domaine de la lutte") ! Reconnaître les limites de la libération sexuelle, voire en rire désormais, est certainement une très chose bonne et bien nécessaire, mais ce n'est pas une raison pour revenir en arrière, seulement pour se libérer d'un certain moralisme de la libération, d'une aliénation de la désaliénation, d'un politiquement correct étouffant ! Le pas suivant serait peut-être de se libérer de l'interdit sur les sentiments et d'arriver à un amour plus libre ? Encore faudrait-il s'entendre sur ce que cela peut signifier...

Il ne faut certes pas s'illusionner et qu'une révolution suffirait à mieux s'aimer mais il peut y avoir tout de même du nouveau en amour et on peut essayer de faire un peu mieux à condition de ne pas revenir à zéro et de tenir compte de l'expérience passée pour ne pas refaire toujours les mêmes erreurs ! Le féminisme est ici emblématique de changements assez considérables qui peuvent surmonter (difficilement) des millénaires de patriarcat. Sur ce plan comme sur d'autres, il faut poursuivre la lutte tout en reconnaissant l'étendue de notre échec pour aller un peu plus loin plutôt que de nourrir une quelconque nostalgie du passé. La difficulté, c'est qu'après avoir voulu libérer la jouissance il faut sans doute se libérer de la jouissance et de ses incessantes injonctions, non pas la condamner ou l'interdire mais pouvoir s'en détacher tout simplement, non pas renoncer à la liberté mais assumer une liberté plus grande, plus ouverte, plus sereine.

Il n'y a rien de plus révolutionnaire que la lucidité, rien de plus difficile aussi car il faut dépasser la naïveté de notre attitude première et des folles espérances du passé (on se rend compte avec stupeur de toutes les bêtises qu'on a pu croire alors!), sans renoncer pour autant à vouloir aller aussi loin qu'il est possible. Il n'y a pas d'amour heureux sans doute, puisque l'amour c'est de la folie. C'est la première chose à se dire mais nous avons tout à apprendre encore les uns des autres et cela n'est pas sans rapport avec la révolution à venir car il n'y a rien de plus révolutionnaire que l'amour (voir Alberoni) et il nous faut redonner force à la solidarité qui nous tient ensemble.

Quand on a tout perdu même l'amour, quand c'est un discours de haine qui s'exprime sans complexe et qu'il n'y a plus aucune illusion à se faire, il nous reste encore la poésie où l'absence même illumine encore le monde de toute sa lumière. L'artiste a une place en toute révolution, du moins le véritable artiste, celui qui explore les virtualités du temps, pas l'honnête artisan ni le poseur. La transgression n'est pas de pure forme, elle est dans le contenu : dire la vérité qu'on voudrait nous faire taire, choquer la bonne conscience, exprimer les souffrances sans mots. Cet art est forcément populaire même s'il n'est pas accessible à tous et il apparaîtra toujours comme le contraire de l'art au moment où il intervient pour en déranger les lignes. Il ne suffit certes pas pour cela de rejouer la dernière révolution et d'enfoncer des portes ouvertes, reprendre la bastille, refaire du DADA ou se prendre pour Debord. Il faut oser déplaire encore et prendre des risques, ne pas hésiter à remettre en cause les dernières modes et les nouveaux dogmes, c'est notre vérité qui est en jeu mais l'amour, la poésie et la révolution célébreront à nouveau leurs noces mystiques. Tout n'est pas fini, tout commence plutôt dans ces âges sombres qui précèdent les lueurs de l'aube. L'histoire n'a pas fini de nous étonner de ses trouvailles et nous n'avons pas fini de montrer qui nous sommes en façonnant le monde à notre image !

copyleftcopyleft 

23 réflexions au sujet de « De nouvelles perspectives pour des révolutions futures… »

  1. merci pour cet article très éclairant .

    si une large par du processus révolutionnaire se joue au niveau local, j'aimerais insister sur la difficulté de s'approprier ses pouvoirs .

    face à la victoire écrasante de la contre révolution au niveau du pouvoir central , beaucoup estime que le contre pouvoir s'exercera dans la rue , mais ne pense pas du tout au éléction municipales de 2008.

    se pouvoir locale semble être perçu comme le plus méprisable et le plus opaque . et pour cause il n'y a que très rarement un contre pouvoir , ne serait ce que médiatique pour attirer notre attention sur la façon dont s'exerce le pouvoir localement . et cette ignorance est largement entretenu : on ne sait pas très bien qui fait quoi , qu'elles sont les attributions de chacun que ce soit le conseil général la communauté de commune ou les municipalité . et sur un projet transversal comme vous le proposez on vois vite resurgir la guerre des clochers et l'impossibilité qu'ont les pouvoirs locaux à agir de concert .

    par ailleurs en général le statut de l'opposition , dans les municipalités et souvent inexistant et au sein des conseils municipaux il n'y a pas de véritable délibération collectives , ni d'analyse prospectives de la situation de ces térritoire , si bien que c'est souvent le maire qui décide de tout comme dans les petites baronnies .

    enfin seul les maires et les conseillés généraux sont élus , en ce qui concerne la communauté de commune , ses membres sont élus au suffrage indirect , alors que c'est peut être justement à l'échelle intercommunale , pour les térritoire faiblement peuplés que ce joue l'alternative .

    comment pensez vous revivifier la politique locale , alors que la vie locale la plus part du temps est complétement sclérosée et excéssivement fermé à l'extérieur à l'étrangé et au nouveau ? la sociologie rurale ne s'acharne t'elle pas à vérifier cette hypothèse à savoir que la société rurale n'existe pas ?

  2. Oui, tout cela est vrai. Il n'y a pas de raisons d'être optimiste. La seule chance qui reste c'est de rencontrer localement des conditions favorables. Je ne pense rien pouvoir y faire. Je dis ce qui me semble vrai mais c'est très loin de ce qui va se faire. On peut dire que je prends date quoiqu'un peu trop tôt sans doute et devrais plutôt prendre le maquis...

  3. Oui, oh, cela ne veut pas dire grand chose. Juste l'envie de ne plus écrire et ne plus m'occuper de politique mais ça m'étonnerait que je tienne, c'est juste la conscience que ça ne sert à rien. Il vaudrait mieux participer à la construction d'un Mouvement Ecologiste Municipal mais cela n'intéresse personne...

  4. Salut Jean,

    Tu viens le 30 juin 14h place de la Monnaie pour la http://www.cyclonudista2007.be ?
    Nous cloturons la saison .... et cà va chauffer bon la vélorution !!!

    Va lire nos revendications et notre état d'esprit sur le wiki, nous faisons notre mieux pour essayer de faire converger nos forces dans une des capitales de l'Empire, et nous avons les meilleures armes qui soient pour aller au combat .... des fleurs, de l'amour et nos vélos 😉 mais tous les coups de mains sont les bienvenus. La révolution, c'est AUJOURD'HUI !, jean, je le sens.

    Les civilisations construites sur les tabous liés à la nudité sont les pires qui soient.

    La honte ce ne sont pas les cyclosnudistes, les indians nus d'amérique, les sauvages d'afrique ou d'ailleurs ..... mais la honte, l'abjection, ce sont les habilés, les cravatés, les civilisés qui les ont exterminés et qui continuent à détruire le monde !

    C'est un réel honneur, un plaisir, une fièrté, de pouvoir participer à la CycloNudista. Merci Saragossa, merci Vancouver !

    Vive les indiens métropolitains ! Justice dans les rues !

    kiss&love

    velojef

    (j'aurais bien voulu te poster un peu de cyclonudstART .... mais c'est pas possible faut donc aller sur le wiki.
    wiki.worldnakedbikeride.o... )

  5. Au sujet de notre défaite (jeanzin.free.fr/... je crois qu'il y a possibilité de faire d'énormes progrès en trouvant moyen de faire parti du *mouvement* Le mouvement est le changement constant qui menace et ensorcèle, auquel tous participent et auquel personne à part une poignée d’irréductibles nostalgiques ne voudrait renoncer car il représente l'espoir de soulagement des peines du travail et des maladies; les dons de la providence à ceux qui l'auront mérité; et de façon plus générale, la chance tout simplement. Le mouvement est aussi la force qu'utilisent les démagogues, les multinationales et le cinéma pour nous vendre une idée d'un monde ou' les vainqueurs sont ceux qui participent avec enthousiasme au système américain qui n'est en fait, qu'une succession de concours de circonstances que les États-Unis ont pu exploiter au maximum pendant deux cent ans pour s'accaparer un accès privilégié aux ressources de production. Participer au mouvement commencerait par une distinction très nette entre capitalisme et marchés libres.

    Les abus du capitalisme nous viennent précisément de l'abus des distorsions et des asymétries de marchés comme par exemple, le soit disant marché du travail ou' la demande de travail (par les entreprises) est basée sur l'information alors que l'offre de travail (par les ménages) est basée sur la nécessité. Mais ce qui fausse vraiment les cartes est que pour chaque demande de travail, l'offre est forcée à se faire concurrence et à faire baisser le prix du travail (le salaire). Le marché libre et symétrique procure une allocation des ressources optimale ou non dépendament de ce qu'on suppose que les marchés doivent faire. Si on suppose qu'un marché doit être dominé par "de purs esprits sachant tout et prenant les décisions appropriées après un calcul rationnel", on sera très déçu de la volatilité des cours; et si on accepte que le calcul des comportements et des réactions ne peut être aussi précis que celui avec lequel on envoi un homme sur la lune, on doit changer notre définition de rationalité pour déterminer si chaque session boursière faisait usage optimal de l'information disponible et de l'état des risques. Pour ma part, les marchés ne calculent pas. Ils conversent.

    Le language utilisé par les marchés est à la fois souple et précis et nous fourni de très puissant moyens. Par exemple, lorsque le marché des changes réagit au décisions fiscales d'un pays, il prend toujours en compte la question de si les dépenses accrues sont une forme directe de redistribution des revenus ou si les dépenses accrues contribuent directement à l'amélioration de l'infrastructure et des possibilités de croissance. Le plafond de 3% pour les déficits des gouvernements européens est une sous-utilisation du langage des marchés qui seraient en fait très heureux de nous accommoder si on distinguait entre types de dépense pour, dans l'ensemble, dépasser le 3% pour mettre en oeuvre sans punition des grands travaux qui serviraient à la vision d'une démocratie cognitive. Une partie des solutions à grand impact au problème de gaspillage des ressources exige des investissements énormes comme par exemple ceux qui seraient nécessaires pour mettre à jour nos moyens de déplacement en créant avec la technologie des télécommunications sans-fils des systèmes de transport intelligents.

  6. c'est encore un privilège de la capitale . une manif encouragée par les flics ont a jamais vu ça !

    sinon le vélos , nu ça fait vraiment trop mal au cul , mais je viendrai certainement vous voir avec mon jet privé ....

  7. Je trouve très bien ces manifs de nudistes à vélo mais j'avoue que je ne me sens pas capable de le faire, et pas seulement parce que ça fait mal au cul...

    Sinon je crois effectivement qu'il faut distinguer capitalisme et marché, l'expression économie de marché étant une expression trompeuse, dénoncée par Galbraith, pour domination des marchés financiers. Il n'est pas question de se passer du marché mais il ne faut pas se fier aux mécanismes de marché pour autant. C'est une erreur courante de croire que le seul problème est celui des abus ou des excès du capitalisme alors qu'ils lui sont consubstantiels. Le progrès du néolibéralisme par rapport aux néoclassiques est certes d'avoir compris qu'il n'y avait pas d'information parfaite et que tout marché était dissymétrique (pas seulement le marché du travail, des occasions, ou les marchés financiers) mais ce n'est en rien un défaut du capitalisme car la concurrence et l'investissement ne marcheraient pas dans un marché parfait dont l'équilibre serait mortifère. Le profit vient toujours d'une dissymétrie de l'information ou d'une rente de situation. C'est ce qui fait la "valeur" du capitalisme, son productivisme créateur de richesses mais destructeur des ressources...

  8. "tout commence plutôt dans ces âges sombres qui précèdent les lueurs de l'aube. L'histoire n'a pas fini de nous étonner de ses trouvailles et nous n'avons pas fini de montrer qui nous sommes en façonnant le monde à notre image"

    J'aime beaucoup cette phrase ...

    reste à savoir de quoi seront faites les lumières de l'aube ...

    quoi qu'il en soit, comme nous sommes principalement des animaux diurnes, la nuit nous mettant à la merci des prédateurs, nous nous réjouirons de sentir poindre doucement le lever du jour, et d'aider, avec nos petits moyens, à lever un petit coin du voile ...

  9. bonjour jean,
    permettez moi de me faire l'ambassadeur d'un vif etonnement: sauf erreur de ma part, je ne vous ai a aucun moment surpris en train de commenter les travaux du groupe KRISIS qui me semblent d'une importance "capitale"(manifeste contre le travail, les aventures de la marchandise), apres Marx et Debord. Eclairez moi, voulez vous?

  10. Oui, je ne suis effectivement pas du tout sur la ligne de Krisis ou d'Anselm Jappe qui me semblent répéter un peu trop Guy Debord dont je m'inspire aussi mais dont je ne me considère pas comme un disciple (ni un pro-situ).

    Je cherche à vraiment changer le monde et non à nourrir quelque utopie, c'est-à-dire que je cherche dans l'analyse des possibilités de l'époque les moyens d'aller aussi loin que possible dans la "libération du travail" qui ne signifie pas pour moi "ne travaillez jamais" mais sortir de la subordination salariale.

    En fait je ne considère pas que ce qu'ils disent soit en quoique ce soit sérieux. C'est plus proche de la pose, ce que j'appelle la frime dans la pensée, le goût de l'extrémisme qui ne mène à rien sinon à déconsidérer les autres et se croire plus malins qu'eux. Ce ne sont pas les seuls !

    Plus fondamentalement je conteste l'idée qu'il y aurait un état de nature dépourvu d'aliénation (voir "la fin de l'aliénation"), position religieuse qui est fausse, stupide et dangereuse, mais par contre je donne beaucoup plus d'importance à notre entrée dans l'ère de l'information et aux transformations du travail que cela implique.

    J'essaie de tenir compte des échecs passés, de l'évolution technique et des transformations sociales, c'est-à-dire d'avoir un point de vue historique qui dépasse Marx et Debord plutôt que de les répéter bêtement.

    Bien sûr je sais bien que tout cela apparaît fort peu révolutionnaire pour ceux qui rêvent d'un paradis sur Terre et se soucient bien peu de l'expérience et de changer vraiment le monde ce qui les ferait sortir de leurs petits groupes et de leur narcissisme effréné ! Etre révolutionnaire exige d'être absolument réaliste et matérialiste pas d'être un fanatique qui veut tout faire sauter !

  11. j'ai le sentiment que krisis et jaspe participe d'une renaissance de l'ultra gauche. on en entends pas mal parler dans les rencontre entre décroissants , mais souvent les gens qui s'en réclame tiennent la position inbécile de vouloir sortir complètement de l'économie , et de faire une critique un peu trop systèmatique de la modernité, du matérialisme et des lumières . comme s'il n'y avait rien à en tirer . materiellement leur auto organisation spontanée me laisse toujours rêveur comme s'il se préparaient sans le savoir des lendemain de catastrophe sanitaire . pourtant le sabbath est très séduisant , culte laïque s'il en est , culte du dieu cornu aussi vieux que l'humanité , fête , orgie , fulgurance nocturne , exaltation fièvreuse , transe ....
    j'ai le sentiment que c'est le combat pour la dignité et pour l'honneur. mais c'est quand même bien dommage qu'ils ne soient pas plus ouvert et qu'ils crachent avec la plus grand répugnance sur le revenu garanti . fierté imbécile .

  12. Je ne sais pas ce que c'est l'ultragauche. D'une certaine façon je me considère comme de l'ultragauche, c'est-à-dire d'essayer d'aller au maximum du possible, de changer radicalement l'ordre existant. Je dirais plutôt qu'ils sont de l'ultra connerie comme Tiqqun. Il ne suffit pas de se réclamer de Guy Debord qui est indispensable parce qu'il réfutait la connerie justement et, notamment la prétendue "révolution culturelle" que les situationnistes ont été parmi les premiers à dénoncer alors que cela semblait bien la révolution la plus extrême ! Il ne suffit pas de s'exciter et de trouver qu'il fait déjà plus chaud ! Ces positions imbéciles qui voudraient supprimer l'économie, la technique, l'Etat, etc. ne mènent tout simplement à rien sinon au pire (Lacan disait, "en tant que révolutionnaires vous voulez un maître, vous l'aurez !") car derrière ces proclamations égalitaires il y a toujours des leaders autoritaires, des gourous, des sectes...

    Le sabbat, la fête, l'orgie sont indispensables mais à condition que ça ne dure pas trop longtemps, sinon c'est l'enfer de Dante (Lacan encore pensait qu'il manquait à la Divine comédie l'enfer du conjungo sans fin!). Ce n'est certainement pas le combat pour la dignité et pour l'honneur qui serait condamnable mais uniquement la connerie, le narcissisme, le fanatisme, l'impuissance...

    C'est toujours la même chose. Foucault avait le plus grand mal à ne pas être compris de travers par les foucaldiens, Deleuze par les deleuziens : au lieu de pensées complexes et contradictoires, on a des simplismes débiles et intolérants qui renforcent la domination à la fois dans les rangs de la prétendue ultragauche où règne le terrorisme intellectuel et par la justification qu'ils donnent au renforcement de l'ordre policier ! La difficulté c'est de fuir ces petites sectes sans renoncer à une révolution de plus en plus nécessaire, c'est de condamner les naïvetés d'une liberté qui ne serait pas contradictoire sans renoncer à conquérir de nouvelles libertés, c'est de constater ce que la libération sexuelle peut avoir de lamentable pour être un peu plus libre par rapport à la jouissance et plus vrai dans ses rapports humains plutôt que de revenir à l'obscurantisme précédent. Mais tout cela est compliqué, demande un effort intellectuel, de penser contre soi-même, de reconnaître la réalité pour la transformer vraiment et pas seulement dans ses fantasmes !

  13. Il y a comme un relent, comment dire, quelques résidus mystico-hippies dans ce que vous écrivez Jean... je trouve, très subtils cependant mais néanmoins présents. C'est peut-être le logo... ne le prenez pas mal.

    Concernant la Révolution, Proudhon semble avoir subi un petit lifting, mais cela reste du Proudhon... du "principe fédératif" en somme.
    Ce n'est pas gênant... hein ?

    Je crois que j'apprécie bien, mais je ne suis pas sûr de bien apprécier.
    Ah ! c'est un problème de citoyenneté peut-être, au mépris de l'individu ?
    Peut-être hein ? Ne nous emballons pas...

    Se rallier ? Oui... euh, la naisierie va encore nous ouvrir grand sa gueule... les neurones vont s'échapper au profit du nombre. Non ce n'est pas bien de dire cela, plus on rit, plus on est de fous n'est-ce pas ? Alors, crever l'individualisme comme un mauvais abcès... essaimer un peu partout et achever le "Je" au profit du "Nous", oui voilà qui est mieux, que sortira-t'il de ce jus ? Un nouveau chef et de nouveaux sujets... Ah, ce n'est décidément pas bien ce que je dis, c'est presque de la mauvaise foi, mais pas tout-à-fait.
    Tenter la possibilité de l'impossible. Voilà qui me semble la meilleure des perspectives révolutionnaires... dans l'instant, mais après celui-ci il y en aura un autre... alors sait-on jamais. Avant que d'être fataliste "Je" suis et c'est déjà pas mal... et les autres sont d'autres "Je" qui sont également... un beau panier à crabes que tout ceci. Enfin, toute la perspective, non pas de la révolution, mais de l'incertitude nous est offerte, n'est-ce pas merveilleux ?

  14. Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce commentaire que je trouve un peu confus.

    Qu'il y ait des résidus hippies, pourquoi pas. En bon hégélien je ne crois pas à l'erreur absolu et toute négation étant partielle il faut conserver autant que dépasser les mouvements du passé. Je ne renie en rien ma jeunesse à essayer d'en réaliser ce qui est réalisable. Pour le côté mystique je suis moins sûr que ce soit vrai mais tout dépend de ce qu'on appelle mystique.

    Je n'aime pas tellement Proudhon mais lui non plus ne pouvait avoir tort en tout et le fédéralisme me semble incontournable. Je ne reviens pas du tout en arrière mais tente de penser notre avenir, l'ère de l'information et de l'écologie, pas grand chose à voir avec Proudhon (ni même avec Kropotkine).

    Pour l'individu, je n'en fais certainement pas mon idole, j'ai un peu de mépris pour le Je mais pas au point de vouloir le réduire à néant ou le fondre dans une communauté que je trouve bien trop pesante. Il y a un équilibre à trouver entre communauté et individualisme. En fait je pense que ce n'est possible qu'à faire du développement de l'individu une finalité collective. Le nombre est forcément stupide, c'est une question de théorie de l'information qui doit se simplifier pour toucher la masse. C'est un obstacle réel dont il faut tenir compte.

    Je ne sous-estime pas le risque d'un nouveau chef, ni aucune autre difficulté. Il est certain que ce n'est pas simple, il faut s'affronter à la complexité. Exister n'est pas grand chose mais faire la révolution est certes très difficile car cela demande à la fois audace et lucidité. Les 2 sont rarement réunis. On a plus souvent des fous agités et des valets obséquieux. Mais l'action historique est très risquée, aucune certitude d'avoir raison ni de faire des bêtises. On peut quand même faire mieux et il faut bien essayer...

  15. Une seule question : comment peut-on se prétendre "révolutionnaire" comme vous le déclarez si on ne veut pas au final en finir avec l'Etat et l'économie politique ? êtes-vous bien sur d'avoir réellement lu Debord ou même Krisis ? que ces derniers crachent sur l'infect concept de revenu minimum garanti ou qu'ils défendent l'idée que la sortie du moloch capitaliste ne se fera que par la destruction de l'esclavage salarié au profit d'une activité sociale libre me paraît être dans la droite lignée du plus beau programme révolutionnaire de ces cinquante dernières années (à savoir celui de l'Internationale situationniste). Il faudra aussi redire aux ignorants que l'étude de Jappe sur Debord est un très grand livre et que "les aventures de la marchandise" sont loin d'être inintéressantes.

  16. C'est le grand malentendu, un peu désespérant il faut bien le dire, une conception ridicule de la révolution et de ce qu'est un véritable révolutionnaire réduits à être de simples poseurs. En fait, ceux qui défendent ces positions ne sont que des petits-bourgeois, souvent des fils de bonne famille en révolte contre leur milieu. Rien d'intéressant. C'est une régression au socialisme utopique d'avant Marx, ou plutôt une sorte de mystique de la révolution supposée pouvoir abolir l'Etat, l'économie, le travail, l'aliénation ! C'est à pleurer, mais ces gens là s'y croient et pas qu'un peu ! Il faut bien dire que l'intérêt de groupes comme Krisis ou Tiqqun est de nous débarrasser de ces illusions par le passage à l'absurde qu'ils font de la pensée critique et de la lutte contre l'aliénation. Ce ne sont guère que des pro-situs préoccupés d'eux-mêmes et d'être le plus extrême possible, des frimeurs de la pensée aux prises avec leurs contradictions mais complètement dépourvus de dialectique et redoublant l'aliénation plutôt, à vrai dire plus proche de Vaneigem que de Debord. Je cite souvent ce passage de la Véritable scission dans l'IS :

    "Les pro-situs n’ont pas vu dans l’I.S. une activité critico-pratique déterminée expliquant ou devançant les luttes sociales d’une époque, mais simplement des idées extrémistes; et pas tant des idées extrémistes que l’idée de l’extrémisme; et en dernière analyse moins l’idée de l’extrémisme que l’image de héros extrémistes rassemblés dans une communauté triomphante. Dans "le travail du négatif", les pro-situs redoutent le négatif, et aussi le travail". VS p42

    Ceci dit je ne me prétends pas situationniste ni "disciple" de Debord, ce serait effectivement ridicule. J'utilise ses analyses mais je ne fais pas comme si il avait tout compris et qu'il suffisait de le répéter, ni comme si le Debord de la fin était le même que celui du début. Au contraire, je pars de son échec, de l'échec de Mai 68 et des illusions de l'époque pour les dépasser. Les archéo-situs actuels sont un peu comme les artistes d'aujourd'hui qui se croient très transgressifs à ne faire que répéter les provocations les plus éculées, quelque fois même dans les palais de la République !

    Il est vrai que le livre d'Anselm Jappe sur Debord est un très bon livre, je l'ai dit des sa sortie, à part les 2 ou 3 pages ou il tente d'exprimer sa propre pensée et tout le reste ne vaut rien par manque justement de dialectique et de recul critique.

    Etre révolutionnaire n'a rien à voir avec ces masturbations intellectuelles, n'a rien à voir avec se prendre pour un héros, ni promettre un homme nouveau et un monde réconcilié. Etre révolutionnaire c'est se coltiner le réel et vouloir vraiment changer les choses en tenant compte des rapports de force et des leçons de l'histoire. Je ne prétends donc pas abattre d'un seul coup d'un seul le moloch capitaliste par mon excellence et une volonté de puissance exacerbée mais j'essaie de penser une stratégie de sortie du salariat et de construire les conditions d'une "activité sociale libre" au niveau local et immédiat, sans attendre un grand soir mythique, conditions qui impliquent un revenu garanti effectivement, et un "Etat" fédéral pour s'opposer au marché, mais en reprenant pouvoir sur notre vie au niveau local.

    Evidemment rien de très héroïque là-dedans et il est vrai que pour l'instant je ne peux me targuer d'être plus efficace que les révolutionnaires auto-proclamés. Je peux même avoir quelque nostalgie des illusions de ma jeunesse, d'une fin de l'aliénation paradisiaque, mais je suis du moins un peu plus lucide et n'ai pas renoncé pour autant à changer le monde vraiment, pas seulement en parole et par des discours enflammés (trouvant qu'il fait déjà plus chaud, raillait Debord!). On ne peut être révolutionnaire sans être réaliste, ni sans pensée dialectique intégrant les démentis du réel (certes c'est le plus difficile) mais je ne m'imagine pas convaincre quiconque, c'est hélas désespéré, et vous laisse vous rendormir sur vos certitudes inébranlables pour retrouver vos petites sectes et vos petits chefs dont le narcissisme démesuré renforce un surmoi tyrannique, celui qui ordonne la jouissance et ne fait que mener au pire...

  17. Merci de votre réponse nuancé, je n'en méritais pas tant. Je vous dirais juste que je suis bien assez conscient de la situation actuelle pour ne pas rêver éveillé à une révolution qui serait servi sur un plateau, croire encore par les temps qui courent à un quelconque sens de l'histoire ou au conte édifiant du progrès relevant plus de l'autosuggestion qu'autre chose. Ce que je crois par contre, c'est que l'évolution catastrophique du monde a bien démontré que les plus irréalistes par le passé n'étaient pas ceux que l'on croyait ou que l'on désignait comme telles, c'est à dire ceux qui par exemple défendaient une libération totale du prolétariat contre ceux qui lui faisait croire que l'accession au socialisme se ferait graduellement par le suffrage universel et les acquis sociaux, toutes ces belles illusions (qui n'ont d'ailleurs pas toutes été négatives mais que l'on est bien obligé de constater après tout ce temps qu'elles ont été gagnées au détriment des intérêts universels du prolétariat) étant complètement remis en cause depuis une bonne trentaine d'années justement en raison de la disparition à la surface sociale du "parti" de la subversion. C'est pour cela à mon humble avis que la radicalité des anciens et pas seulement des situs est quelque chose de si précieux actuellement pour saisir la situation inédite dans laquelle nous sommes plongés : c'est de s'être soumis à la solution apparement la plus réaliste dans le passé (principalement la bureaucratisation du vieux mouvement ouvrier) que le capital a acquis une si grande puissance que les hommes ne voient plus à présent d'autre alternative que de s'y soumettre davantage. Certes, si on avait à faire à une société à peu près stable, je serais le premier à souscrire à votre analyse. Hors la destruction accéléréé et les avancées réellement terrifiantes du capital désignent bien en négatif le futur champ de bataille, à savoir que ce sera "l'utopie ou rien" pour reprendre le mot de Ken Knabb. Nous sommes sortis de l'époque ou l'on pouvait croire que le réformisme tendait vers une meilleure société même si, je le répète, ce n'est pour l'instant qu'en creux qu'on peut faire une telle analyse la réalité mortifère actuelle étant pour l'instant plus présente dans le cadre (au point qu'on ne voit plus qu'elle) que l'émergence des hommes prêts à reprendre à leur compte le vieux projet de l'émancipation sociale. Je ne prétend être ni un révolutionnaire ni un adepte d'une quelconque secte mais un simple individu qui se pose la question de savoir ce que pourrait être la politique (au sens grec) dans un monde qui a finit par évacuer complètement cette dimension essentielle de l'homme. Pour le reste, je suis d'accord avec vous.

  18. A vrai dire, je n'avais pas vu où était la nuance, en effet ! ni dans les positions de Krisis qui me semble d'ailleurs complètement insignifiant, ou plutôt comme faisant partie entièrement du spectacle : on ne parle d'eux que pour faire tâche, comme opposition systématique au discours dominant qu'ils renforcent par leur imbécillité. Il n'y a là aucune menace pour le système mais de quoi meubler les médias en entretenant l'illusion qu'il y aurait encore un discours critique et une opposition, heureusement inoffensive... Ce qui m'énerve le plus, c'est l'opposition au revenu garanti, extrémisme de gosses de riches complètement déconnectés des réalités des nouvelles forces productives et rejoignant du coup les discours les plus réactionnaires des travaillistes, vraiment du pain béni pour le patronat, nous privant du seul moyen de sortir du salariat justement.

    Certes il faut reprendre le projet d'émancipation mais pas comme si rien ne s'était passé depuis, pas comme s'il pouvait y avoir une "libération totale". Ce n'est pas parce qu'il y a un réalisme infâme que n'importe quel irréalisme vaudrait mieux. L'exemple de la révolution culturelle montre qu'on peut aller au pire même en s'opposant au parti bureaucratique. Nous sommes dans un champ de ruines où il y a de quoi désespérer et je ne prétends pas avoir toutes les solutions, je trouve même que mes propositions sont bien insuffisantes mais je n'en vois pas d'autre et, encore une fois, le revenu garanti est le seul progrès notable qu'on peut espérer, l'équivalent de l'abolition de l'esclavage, condition de la sortie du salariat et du productivisme. Ce n'est pas la promesse d'un bonheur sans fin, d'une jouissance sans entrave et d'une humanité réconciliée mais ce n'est pas rien ! Hélas, on en est loin, car même la gauche, même les "révolutionnaires" n'en veulent pas. De quoi s'énerver un peu, effectivement, car pendant ce temps là le patronat pousse ses pions et la précarité s'étend avec le contrôle social et la misère...

  19. Bonjour,

    Voila deux jours que je parcours votre blog depuis le fond de mon bureau d'ingé info planqué dans les bureaux d'une ssii...

    J'aurais deux réactions, je vais poster la première içi, même si elle est un peu con-con. L'autre a plus sa place sur le forum...

    En lisant ce billet j'ai repensé à une "discussion" que j'ai eu hier avec mon père et au cours de laquelle il m'a demandé: "Tu veux pas te présenter aux électons municipales du village?" (Sur un ton un peu en l'air du style: "Y'en a marre du maire qu'est là depuis 20 ans"- d'ailleurs même le maire lui même en a marre mais personne d'autre veut faire son job).
    Bon, clairement, j'ai trop d'attaches à Toulouse pour retourner dans ce petit village du Gers.

    Mais... (et c'est là que c'est interressant)

    Il me semblait que justement, il pourrait étre interressant de monter l'éxperience suivante:
    D'abord le contexte: petite commune rurale du gers, 600 hab, plutôt dynamique sur le plan associatif (Suivez donc le site ouèbe de ma signature).
    Donc, dans ce village, il devrait pas étre trop compliqué de monter une liste... Je crois qu'il faut 15 personnes...
    Et ensuite expliquer que l'équipe, si elle est élue, souhaite mettre en place une gestion collective de la vie municipale. C'est à dire qu'on invite tous les habitants à participer aux réunions du conseil municipal, à prendre la parole, à faire des propositions et les valider. L'équipe élue ne fonctionnant finallement plus que comme un éxecutif (Genre s'il faut faire des travaux: appeler les entreprises nécessaires etc.).
    Bon, alors, ça pose de gros problèmes d'organisation, j'en suis bien conscient.
    Mais avant d'en arriver là, il faudrait que l'équipe soit élue. Et ce qui serait déja très interressant, c'est de voir le score qu'obtiendrait une liste qui fait ces propositions...

    Est-ce que finallement, c'est quelque chose comme cela que vous imaginez quand vous parlez de revivifier la démocratie locale?

  20. Oui, cela peut être un projet dans une petite commune. Simplement il faut être conscient que tout le monde ne peut pas participer pour de multiples raisons et qu'il faut donc aussi aller chercher les gens là où ils sont, les consulter sans forcément devoir venir aux réunions du conseil. La revivification de la démocratie locale c'est d'abord un sentiment de communauté, une envie de construire un avenir commun. Ensuite il faut essayer de le traduire par des procédures participatives qui peuvent être diverses. Il faut savoir aussi qu'il y a un monde entre les bonnes intentions du débuts, les propositions des candidats, et l'exercice du pouvoir une fois qu'on l'a. En général on change de discours une fois élu, ne serait-ce qu'à devoir répondre à la critique et "défendre son bilan". Retrouver une véritable démocratie locale n'est jamais facile mais il faut le tenter. A partir de là, on peut mettre en place une monnaie locale, une coopérative municipale, etc.

Les commentaires sont fermés.