La part maudite

Les dernières nouvelles de l'histoire de la Terre, de l'évolution de la vie et du climat, semblent confirmer l'intuition de Georges Bataille d'une humanité vouée comme toute vie à la consumation et la dépense de l'énergie excédentaire. Ainsi, notre rôle actif dans l'effet de serre et le réchauffement climatique n'aurait rien de tellement exceptionnel ou de hasardeux, se situant dans le prolongement de tous les organismes multicellulaires dont la fonction serait liée à la lutte contre les glaciations et l'excès de production d'oxygène !

Certes nous sommes bien coupables d'avoir passé les bornes et la rapidité du processus que nous avons déclenché nous menace directement, ainsi qu'une bonne partie des organismes vivants. Rien ne nous protégera contre nous-mêmes et nos folies. A semer à tous vents nos gaz empoisonnés, nous risquons assurément d'être balayés par les tempêtes et de nous brûler aux rayons d'un soleil de plomb. Il y a urgence à réagir malgré toutes les incertitudes dès lors qu'on risque un emballement qui pourrait être fatal, mais au niveau des temps géologiques et de l'histoire de la biosphère, ce ne serait sans doute qu'une péripétie dans la co-évolution de la vie et du climat.

En effet, il est étonnant de constater, au-delà des extinctions massives et des cataclysmes que la Terre a pu connaître, comme la vie et le climat se sont ajustés réciproquement jusqu'à constituer un système dynamique qui se stabilise plus ou moins sur le très long terme. Il n'y a pas l'environnement d'un côté et les gènes de l'autre mais une interaction constante qui brouille bien plus qu'on ne croit la séparation entre intérieur et extérieur, entre vivant et non-vivant (entre sujet et objet). Ce n'est pas une raison pour faire de Gaïa un être vivant à part entière mais il y a bien une précieuse union intime entre la vie et son milieu, un équilibre dynamique, plus ou moins cyclique et jamais en repos, où se dépense notre excès d'énergie dans un foisonnement de formes vivantes aussi chatoyantes qu'éphémères, mais qui se reproduisent pourtant et perdurent à travers les âges en façonnant le monde à leur ressemblance pour en faire un monde vivant, le monde de la vie.

On ne peut comparer tout-à-fait la biosphère à un organisme car elle ne se reproduit pas, et la vie c'est la reproduction, base de l'évolution et de la sélection par le résultat, où c'est l'effet qui devient cause. S'il y a bien dans le climat des boucles de rétroaction négatives qui maintiennent une stabilité favorable au développement de la vie, il y a aussi malheureusement des boucles de rétroaction positives qui peuvent mener à l'emballement du réchauffement climatique : ainsi la fonte des glaciers réduit la réverbération, ce qui augmente significativement la température jusqu'à pouvoir déclencher la libération du méthane marin ou celui du permafrost sibérien (en train de fondre rapidement depuis peu!). L'effet de serre du méthane étant 20 fois plus important que celui du CO2, ce phénomène, qui peut mener à une brusque élévation des températures, a déjà été responsable de plusieurs extinctions massives ! S'ajoute à cela les changements de circulation atmosphérique ou des courants marins qui pourraient avoir aussi un effet amplificateur. En contrepartie il faut faire état des incertitudes, qui sont immenses, sur l'évaporation et le régime des pluies dont l'importance est pourtant décisive, mais ce n'est pas une incertitude sur laquelle on pourrait se reposer car cela n'a pas empêché de telles catastrophes par le passé, aucun dieu ne nous protège.

Ceci étant acquis, sur de plus longues périodes on constate bien une co-évolution de la vie et du climat assez étonnante. On sait depuis longtemps que la quasi totalité de l'oxygène atmosphérique a une origine organique, bouleversant les équilibres primitifs en exterminant une grande part des bactéries anaérobies originaires, pour lesquels l'oxygène est un poison mortel, et favorisant les organismes capables d'utiliser l'oxygène comme nouvelle source d'énergie. C'est, en particulier, le passage des bactéries (procaryotes) aux cellules à noyau (eucaryotes) utilisant les mitochondries pour respirer l'oxygène (à partir de 2,7 milliards d'années sans doute, surtout à partir de 2 milliards d'années).

L'oxygène aura un effet très sensible sur le climat puisque, non seulement la Terre se met à rouiller, mais le méthane s'oxydant, l'effet de serre va baisser dramatiquement, jusqu'à la période la plus froide que notre planète ait connue, le Cryogénien, où la terre n'était plus qu'une boule de neige ou presque, ce qui aurait été favorable cette fois au développement des organismes pluricellulaires :

«La vie multicellulaire a été précédée par un climat neoprotérozoïque froid il y a environ 600-800 millions d'années qui a produit une glaciation sur de grandes étendues.

Cette période très froide serait due à des concentrations très faibles en dioxyde de carbone en raison d'une prolifération d'algues unicellulaires dans les océans. L'une des conséquences de cette croissance a été l'augmentation progressive de la concentration en oxygène comme sous-produit de la croissance des algues. La concentration d'oxygène dissous dans l'eau froide a permis le développement d'êtres multicellulaires.

La multiplication de ces être multicellulaires et la création d'une chaîne alimentaire plus complexe ont freiné le développement des algues unicellulaires qui, à leur tour, ont limité la séquestration de dioxyde de carbone. Le CO2 relâché dans l'atmosphère a ensuite permis une augmentation progressive de la température sur la Terre et ainsi l'apparition du climat actuel.» (http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=3955)

Le rôle des organismes multicellulaires serait ainsi surtout de consommer de l'oxygène (un organisme multicellulaire ayant besoin de mobiliser plus d'énergie, plus rapidement que ne le permet la digestion des sucres) tout en réduisant sa production du fait qu'il entre en compétition avec les organismes unicellulaires (les virus s'en chargent aussi, on l'a vu). Nous serions ainsi en premier lieu des organismes anti-oxydants permettant de réchauffer l'atmosphère ! Cette nouvelle théorie permet de montrer comment l'évolution biologique donne forme à son environnement qui finit par s'équilibrer, sur de très longues périodes au moins, dans un état qui n'a rien d'originaire mais qui est de plus en plus complexe (formé de processus opposants qui se corrigent mutuellement) et loin de l'équilibre thermodynamique. Ainsi, l'effet de serre n'est pas un état de fait miraculeux dont la vie aurait pu bénéficier par une chance inouïe, c'est la vie elle-même qui est responsable de l'effet de serre dont elle dépend, tout comme nous le sommes aujourd'hui de son emballement qui nous menace.

Une conséquence secondaire de cette théorie, c'est malgré tout que la Terre n'a pu être entièrement gelée comme le prétend la théorie de la "Terre boule de neige", car le refroidissement étant causé par les bactéries elles-mêmes, il devait se produire immanquablement un équilibre dynamique, une oscillation entre un froid glaçant et le nombre d'organismes produisant de l'oxygène. La plupart du globe était bien gelé sans doute, mais pas tout, ce qui aurait pu être irréversible ! En effet, la glace réfléchissant la lumière et figeant les processus biologique, il n'y aurait plus aucune chance de pouvoir sortir de la glaciation et reconstituer un effet de serre suffisant ! Même à cet âge de glace il devait donc bien rester des zones tempérées plus favorables à la vie, avec de l'eau restée liquide, ainsi que des cycles climatiques (conséquence de l'interaction entre effet de serre et bactéries) ce que confirment justement les toutes dernières données :

“Il semble qu'entre -850 et -544 millions d'années, au Cryogénien, la Terre n'était pas entièrement gélée comme on l'a cru car on y décèle des cycles plus chauds.

Malgré la sévère glaciation subie par la Terre à cet instant de son histoire, cela signifie que l'englaciation complète suggérée par les théories Snowball Earth n'a jamais eu lieu. Le Professeur Philip Allen, chef du projet au Department of Earth Science and Engineering de l'Imperial College à Londres, explique : « Si la terre était devenue entièrement gelée pendant une longue période, ces cycles climatiques ne pourraient exister. En fait, une fois entièrement gelée, il est difficile de créer les bonnes conditions pour causer un dégel, puisqu'une grande partie du rayonnement solaire incident serait réfléchi par la neige et la glace. La preuve de cycles climatiques est donc hostile à l'idée d'une Terre boule de neige ».” (http://www.futura-sciences.com/news-terre-boule-neige-fond-comme-soleil_10609.php)

Cela n'empêche pas que c'était la plus grande glaciation que notre Terre ait jamais connue, mais là où la vie grouille, il n'y a jamais complètement de repos, n'ayant de cesse de troubler l'ordre établi et de façonner son environnement en même temps qu'elle s'y adapte en permanence, multipliant à la longue les régulations, les processus correctifs opposés, pour aboutir finalement, malgré des catastrophes périodiques, à l'optimisation de la reproduction elle-même qui dessine ainsi son propre monde en intégrant le long terme et l'histoire de la Terre. Ce qui se traduit notamment par des mécanismes évitant les développements trop ravageurs ainsi que l'excès d'adaptation à des conditions données, toujours transitoires, par la préservation d'une biodiversité garante de l'avenir, grâce aux virus et aux prédateurs au moins.

Avec ses propres lois et ses temporalités multiples, ce monde de la reproduction qui affronte la durée est aussi différent du monde physique, absorbé par l'immédiateté, que le monde de l'esprit et de l'information qui, lui, se détache de l'étendue et de la matière, comme le signe se détache du signal et peut se transmettre au loin ou garder sa mémoire pour l'éternité. Au fond, lorsque nous respirons et consommons une part de l'énergie excédentaire, nous participons à l'équilibre thermique de la biosphère en alimentant l'effet de serre, il faudrait seulement ne pas en outrepasser les limites, et lorsque nous voulons humaniser le monde, nous ne faisons qu'imiter le vivant qui donne vie au monde, supprime en lui l'être étranger en intériorisant l'extériorité, en même temps qu'en extériorisant son intériorité, pour finir par s'unir au monde à travers son miroir comme à sa propre image inversée.

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11 réflexions au sujet de « La part maudite »

  1. A propos de ci-dessus et du miracle d' exister ( corollaire )

    " Qu'est-ce qui a mis en place, dans le ciel et sur la terre, les êtres de l'air et ceux des eaux et, avant ceux-ci, ce ciel et cette terre mêmes ; et l'air et la nature du feu et de l'eau ? Qui a mêlé et séparé ces choses ? Quel en est le moteur qui en poursuit le cours sans fin ni obstacle ? N'est-ce pas par l'artisan de ces choses, celui qui a posé le logos de leur être à toutes, que le tout est porté et mené ? Quel est cet artisan ? N'est-ce pas celui qui les a faites et amenées à l'être ? Nous n'accorderons pas à la spontanéité une telle vertu. Admettons pourtant cet automatisme du devenir; qui l'aurait établi ? Accordons même si l'on veut, cet établissement. Qui garde, qui veille sur ces logoï qui ont d'abord posé les êtres. Un autre évidemment que cette spontanéité; et qu'est-il cet autre...? "
    (St Jean Damascène)

    Pas mal pour un vieux fossile , non ?
    Mais non camarade , j' rigoooôôôoooooole !

    Et pour les maquis ? Ben en 39-45 , les cocos , les cathos, les parpaillots , les prolos,les aristos , les intellos ...et j' en oublie , ils se sont quand même retrouvés au coude à coude , mais c' était pas la même humanité . Maintenant faut préserver tous ces egos , alors pour former les bataillons , "je crois qu' ça va pas être facile ..."

    Il est à craindre qu' N$ ne joue sur du velours dans son Cruiser.

  2. Philosophie Laïque Mondiale 17/04/2007
    Poursuivons les réflexions de Jean Zin ''Qu'est-ce-que la philosophie'' (Octobre 2006) & d’Albert Jacquard de ‘’Nouvelle petite philosophie’’ (Stock Septembre 2005) Mondialisation & correction urgente des principes mondiaux d’organisation. .. Page 62 : ‘’Premier point’’ modifié vu l’urgence :
    ''Des arbitrages étant manifestement nécessaires pour assurer les besoins minimum immédiats des plus faibles & la préservation du patrimoine commun, les orientations doivent par conséquent être l’œuvre d’une instance mondiale dotée de pouvoirs réels.''
    Comme il est impossible de faire évoluer l’ONU sans s’y (l’y) préparer? Constituons un Gouvernement Provisoire Mondial Paritaire (hommes & femmes) Laïque (GPMPL) qui définira les Commandements Mondiaux Laiques de l’Humanité (CMLH ou Comolau, ou autre). . .
    Parlons de ceci & du reste prochainement & de vive voix ?

  3. Ouf, j'ai eu un peu peur oui, car on ne peut discuter avec des croyants, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas une vérité des religions et il faut absolument lire les textes religieux qui sont plein d'enseignements. Pour celui de Jean Damascène, on ne peut dire qu'il soit très original, il vaut mieux se reporter à la critique d'Empédocle, qui faisait du hasard le principe biologique, et auquel Aristote rétorque, avec raison, que le hasard n'est cause de rien. Effectivement, ce n'est pas le hasard qui cause mais la sélection par l'effet, le hasard n'es qu'un générateur de diversité. On peut tout-à-fait prétendre que la dialectique entre la reproduction et l'environnement c'est l'esprit qui prend conscience de lui-même...

    Je ne pense pas que notre humanité ait changé depuis ce temps là, et donc pas non plus depuis la seconde guerre mondiale, les nazis sont toujours parmi nous mais il est sûr qu'il faut faire face au danger pour surmonter tous les conflits idéologiques et rendre à bras le corps les problèmes réels tous ensemble. Il faudra bien s'allier aux croyants des différentes religions bien qu'ils ne soient pas d'accord entre eux ! Pour dépasser le relativisme il faut s'accorder sur une réalité commune.

    Albert Jacquard illustre à merveille qu'on peut ne pas avoir une foi stupide, rester rationnel et se réclamer des principes de l'évangile, sans avoir aucunement besoin de Dieu ni de se raconter d'histoires. Il croit parfois un peu trop à notre bonne volonté pourtant et je ne vois pas de gouvernement mondial à portée de main. Il faut travailler en ce sens mais ce que j'ai vu de la constitution d'un comité d'éthique mondial est bien décevant, ce n'est pas si facile, il ne suffit pas de le vouloir, ni même d'essayer de le faire ! C'est pourquoi je préfère m'attaquer au niveau local qui est plus accessible et qui peut se reproduire rapidement si ça marche, servant de base à une autre mondialisation. Les discussions stratégiques sont essentielles si on ne veut pas en rester aux bonnes intentions. Il y a inévitablement une dimension de pari, on manque d'information et le monde est incertain, mais on doit essayer de trouver la tactique la plus appropriée pour dépasser notre impuissance actuelle, sans surestimer nos forces réelles ni le caractère praticable de nos solutions.

  4. Bonjour Jean Zin. Votre article est passionnant; mais une gêne demeure dans mon esprit. S'il est vrai que l'humanité n'est qu'un épisode particulier de l'histoire de la vie, lui-même inséparable de l'histoire des cycles climatiques et des échanges organismes/environnement, alors notre disparition comme humanité est tout à fait dans la logique des choses, elle serait même normale. En produisant des excès de CO2, nous ne ferions qu'accélérer une logique qui est celle de notre disparition. Etre suicidaire est donc pour l'humanité un comportement normal, normal par rapport à l'histoire générale de la vie. Cette conclusion, il me semble la voir s'esquisser dans votre propos. Votre référence à Bataille semble le confirmer.

    Evidemment, nous pourrions limiter notre production de CO2 (et d'une manière générale mieux gérer les chances de notre survie). Mais alors ce serait sous le coup d'un nouveau facteur qui ne vient plus, lui, de l'histoire de la vie, mais de la volonté même de sauver l'humanité. Ceci est une nouveauté radicale. Une espèce cherchant à se sauver de la disparition, cela ne s'est jamais vu, cela serait une rupture absolue. Cela me conduit à envisager qu'il y a dans le phénomène "humanité" une rupture en puissance avec la vie, bien plus prodigieuse que tout ce qu'on peut imaginer. Si l'homme parvient au cours de ce siècle, ou au suivant, à réguler le climat, s'il parvient par ailleurs à recréer la vie en laboratoire, à artificialiser la vie ou à vitaliser les machines, il accomplira la rupture d'avec les conditions vitales qui l'ont vu naître. Je trouve que ce paradoxe est immense : la voie du salut serait dans une rupture toujours plus prononcée d'avec la vie et les conditions "naturelles" de la vie. On est là évidemment bien loin des ingénuités des "écologistes"!

    Je suis heureux de vous retrouver, après vous avoir connu, trop brièvement, à quelques rencontres du GRIT.

  5. Article très intéressant, merci.

    à sancho : Il y a quand même des paramètres climatiques sur lesquels l'humanité n'a aucun "pouvoir". Je pense à la précétion des équinoxes, à l'obliquité de l'axe de la Terre, à l'excentricité de l'orbite, aux variations que subit le soleil... Donc même si l'homme maîtrise (et je le souhaite) sa responsabilité dans le réchauffement actuel du climat cela ne le met aucunement à l'abri de l'extinction comme l'on subit ou le subissent d'autres espèces animale.

  6. Nous ne sommes certes pas à l'abri d'une extinction de l'espèce humaine mais pas de la même façon que les autres espèces. Nous avons les moyens de surmonter les crises climatiques à venir (ce qui ne veut pas dire qu'on y arrivera), le refroidissement prévisible à plus longue échéance pouvant se traiter par un renforcement de l'effet de serre (on sait faire!) qu'il faut au contraire modérer actuellement. C'est le principe de toute régulation, à l'opposé du laisser faire. On ne peut absolument pas être sûr de la disparition de l'humanité avant la fin de l'univers même si c'est le plus probable. Même la mort du soleil ne serait pas forcément notre mort car c'est si loin encore qu'on aura peut-être le moyen d'envoyer alors quelques uns de nos représentants au moins vers d'autres mondes ! Ce n'est pas sûr, donc, mais c'est quand même le plus probable car nous sommes à la merci d'une catastrophe cosmique qui nous balaierait en un éclair. C'est d'ailleurs le plus extraordinaire dans l'évolution de la vie sur Terre, l'absence d'événement violent à portée du système solaire. Ni certitude de la mort, si garantie de survivre, nous sommes au maximum d'intensité d'une vie fragile qui a encore l'avenir devant soi mais qui peut tout perdre par nos folies ou par accident !

    Nous ne sommes pas comme les autres espèces animales. Nous sommes entièrement des animaux comme la vie est entièrement matérielle, cela n'empêche pas que le langage nous en détache complètement et nous donne bien d'autres possibilités par la conscience de la mort justement et de l'urgence qu'elle donne à l'existence.

    Nous ne sommes donc pas un simple maillon dans la chaîne de la vie, nous sommes plus sûrement un sommet où l'évolution biologique lègue sa succession à l'évolution culturelle, c'est-à-dire à l'histoire et à la technique. Nous n'avons pas à nous soumettre à une logique des choses, c'est plutôt notre logique qui se confronte au monde des choses jusqu'à trouver un arrangement durable (acceptable et "soutenable"). A condition de nous comporter comme des êtres conscients, sinon nous serons traités comme des bêtes et subirons le même sort que les bactéries excédentaires, victimes de nos propres productions et d'avoir dépassé les capacités écologiques. Ce n'est pas une fatalité dès lors qu'on le sait et qu'on en parle, cela reste une menace.

    Il y a certes une certaine folie suicidaire dans une dépense d'énergie excessive qui répond à un excès d'énergie, ce n'est pas une découverte que le désir de l'homme est difficile à dompter et qu'il outrepasse les limites, massacre en masse, capable des pires folies bien au-delà de l'animal. Pas une découverte mais pas de raison de s'y résoudre. Prendre conscience permet de dépasser en faisant avec, ou alors c'est la conscience qui échoue et l'animal qui subit passivement une évolution qui le soumet implacablement à sa loi. La question de l'homme est celle de sa liberté dont la mort est une possibilité mais qu'on peut surmonter la plupart du temps.

    Certes nous sommes en rupture avec le règne animal, certes, cela ne s'est jamais vu que les hommes deviennent responsables du climat, certes l'évolution n'est plus biologique en devenant historique et technique mais la véritable rupture ne date pas d'hier, c'est le langage qui non seulement permet d'accumuler les connaissances mais donne permanence aux choses et un sens à la vie. Il se trouve que nous vivons une rupture de cet ordre, répercussion lointaine du tournant linguistique de la vie avec notre entrée dans l'ère de l'information et de l'écologie. Donc, oui, c'est bien l'opposé d'une soumission naturelle et d'une conception libérale de l'écologie, c'est bien une reproduction de ne notre saut hors de l'animalité, c'est bien une technicisation de la nature sauf qu'il s'agit de tenir compte de ses équilibres et de "respecter les lois de la nature" quand même, c'est donc plutôt une intériorisation de l'extériorité et l'extériorisation de l'intériorité.

    Ceci dit, ce petit texte n'avait pas tant d'ambition mais seulement de faire état de récentes découvertes en donnant quelques prolongements possibles de résultats qui demandent à être confirmés comme tous les résultats scientifiques dont l'approximation est parfois bien trompeuse. Il était bon de dire aussi qu'il ne s'agissait pas tant de réduire l'effet de serre, encore moins le supprimer, que le réguler, le maintenir dans un état d'équilibre.

  7. La question de l'homme est celle de sa liberté ?
    La question de l'homme est celle de sa non liberté ! Même GW Bush n’est pas libre, quant à définir à quelles forces il obéit, sa dernière religion qui lui a permis de se faire élire au Texas(?), probablement au Veau d’or, à son clan, à sa famille mais même pas à ces ‘’Etats Unis’’, à qui il fait tant de mal, États Unis devenus presque EU, en fait seulement USA. Donc, si Bush n’est pas libre qui peut, en ce bas monde se considérer comme étant libre !
    L'esentiel serait d'avancer, car qui n'avance pas recule.

  8. Gouvernement provisoire mondial?
    Cela n'a rien à voir avec des commissions UNUSIENNES ou SDN. . .
    C'est un gouvernement provisoire qui a toutes latitudes pour proposer des lois auxquelle tous les manants instruits pensent & qui n'ont jamais été rédigées.
    Quand ''un trop riche'' se paye un voyage interplanétaire & même une réception dans une station interplanétaire, personne ne dit que cela aurait pu être acceptable s'il avait payé un impôt mondial d'au moins autant que ce que lui a couté cette folie. Quand tant d'États voyoux ne savent que faire de leur argent de notre pétrole, qui se permet de dire qu'un important impot mondial est à prélever sur ces ''bénéfices''? & les latifondiaires dans mults pays, cohabitant avec les peuples premiers toujours dépossédés, & tout le reste à rédiger prestement?
    Mais peutêtre cela existe-t-il? Rassemblons tout ça, non?
    Aussi, bien reçu la nécessaire ''communion interconfessionnelle'' en réponse à mon souhait de Gouvernement provisoire Mondial Laïque.
    Concernant les religions, je suis pratiquement en phase à 95% avec ce qu'en dit Albert Jacquard. . .

  9. Jean Zin merci pour vos précisions, très éclairantes. Je reste malgré tout sur une interrogation. Je ne demande comme un être de la dépense, un être à la logique de mort, peut-il acquérir l'intelligence de la régulation? Cela ne suppose-t-il pas une fantastique mutation? Cette mutation, je me demande quelle forme elle prendra. Et d'où viendra-t-elle? En voit-on déjà les signes? Si on veut bien être objectif, on voit surtout, hélas, les signes d'une accélération de la dépense, d'une frénésie de la consumation.

  10. Artno : Non certes, mais je voulais dire plutôt que cette conscience du risque de disparaître produit forcément une nouvelle humanité. Tant qu'on estimait que le seul risque de disparition était la colère de Dieu qui pouvait nous anéantir, on pouvait se reposer sur l'idée que cet anéantissement n'était pas iminent, ou pas absolu, Dieu pouvant toujours recréer une nouvelle humanité. Donc, je voulais dire aussi que le projet d'une humanité de réguler le climat (ou d'en être un facteur régulateur) crée forcément une nouvelle humanité. Il me semble en effet que ce serait une humanité de plus en plus éloignée des cycles naturels, de moins en moins inscrite en eux. Je sais que cela peut paraître paradoxal. Mais cela ne l'est pas tant : devenir un facteur conscient d'une régulation, cela revient au fond à y échapper. Mais on pourrait aussi dire, après tout, que l'humanité de demain sera paradoxale. Je m'excuse auprès de Jean Zin d'envahir son blog de cette façon.

  11. La liberté est toujours une question, toujours relative, la liberté c'est l'erreur et la folie...

    La question d'un gouvernement mondial, c'est de savoir comment on fait, comment on peut y arriver !

    Il y a bien des signes de mutation, l'ère de l'information vient à temps et nos sociétés sont très régulées malgré la déréglementation néolibérale mais bien sûr ce n'est pas gagné et on n'en prend pas vraiment le chemin encore (un peu avec Kyoto). Réguler les cycles naturels, c'est les intégrer et donc s'y soumettre tout autant qu'on les soumet à nos régulations.

    Si l'humanité échoue, la planète retournera à l'évolution biologique jusqu'à ce qu'un jour quelque part quelques extra-terrestres se montrent à la hauteur des exigences de la survie des êtres parlants pour passer de l'évolution à l'histoire définitivement et dans tout l'univers peut-être.

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