Qu'est-ce que le temps ? Qu'est-ce que l'espace ? Carlo Rovelli
Il y a parfois d'excellentes surprises comme ce petit livre d'une centaine de page et qui se lit comme un roman bien que le sujet en soit des plus difficiles puisque c'est "la gravité quantique à boucles" ! Certes on ne fait que survoler la question, et on ne saura pas vraiment à la fin ce qu'est le temps ni ce qu'est l'espace. On a plutôt affaire au récit de cette recherche avec toutes ses incertitudes.
Carlo Rovelli, qui a été un militant révolutionnaire dans l'Italie des années '70, participant entre autres à une des premières radios libres, radio Alice, insiste sur le caractère révolutionnaire de la science, bouleversant nos conceptions comme la "révolution copernicienne" nous obligeant à reconnaître que nous ne sommes pas le centre de l'univers et que c'est nous qui tournons (2 fois même!), et non pas le Soleil autour de nous (absolument inimaginable!). Copernic parlait de la "révolution des planètes" mais c'était un tel renversement de nos représentations que le terme a pris un sens "révolutionnaire".
Cette capacité de remise en cause qui maintient tout en doute montre qu'il n'y a pas de véritable différence entre science et philosophie. S'il y a une opposition c'est entre scientisme (ou technique) et philosophie, c'est-à-dire un savoir qui se voudrait objectif, sans place au subjectif et au processus d'apprentissage, réduisant l'homme à l'animal ou même à un automate. La physique fondamentale, devenue tellement spéculative, se rapproche au contraire de la philosophie, offrant un terrain où l'esprit révolutionnaire peut s'exercer et triompher des conservatismes sociaux. Bien maigre consolation sans doute d'une société qui se délite, mais où se nouent de façon exemplaire science, philosophie et démocratie autour du caractère révolutionnaire de tout apprentissage et du travail du négatif, d'un scepticisme qui fait progresser le savoir plutôt que de le détruire.
Il est toujours difficile de dire la vérité mais il y a des sujets plus difficiles encore, où l'on n'ose dire autre chose que ce qu'on doit dire (il y a même des lois qui voudraient nous interdire de dire la vérité !). C'est un peu comme lorsque la pédophilie a pris soudain la place du mal absolu dans l'imaginaire social, au point que certains aient pu s'imaginer investis d'une mission, assez en tout cas pour en prendre à leur aise avec la vérité, jusqu'au premier scandale judiciaire... Chaque fois que la vérité est bafouée et qu'on hurle avec les loups, on fait plus que s'en mordre les doigts. Vérifier les faits ne relève pas d'une complaisance coupable, c'est le préalable à toute prétention de juger.

Revues scientifiques du mois de Juin 2006