Rétablir la vérité

CPEIl est comique de voir le gouvernement s'accrocher au CPE et tenter de le justifier ou de l'adoucir sans comprendre qu'il s'agit de bien autre chose désormais. Ce n'est pas seulement contre une mesure discriminatoire et imposée sans concertation que s'élève la jeunesse mais plus encore contre l'officialisation de la précarisation de l'emploi et la destruction des protections sociales dont le CPE ne représente qu'une étape supplémentaire.

Derrière ces revendications immédiates, il y a tout le malaise d'une jeunesse maltraitée mais, au-delà de la jeunesse même, il s'agit pour toute la société de défendre nos valeurs humaines de solidarité, après des années d'un individualisme arrogant, et de rétablir enfin la vérité sur ce que nous sommes, vérité trop longtemps bafouée par les salauds en tout genre.

Tout dépend encore de ce qui se passera demain, si la mobilisation sera assez forte, si le CPE sera retiré, si la CGT appelle à la grève générale... Il n'est pas sûr que l'aveuglement du gouvernement aille jusque là, mais il n'est pas sûr non plus qu'il ait vraiment le choix. La tentation de vider le projet plutôt que de le renier ne pourra qu'encourager à la continuation du mouvement. On verra bien mais on ne pourra pas en rester là, ni même au simple retrait de la loi.

Je fais le pari que, vu la situation et quoiqu'il arrive désormais, la contestation devrait s'étendre au reste de la société (pour l'instant bien amorphe) et se transformer en mouvement de fond, de repolitisation de la jeunesse au moins, d'une génération qui a commencé à prendre la parole et à qui on ne la reprendra pas si facilement.

On cherche à réduire les revendications à des questions de détail, voire à des calculs politiciens ou les manipulations de syndicats et d'extrêmistes alors qu'il y a un enjeu de vérité et un effet de génération. Il est remarquable que les étudiants fassent ouvertement référence à Mai 68 et qu'il fassent de la Sorbonne la place à occuper, au moment où les acteurs de Mai 68 vont prendre leur retraite... Les autres références, plus proches mais moins voyantes sont les manifestations qui ont suivi le 21 avril, pour l'exigence démocratique, et l'explosion des banlieues, pour la dimension sociale. Il y a aussi des références appuyées à la résistance, qui ne sont pas tellement déplacées contre le totalitarisme du marché.

On est bien loin de la simple remise en cause d'un texte de loi provocateur. Ce qui est frappant, dans ces rassemblements, c'est l'inversion des valeurs entre réussite individuelle et solidarité sociale qui met en évidence le caractère insupportable du discours de la soumission. Les partisans du pouvoir ou du chacun pour soi passent désormais pour ce que Sartre appelait des salauds, fonctionnaires s'identifiant à leur fonction et à l'ordre établi, condamnant tout esprit de résistance et voulant justifier de tout accepter parce que ce serait mieux que rien (principe de toute barbarie) !

Bien sûr le chômage n'est pas imputable à la peur d'embaucher des patrons ni aux protections salariales comme on voudrait nous le faire croire, les pays nordiques sont là pour prouver le contraire, mais à des questions monétaires et macro-économique ! Seulement il faudrait rétablir aussi la vérité sur la précarité qui n'est pas due à la méchanceté des employeurs comme on a un peu trop tendance à le penser mais aux évolutions techniques et aux transformations du travail. Impossible de supprimer la flexibilité des emplois à l'ère de l'information et revenir aux carrières d'autrefois, mais la précarité du travail ne doit pas se traduire en précarité de la vie. On ne peut avoir la flexibilité sans la sécurité. On ne peut avoir une intermittence de l'emploi sans un revenu garanti au moins, et tous les moyens d'un développement humain, car on ne s'arrête pas de vivre entre deux embauches. Cela n'empêche pas de sécuriser un maximum d'emplois, en particulier au niveau local, mais il faut aussi encourager les activités autonomes et créatives, tout comme la formation, par un revenu d'autonomie garanti. La première chose à reconnaître, c'est qu'il faut abolir la misère car la vérité c'est que le système actuel ne protège plus que les insiders (et encore!) condamnant un nombre de plus en plus grand de chômeurs, de jeunes et autres outsiders à l'exclusion. Tout le monde finit par être menacé. Le revenu garanti serait une véritable déclaration de paix sociale, plus réaliste que de rêver à la suppression de toute précarité (comme l'interdiction de licenciement). Ce serait retrouver la dignité d'une civilisation humaine, un nouvel être ensemble, une nouvelle convivialité.

En tout cas, cette volonté de démocratie et de partage qu'exprime la jeunesse ne faiblira pas, plus vraie que la "lutte pour la survie" chacun dans son coin. C'est d'autant plus une bonne nouvelle qu'avec le papy boom le chômage a pas mal de raisons de baisser assez rapidement maintenant. Pas forcément la précarité, ce pourquoi la revendication d'une protection contre la précarité, avec un revenu garanti au moins, reste cruciale pour la refondation des droits sociaux. On peut espérer que le débat fasse apparaître ce qui est loin d'être perçu actuellement comme une évidence par le mouvement et pourrait constituer son moment de vérité.

Non seulement c'est le printemps avant l'heure, mais on peut constater que l'époque dispose de certains avantages par rapport à Mai 68, en premier lieu la relative absence de groupuscules, même si en contrepartie il manque de tout débouché politique pour l'instant. Débarrassée des communistes, des maoïstes et presque des trotskystes, la dynamique actuelle pourrait aboutir à rétablir une véritable démocratie et s'engager dans une alternative réaliste au productivisme salarial (rien à attendre pour cela du PS ni des Verts!). L'enjeu, on le voit, ne se limite pas au CPE, ni même à la jeunesse, mettant en jeu notre vérité et ce que nous voulons être. On revient de loin et ce n'est pas gagné encore mais ce n'est qu'un début, on n'a pas fini d'en entendre parler (dans le monde entier) !

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28 réflexions au sujet de « Rétablir la vérité »

  1. Et le CNE, étendu à toutes les entreprises en plein Juillet? J'imagine le marché de dupe d'un retrait annoncé très bientôt. Seuls des élections
    pourraient changer réellement la donne.

  2. J'ose risquer un "élections, piège à cons"... En revanche, l'organisations des étudiants (et des autres) en assemblées générales est riche d'enseignement et pousse à l'optimisme. Enfin un exemple réel de démocratie (malgré toutes les critiques des pisse-froids apôtres de la "légalité" à tous prix).
    Encore une fois (et de plus en plus) il faut que chacun choisisse son camp: de quel côté de la barricade se place-t-on? Du côté du cynisme et de l'hypocrisie ou du côté de la révolte, de la colère, mais aussi de la soif de justice (j'en passe).

  3. Je me permets une réponse à Grégoire. Quelles élections? Quelle donne? Crois-tu vraiment que l'opposition d'une certaine catégorie des dirigeants de gauche n'est pas qu'une opposition de façade, qui permet même à certaine de déclarer qu'elle ne défera pas pour le plaisir ce qu'a fait la droite?
    "repolitisation de la jeunesse au moins, d'une génération qui a commencé à prendre la parole et à qui on ne la reprendra pas si facilement.", ce serait si beau. En ce qui me concerne, j'ai fait partie de la génération qui a fait tomber Devaquet, et qui a laissé passé toutes les autres saloperies qui ont suivi. Alors repolitisation de la jeunesse, j'espère oui. Et qu'elle continuera sa mobilisation...

  4. Un conseil aux jeunes ,ne faites pas confiance aux syndicats (qui ne pensent qu'à eux) et aux partis politiques,faites à votre idée c'est de vous dont il est question ,organisez vous!

    vous serez rejoint mais ne rejoignez pas les structures existantes ,faites du neuf!

  5. 1) Un conseil aux jeunes ,ne faites pas confiance aux syndicats (qui ne pensent qu'à eux) et aux partis politiques,faites à votre idée c'est de vous dont il est question ,organisez vous!

    2) ( 20 ans après ) Un conseil aux jeunes ,ne faites pas confiance a ceux qui se sont organisés il y a 20 ans (qui ne pensent qu'à eux) faites à votre idée c'est de vous dont il est question ,organisez vous!

    3) etc, etc, ...

  6. André a écrit:
    «Un conseil aux jeunes ,ne faites pas confiance aux syndicats (qui ne pensent qu'à eux) et aux partis politiques,faites à votre idée c'est de vous dont il est question ,organisez vous!
    vous serez rejoint mais ne rejoignez pas les structures existantes ,faites du neuf!»

    André conseille donc de rajouter de la division à la division alors que c'est ça qui a tué le syndicalisme! Par ailleurs il existe des structures étudiantes. S'agissant de celles qui collaborent avec les puissances dominantes il est tout à fait admissibles de les rejoindre ne serait-ce que pour les contester de l'intérieur ! Lorsqu'elles seront enfin assainies elles refédèreront naturellement et la lutte pourra enfin être efficace ! (Comme autrefois lorsqu'il n'y avait qu'un seul syndicat.) §:)

  7. Jean a écrit:
    "Bien sûr il faudrait aussi rétablir la vérité sur la précarité qui n'est pas due à la méchanceté des patrons comme on a un peu trop tendance à le penser mais aux évolutions techniques et aux transformations du travail."

    Même si c'est réducteur, il est pourtant plus juste de parler de "méchanceté des patrons"! Comme si derrière les opportunités techniques et les décisions manageriales il n'y avait personne !

  8. "Le revenu garanti serait une véritable déclaration de paix sociale"
    Tu ne précise pas ce que tu entends par celà.
    Tu veux dire un minimum pour ceux qui bossent, ou un minimum pour tout le monde?
    Parceque si c'est le cas tu tapes un peu à coté: celà aura le même effet que le RMI==> attirer les pauvres du monde entier et appauvrir tout le monde.
    Désolé.

  9. Réponse à Passant de Cassy :
    Oui et non. Evidemment qu'il y a des gens derrière toute la volonté manageriale de ces, disons 30 dernières années. Mais la réflexion de Jean Zin me plait en ce qu'elle élimine le revanchardisme pour "passer à autre chose" et finalement ouvrir le front là ou les gens qui n'ont pas intéret à ce que ça change ne l'attendent pas.

    Repenser le travail, le rapport au travail, dans la durée d'une vie, est, il me semble, le seul moyen de sortir de l'ornière actuelle. Ce n'est que comme cela qu'on pourra pousser les partis institutionnels (et ceux prétenduent de gauche notamment) dehors.

    C'est aussi comme cela qu'on fera découvrir à tout un pan de la population que le rapport à la vie ne se limite pas au rapport au travail, mais là je m'égare, c'est déjà de "l'après..."

  10. il est temps que la jeunesse se politise, qu'elle colle au réel....et que le gouvernement arrète son bricolage, le problème étant non pas de répartir la pénurie ou de scotcher les emplois, mais de créer des emplois en fabriquant des produits. La précarité n'est valable que s'il y a choix dans les offres d'emploi. On attend un nouveau "new deal" qui permettrait aux jeunes de rester au pays !

  11. Je ne peux répondre à tout.

    On sait au moins depuis le 21 avril que les élections sont des pièges à cons ! Cela n'empêche pas que cela se terminera forcément par des élections. Je dois dire que l'expérience montre qu'il vaut mieux un gouvernement de droite avec une forte mobilisation de gauche pour faire avancer des revendications alors que la gauche au pouvoir a tendance à empêcher les mobilisations et à reculer devant les forces de l'argent. En tout cas ne rien à attendre du PS ni des syndicats ! C'est à la base qu'il faut refonder la démocratie et si cela pouvait aboutir à une réunification syndicale ce serait parfait.

    Je ne prétends pas qu'il n'y a pas de salauds parmi les patrons, c'est une place où il y a beaucoup de coups bas, où la malhonnêteté est souvent récompensée et avoir du pouvoir expose à en abuser un jour ou l'autre. Il y a malgré tout pas mal de dirigeants qui font ce qu'ils peuvent (pour sauvegarder l'emploi par exemple). J'ai moi-même dirigé une petite entreprise d'informatique industrielle que j'avais créé avec des copains (sans le sous). Ce n'est peut-être pas représentatif mais la question est surtout qu'on ne fait pas ce qu'on veut quand on est chef d'entreprise et que l'ère de l'information introduit une plus grande incertitude, des transformations plus rapides expliquant l'extension de la précarité de même que le perfectionnement des moyens de communication explique les "flux tendus". Je ne peux en dire plus ici, voir "Le monde de l'information". L'essentiel c'est que s'il ne suffit pas de faire peur aux patrons pour supprimer la précarité, il faut en tenir compte et apporter une protection à cette précarité en ayant une véritable continuité de revenu.

    Le côté "le rmi attire les pauvres du monde entier" est une bêtise, de la pure propagande bien que très répandue. Le revenu garanti s'impose d'une façon ou d'une autre (on ne peut accepter de tomber dans la misère), il ne faut effectivement pas faire n'importe quoi et prendre des précautions mais le travail a changé et notre rapport au travail qui n'est plus du travail forcé (on n'a plus besoin de force de travail) mais l'expression de nos capacités, la valorisation de nos compétences et la reconnaissance de notre fonction sociale. Là encore il faudrait en dire beaucoup plus et je renvoie à mes textes sur le sujet.

    Il est certain que ce n'est pas le CPE qui peut créer de l'emploi mais, par exemple une baisse de l'Euro ou une augmentation des salaires qui augmenterait le pouvoir d'achat et l'activité. C'est une relance productiviste à laquelle je préfère la relocalisation de l'économie par des monnaies locales entre autres...

  12. Tes textes ont le mérite de faire réfléchir et je partage en partie tes analyses.

    Il faut cependant maintenant que l'on a vu que la loi sur l'égalité des chances était un leurre trouver rapidement une solution aux précaires des banlieues qui ne soit pas l'aumône.

    Novembre 2005 c'est loin et depuis rien. On va nous refaire le coup de la peur due à l'insécurité sous peu.

    Il suffirait peut-être de relancer massivement les entreprises d'insertion dont on parle bien peu.
    mais aussi de faciliter l'installation de petits commerces (échoppes) qui ne soient bien sûr pas basés sur le deal de produits illicites.

    et bien sûr solvabiliser la demande d'une manière ou d'une autre

    Vaste programme

    PB

  13. Desolé mais tout ceci c'est du bavardage.

    La réalité, c'est la guerre qui vient, contre l'Iran bientot, demain contre la Chine et aujourd'hui contre les classes populaire dans le monde entier!!

    Maintenant, il faut savoir dans quel camps on est!

  14. Je trouve ton texte, Jean, bien senti, bien vu; en tout cas j'en partage l'essentiel. Un seul petit bémol. Qualifier la population "adulte" d'amorphe me semble excessif, notamment après 95 et surtout la surprise d'un non au traité constitutionnel principalement de qualité.
    Une politisation et des lignes d'action nouvelles -un nouveau paradigme politique "écosophique" ,altermondialiste, et inscrit concrètement dans la réalité- après l'effondrement du socialisme réel et la débacle de l'Etat providence keynésien ne se trouveront pas, comme ça, sous le sabot d'un cheval.
    Il me semble pourtant qu'elles commencent à s'esquisser.

  15. Tu as écris :
    «Il y a malgré tout pas mal de dirigeants qui font ce qu'ils peuvent (pour sauvegarder l'emploi par exemple).»

    Peut être mais ce ne sera pas sa priorité. Comme tout être vivant un patron sera toujours prisonnier de sa condition. Comme tout être vivant son instinct de survie le stimule à s'assurer d'abord des marges confortables.

    Lire (Aller au "Coup de bec" n° 9 ):
    croa33.club.fr/Blmirroir1...

  16. Tout ce que vous dites, me semble très intéressant, et j'apprends beaucoup grâce à vous. Les différents textes de J.Z que j'ai lu (il y en a tellement !!!) m'ont paru très pertinents et je l'en remercie.
    Ce que je n'arrive pas vraiment à comprendre, du moins qui me semble assez utopique, c'est la revendication d'un revenu universel. J'aimerais savoir comment cela peut être possible ? Et si ce n'est pas une revendication trop éloignée de la réalité qui finalement fait perdre leur légitimité aux autres revenditions plus immédiates. Ce que je veux dire par là c'est: pour pouvoir opérer des transformations sociales, ne doit-on pas en priorité analyser les alternatives qui sont probables au niveau de la création de nouveaux emplois; Je suis assez d'accord avec le fait qu'il y a un côté irrémédiable de l'évolution des techniques, que d'une certaine façon cela favorise la disparition de nombreux métiers mais n'en a -t-il pas été ainsi depuis que le monde est monde? Des métiers disparaissent de nouveaux besoins apparaissent, ne doit-on pas se focaliser sur l'amélioration de l'existant? Certains disent que les nouvelles techniques de production rendent le travail des hommes moins indispensable, un peu comme quand on dit "des usines sans homme" ou "la fin du travail". Mais on a jamais vu des machines fonctionner toutes seules, ni s'autoengendrer. Si on y regarde de plus près d'abord la question du travail est très prégnante aujourd'hui et de plus, on remarque une pénurie des embauches qui pourtant seraient vraiment nécessaires dans de nombreux secteurs (services publics par ex). En fait j'aimerais avoir votre avis sur les évolutions du travail, c'est vrai que la précarité c'est certainement d'abord ne pas avoir de travail, ne pas avoir de revenu pour vivre, mais elle est présente aussi sur les lieux de travail, et la réalité du travail montre que bien souvent s'il y a précarité c'est qu'il n'y a pas le nombre suffisant de femmes et d'hommes, à côté des ordinateurs et des machines (ou Robots) pour que le travail puisse se faire dans des conditions décentes pour tous. S'il y a un revenu universel, ne peut-on pas se demander si les lieux de travail ne vont pas être désertés, surtout les lieux de travail particulièrement difficiles. Qui voudra travailler? Le prof de fac, peut-être parce que son travail est agréable, mais est-ce que le coupeur ou le maçon, qui épuise sa vie et son corps à longueur de journée, voudra encore travailler ? Et est-ce que des efforts seront encore faits pour améliorer les conditions de travail (puisque le travail ne paraîtra plus obligatoire pour gagner sa vie)? On peut imaginer que du fait de l'existence d'un revenu universel, les patrons disent que les gens ont le choix d' accepter ou non un travail, d'accepter ou non certaines (mauvaises) conditions de travail. Ce revenu universel tout en ayant l'air d'être très humaniste (et je pense que je serais la première à y être favorable dans des conditions idéales), nous fait passer à côté du fond du problème : qui est que dans la société on a besoin du travail, que l'homme et la civilisation se développent grâce au travail, et que c'est une valeur à défendre et à protéger. Et que personne ne doit nous dicter nos besoins (ou non) de travail, il faut essayer de créer du travail et de toujours améliorer celui existant parce que c'est la seule manière qu'on a trouver pour le moment pour construire les civilisations, ce n'est pas en donnant de l'argent comme ça pour rien que l'on peut s'en sortir mais en finançant les projets des uns et des autres, en donnant plus de moyens, plus de bourses aux chercheurs, plus de subventions pour les projets culturels ou autres, pour les créations d'entreprise, pour les recherches pour l'amélioration des conditions de travail, pour l'augmentation les salaires ... parce que dans la société il est évident que l'on ne crée pas juste ce dont on a besoin pour vivre, s'abriter et manger ... ce n'est pas seulement la nécessité qui s'impose à nous, nous ne répondons pas comme les animaux à l'appel du besoin, nous créons de la société pour vivre et créer de la société pour l'homme c'est aussi créer du travail, de la culture et la technique doit permettre d'améliorer tout ça et non le contraire. j'espère ne pas avoir dit trop d'idioties, et si tel est le cas j'espère que vous m'indiquerez des pistes pour mieux comprendre. A très bientôt. Nath.

  17. Toutes ces questions se posent mais il n'est pas possible d'y répondre dans des commentaires. Voir par exemple la FAQ sur le revenu garanti :

    perso.wanadoo.fr/marxiens...

    Le problème du revenu garanti c'est effectivement qu'il semble impossible pour tous ceux qui n'ont pas étudié la question. C'est par un effort de réflexion qu'on se rend compte qu'il est non seulement possible mais absolument indispensable à l'ère de l'information. Remarquons que c'est le cas de tout progrès social : abolition de l'esclavage, congés payés, réduction du temps de travail semblent toujours impossibles avant de rentrer dans les moeurs.

    Résorber le chômage n'est pas si difficile qu'on dit, c'est largement une question monétaire dont la contrepartie est l'inflation (qui est nécessaire et devrait repartir avec un nouveau cycle de Kondratieff). Par contre cela ne résoud pas la précarité car on ne peut parler trop généralement de l'Emploi. Le plein emploi ne peut être le même emploi pour tout le monde ! Or, avant, il y avait une production de masse proportionnelle à la force de travail mesurée en temps de travail et cette "économie de la production" le cède de plus en plus devant une "économie de la demande" et des services qui ne peuvent se stocker et fluctuent avec l'activité, perdant de plus une grande part de proportionnalité entre temps de travail et production. C'est la valorisation de l'apport de chacun au résultat final qui devient problématique. Surtout le devenir immatériel de l'économie produit une nouveau rapport au travail (en grande partie à l'ordinateur) et met au premier plan ce qui était marginal (tout le culturel, l'informatique, les services). Le plein emploi, espoir lointain, ne se décrète pas dans sa diversité mais il faut combattre la précarité, maintenant. L'argument,de la CFDT par exemple, pour ne pas donner d'indemnités aux précaires afin de ne pas cautionner la précarité n'a pas empêché la précarité de progresser mais l'a rendu plus invivable encore ! Il ne faut pas juger à partir de sa propre situation mais prendre la mesure de la misère que cette société tolère de plus en plus...

    Le travail est la nouvelle religion, c'est aussi la nouvelle richesse, c'est ce qui manque, ce qui est un comble ! c'est bien le signe qu'on 'nest plus dans le règne de la nécessité, d'un travail nécessaire, ce qui nous est nécessaire, c'est de travailler malgré ce qu'on dit et pas de rester à rien foutre. Il y aura toujours du travail (c'est la lutte contre l'entropie) mais il faut pouvoir le payer et ce qui devient rare c'est l'emploi à long terme. Bien sûr avec un revenu garanti on n'acceptera pas n'importe quoi à n'importe quelle condition. Ce qui est sûr c'est que le revenu garanti ne suffit pas, ce n'est que la première condition d'un développement humain et je propose des coopératives municipales entre autres pour valoriser les compétences mais il faudrait distinguer plusieurs fillières (salariat marchand, fonctionnaires, activités autonomes et associatives, insertion). Tout cela est bien compliqué mais nous vivons une rupture de civilisation !

    Il y a plusieurs versions, certaines libérales, d'un revenu universel et seule une négociation sociale peut l'adapter à notre réalité actuelle mais il est clair qu'un revenu insuffisant favorise la baisse des salaires (les petits boulots mal payés) alors qu'un "revenu suffisant" pousse au contraire les salaires et les conditions de travail à la hausse. C'est une défense de la valeur travail, une défense des compétences, de leur reproduction et de leur développement. Le revenu garanti est favorable au travail aussi en étant partiellement cumulable avec un revenu d'activité.

    Encore une fois le revenu n'est pas tout mais c'est vital ! Les choses sont compliquées et il faudrait parler de milliers d'autres questions imbriquées. J'insiste sur la question du revenu car elle est cruciale et touche au coeur des problèmes actuels (retraite, chômage, précarité, sécurité professionnelle, travailleurs pauvres, revenu d'autonomie pour les étudiants, etc.) C'est à partir de là qu'il faut reconstruire les protections sociales mais il faut bien d'autres choses, il y a du boulot...

  18. Ne pensez vous pas qu'il faille avant tout chercher à casser ou modifier le cycle "profit => dividendes => objectifs 15% => délocalisation => profit"?

    Il me semble que tant que ces logiques de courts termes continueront de prédominer dans les flux financiers de ce pays, de l'europe, du monde.... et bien je ne vois pas d'issue qui puisse un minimum recentrer l'homme dans cette société et lui redonner la perspective minimale dont il a besoin pour se donner le coeur à l'ouvrage (le travail comme vous dites) et construire sa vie professionnelle à l'aide de son développement personnel.

    L'individu est devenu un pur produit de consommation, un instrument à utilisation limitée dans le temps, il faut se vendre comme un produit commercial, comme un petit chien Aibo qui sait faire un maximum de choses dans un maximum d'autonomie (la laisse électronique étant un plus). Les contrats de travail ne devinent plus que commerciaux et si le processus continue ils n'auront plus rien de moral ni de pérenne dans le temps. A cela je dis STOP!

    J'ai aussi le sentiment que vous accordez trop de place au "revenu", je pense que c'est d'abord la logique d'investissement qui fera les revenus et ces derniers qui feront la consommation comme nous le savons. De plus il faut se méfier car l'humain ne seatisfait jamais de ce qu'il a, son revenu en premier. Il faut donc rester les pieds sur terre avec cette notion et ne pas tomber dans une logique d'assistanat qui tue les performances et la compétitivité, il faut sleon moi rester, et surtout revenir à une logique de mérite!

    La mondialisation s'est complètement installée en une décénnie, je pense que nous sommes à une période charnière ou nous devons faire le choix d'injecter dans le système suffisament de protectionnisme économique et social afin de ralentir la décadence (annoncées et désormais inévitable à mes yeux) de notre pays, de l'europe... L'avenir de notre société dépendra de notre courage, du courage de nos dirigeant à faire face au monde et à réussir à lui faire comprendre que nous sommes prêt à nous replier sur nos frontières si il le faut face à l'invasion économique venue de l'extérieur. Nous ne savons pas nous défendre, piren ous acceptons depuis trop longtemps de nous faire dicter des conditions européennes qui nous brident (Euro fort à tout prix ou bien limitation du déficit public à 3% du PIB par exemple).

    Embrasser la mondialisation et lui permettre de prendre tout notre horizon comme le propose le gouvernement c'est aller encore plus vite vers notre banque route sociale. Face à la chine et autres pays émergents à forts taux de croissance nous devons choisir le protectionnisme économique et technologique. Nous le faisons bien pour le nucléaire, faisons le pour d'autres choses!

    Je suis totalement contre les logiques à la Airbus qui sous pretexte d'avoir une belle commande, sacrifie nos emplois et permet aux Chinois de se passer de nous à moyen terme. Les logiques de profits immédiats que nous mettons ne place dilapident nos fleurons de la recherche industrielle, il faut interdire ce genre de pratique, une société qui vend ses propres technologie, sont propre savoir faire sans rien dans les cartons pour l'avenir est une société qui va vers une fin brutale, je la crains encore pire que la crise argentaine...

    Je ne vous parle même pas de GDF (c'est le ponpon!) ou bien des marques automobiles Françaises qui après avoir profité que les français (par chauvinisme plus que par raison) les portent dans leur dévelopement, s'en vont à présent produire à l'est pour nous revendre des autos au même prix que si elles avaient été produites ici! Bonjour le dumping social! INTERDISONS CES PRATIQUES, les sociétés doivent réintegrer un minimum de nationalisme sans quoi seul l'argent et lui seul gouvernera le monde que vous soyez parisiens, breton, berlinois ou londoniens vous ne serez que des OBJETS sans avenir, sans perspective de carrière et de progression (j'exclu bien évidemment les chanceux qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche, quoique, je leur conseil de penser à leur enfants aussi).

    Nous produisons assez de nourriture pour nous nourrir, assez d'energie électrique pour vivre confortablement, pourquoi devrions nous tout accepter de cette mondialisation? Faisons l'europe, commercons avec le monde mais pensons à nous, à notre société, à nos citoyens...

    Voila pour mon coup de gueule... bonsoir!

  19. Quand un ingéneur hindou débutant est payé 2000 Euros par an on peut comprendre ce que flexibilité veut dire. Ce qui est remis en cause dépasse de loin le simple CPE et vise a déplacer radicalement les centres de profit des entreprises et pas seulement de production vers les pays émergents. Il n'y a pas d'adaptations possibles, pas de portes de sortie. Seule une remise en cause radicale (qu'est ce que le travail, etc.) peut permettre d'infléchir le cours des choses. Cette remise en cause sera volontaire et forcément + ou - violente. Elle sera voulue ou imposée par d'autres tendances bien + lourdes qui vont obliger à la localisation généralisée (fin de la mondialisation) des moyens de production et à une remise en cause dramatique de nos habitudes. Certes il faut attendre 25 ans et la disparition de l'énergie à bon marché..En attendant on peut toujours voter Sarko ou Hollande ou un autre et être sur de continuer à obtenir la même chose.

  20. Les délocalisations ne sont pas le problème malgré ce qu'on prétend, là encore. Près de 80% de l'économie reste locale (et il doit y avoir autour de 8% hors CEE). Il faut réintroduire une certaine dose de protectionnisme mais on ne peut aller trop loin dans ce sens. La solution est plutôt une relocalisation qui peut se faire avec des monnaies locales (voir mon texte à ce sujet).

    Il faudrait en finir avec cette critique absurde du revenu garanti qui ferait de nous des assistés. Tout le monde est assisté et surtout les riches qui ont un revenu garanti par leur famille ! Bien sûr, je le répète, le revenu garanti n'est qu'un minimum et ne remplace pas une indispensable valorisation de nos compétences. Il n'est pas question qu'on se limite au revenu garanti ni qu'on se satisfasse de ne rien faire.

    Il y a une contradiction à vouloir de la compétitivité, du mérite et en même temps prêcher pour le protectionnisme. On produit effectivement assez pour relâcher la pression sur les salariés et il n'y a rien de dramatique si on produit moins (indispensable décroissance matérielle). Ceci dit, même si je préfère la coopération, il faut que le mérite de chacun soit reconnu (financièrement). Il y a un leurre à s'imaginer qu'on puisse revenir en arrière (grâce au protectionnisme par exemple). Il faut tenir compte au contraire des nouvelles activités créatives, intermittentes ou précaires. Je pense qu'il faut distinguer nettement 4 fillières : concurrentielle, étatisée, activités autonomes et locales, insertion. Les règles ne peuvent être les mêmes pour tout le monde...

  21. Bonjour,

    Désolé mais je suis en profond désaccord avec Jean Zin quand il affirme que le travail aurait changé de nature et que la flexibilité serait inhérente à notre époque moderne. C'est le déjà vieux discours de la droite patronale. Et je suis fort surpris de le retrouver sous la plume d'un auteur qui a été le plus souvent mieux inspiré.

    Parlons de ce que je connais. Produire de la viande de porc demande des investissements qui durent vingt ans ou plus avec quelques réaménagements. Une plantation de pommiers vit une trentaine d'années. Même une culture céréalière (qui dure à peine une année) est le fruit de décennies d'amendements, d'aménagements et de façons culturales. Non seulement cela n'a pas changé au fil du temps mais la modernisation de l'agriculture a augmenté considérablement, non la précarité de ses acteurs, mais leur stabilité. Les investissements ont augmenté dans une proportion ahurissante — parrallèle au gain de main-d'œuvre pour produire une quantité n de céréales ou de viande. Ces investissements très lourds conduisent à une telle stabilité que les ateliers passent de mains en mains au fur et à mesure de l'arrivée à la retraite de leurs initiateurs ou continuateurs plus sûrement que lorsque les fils prenaient la suite de leurs pères… ou partaient à la ville.

    L'agriculture est un secteur économique stable comme les autres secteurs économiques. On a toujours besoin de boulangers, de maçons, comme on a toujours besoin de logisticiens ou d'administrateurs. Les secteurs instables sont très minoritaires. L'informatique évolue très rapidement d'un point de vue technique. Il n'empêche que nos besoins en informaticiens ne cessent d'augmenter en proportion de notre recours plus grand aux nouveaux aquariums.

    L'instabilité est souvent artificielle. Causée par une compétition effrénée où le killer d'aujourd'hui est le mort de demain. Causée par une mondialisation où le détenu du Laogaï est le concurrent de l'ouvrier du reste de la planète.

    L'élevage de lapins angora est un artisanat qui fait passer la fabrication du sac Vuitton pour une industrie grossière. Mettre toutes les quatre heures une bouillotte chaude sous le ventre du lapin quand on a récolté son poil pour que monsieur ne s'enrhume pas alors que monsieur souhaite rester en plein air… Il fut une époque où le poil de lapin angora se vendait 1000 francs le kilo au départ de la ferme. Tout soudain le cours est descendu à 200 francs avant de plonger plus encore. Il ne s'est pas relevé. La raison ? Des importations massives de poil de Chine où la main-d'œuvre ne connaît ni salaire minimum ni charges sociales. Je crois bien qu'il n'y a plus d'élevages de lapin angora en Europe autres que d'agrément.

    Le syndrome Adidas-Nike frappe dans tous les domaines — jusqu'au poil de lapin angora… — et non seulement dans quelques secteurs de l'industrie lourde. Où en est-on rendu si même l'écologie révolutionnaire prend acte de la nécessité de nous adapter à la concurrence du bagnard chinois ?

    Hubert

  22. Bien sûr je sais bien que ce que je dis n'est pas ce qu'on voudrait entendre, et que je suis plutôt à contre-courant du mouvement sur ce point, mais c'est justement parce que je suis persuadé qu'une conception trop simpliste de la lutte contre la précarité nous ménera à une terrible défaite que je fais part de ce que je dis depuis longtemps (c'est pas nouveau).

    Cela fait au moins depuis 1997 que j'entends toujours les mêmes discours qui prétendent que la précarité n'est due qu'à la course au profit des patrons. Certes, les patrons sont là pour le profit, mais si cela prend aujourd'hui la forme d'une précarisation c'est parce que les conditions techniques l'encouragent fortement ! J'ai fait de nombreuses études sur la question (voir les textes sur le revenu, sur la fin du travail, sur le monde de l'information, etc). Le problème c'est que refuser de le reconnaître non seulement ne fait pas reculer la précarité mais aggrave dramatiquement les conditions de vie des précaires. Ainsi la CFDT en supprimant le chômage pour les plus précaires prétendait refuser d'encourager l'extension de la précarité alors qu'elle n'a fait que précipiter les précaires dans la misère !

    Le travail a vraiment changé de nature, l'informatique change tout, bien au-delà de ce qu'on s'imagine mais, bien sûr, il faut nuancer selon les secteurs et il ne faut pas trop généraliser. Beaucoup de professions échappent encore à la précarité, les CDI sont encore largement majoritaires (en stock, pas en flux). Ce n'est certes pas l'agriculture qui est la plus touchée mais les nouvelles forces productives (informatique, culture, services) qui prendront de plus en plus d'importance.

    Impossible de ne pas en tenir compte si on ne veut pas l'échec du mouvement. Lorsque j'attire l'attention sur le fait que la précarité de l'emploi ne pourra pas être significativement réduite, ce n'est pas pour soutenir le discours des patrons mais trouver le bon remède. Le modèle danois de flexsécurité n'est pas si absurde, ce qui est insupportable c'est de vouloir la flexibilité sans la sécurité, sans un revenu garanti ni véritable assistance au retour à l'emploi, c'est d'ôter tout avenir aux précaires et vouloir leur faire supporter tout le poids de la "modernisation" de l'économie. Vouloir sécuriser tous les emplois ne marchera pas même s'il y a des abus qui peuvent être corrigés.

    Enfin il ne faut pas tout confondre. La précarité n'est pas le chômage (dû en grande partie à l'Euro) ni les délocalisations (très surestimées). La précarité est liée à l'adaptation à la demande en temps réel, adaptation permise par les technologies informationnelles, ainsi qu'à l'incertitude de la production immatérielle (qui n'est plus proportionnelle à la force de travail et dont le résultat devient très aléatoire). Impossible d'entrer dans le détail ici mais j'insiste pour que ce soient des réalités qu'on étudie de près plutôt que de s'imaginer tout savoir et qu'il suffirait de revenir en arrière. Quand on est écologiste, et quand on est révolutionnaire, il est vital d'être réaliste pour trouver les bonnes solutions !

  23. Je me suis retenu de réagir, car à quoi bon.... finalement L'individualisme pourrait aussi venir du fait qu'il ne sert à rien de se fatiguer à faire passer un message qui n'est autre que le sien. L'individualisme tant décrié protège.

    Sur un point je réagirai cependant quand même,car c'est au dessus de moi.
    Monsieur Zin, bien que j'accepte et prenne en comptes certaines de vos argumentations et de vos réponses, (sans parler du fait que je vous remercie pour tout ce que vous faite), je ovus lis depuis des années et je ne peux absolument pas accepter de lire ceci de vous sans réagir:
    "Les délocalisations ne sont pas le problème malgré ce qu'on prétend, là encore. Près de 80% de l'économie reste locale (et il doit y avoir autour de 8% hors CEE)"

    Je me demande avec étonnement pourquoi vous écrivez cela. Pourtant nous connaissons l'évolution du tissu industriel en France. Comme je connais bien ce secteur au point d'en vivre, je peux vous affirmer que vous faite erreur.

    Les salariés de SEB (pour ne citer que les derniers évoqués par le médias) et bien d'autre encore vous le diront, la délocalisation industrielle (car c'est bien d'elle dont le commun des mortels parle) fabrique du chômage, de l'instabilité dans les foyers, en un mot de l'ANXIETE! Elle transfère peu à peu les actifs industriels en actifs des services et du tertiaire, ces derniers secteurs ne peuvent absorber ce phénomène qu'en nivelant par le bas et grâce à des CNE et autres CPE. Veuillez ne pas oublier que dans ce processus, bon nombre n'y retouvent pas ni leurs compte, ni leur épanouissement.

    Pour ma part, je ne pense pas que les métiers de services soient les moins précaires et les plus pérennes, et je ne pense pas que innonder notre marché de produits asiatique ou venant de l'est soit précisément ce qui résolverait nos problèmes. Mais je vous invite à me démontrer le contraire.

  24. Vous avez raison de rétablir la vérité car je me suis bien mal exprimé.

    Je voulais seulement dire que les délocalisations ne sont pas la cause de la précarité généralisée. Très certainement les délocalisations existent et sont un traumatisme dont il faudrait pouvoir se défendre (mais c'est difficile quand c'est une multinationale!). Il faudrait sans doute freiner une désindustrialisation trop brutale mais il semble qu'en pourcentage cela ne représente pas une part significative de perte d'emplois. Cela n'empêche pas que cela peut avoir des effets systémiques et il se peut que je dise des bêtises (il faudrait que je passe le temps nécessaire à vérifier toutes ces données).

    La seule chose que je voulais dire et dont je suis à peu près sûr c'est que le local est bien plus important qu'on ne le pense et que le monde de l'information est celui de l'improbabilité et donc d'une précarité plus grande (la valeur d'une information est son improbabilité, on ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure aux informations du soir!).

    Il faut mettre en doute tout ce que je dis, d'autant que cela peut être simplement mal compris (mal dit). Je ne prétends pas avoir le dernier mot (je suis trop ignorant, mes textes sont trop imparfaits) seulement introduire des éléments dans le débat, éléments qui me semblent cruciaux pour déterminer notre stratégie de reconquête des droits sociaux.

    Sinon, je ne crois pas que les services ne sont pas précaires, au contraire puisqu'on ne peut pas les stocker, c'est même pour cela qu'il faut un revenu garanti, mais au niveau local on peut essayer d'assurer une certaine stabilité. Il est certain que les emplois industriels (plus stables) vont à la baisse. Il n'est jamais bon pour les équilibres du milieu qu'un changement soit trop brusque et il faut limiter les transports, donc il faut introduire une certaine dose de protectionnisme. Plus généralement, il ne faut jamais se fier à des mots d'ordre simplistes. C'est toute la société qui doit être consultée dans sa complexité à chaque fois pour enrichir nos propositions et les rendre réalisables.

  25. Il est triste de savoir que le côté gauche à l'extrême fait encore une fois trop confiance à ses utopiques idées plutôt que d'admettre le contexte socio-économique actuel et d'en imaginer une alternative cohérente ... Vos idées sont belles, mais hors contexte. Ce que l'on peut vous reprocher, mais ce qui d'un certain côté arrive à la plupart des critiques, c'est de ne pas prendre suffisamment de recul face à l'évènement. Réfléchissez quelques instants. La très grande majorité des jeunes ( et non jeunes ) ne savait pas, par exemple, que l'article 49-3 existait depuis 58 et qu'il avait été par le passé déjà utilisé ... Les jeunes qui manifestent sont des étudiants, par conséquent ceux qui ne sont pas visés en premier lieu par la mesure puisqu'elle concerne les personnes n'ayant pas bénéficié de formation. Ces révoltes ont peut être une raison d'avoir lieu ( du moins avaient ) : le motif du licenciement. Pour le reste, la jeunesse est manipulée par des syndicats en perte totale de vitesse, qui espèrent retrouver une certaine vitalité grâce à ce conflit ... eux aussi sont à côté du problème. L'extrême gauche attendait ce moment depuis 68. Elle voulait réitérer ce qui fut peut être la plus misérable des "révolutions" du XXe siècle. On assiste aujourd'hui à un soulèvement tout aussi minable, à sens unique, qui aura fort peine à faire basculer un gouvernement solide ( têtu ? ). Notre système économico-social est voué à tendre vers la forme communiste. Mais à très long terme. Aujourd'hui, il ne sert à rien de prôner un système inadaptable au contexte. Les inégalités s'accroissent, le capitalo-libéralisme explose, les échanges boursiers sont propulsés par une croissance exponentielle des pays industrialisés., et cela ne fait que commencer.

  26. Je pourrais être d'accord avec les critiques de l'extrême-gauche mais il est amusant d'être accusé de ne pas assez prendre de recul par quelqu'un qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et qui s'imagine que ce qu'on a connu depuis 20 ans durera toujours... Les choses changent régulièrement, les tendances ne se poursuivent pas à l'infini mais se retournent. J'ai assez étudié le contexte ("le monde de l'information", "les cycles du Capital", Les transformations du travail, les contraintes écologiques, etc.) pour savoir que la situation est mûre pour une révolution des institutions. Cela ne veut pas dire que cela se passera comme on le souhaite, mais les années qui viennent seront agitées pour le meilleur peut-être, plus probablement pour le pire ! En tout cas la mondialisation va se calmer, le dollar va s'effondrer et les inégalités vont de nouveau se réduire tout comme la relocalisation de l'économie va s'imposer justement parce que la mondialisation a été trop déterritorialisante.

    De toutes façons, l'enjeu n'est pas tellement tel résultat immédiat, l'enjeu est cognitif, métaphysique, éthique, esthétique même, c'est notre rapport à l'histoire, le sens que nous voulons donner à l'aventure humaine et à notre existence par notre action. Notre plus grand ennemi c'est la bêtise triomphante, la nôtre tout autant que celle de nos ennemis. Non vraiment, ce n'est pas l'intelligence qui nous caractérise. Une bande de crétins, vraiment désespérants, voilà plutôt ce que nous sommes. Pour s'en sortir il faut d'abord le reconnaître et chercher à en savoir un peu plus. Non, nous ne partageons pas le même savoir. Impossible de communiquer tout ce qu'on a appris sans passer par le même apprentissage, lire les mêmes livres, en faire les mêmes critiques. Ce que nous partageons, tous spécialistes ou non, c'est notre ignorance commune de la plupart des questions en dehors du témoignage de notre vécu et de notre petit domaine. C'est même cette ignorance qui justifie la démocratie (selon Aristote) et l'action historique incertaine, pas de s'imaginer cultivé et tout savoir pour surtout ne rien faire en justifiant toujours ce qui est, la pire saloperie, les pires dérives, jusqu'au retour de la barbarie sous couvert de "libéralisme" !

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